Le théâtre de l’absurde a encore de beaux jours devant lui
Au menu : une jeunesse française en mal d'inspiration (musicale), une France aussi désavouée par les Palestiniens et un Premier ministre israélien qui refuse de reconnaître des échecs retentissants évidents
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Cet édito a été envoyé lundi, quelques minutes avant l’annonce de Benny Gantz, aux membres de la communauté du Times of Israël. Si vous souhaitez recevoir ces éditos dès leur publication, rejoignez notre communauté en cliquant ici.
Sorti le 7 juillet dernier, le morceau « M*R*H », en référence à Mohamed Merah, terroriste antisémite qui a assassiné sept personnes en mars 2012, est rapidement devenu un cri de ralliement pour certains jeunes participant aux émeutes urbaines en France. Son auteur, un rappeur français qui se fait appeler Boro700 et qui cultive le mystère autour de son identité en dissimulant systématiquement son visage sous une cagoule blanche, fait notamment référence au djihadiste qui a tué le militaire Imad Ibn-Ziaten, 30 ans, le 11 mars 2012 à Toulouse, puis les parachutistes Abel Chennouf, 25 ans, et Mohamed Legouad, 23 ans, le 15 mars à Montauban. Le 19 mars, il avait ensuite assassiné à l’école juive Ozar HaTorah de Toulouse Jonathan Sandler, 30 ans, ses fils Arié et Gabriel, âgés de cinq et trois ans, ainsi que Myriam Monsonégo, huit ans.
Disponible sur l’ensemble des plate-formes de streaming (Spotify, Deezer, Apple Music, y compris la chaîne YouTube de Boro700), le morceau de rap qui évoque les attentats du Bataclan et le dictateur nazi Adolf Hitler, a cumulé en seulement quelques semaines des centaines de milliers d’écoutes. Ciblé par le rappeur, l’actuel maire de Nice Éric Ciotti n’a eu d’autre choix que de saisir la justice en août dernier.
Et l’on comprend aisément pourquoi quand on lit ces paroles entonnées par des mineurs qui se filment depuis des lycées ou des églises :
[Intro]
Grr, grr
Boro700
[Couplet 1]
J’ai pas peur, j’ai pas peur de l’enfer, le pacte est intact, à part Allah qui peut m’arrêter
Bataclan, faisaient les morts, allongez-vous, je vais en shooter à l’œil
J’baise la femme à Estrosi et Ciotti, allumer sept terrasses, on est dans les tranchées
Les protestants se prennent pour la BAC, qui t’a dit de t’imposer sur ma route ?
J’lui ai mis dans le cul comme on l’a mis à ****, soyez pas offusqués, c’est un fait
J’ai choqué mon Dieu et mon vieux, va te faire foutre, mes paroles sont vraies
Munkar, Munkar, dis-moi, dis-moi, est-ce que ces paroles en valent la peine ?
Les djinns qui reviennent, paroles, Sheitan toque à ma porte, ce que m’a dit l’escort
J’t’ai troué la chatte, tu fais des rappels, je lui redis : « T’es con », mais t’es pas débile
Descente en Turquie, refais ton fiak, fais-en un pack, et ensuite on bouge
Gros, entre Satan et moi, connexion électrique, j’l’ai vis-ser un à un, j’ai pas eu le trac
Que des comiques, c’est que du toc, ils braquent, ils braquent, mais que ils sont broke
[Refrain]
À la Mohamed Merah, v-esqui’ les caméras
Bataclan, je l’ai shooter à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam
Gros, en enfer, ma tête a une prime, j’suis déchaîné comme un chien de l’enfer
Dis à ton rappeur de me laisser faire, malheur à lui s’il veut pas coopérer, gros, j’lui ferai une Adolf Hitler
[Couplet 2]
BNP, call pour des cash, je t’ai dit, mon avenir à Bali, je l’ai prédit
Bah ouais, déjà sa baise à l’église, apparemment, ce n’est pas fait pour prêcher
Cette conne, elle a pas parlé chi-chi, les calas pas, là-bas, ils sont ché-chés
Je distribue des paroles haram, auditeur en sueur, j’en ai fait un-
[Refrain]
À la Mohamed Merah, v-esqui’ les caméras
Bataclan, je l’ai shooter à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam
Gros, en enfer, ma tête a une prime, j’suis déchaîné comme un chien de l’enfer
Dis à ton rappeur de me laisser faire, malheur à lui s’il veut pas coopérer, gros, j’lui ferai une Adolf Hitler
À la Mohamed Merah, v-esqui’ les caméras
Bataclan, je l’ai shooté à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam
Gros, en enfer, ma tête a une prime, j’suis déchaîné comme un chien de l’enfer
Dis à ton rappeur de me laisser faire, malheur à lui s’il veut pas coopérer, gros, j’lui ferai une Adolf Hitler
[Outro]
Bang, bang, bang
Boro700
Skrt, skrt
Bang, bang
Boro700, qui affiche bizarrement près de 500 000 écoutes par mois sur la plate-forme Spotify doit donc être jugé ce mercredi devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris pour « apologie du terrorisme », « apologie de crime contre l’humanité » et « menace de mort sous condition ». Pourra-t-il se présenter derrière son masque lors de l’audience alors que le chanteur britannique Boy George reçoit des menaces de mort pour son soutien à Israël, que ces mêmes plate-formes de streaming refusent de diffuser sa chanson intitulée « We Will Dance Again » qui rappelle qu’il n’y a pas eu de « génocide » à Gaza, — cette accusation qui a largement séduit les partisans pro-Palestiniens et anti-Israël, dont la Sud-Africaine Navi Pillay, récipiendaire du prix Nobel… de la Paix ou encore l’eurodéputée de la France insoumise (LFI) Rima Hassan, jugée elle ce lundi pour apologie du terrorisme en raison d’un tweet, depuis supprimé, qui reprenait les mots de Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat meurtrier de 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv qui avait fait 26 morts et 80 blessés. Le 7 octobre dernier, Rima Hassan a par ailleurs reconnu avoir renversé le drapeau israélien lors d’une exposition organisée au Parlement européen en mémoire du troisième anniversaire du pire pogrom depuis la Shoah.
« Qu’on nous laisse tranquilles » !
Autre absurdité récente : une dépêche de l’AFP concernant les grandes « révélations » de Mediapart sur d’anciens écrits antisémites de Jordan Bardella qui ébranlent, selon l’agence de presse, les Français juifs, en mettant à mal la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national (RN)… Ce à quoi la présidente de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), Léa Hanoune, a répondu : « on ne tombe pas de (sa) chaise. Une preuve de plus, s’il en fallait, que l’extrême droite n’a pas changé ! ».
Et Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié (FSJU), de conclure : « Les Français juifs représentent moins de 1 % de la population qui ne vote ni d’une seule voix ni pour un seul camp. Nous ne sommes ni un électorat à instrumentaliser, ni un argument à dégainer. Qu’on nous laisse tranquilles ».
Quant à la France, elle se retrouve désavouée par une partie de sa jeunesse, qui officiellement excédée par le manque de moyens qui lui sont consacrés, a cru bon de s’en prendre à ces moyens justement en ciblant ses propres établissements scolaires dans des scènes de chaos dignes de guérilla. Ces mouvements qui visent aussi la vie chère ont largement dégénéré en violentes émeutes urbaines mêlant agressions, pillages en bande et graves dégradations alors que l’on peut voir de temps à autre des rappels d’amalgames odieux lorsqu’un homme, qui se cache lui aussi derrière une cagoule blanche, se fait fièrement photographier avec une pancarte apparemment adressée à la police où l’on peut lire « arrêtez de nous gazer, nous sommes pas des Juifs » au milieu de nombreux drapeaux palestiniens en tout genre ou d’une Greta Thunberg tout aussi absurde qu’hilare, flanquée d’un keffieh, venue se mêler à la meute tout en prédisant « bismillah, c’est les ténèbres ».
La France a aussi été désavouée par les Palestiniens, dont elle a pourtant reconnu l’État en septembre 2025. La reconnaissance de l’État palestinien n’était certes pas conditionnée à la tenue d’élections mais Paris avait fait de nombreuses déclarations en faveur de la tenue de ces élections qui ont une nouvelle fois été reportées avec l’aval du Hamas, qui de son côté menace en toute impunité les commerçants qui refusent de lui verser 10 000 de shekels par camion de marchandises.
Autre absurdité grotesque : comment Benjamin Netanyahu, le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire du pays peut-il, sciemment déclarer, et ce à d’innombrables reprises, n’avoir rien à voir avec les échecs retentissants du 7-Octobre alors qu’il cumule près de 19 années au pouvoir depuis 1996, presque sans interruption (1996-1999 : premier mandat; 2009-2021 : retour au pouvoir, pendant plus de douze ans consécutifs; depuis le 29 décembre 2022 : il dirige un sixième mandat) et ce, après l’interview glaçante de son ex-secrétaire Avi Gil ?
Comment peut-il refuser sciemment la création d’une commission sur le 7-Octobre ?
Comment peut-on prétendre, malgré les nombreuses vidéos à l’appui, qu’il n’existe pas de « preuves convaincantes » d’une violente agression perpétrée par des résidents d’implantation radicaux contre des diplomates européens en Cisjordanie et une photographe du Washington Post, mais dire qu’il s’agirait en fait d’une « campagne de dénigrement coordonnée »… Après tous les actes de violence inouïs, incluant incendies de maison, vol de biens, vol de bétail, jets de pierre, agressions verbales physiques, siège de maisons, grafitti et j’en passe, menés essentiellement durant Shabbat par ces extrémistes flanqués de kippa et de tzitzit et qui font honte aux valeurs du judaïsme, peut-il sciemment minimiser leur ampleur et dire qu’il s’agit simplement d’une poignée de délinquants ?
Comment dimanche, à seulement neuf jours des élections législatives du 27 octobre, le gouvernement a approuvé 2,6 milliards de shekels de coupes budgétaires généralisées dans les budgets des ministères, pour financer des achats urgents dans le domaine de la défense, tout en laissant intacts les fonds de la coalition…
Mais malgré tout cela, j’ai bien peur que Benny Gantz ait raison : « Seul un gouvernement d’union sioniste, réunissant les deux camps, peut faire face à l’Iran, à la conscription [des ultra-orthodoxes réfractaires] et à la réparation des fractures sociales », a ainsi déclaré l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et chef du parti Kakhol Lavan.
Ni les partis à majorité arabe, ni la plupart des factions ultra-orthodoxes qui jouissent d’une capacité de mobilisation inégalable, ne se revendiquent du sionisme.
« Si un gouvernement d’union nationale n’est pas formé à l’issue des prochaines élections et que les deux camps ne collaborent pas, ils nous feront revivre un nouveau 7-Octobre. »
Tout au long de sa campagne électorale, Gantz a refusé de s’aligner sur les blocs pro- ou anti-Netanyahu. Il se situe toutefois bien en dessous du seuil électoral minimum dans les sondages et ne devrait donc pas faire son retour à la Knesset mais n’empêche qu’il a raison. Afin d’éviter les scrutins à répétition, le prochain gouvernement – s’il y en a un et au vu des sondages ce n’est vraiment pas gagné – doit s’appuyer sur la plus large majorité possible pour prétendre à la plus large légitimité possible. Mais à une seule condition : Netanyahu doit partir, 7-Octobre oblige. Et comme il l’avait lui-même dit au chef de gouvernement Ehud Olmert empêtré dans des affaires de corruption : halas !
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