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Canada : un ex-journaliste admet avoir vandalisé des monuments de nazis ukrainiens

Duncan Kinney a plaidé coupable d’avoir tagué le buste de Roman Shukhevych et un mémorial de la SS Galizien, avant de solliciter une réaction des responsables pour un article

Une femme ajuste le ruban d’une couronne déposée au pied de la statue du nationaliste ukrainien Roman Shukhevych, dans la ville de Bilogorshcha, dans l’ouest de l’Ukraine, le 10 janvier 2010. Illustration (Crédit : Yuriy Dyachyshyn/AFP)
Une femme ajuste le ruban d’une couronne déposée au pied de la statue du nationaliste ukrainien Roman Shukhevych, dans la ville de Bilogorshcha, dans l’ouest de l’Ukraine, le 10 janvier 2010. Illustration (Crédit : Yuriy Dyachyshyn/AFP)

EDMONTON, Canada (JTA) – Duncan Kinney, ancien journaliste du site web de gauche Progress Report a plaidé coupable lundi de dégradations volontaires, quatre ans après avoir été arrêté pour avoir vandalisé des monuments dédiés à des collaborateurs nazis ukrainiens à Edmonton, en Alberta.

En plaidant coupable lundi, Kinney a mis un terme à une partie de la procédure, sans clore définitivement une affaire au dénouement décevant. Ce qui semblait n’être qu’un banal acte de vandalisme avait suscité une telle controverse autour de questions historiques et identitaires que l’affaire avait retenu l’attention du Premier ministre de l’Alberta comme des Amis du Centre Simon Wiesenthal, à Toronto.

En 2021, Kinney avait été le premier à révéler que quelqu’un avait tagué « Vrai nazi » sur un buste de Roman Shukhevych, commandant militaire ukrainien de la Seconde Guerre mondiale ayant collaboré avec les nazis, et que les inscriptions « Monument nazi » et « 14ᵉ Waffen-SS » avaient été apposées sur un mémorial consacré à la division SS Galizien, une unité ukrainienne intégrée à la branche armée du parti nazi.

Selon les documents judiciaires, une caméra de surveillance avait filmé Kinney en train de taguer le monument dédié à Shukhevych peu après minuit, le 10 août 2021, puis de revenir huit heures plus tard pour photographier les inscriptions. Il avait ensuite envoyé un email aux responsables du Complexe de l’Unité de la jeunesse ukrainienne, où se trouvait le monument, pour leur signaler que Progress Report avait reçu des photos du monument vandalisé. Il terminait son bref message en leur demandant de réagir. « Avez-vous une déclaration à faire ou des informations à nous communiquer à ce sujet ? Roman Shukhevych était-il un nazi ou un collaborateur des nazis ? Nous bouclons à 15 h 15. Merci. »

Kinney avait initialement plaidé non coupable des deux chefs d’accusation retenus contre lui, l’un pour dégradation volontaire de biens et l’autre pour dégradation d’un monument aux morts. Il avait affirmé être la cible de représailles de la police d’Edmonton, dont il avait critiqué les agissements, et accusait celle-ci de chercher à le réduire au silence.

Le prononcé de sa peine est prévu le 25 janvier 2027. Le ministère public devrait alors abandonner le chef d’accusation le plus grave, celui de dégradation d’un monument aux morts, passible d’une peine maximale de dix ans de prison.

Ni Kinney ni son avocat, Tom Engel, n’ont souhaité faire de commentaires à l’issue de l’audience. Le conseil d’administration de Progress Report a toutefois publié un communiqué condamnant les actes de son ancien collaborateur, estimant que commettre une infraction puis en attribuer la responsabilité à quelqu’un d’autre constituait « une violation fondamentale de la déontologie journalistique et un comportement inacceptable dans quelque rédaction que ce soit. M. Kinney a toujours clamé son innocence dans cette affaire et nous lui faisions confiance. La nouvelle de ce jour a été une bien mauvaise surprise pour nous ».

Cette affaire a révélé les profondes divisions de la diaspora ukrainienne sur le rôle joué par l’Ukraine dans la Shoah.

Shukhevych était l’un des dirigeants de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), ainsi que de sa branche armée, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Il était également officier dans un bataillon auxiliaire du Troisième Reich. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a commandé des troupes qui ont massacré des Juifs, des civils polonais, des membres d’autres minorités nationales, des communistes ainsi que des compatriotes ukrainiens. Il a également contribué à organiser la lutte pour l’indépendance de l’Ukraine face aux Soviétiques.

Le monument dédié à la division SS Galizien se trouve au cimetière Saint-Michel, à moins de 3,2 kilomètres du complexe abritant le buste de Shukhevych. Yaroslav Hunka, qui avait appartenu à cette unité, avait reçu deux fois les applaudissements d’une assemblée debout lorsqu’il avait été présenté à la Chambre des communes, en septembre 2023, lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Alors âgé de 98 ans, il avait été salué pour son engagement pendant la Seconde Guerre mondiale et sa lutte pour l’indépendance de l’Ukraine.

Personne au Parlement ne semblait connaître le passé nazi de Hunka. Lorsque celui-ci a été révélé, l’incident a provoqué un scandale national, obligeant le Canada, du moins pendant un temps, à s’interroger sur la façon dont il avait traité les criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale.

À Edmonton, cependant, cette affaire embarrassante ne semble avoir eu aucune répercussion sur les poursuites engagées contre Kinney. Pour les dégradations qu’il était soupçonné d’avoir commises sur le monument dédié à la division SS Galizien, il avait été inculpé non pas de simples dégradations volontaires, mais de dégradation d’un monument aux morts.

« Nous ne considérons pas qu’une statue rendant hommage à un nazi puisse être qualifiée de monument aux morts », a déclaré Jaime Kirzner-Roberts, directrice principale chargée des politiques publiques et du plaidoyer aux Amis du Centre Simon Wiesenthal, à Toronto. « Lorsque nous parlons de monuments érigés en hommage aux anciens combattants, nous parlons des anciens combattants canadiens, pas des anciens combattants nazis. »

Les Amis du Centre Simon Wiesenthal, B’nai Brith Canada et la Fédération juive d’Edmonton, ainsi que des responsables politiques et des universitaires locaux, réclament depuis des années le retrait de ces monuments.

« À mon avis, on ne devrait pas ériger de monuments en hommage à des personnes responsables de meurtres de masse, comme Shukhevych », a déclaré John-Paul Himka, professeur émérite d’histoire à l’Université de l’Alberta. Dans son ouvrage publié en 2021, Ukrainian Nationalists and the Holocaust, il examine le rôle de l’OUN et de l’UPA dans l’extermination des Juifs d’Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Quant au mémorial de la Waffen-SS, l’Autriche cherche elle aussi à faire disparaître les monuments érigés en hommage à cette organisation. Le problème se pose d’ailleurs dans le monde entier. Jusqu’à quel point souhaite-t-on rendre hommage, par des monuments, à des membres de la SS ou à des personnes ayant collaboré avec le régime nazi ? »

Yaroslav Hunka, à droite, attend l’arrivée du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Chambre des communes à Ottawa, en Ontario, le 22 septembre 2023. (Crédit : Patrick Doyle/The Canadian Press/AP)

Moins de six mois après le scandale provoqué par l’hommage rendu à Hunka au Parlement, le monument dédié à la division SS Galizien, situé au cimetière ukrainien Saint-Volodymyr à Oakville, en Ontario, a été définitivement retiré. Himka ne pense pas qu’il en ira de même à Edmonton, une ville qui compte la plus importante population d’origine ukrainienne du Canada, pays qui abrite lui-même l’une des plus grandes communautés d’origine ukrainienne au monde, après l’Ukraine.

« La diaspora ukrainienne ne veut pas en entendre parler », a-t-il déclaré. « Elle ne veut pas regarder cette histoire en face et personne, à vrai dire, ne vient la contredire. »

La salle d’audience a pourtant été le théâtre d’un échange révélateur de ces tensions. À l’issue de la comparution de Kinney, deux femmes qui semblaient avoir une quarantaine d’années et avaient passé la demi-heure d’audience à tricoter ont engagé la conversation avec deux hommes qui paraissaient au moins deux fois plus âgés qu’elles et se trouvaient assis de l’autre côté de l’allée.

La conversation a commencé sans animosité, chacun cherchant à savoir ce qui avait amené les autres à l’audience. Mais lorsque les deux femmes ont affirmé que Shukhevych était un nazi qui avait tué des milliers d’innocents, le ton est monté.

Les femmes ayant insisté, les deux hommes ont manifesté leur exaspération, levant presque les yeux au ciel. « C’est de la propagande russe », ont-ils rétorqué avec mépris, avant de se lever et de quitter la salle ensemble.

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