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« Les mots tuent »

Herzog appelle au civisme avant les élections, lors d’une cérémonie en l’honneur de Rabin

Le président s'engage à ne jamais libérer l'assassin Yigal Amir ; Netanyahu boycotte la cérémonie organisée en présence des chefs de Tsahal et du Shin Bet, ainsi que d'Eisenkot

Le président Isaac Herzog prend la parole lors d'une cérémonie commémorative officielle marquant le 31e anniversaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem, le 22 octobre 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le président Isaac Herzog prend la parole lors d'une cérémonie commémorative officielle marquant le 31e anniversaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem, le 22 octobre 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Jeudi, le président Isaac Herzog a pris la parole, lors d’une cérémonie commémorative nationale dédiée à Yitzhak Rabin, pour dénoncer le climat d’incitation à la haine et à la violence qui avait conduit à l’assassinat de l’ancien Premier ministre en 1995, un climat qui persiste encore aujourd’hui dans la société israélienne, à la veille d’élections décisives prévues mardi.

« Je suis ici pour lancer un message : les mots tuent », a déclaré Herzog dans un discours prononcé lors de cette cérémonie organisée à la résidence présidentielle. « C’est pourquoi nous devons tous – candidats, dirigeants, experts et commentateurs – peser nos mots avec soin. »

Et d’ajouter : « Je demande à tous les candidats, quels que soient leur parti, leur camp ou leur orientation, ainsi qu’à tous les citoyens, de se souvenir des dernières paroles de Rabin, qui sont également son testament : “La violence sape les fondements de la démocratie israélienne.” »

Cette cérémonie commémorative à la résidence de Herzog, suivie d’une cérémonie d’État au cimetière militaire du mont Herzl, a marqué le 31e anniversaire de l’assassinat de Rabin en 1995 par l’extrémiste juif d’extrême droite Yigal Amir, après sa participation à un grand rassemblement pour la paix sur la place des Rois d’Israël à Tel Aviv, rebaptisée depuis place Rabin.

Ce rassemblement avait été organisé malgré les menaces de mort pesant sur Rabin, afin de souligner l’opposition à la violence et de manifester le soutien de la population à ses efforts pour négocier la paix avec les Palestiniens.

Dans son discours, Herzog s’est également engagé à ne jamais libérer Amir, malgré les appels à la clémence lancés par l’extrême droite. Herzog devrait exercer ses fonctions de président jusqu’à la mi-2028, date à laquelle le pouvoir de grâce sera transféré à son successeur.

Herzog a évoqué un panneau routier qu’il aurait vu sur la Route 1 entre Tel Aviv et Jérusalem, appelant à la libération d’Amir.

« Le simple fait qu’un tel message puisse apparaître dans l’espace public et être accueilli avec indifférence devrait tous nous donner des insomnies », a-t-il lancé, rappelant que « le meurtrier ne doit jamais être libéré. Il doit passer le reste de sa vie en prison. »

Yitzhak Rabin lors d’une conférence de presse au siège du Parti travailliste le mercredi 24 juin 1992 à Tel Aviv, le lendemain de son élection au poste de Premier ministre. (Photo AP)

Ce jeudi marque, selon le calendrier hébraïque, l’anniversaire de cet assassinat survenu le 4 novembre 1995. Cette année, cet anniversaire tombe cinq jours avant les élections à la Knesset, qui auront lieu le 27 octobre. Pendant la campagne, Herzog a maintes fois mis en garde contre la violence politique.

« Trente et un ans après ce terrible assassinat, il y a encore en Israël des personnes qui osent proférer – et écrire sur leur clavier – des menaces effroyables visant à assassiner des élus, qu’il s’agisse du Premier ministre, des ministres, des députés de la Knesset ou des dirigeants politiques », a déploré Herzog. « La violence politique n’a pas sa place dans un pays civilisé. La violence n’a pas sa place, point final. »

Dalia Rabin, fille du défunt Premier ministre et ancienne femme politique, a pour sa part appelé les dirigeants à assumer la responsabilité du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et à ouvrir une enquête à ce sujet. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu refuse catégoriquement d’assumer la responsabilité des défaillances qui ont entouré cette attaque, et s’oppose aux appels en faveur de la création d’une commission d’enquête nationale sur ce pogrom.

« Nous traversons une période difficile, douloureuse et complexe, alors que nous sommes à la veille d’une élection, que nous pansons nos blessures de guerre et que l’avenir est incertain », a-t-elle affirmé, selon des informations relayées par les médias israéliens.

« Je me fais un devoir de m’exprimer avec dignité, pour exiger une enquête approfondie et pour en tirer les leçons et assumer nos responsabilités. Yitzhak Rabin savait assumer la responsabilité de chacun de ses actes. C’est ce qu’il nous a enseigné. »

Netanyahu absent de la cérémonie au mont Herzl ; Zamir et Zini sont présents

Rabin, né en 1922, a servi comme officier supérieur dans l’armée israélienne naissante pendant la guerre d’indépendance de 1948. Il a ensuite gravi les échelons pour devenir chef d’état-major de l’armée lors de la guerre des Six Jours de 1967. Il a occupé le poste de Premier ministre de 1974 à 1977, puis de nouveau de 1992 jusqu’à son assassinat.

Le président Clinton invitant le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, (à gauche) et le chef de l’OLP Yasser Arafat à se serrer la main dans la Chambre Est de la Maison Blanche, le 28 septembre 1995. Le président égyptien Hosni Mubarak est derrière Arafat. (Crédit : Doug Mills/AP)

Son deuxième mandat est principalement connu pour les accords d’Oslo de 1993, qui ont marqué le début du processus de paix israélo-palestinien, ont conduit à la création de l’Autorité palestinienne et ont entraîné le retrait de l’armée israélienne de certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Amir était farouchement opposé au processus d’Oslo. Rabin est l’unique Premier ministre de l’histoire d’Israël à avoir été assassiné.

De gauche à droite : le chef de l’armée israélienne Eyal Zamir, le chef de la police Danny Levy et le chef du Shin Bet David Zini assistent à une cérémonie commémorative officielle marquant le 31e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 22 octobre 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Lors de la cérémonie organisée au mont Herzl, où sont enterrés Rabin et son épouse Leah, plusieurs hauts responsables étaient présents – à l’exception de Netanyahu, qui, depuis 2019, n’a pas assisté à cette cérémonie. Netanyahu, au moment de l’assassinat de Rabin, était chef de l’opposition ; ses détracteurs lui reprochent d’avoir contribué au climat d’incitation à la haine qui a conduit à ce meurtre. Netanyahu a vigoureusement nié ces accusations.

Jeudi, étaient présents Herzog, la ministre des Sciences et de la Technologie Gila Gamliel, le président de la Cour suprême Isaac Amit, le chef d’état-major de l’armée israélienne Eyal Zamir, le chef de la police Danny Levy et le chef du Shin Bet David Zini. Gadi Eisenkot, le principal candidat de l’opposition, se trouvait également sur place, à l’instar de Yair Golan, chef du parti HaDemocratim, un mouvement issu du Parti travailliste de Rabin.

Les arrière-petits-enfants de Rabin ont également assisté à la cérémonie.

Golan : le Premier ministre « crée les conditions propices à l’émergence d’un nouveau Yigal Amir »

Lors d’une autre cérémonie organisée sur la place Rabin à Tel Aviv, théâtre de l’assassinat, Yair Golan a accusé Benjamin Netanyahu de créer les conditions propices à un nouvel assassinat politique.

« Il est effrayant de constater que, 31 ans après l’assassinat de Rabin, ce même Premier ministre, qui attise les tensions, prépare aujourd’hui les conditions propices à l’émergence d’un nouveau Yigal Amir », a indiqué Yair Golan lors du dépôt de gerbe, durant la cérémonie.

Le président du parti HaDemocratim, Yair Golan, des membres du parti et des citoyens assistent à une cérémonie commémorative marquant le 31e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, sur le lieu même où il a été assassiné, sur la place Rabin, à Tel Aviv, le 22 octobre 2026. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous nous relèverons, et nous reconstruirons Israël conformément à l’esprit de la Déclaration d’indépendance », a-t-il ajouté, s’engageant à bâtir un « État libre, juif, égalitaire et démocratique ».

Golan lui-même a fait l’objet d’une série de menaces de mort ces derniers mois, ce qui a poussé son parti à saisir la Haute Cour de justice pour réclamer une protection de l’État. Dans sa requête, le parti a fait état de dizaines de menaces à son encontre et à celle de sa famille, notamment des appels à ce qu’il reçoive « une balle dans la tête » et à ce que sa famille soit pendue.

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