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Des Israéliens protestent contre la refonte judiciaire à Times Square, à New York, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est en ville pour assister à l'Assemblée générale de l'ONU, le 19 septembre 2023. (Luke Tress/Times of Israel)
Des Israéliens protestent contre la refonte judiciaire à Times Square, à New York, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est en ville pour assister à l'Assemblée générale de l'ONU, le 19 septembre 2023. (Luke Tress/Times of Israel)

Les Israéliens venant des US pour voter s’appuient sur un réseau bâti lors des manifestations contre la refonte judiciaire

Le projet de réforme judiciaire a fait naître aux US un mouvement de contestation mené par des Israéliens, qui a soutenu les otages après le 7-Octobre, et qui pousse aujourd’hui quelque 50 000 expatriés à aller voter

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des Israéliens protestent contre la refonte judiciaire à Times Square, à New York, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est en ville pour assister à l'Assemblée générale de l'ONU, le 19 septembre 2023. (Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK — En janvier 2023, une fois que le gouvernement israélien nouvellement élu a dévoilé son projet de refonte des institutions judiciaires, des Israéliens opposés au gouvernement ont lancé à New York un mouvement de protestation, ciblant les ministres de la coalition à chaque fois qu’ils venaient en ville.

Présentant leurs actions comme un jeu de « cache-cache », les militants ont mobilisé un réseau de plusieurs milliers de personnes, qui interpellaient les ministres dès que ceux-ci apparaissaient en public.

Le mouvement a culminé en septembre 2023, avec une série de manifestations organisées pendant l’Assemblée générale des Nations unies, qui ont rassemblé dans les rues, notamment à Times Square, des foules d’Israéliens et leurs alliés.

Quelques semaines plus tard, l’invasion d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, en octobre 2023, a bouleversé le monde juif. Les militants ont réorienté leur réseau pour soutenir Israël, en collectant des fonds, en envoyant des équipements aux soldats et aux civils, et en défendant la cause des otages enlevés et détenus à Gaza.

Depuis la libération des derniers otages l’an dernier, ce mouvement informel s’est recentré sur la politique israélienne, offrant aux expatriés l’impulsion et les moyens nécessaires pour rentrer en Israël et voter lors des prochaines élections. (Israël n’autorise pas le vote par correspondance, à l’exception des diplomates et des émissaires en poste à travers le monde. Les citoyens éligibles, âgés de 18 ans et plus résidant à l’étranger, peuvent voter s’ils se trouvent en Israël le jour du scrutin.)

Maya Ben-Meir, une musicienne israélienne installée à New York depuis 13 ans, a expliqué que, dans ses cercles sociaux, « tout le monde parle » de rentrer pour voter. La plupart des discussions ont lieu dans des groupes de discussion créés à l’époque de la réforme du système judiciaire.

« Nous sommes vraiment efficaces quand il s’agit de nous organiser », a-t-elle ajouté.

Des dizaines de milliers de personnes devraient prendre l’avion pour aller voter

Selon AID Coalition, une organisation américaine à but non lucratif et non partisane qui se consacre à la défense de la démocratie israélienne, quelque 53 000 Israéliens résidant à l’étranger feront le déplacement pour voter. Pour parvenir à cette estimation, l’organisation a interrogé 17 500 personnes en août et a extrapolé ses données. Il n’existe pas de données comparables pour les élections précédentes, a précisé Batell Vallentine Blaish-Sultanik, PDG de l’organisation, qui réside dans la banlieue de New York.

Ben-Meir, qui s’est mobilisée aux côtés des groupes militants de gauche Israelis for Peace et Anti-Occupation Bloc, a expliqué que la motivation pour voter parmi ses proches était « absolument due à Netanyahu ». La musicienne a reproché au Premier ministre de s’être opposé à la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom du 7-Octobre, de ne pas avoir assumé personnellement la responsabilité de l’attaque, et d’avoir contribué aux troubles intérieurs qui ont précédé la guerre.

Depuis son installation aux États-Unis il y a 13 ans, elle a voté à toutes les élections israéliennes – sauf deux -. C’est l’inquiétude qu’elle éprouve pour ses amis et sa famille en Israël, ainsi que l’influence des dirigeants israéliens sur l’ensemble de la communauté juive, qui l’ont incitée à voter.

« Quelle que soit la personne au pouvoir en Israël, elle influence la vie des Juifs partout dans le monde ».

« J’ai parfois du mal à expliquer aux Américains à quel point Israël est indissociable de moi-même », a-t-elle déclaré.

« C’est ma patrie. Je me soucie beaucoup de ce qui s’y passe et de ce qui touche les personnes qui me sont chères », a-t-elle ajouté. « Quelle que soit la personne au pouvoir en Israël, elle influence la vie des Juifs partout dans le monde. »

Des manifestants, menés par des Israéliens, se rassemblent pour protester contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le siège de l’ONU à New York, le 22 septembre 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En 2023, le projet de refonte judiciaire du gouvernement a déclenché en Israël des manifestations historiques à l’échelle nationale, attirant chaque semaine des foules immenses dans les rues. Parallèlement, un mouvement de protestation mené par des Israéliens a vu le jour aux États-Unis.

Des manifestations antigouvernementales de moindre ampleur, menées par des Israéliens, avaient déjà eu lieu aux États-Unis au cours des années précédant la réforme judiciaire. Cependant, les Israéliens et les Juifs américains pro-Israël s’étaient pour la plupart abstenus de manifester contre le gouvernement, de peur que ces rassemblements n’alimentent les mouvements anti-sionistes.

Mais des militants israéliens issus de groupes comme le réseau d’expatriés UnXeptable ont contré ce discours, en affichant ouvertement leur soutien à Israël, en brandissant des drapeaux israéliens lors de leurs rassemblements, et en chantant l’hymne national israélien à la fin de leurs manifestations.

Pour les Juifs américains sionistes, il était également plus facile de manifester contre le gouvernement israélien lorsque les rassemblements étaient menés par des Israéliens.

Les militants ont donc lancé des groupes WhatsApp pour coordonner leurs activités, qui ont rapidement rassemblé des milliers de membres dans des régions telles que New York, le New Jersey, Philadelphie et San Francisco.

Après le 7-Octobre, ces réseaux se sont mobilisés pour défendre les otages à Gaza. Ils ont notamment organisé un rassemblement devant le domicile du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour exiger qu’il prenne davantage de mesures en faveur des otages.

Un groupe anonyme a projeté un message anti-Netanyahu sur le siège de l’ONU pendant l’Assemblée générale. Quelques semaines plus tard, avec ces mêmes équipements, il a projeté des images d’otages israéliens sur ce même bâtiment.

À gauche : Un message contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est projeté sur le siège de l’ONU avant son apparition à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2023. À droite : L’image d’un garçon israélien kidnappé est projetée sur le siège de l’ONU après l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023. Des activistes israéliens expatriés ont projeté les deux messages. (Crédit : JTA)

L’Américano-israélien Josh Drill a été porte-parole du mouvement contre la réforme judiciaire en Israël avant de venir s’installer à New York pour étudier à l’université Columbia.

Il a déclaré avoir organisé des tables rondes aux États-Unis afin de rappeler l’importance du vote et de fournir des informations sur les modalités pratiques, notamment sur le type de pièce d’identité requis dans les bureaux de vote.

Josh Drill, qui se rend actuellement de New York en Israël pour participer au scrutin, a expliqué que les manifestations contre la réforme judiciaire « ont permis à ce mouvement plus large de prendre conscience que nous avons le pouvoir d’influencer le cours des événements ».

« Cette énergie est en chacun de nous. C’est une dynamique qui s’est également manifestée dans les groupes WhatsApp, dans les groupes Facebook, au sein des réseaux de militants et d’acteurs du changement qui ont continué à œuvrer ensemble », a-t-il indiqué. « Nous pourrons observer l’impact de cette dynamique lors des prochaines élections. »

Un réseau en pleine évolution

Les groupes de protestation dirigés par des Israéliens aux États-Unis ne forment pas un bloc monolithique. Certains, comme Israelis for Peace à New York, accordent davantage d’attention aux victimes palestiniennes de la guerre, tandis que d’autres, tels qu’UnXeptable, se concentrent davantage sur la politique israélienne. Certaines personnes font également la navette entre les différents camps.

Les manifestations en soutien à la cause des otages menées par des Israéliens s’accompagnaient parfois de messages visant le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses partenaires de coalition d’extrême droite, plus particulièrement à mesure que la guerre progressait, notamment lors de l’intervention de Netanyahu à l’Assemblée générale des Nations unies en 2025.

La libération des otages l’année dernière a donné aux militants expatriés davantage de marge de manœuvre pour se recentrer sur la politique intérieure d’Israël, dans le cadre notamment de la mobilisation des électeurs en vue des élections de ce mois-ci.

Des manifestants rassemblés en soutien aux otages dans Central Park, à New York, le 8 juin 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Au sein des groupes WhatsApp informels qui s’étaient autrefois mobilisés contre la réforme judiciaire et pour la cause des otages, les militants coordonnent des campagnes téléphoniques vers Israël, font la promotion de sondages visant à recueillir des données sur le vote des expatriés, organisent des réunions d’information sur Zoom au sujet des élections, et publient des messages encourageant les gens à voter.

Des drapeaux israéliens arborant le slogan « libres sur notre terre », une phrase tirée de l’hymne national, ont été déployés lors des manifestations contre la réforme judiciaire, puis lors des rassemblements de soutien à Israël et aux otages après le 7-Octobre. Ils sont aujourd’hui brandis lors des manifestations contre Netanyahu.

Les Israéliens impliqués dans la campagne de mobilisation électorale ont souligné que les sondages en Israël ne prennent pas en compte les expatriés qui prennent l’avion pour venir voter. Ce bloc électoral pourrait ainsi devenir un facteur décisif dans le scrutin.

Eitan Berechman, 22 ans, musicien originaire de la banlieue de Boston, a commencé à s’engager politiquement lors des manifestations contre la réforme judiciaire en 2023, avant de se tourner vers la mobilisation en faveur des otages et l’opposition à la guerre à Gaza. Il a milité au sein de groupes tels qu’UnXeptable, J Street, Israelis for Peace et Standing Together.

« Ces élections vont littéralement déterminer l’avenir d’Israël : soit il sera démocratique, soit il sera soumis à Netanyahu et à une guerre sans fin. »

Selon Berechman, de nombreux Israéliens vivant à Boston s’apprêtent à se rendre en Israël pour voter. Ils pourraient organiser un rassemblement sur place.

Berechman, qui a grandi aux États-Unis, possède la nationalité israélienne par son père, qui est Israélien, et se rend en Israël presque chaque été. Il se rend actuellement en Israël avec ses parents, où il votera pour la première fois.

« Ces élections sont les plus décisives de l’histoire d’Israël. Elles vont littéralement déterminer l’avenir d’Israël : soit il sera démocratique, soit il sera soumis à Netanyahu et à une guerre sans fin », a-t-il souligné.

Des Israéliens participent à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’organisation américaine à but non lucratif AID Coalition a été créée en juin 2023, pendant les manifestations contre la refonte judiciaire, dans le but de « renforcer et préserver les fondements démocratiques de l’État d’Israël ». Elle est strictement apolitique.

Après le 7-Octobre, AID Coalition a coordonné l’aide aux victimes de l’attaque, notamment en proposant un accompagnement psychologique aux survivants du sud d’Israël, et a co-produit le documentaire « Children of October 7th ».

La dernière initiative de l’AID Coalition, Fly&Vote, permet aux Israéliens expatriés de « participer à la démocratie israélienne », a expliqué Blaish-Sultanik.

Fly&Vote répond aux questions sur les modalités électorales, notamment sur l’emplacement des bureaux de vote, et a contribué à organiser des voyages depuis des villes telles que Lisbonne, au Portugal.

Les vols représentent un obstacle pour ceux qui se déplacent pour voter. En effet, les guerres de ces dernières années ont rendu le trajet imprévisible et coûteux ; les compagnies aériennes internationales annulent souvent leurs vols en raison des hostilités – ce qui fait grimper les prix.

L’enquête menée par AID Coalition a révélé que les prix et la disponibilité des vols figuraient parmi les obstacles les plus fréquemment cités pour aller voter.

Berechman a indiqué que ses parents et lui avaient dépensé au total 6 000 dollars pour leurs billets. Ben-Meir a prévu une longue escale en Espagne afin de réduire les coûts. Elle a ajouté que, dans certaines familles, l’un des conjoints prend l’avion pour aller voter tandis que l’autre reste sur place pour s’occuper des enfants.

L’initiative d’aide au transport aérien Fly&Vote a provoqué un désaccord avec le Likud de Netanyahu, qui s’est opposé aux efforts déployés pour faire venir les électeurs expatriés, présumant sans doute que la plupart d’entre eux soutiendraient les partis d’opposition. Les groupes militants israéliens organisés aux États-Unis semblent être tous anti-Netanyahu. Des militants pro-Netanyahu manifestent cependant parfois aussi aux États-Unis.

Des manifestantes soutenant le Premier ministre Netanyahu, à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Selon une enquête réalisée en décembre 2025 par l’Institut israélien pour la démocratie, les Israéliens juifs de gauche et du centre, ainsi que ceux qui se disaient les plus insatisfaits de la « situation en Israël », étaient plus enclins à s’expatrier.

Blaish-Sultanik a rappelé qu’AID Coalition « ne représente aucun camp politique ».

« Nous défendons un droit politique : permettre aux citoyens disposant du droit de vote de faire entendre leur voix, et encourager la participation civique la plus large possible. La démocratie ne fonctionne que lorsque les citoyens s’impliquent », a-t-elle affirmé.

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