Brad Lander et d’autres Juifs américains brièvement arrêtés lors d’une récolte d’olives en Cisjordanie
Selon la police, le candidat juif au Congrès et 80 autres militants n’avaient pas coordonné leur action, bien que les cartes de Tsahal montrent qu’aucune coordination n’était nécessaire dans cette zone
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Mercredi, Brad Lander, candidat juif au Congrès américain, a été interpellé aux côtés de dizaines d’autres militants juifs américains et israéliens alors qu’il accompagnait des Palestiniens lors de la cueillette des olives dans le centre de la Cisjordanie.
En fin de journée, les autorités avaient relâché tous les militants, à l’exception de quatre d’entre eux.
L’incident s’est produit à Nahalin, un village situé au sud de Bethléem, alors que des Palestiniens récoltaient des olives en compagnie d’environ 80 bénévoles, selon les organisations israélienne de défense des droits humains Rabbis for Human Rights et juive nord-américaine T’ruah.
Candidat du Parti démocrate dans la 10ᵉ circonscription de New York pour les prochaines élections de mi-mandat, Lander a publié un selfie sur le réseau social X depuis le bus rempli de personnes interpellées, précisant qu’ils « ne faisaient que récolter des olives dans une oliveraie » au moment de leur interpellation.
« L’occupation est un crime au regard du droit international. Récolter des olives n’est un crime selon aucune loi que je connaisse », a-t-il ajouté.
Lander, qui se décrit lui-même comme un sioniste libéral, est l’ancien contrôleur financier de la ville de New York et un allié du maire anti-Israël Zohran Mamdani.
I’ve been released from IDF custody with a “warning,” apparently because of my public profile (I told them I wasn’t even a congressmember yet, just a nominee).
But several dozen rabbis & participants harvesting olives with me are still in detention. For harvesting olives. They… pic.twitter.com/BcSNkTYUxF
— Brad Lander (@bradlander) October 21, 2026
Il a été relâché par les autorités plusieurs heures après son arrestation, mais pas avant que ses messages sur les réseaux sociaux n’aient suscité un vif intérêt et ne déclenché de nouvelles critiques à l’encontre du gouvernement israélien et de la situation en Cisjordanie.
Même après la libération de Lander, les quelque 80 autres militants ont été maintenus en détention dans un commissariat de l’implantation de Beitar Illit pendant plusieurs heures supplémentaires pour être interrogés et faire l’objet de formalités administratives.
« Si personne au ministère des Affaires étrangères, au sein de Tsahal ou à l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières ne met fin à cette folie, cela causera d’énormes dégâts aux relations avec les Juifs des États-Unis – et ce, à juste titre », s’est indigné le député Gilad Kariv (HaDemocratim) sur X.
L’armée et la police israéliennes ont affirmé que la récolte sur les terres appartenant au village palestinien n’avait pas fait l’objet de la coordination requise avec les autorités, ce qui a conduit à ces arrestations. Or, une carte distribuée aux agriculteurs palestiniens par l’Administration civile du ministère de la Défense montre que la zone où le groupe a été interpellé n’était en réalité pas soumise à une obligation de coordination préalable.
Lander a confirmé sa libération dans un message publié sur le réseau social X, précisant qu’il avait été relâché « avec un ‘avertissement’, apparemment en raison de ma notoriété publique (je leur ai dit que je n’étais même pas encore député, mais simplement candidat) ».
Il a appelé à la libération de toutes les personnes détenues.
« Soyons clairs : les Palestiniens subissent chaque jour des conséquences bien pires. Ces détentions par Tsahal constituent une tentative de plus visant à porter atteinte au droit des Palestiniens de récolter leurs oliveraies, de circuler sur leurs routes et de vivre dans leurs foyers. Il s’agit là d’un élément supplémentaire d’un nettoyage ethnique qui s’intensifie et qui est très clairement soutenu par l’État », a ajouté Lander.
Des groupes d’activistes étrangers et de gauche israéliens se joignent en nombre croissant aux cueilleurs d’olives palestiniens pour tenter de les protéger des attaques d’extrémistes juifs, qui restent largement impunies.
L’association Rabbis for Human Rights a organisé la délégation à Nahalin et son porte-parole a déclaré au Times of Israel qu’aucune coordination préalable n’était nécessaire pour la zone où le groupe a récolté des olives mercredi.
La décision de ne libérer, dans un premier temps, que Lander indique que son statut de candidat au Congrès américain a joué un rôle. En effet, Israël souhaite éviter un nouvel incident international après les attaques d’extrémistes juifs contre des journalistes et des diplomates étrangers, largement relayées par les médias, survenues ce week-end.
La police l’a confirmé par la suite dans un communiqué, indiquant que Lander avait été relâché immédiatement après avoir appris qu’il était candidat au Congrès, sans mentionner le sort des dizaines d’autres individus appréhendés.
Les agents « examinent actuellement l’incident en concertation avec Tsahal, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Intérieur et d’autres autorités compétentes, dans le but de prévenir les tensions, les troubles à l’ordre public et les incidents susceptibles d’entraîner des répercussions internationales », a précisé la police.
Mercredi soir, la police a indiqué dans un communiqué que 32 des militants interpellés avaient été interrogés, puis relâchés sous réserve d’une mesure d’éloignement leur interdisant de revenir dans la zone. La police a également précisé que 40 autres avaient été relâchés plus tôt dans la journée sans incident, aucun « motif de suspicion » n’ayant été relevé lors de la procédure de contrôle.
Quatre autres militants devaient passer la nuit en garde à vue, a précisé la police, en raison de preuves « d’activités anti-Israël » en ligne, notamment « pour avoir exprimé leur soutien à des organisations opposées à Israël ».
Ces quatre personnes seront transférées jeudi à l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA) du ministère de l’Intérieur pour une audience, puis expulsées d’Israël, a ajouté le communiqué de la police.
La police a justifié ces interpellations en soulignant que les militants avaient pénétré dans une zone située près de la barrière de l’implantation de Beitar Illit, dont l’accès nécessitait une autorisation préalable.
Après que des journalistes ont commencé à publier la carte de l’Administration civile montrant que ce n’était pas le cas, Tsahal a publié son propre communiqué arguant que la zone en question n’était pas indiquée sur la carte, car les Palestiniens n’avaient jamais demandé l’autorisation de récolter leurs olives dans cette section auparavant.
On ne comprenait pas bien pourquoi l’armée s’attendait à ce que les Palestiniens demandent une autorisation pour pénétrer dans une zone pour laquelle les autorités israéliennes n’avaient pas précisé qu’une coordination préalable était nécessaire.
Tsahal a déclaré avoir désormais fourni aux propriétaires des parcelles situées près de Beitar Illit les coordonnées nécessaires pour coordonner ces récoltes à l’avenir avec l’armée.
Les courants juifs réformés, conservateurs et reconstructionnistes des États-Unis ont publié un communiqué commun pour condamner la détention des militants, parmi lesquels figuraient neuf rabbins issus de leurs mouvements.
« Le fait que les agriculteurs aient besoin que d’autres assurent une présence protectrice contre les colons violents constitue en soi une trahison des valeurs juives. Pourtant, les récentes attaques de colons contre des moissonneurs palestiniens et ceux qui travaillent à leurs côtés – ainsi que l’incapacité ou le refus des autorités de mettre fin à ces attaques – ont rendu cette présence protectrice nécessaire », peut-on lire dans le communiqué conjoint.
« Nos membres à travers le monde couvrent tout le spectre politique et idéologique. Nous sommes pourtant unis dans notre opposition à toutes les formes de terrorisme dans la région et dans notre conviction que la détention de rabbins œuvrant pour la justice porte atteinte aux valeurs démocratiques d’Israël », ont ajouté ces groupes.
« Nous appelons le gouvernement israélien à libérer immédiatement les détenus, à permettre une récolte fructueuse des terres et à orienter ses efforts de maintien de l’ordre vers les colons violents qui s’en prennent depuis longtemps aux agriculteurs palestiniens et, plus récemment, aux journalistes et aux diplomates », indique le communiqué.
Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme Rabbis for Human Rights, 52 des militants arrêtés étaient des ressortissants étrangers. Le groupe a précisé qu’il s’agissait notamment de 30 citoyens américains, ainsi que de ressortissants du Royaume-Uni et du Canada.
Un porte-parole de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem a déclaré être au courant des informations faisant état de l’arrestation de citoyens américains et suivre la situation de près, mais a refusé de faire d’autres commentaires, invoquant la confidentialité et d’autres considérations.
« L’administration Trump n’a pas de priorité plus importante que la sûreté et la sécurité des Américains », a-t-il déclaré.
Parallèlement, le ministère des Affaires étrangères a écrit sur X : « Il ne s’agissait pas de récolter des olives. Il s’agissait de récolter les gros titres. »
Le ministère a réitéré l’affirmation, désormais démentie, selon laquelle Lander aurait pénétré dans une « zone de sécurité réglementée ».
« Ce qui rend cette manœuvre encore plus scandaleuse, c’est que sa propre équipe a contacté les représentants israéliens aux États-Unis avant sa visite et s’est vue explicitement indiquer qu’une coordination en bonne et due forme avec les autorités compétentes était nécessaire. Il a choisi d’ignorer ces instructions », a fait valoir le ministère des Affaires étrangères.
« Si quelqu’un avait été blessé à la suite de cette mise en scène politique imprudente, Lander aurait sans aucun doute été parmi les premiers à exiger que les autorités israéliennes interviennent pour assurer une protection », poursuit le ministère.
« Brad Lander est venu chercher la confrontation. À présent, il fait semblant d’en être la victime. »
Cet incident a également suscité les condamnations de nombreux responsables démocrates américains.
« La semaine dernière, des colons hors de contrôle ont blessé un journaliste américain. Aujourd’hui, Tsahal prend pour cible des bénévoles qui aident les Palestiniens à récolter des olives. Les yeux du monde entier sont rivés sur la Cisjordanie », a écrit sur X le député américain Jamie Raskin, du Maryland.
Le député américain Greg Cesar, du Texas, s’est dit « heureux que Brad ait été libéré – mais il n’aurait jamais dû être détenu en premier lieu ».
« Tous les autres doivent être libérés immédiatement », a ajouté Cesar, appelant à l’adoption d’une loi interdisant l’importation de produits provenant des implantations.
Le député américain Ro Khanna, qui a été brièvement détenu par des résidents d’implantation soutenus par Tsahal plus tôt cette année, a déclaré qu’il « attendait que [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu et [le président] Isaac Herzog s’empressent de traiter Brad Lander de menteur qui met en scène une séance photo. Ou peut-être que M. [Steve] Witkoff aura l’audace de féliciter Netanyahu et Herzog en les qualifiant de grands humanitaires, à l’instar de [le président russe Vladimir] Poutine et [du président américain Donald] Trump. »
Le maire de New York, Zohran Mamdani, a saisi cette occasion pour accuser une nouvelle fois Israël de commettre un « génocide » à Gaza.
« Si c’est ainsi qu’ils traitent les Américains, imaginez comment ils traitent les Palestiniens. Le silence de Trump et de Rubio alimente cette impunité », a déclaré le sénateur du Maryland, Chris Van Hollen.
Si la plupart des critiques provenaient de l’aile progressiste du Parti démocrate, le Jewish Democratic Council of America (JDCA), plus centriste, a également dénoncé le comportement d’Israël.
« La détention de rabbins américains, de bénévoles et d’un candidat au Congrès est inacceptable », a écrit Halie Soifer, directrice générale du JDCA, dans un communiqué.
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