La photojournaliste du WaPo opérée à la main après avoir été tabassée par des extrémistes juifs en Cisjordanie
Selon la fille de Heidi Levine, sa mère a eu le doigt sectionné jusqu'à l'os et souffre d'une côte cassée ainsi que de plusieurs fractures vertébrales ; des responsables politiques US et l'ambassadeur israélien condamnent l'attaque
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Dans la journée de samedi, Heidi Levine, photographe au Washington Post, a subi une intervention chirurgicale au doigt, lequel a quasiment été arraché de sa main après qu’elle a été passée à tabac par des partisans du mouvement pro-implantations en Cisjordanie la veille.
L’agression s’est produite non loin du village d’Abu Falah, au nord de Ramallah. Quelque 80 résidents d’implantations, pour la plupart masqués et parfois munis de bombes lacrymogènes, sont descendus d’une colline vers l’oliveraie en terrasses. Ils ont alors lancé des pierres et frappé des Palestiniens, les militants qui les accompagnaient, ainsi que Levine.
Levine a expliqué que les assaillants, qui étaient armés de bouteilles et de frondes, « m’ont donné des coups de pied pendant une dizaine de minutes, tandis que j’essayais de protéger mes appareils photo et mon sac ». Elle a ajouté que son casque et son gilet pare-balles, sur lequel était inscrit « PRESS », l’avaient probablement préservée de blessures plus graves.
Selon Levine, l’attaque a pris fin lorsque ses collègues palestiniens sont intervenus. Les secouristes l’ont ensuite transportée d’urgence en ambulance vers une clinique d’Abu Falah, puis vers un hôpital de Ramallah.
Les images montrent la photojournaliste allongée au sol tandis que des individus masqués la frappent à coups de bâton avant de prendre la fuite.
La fille de Heidi Levine, Ashley Milner, a rapporté samedi que le doigt de la main gauche de sa mère avait été entaillé jusqu’à l’os, et qu’un tendon était visible. Elle a précisé que Levine souffrait également d’une côte cassée et de multiples fractures vertébrales, ainsi que de coupures sur tout le corps.
Severe settler + soldier attack on olive harvesters in Abu Falah. American WaPo journalist Heidi Levine badly wounded. Machine gunfire—at least one Palestinian shot. Tear gas. Soldiers assaulting journalists. pic.twitter.com/He61cNYk0c
— jasper nathaniel (@infinite_jaz) October 16, 2026
L’hôpital Rabin, dans le centre d’Israël, où Levine a été prise en charge, a indiqué samedi après-midi que son état était stable après l’intervention chirurgicale.
S’adressant à la chaîne publique israélienne Kan, la fille de Levine a fait part de ses craintes que cette blessure au doigt ne « mette fin à sa carrière » de photojournaliste. Elle a par ailleurs qualifié ces blessures de « déterminantes pour son avenir ».
« Elle se sent trahie. C’est difficile pour nous de la voir dans cet état, après des dizaines d’années passées à couvrir des guerres et des conflits dans le monde entier », a ajouté Milner.
Milner a également dénoncé « les propos diffamatoires sur les réseaux sociaux, où certains disent qu’elle est de gauche et qu’elle mérite ce qui lui est arrivé. Ma mère était simplement venue faire son travail de journaliste. »
Des responsables politiques américains condamnent une agression « inadmissible »
Le président Isaac Herzog a condamné l’agression dont a été victime Levine. Son cabinet a indiqué qu’il s’était entretenu avec elle samedi.
« Je condamne fermement ce phénomène de violence révoltant et scandaleux, tant l’horrible agression dont vous avez été victime que d’autres cas tout aussi graves comme ce qui s’est passé aujourd’hui à Taybeh », a-t-il déclaré à Levine, cité par son cabinet. « Le comportement déplorable de ces criminels ne reflète en rien les citoyens ni les valeurs de l’État d’Israël. »
Le président a également appelé les forces de l’ordre « à faire preuve d’une fermeté sans faille face à toute manifestation de violence ».
L’agression a par ailleurs été largement condamnée par de nombreux élus démocrates. Le représentant américain Jamie Raskin, du Maryland, a parlé d’un acte « inadmissible » et d’un « moment de vérité pour le monde ».
« Allons-nous tolérer cette escalade de la violence des milices d’extrême droite contre des civils palestiniens et des observateurs étrangers, des milices qui agissent sous la protection du gouvernement ? », a écrit Raskin sur le réseau social X.
« Les informations selon lesquelles il s’agirait d’une attaque organisée sont extrêmement inquiétantes, tout comme celles concernant l’absence de réaction des soldats de l’armée israélienne », a souligné Any Kim, sénatrice du New Jersey. « Je continuerai à réclamer une enquête, et à demander que les responsables rendent des comptes. »
« Elle a raconté que ses agresseurs l’avaient soulevée, puis jetée à terre et qu’ils l’avaient rouée de coups de pied », a écrit Ro Khanna, député progressiste de Californie, qui a expliqué avoir été détenu par des résidents d’implantations armés en Cisjordanie plus tôt cette année. Khanna a dénoncé l’impunité dont bénéficient les militants du mouvement pro-implantations, ajoutant : « Nous devons suspendre l’aide à Israël qui sert à financer les activités de ces extrémistes juifs, et mettre fin à la vente de ces armes. »
« Cet événement doit nous alerter », a écrit sur X le représentant démocrate du Texas Joaquin Castro. « Des agressions comme celle-ci facilitent les appropriations violentes de terres qui ont lieu partout en Cisjordanie. Elles nous éloignent encore davantage de la paix. »
L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a lui aussi condamné cette agression. Dans la soirée de vendredi, il a déclaré sur CNN que les auteurs d’actes de violence en Cisjordanie devaient être tenus pour responsables de leurs actes.
« Ceux qui commettent ces actes de violence doivent être traduits en justice », a lancé Leiter, précisant que si Israël « n’a pas encore obtenu les résultats escomptés concernant les poursuites judiciaires à l’encontre des milices juives, alors nous devons faire mieux. Et je suis convaincu que nous y parviendrons. »
Leiter a ajouté avoir entendu, au cours de réunions gouvernementales, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimer « avec force pour mettre un terme à ce phénomène ».
L’attaque qui a visé Abu Falah a été l’une des nombreuses agressions qui ont été perpétrées vendredi contre des villages palestiniens à travers la Cisjordanie, au cours desquelles les auteurs ont incendié des voitures et des arbres, et passé à tabac des habitants.
Les actes de violence commis par des partisans du mouvement pro-implantations à l’encontre des Palestiniens ont connu une forte hausse cette année, et se sont encore intensifiés au cours des semaines précédant les élections israéliennes, qui doivent avoir lieu le 27 octobre. Les détracteurs accusent le gouvernement de tolérer, voire d’encourager ces violences responsables du déplacement de plusieurs dizaines de familles palestiniennes.
Netanyahu minimise pour sa part ces attaques quasi quotidiennes, les présentant comme l’œuvre d’une poignée de délinquants ne provenant pas de Cisjordanie – une affirmation pourtant démentie par des sources des services de sécurité.
L’armée israélienne fait également l’objet de critiques grandissantes : ses soldats restent souvent passifs, et parfois participent activement aux attaques, ou omettent de faire poursuivre les responsables en justice.
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