Ces propos ont été recueillis le 4 octobre 2026.
Trois ans après le pogrom du 7-Octobre, Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, multiplie les prises de parole dans les cimetières et les salles de conférence. Dimanche, après une série d’entretiens avec les médias, il a assisté à une cérémonie en mémoire du capitaine Omer Neutra, commandant de char du 77e bataillon, tombé au combat trois ans plus tôt et dont la dépouille a été emportée à Gaza. Le soir même, Eisenkot s’est exprimé devant 1 200 personnes lors d’un meeting électoral à Ramat Gan.
Comment passe-t-on, en l’espace de quelques heures, de la définition d’un avenir politique au souvenir d’une catastrophe nationale, puis d’un éloge funèbre aux éléments de langage d’une campagne électorale ?
Pour Eisenkot, ces transitions brutales ne se résument pas à une question d’emploi du temps. Entré en politique quatre ans plus tôt et devenu un père endeuillé deux mois après le début de la guerre du 7-Octobre, il incarne jusque dans sa chair et son âme le profond tiraillement de toute la société israélienne, entre un deuil qui refuse de s’apaiser et l’impérieuse nécessité d’aller de l’avant et de mener un combat politique au nom de ses principes.
De nombreux observateurs étrangers connaissent mal l’histoire personnelle tragique d’Eisenkot. Ils ignorent que le 7 décembre 2023, son cinquième enfant, Gal, un soldat de 25 ans de l’unité de commandos d’élite Maglan, a été tué au combat dans le nord de la bande de Gaza. Eisenkot siégeait alors comme « observateur » au sein du cabinet de guerre restreint de cinq membres, chargé des décisions les plus lourdes de conséquences pour la sécurité d’Israël. Eisenkot faisait partie du cercle très restreint des dirigeants qui pilotaient la campagne militaire au cours de laquelle son propre fils a été tué. Difficile d’imaginer drame personnel et politique plus douloureux.
Au troisième jour de la période traditionnelle du deuil juif, la shiva, a-t-il raconté au Times of Israel lors de notre entretien, un ministre du gouvernement est venu lui présenter ses condoléances et lui a indiqué, presque en passant, que le cabinet était sur le point de tenir une réunion opérationnelle cruciale. Eisenkot a alors quitté son domicile, pris sa voiture et rejoint les autres membres du cabinet autour de la table.
C’est à cet instant, quelques jours seulement après cette terrible perte, qu’il a décidé de poursuivre son engagement politique.
« Je ne peux pas revenir en arrière », dit-il doucement. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour être à la hauteur du lourd tribut payé par Gal. »
Eisenkot est entré en politique en août 2022, en rejoignant le parti HaMahane HaMamlahti dirigé par Benny Gantz, auquel il avait succédé au poste de chef d’état-major de Tsahal. Né à Tibériade de parents immigrés marocains, Eisenkot était encore un bébé lorsque sa famille s’est installée à Eilat, la ville la plus au sud d’Israël. Il a grandi loin du centre du pays, s’est engagé dans la brigade Golani à 18 ans et a mené une carrière militaire de 41 ans, avant de finir par s’installer à Herzliya, ville du centre du pays.
« Je ne peux pas revenir en arrière. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour être à la hauteur du lourd tribut payé par Gal ».
S’il est élu, il deviendrait le premier Premier ministre israélien d’origine mizrahi [issu d’une famille juive du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord]. Il a toutefois rarement mis en avant ses origines mizrahi, que ce soit pendant sa longue carrière militaire ou depuis son entrée en politique. Du moins jusqu’à récemment.
L’électorat du Likud, le parti au pouvoir, est notoirement bien plus composé de Mizrahim que d’Ashkénazes (Juifs d’Europe), et pour la première fois, Eisenkot semble avoir pris conscience de la nécessité de jouer activement la carte démographique pour attirer les électeurs. L’exercice reste délicat. Son équipe de campagne cherche quotidiennement le ton juste pour aborder le clivage ethnique sans paraître condescendante.
Depuis plusieurs mois, Eisenkot devance le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans les sondages sur la personnalité jugée la plus apte à diriger le pays. Une enquête de la chaîne publique Kan réalisée en début de semaine le plaçait en tête avec 41 % contre 38 % pour Netanyahu, tandis qu’un sondage publié quelques jours auparavant par le Maariv lui accordait une avance de 44 % contre 38 %. Sa campagne insiste sur la constance de cet avantage et souligne qu’au cours des dix dernières années, aucun adversaire n’avait régulièrement devancé Netanyahu lorsque les électeurs étaient invités à désigner le candidat « le plus apte » à diriger le pays.
Mais ce capital de confiance, qu’il espère transformer en victoire électorale, ne lui assure pas encore une majorité parlementaire solide de 61 sièges. Le bloc qu’il dirige, couvre l’ensemble de l’échiquier politique, de la droite à la gauche, tandis que son parti Yashar ! occupe une position proche du centre. À trois semaines du scrutin, aucune voie claire ne lui permet toutefois de former un gouvernement et la perspective d’une nouvelle impasse politique pèse sur les élections. Eisenkot ne cherche pas le soutien des deux partis à majorité arabe. Il refuse tout autant un scénario dans lequel Netanyahu resterait au pouvoir comme Premier ministre par intérim alors même que le bloc opposé à ce dernier aurait remporté davantage de sièges.
Au cours de ce long entretien avec le Times of Israel, mené en hébreu, Eisenkot dresse un réquisitoire politique implacable contre Netanyahu. Il le qualifie « d’anti-dirigeant » et revient sur les moments précis où, au sein du cabinet de guerre, il a définitivement perdu confiance dans le Premier ministre. Il expose également ce qu’il ferait autrement. Il entend lutter résolument contre le terrorisme juif, redéfinir les relations avec l’Autorité palestinienne, abroger plusieurs lois controversées, élargir le service national obligatoire et tenter de faire avancer de vastes accords régionaux sous l’égide des États-Unis.
Lorsqu’on lui demande comment le pays peut enfin commencer à guérir du traumatisme du 7-Octobre, Eisenkot revient sans cesse sur deux exigences, assumer ses responsabilités et montrer l’exemple.
« Ces élections nous placent devant un choix entre la responsabilité et la fuite devant les responsabilités », affirme-t-il.
Ci-dessous, une transcription légèrement remaniée de l’entretien.
Times of Israel : Si vous êtes élu Premier ministre, vous assumerez cette fonction en tant que père ayant perdu son fils au combat. L’ancien Premier ministre Ariel Sharon avait perdu un jeune fils, tué accidentellement par un coup de feu au domicile familial. Votre situation est toutefois sans précédent puisque votre fils est tombé au combat alors même que vous siégiez au gouvernement. Quel effet ce traumatisme aurait-il sur votre jugement à la tête du pays ?
Gadi Eisenkot : La question s’est posée dès le début de la guerre. Ce dilemme apparent était déjà présent lors des premières réunions du cabinet de guerre [après l’invasion et le pogrom perpétrés le 7 octobre 2023 par le groupe terroriste palestinien du Hamas], car je savais que mon fils participait aux combats. Mais après avoir envoyé des soldats accomplir des missions extrêmement dangereuses pendant 41 ans, il ne m’est jamais venu à l’esprit que cela puisse peser sur mes décisions.
Après le 7-Octobre, j’ai estimé que l’État d’Israël avait subi un préjudice si grave que, faute de porter un coup décisif au Hamas, nous n’aurions plus aucun avenir au Moyen-Orient.
Pendant la shiva, vous avez quitté votre domicile pour participer à une importante réunion sur la sécurité. Comment votre famille a-t-elle réagi ?
Ma famille a compris. Je lui ai expliqué pourquoi je devais y aller. Cette perte nourrit en moi un engagement plus fort encore pour l’avenir, au-delà même de celui qui a guidé toute ma vie militaire.
« Si, Dieu nous en préserve, la coalition de droite actuelle l’emporte de nouveau, elle entraînera Israël sur des voies sombres qui se dessinent déjà sous nos yeux. »
Ma famille aussi me demande pourquoi j’ai besoin de tout cela [la politique]. « Tu as déjà occupé des fonctions importantes, tu as fait ta part, servi le pays et payé un prix terrible. Tu pourrais simplement reprendre le cours de ta vie. »
Mais, sans aucune exagération, l’État d’Israël se trouve à un tournant historique. Si le changement auquel je crois se produit, le pays prendra la direction qui doit être la sienne, celle d’un État juif, démocratique, libéral et fort, qui souhaite pleinement appartenir au concert des nations.
Si, Dieu nous en préserve, la coalition de droite actuelle l’emporte de nouveau, elle entraînera Israël sur des voies sombres qui se dessinent déjà sous nos yeux. Le pays deviendra moins démocratique, moins libéral et, à mes yeux, moins juif.
Quiconque souhaite imposer la pleine souveraineté israélienne à l’ensemble de la Judée et de la Samarie [Cisjordanie] et intégrer 2,8 millions de Palestiniens supplémentaires à Israël met en péril le projet sioniste et la majorité démographique juive. Quiconque cherche à affaiblir la Cour suprême et à écraser le système judiciaire met en péril la démocratie.
Ces élections portent donc fondamentalement sur l’avenir de l’État d’Israël. C’est ce qui me pousse, du matin au soir, à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour l’emporter et empêcher Netanyahu et sa coalition de bâtir un État guidé par l’idée qu’Israël serait « un peuple qui demeure à part ».
Votre campagne paraît souvent très prudente. À Jérusalem, par exemple, vous êtes à peine visible. Vous donnez l’impression de redouter la moindre erreur et de voir vos propos détournés puis retournés contre vous par vos adversaires. Le défi est d’autant plus difficile que vous affrontez un homme qui, pour presque toute une génération d’Israéliens, est le seul Premier ministre qu’elle ait connu.
C’est difficile, car la société israélienne est traversée par un débat profond sur les questions fondamentales et sur l’identité même de l’État. Ce contexte ramène inévitablement la discussion sur le terrain où Netanyahu se sent le plus à l’aise et qui consiste à faire peur à la population, attiser la haine entre les différentes composantes de la société et des fractures identitaires internes.
Il ne faut pas oublier que j’ai fondé un parti politique il y a seulement douze mois, avec six personnes. Depuis, nous avons parcouru beaucoup de chemin et sommes aujourd’hui en tête des sondages. Je ne baisse pas la garde pour autant. L’avenir du pays m’inquiète profondément et c’est précisément cette inquiétude qui me pousse à tout faire pour gagner.
Je suis parfaitement conscient qu’une génération entière a grandi ici avec Benjamin Netanyahu à la tête du pays depuis une trentaine d’années.
Depuis l’époque où il dirigeait l’opposition face à Yitzhak Rabin jusqu’à la campagne qu’il mène aujourd’hui contre moi, Netanyahu ressasse les trois mêmes arguments.
Il affirme d’abord que lui seul serait capable de garantir la sécurité, alors que le 7-Octobre a révélé l’ampleur de son échec.
Il prétend ensuite que mon arrivée au pouvoir conduirait à la création d’un État palestinien. C’est pourtant lui qui considérait Yasser Arafat comme un véritable ami, qui a cédé 11 % du territoire dans le cadre du mémorandum de Wye River, restitué une partie de Hébron et pris publiquement, à quatre reprises, l’engagement de créer un État palestinien.
Enfin, il affirme que je m’allierais à [Mansour Abbas, chef du parti islamiste Raam], alors qu’il a lui-même tout fait pour le courtiser et l’attirer dans sa coalition [en 2020].
Netanyahu instrumentalise les peurs profondes de la population juive israélienne, considérablement renforcées par le 7-Octobre. Nous ne devons pas le laisser entretenir ce climat de peur et de mensonge qu’il a instauré. C’est ce qui nourrit en moi une détermination farouche et un immense sens des responsabilités.
On me dit qu’il est très populaire auprès des jeunes. Pourtant, les sondages me placent aujourd’hui en tête auprès de cette tranche d’âge. Depuis deux mois, je le devance également lorsqu’on demande aux électeurs qui ils préfèrent au poste de Premier ministre. J’ai examiné les données des trente dernières années. Jamais un candidat n’avait réussi à le devancer ainsi à seulement un mois des élections.
Il ne faudrait toutefois sous-estimer ni son expérience, ni son habileté politique, ni sa grande aptitude à manipuler l’opinion publique israélienne.
Sa fonction lui assure aussi une place centrale dans chaque événement national. Une catastrophe est évitée de justesse à bord d’un avion de flydubai et il s’empresse d’accueillir sur le tarmac ceux qui ont empêché le drame. Comment rivaliser avec l’avantage considérable que lui confère le pouvoir ?
Je multiplie les entretiens pour expliquer aux Israéliens que c’est précisément cette culture du mensonge qui a entraîné leur pays dans une telle situation.
Un dirigeant se juge à ses résultats. Netanyahu a conduit Israël à la plus grave catastrophe de son histoire depuis la création de l’État. Il a ensuite défini les objectifs de la guerre, mais aucun n’a été atteint, à l’exception du retour des otages, obtenu en grande partie grâce au président américain Donald Trump. Netanyahu s’était lui-même opposé à ces accords.
J’ai siégé à ses côtés au cabinet de guerre et je l’ai vu torpiller ces accords. C’est précisément ce qui m’a conduit à quitter le gouvernement au bout de huit mois.
L’incident de l’avion de flydubai en offre un exemple parfait. Netanyahu part d’une défaillance majeure du dispositif de sécurité, dont les conséquences dramatiques n’ont été évitées que grâce au courage exceptionnel de passagers israéliens et d’un pilote indien, puis l’exploite sans vergogne pour se mettre en scène à l’occasion d’une séance photo.
« Netanyahu est un anti-dirigeant. Toute ma vie, je me suis imposé une règle. En cas d’échec, on se place en première ligne, on enquête et on assume l’entière responsabilité. En cas de réussite, on en attribue le mérite aux autres. Lui fait systématiquement l’inverse. »
Netanyahu est à mes yeux, un anti-dirigeant. Toute ma vie, je me suis imposé une règle fondamentale en matière de leadership. En cas d’échec, un chef se place en première ligne, enquête et assume l’entière responsabilité. En cas de réussite, il en attribue le mérite aux autres. Netanyahu fait systématiquement l’inverse.
Au lieu de limoger la ministre des Transports, d’agir et d’instituer une commission d’enquête, il se dérobe à ses responsabilités.
Demandez-vous le licenciement de la ministre des Transports, Miri Regev ?
Oui, sans réserve. Les défaillances de son ministère se succèdent. L’incident de flydubai est le symptôme d’un système bien plus largement défaillant, dans lequel sont nommés des personnes sans compétences, des proches du pouvoir, des membres de la commission centrale du Likud et des individus médiocres, totalement incapables de remplir leurs fonctions.
Si un responsable sérieux et compétent avait été aux commandes [du service chargé de contrôler les pilotes des compagnies aériennes étrangères], le travail aurait été correctement accompli.
Le chef du Shin Bet, David Zini, devrait-il également démissionner à cause de cet incident ?
Il faut établir précisément ce qui relevait du Shin Bet et ce qui relevait du Mossad. À ce stade, je ne sais pas encore très bien à qui incombe la responsabilité finale. Le partage de leurs compétences n’a été défini qu’il y a un an et j’ignore les dispositions exactes arrêtées par le Conseil national de sécurité.
Vous ne demandez donc pas le limogeage de David Zini ?
Je demande que les faits soient immédiatement examinés et qu’une enquête approfondie soit menée.
Après le 7-Octobre, j’ai publiquement demandé au chef du Shin Bet, au chef d’état-major de Tsahal, au Premier ministre et au ministre de la Défense de démissionner, alors même que les deux premiers comptent parmi mes amis les plus proches. Je les aime et les respecte tous les deux. Mais si l’amitié devait l’emporter sur le devoir de rendre des comptes, la notion même de responsabilité n’aurait plus aucun sens. Netanyahu l’a vidée de toute substance.
Ces élections portent donc aussi sur la culture politique et la voie que choisira l’État d’Israël, sur notre identité collective et sur le type de dirigeants que nous voulons. Voulons-nous des dirigeants capables d’aligner des slogans bien rodés, mais qui échouent chaque fois qu’ils sont jugés sur leurs résultats ?
Il y a exactement quatre ans, Netanyahu s’est présenté devant la Knesset avec assurance et a énuméré ses objectifs. Il promettait une normalisation avec l’Arabie saoudite, la relance de l’économie, le recul de la criminalité et une réponse à la menace iranienne.
En matière de sécurité intérieure, il nous a conduits dans une situation désastreuse. Des succès opérationnels considérables ont certes été obtenus face à l’Iran, mais les objectifs plus généraux de la guerre ne l’ont jamais été.
J’ai salué ces opérations et ces missions militaires au moment où elles ont été menées. Mais, encore une fois, un dirigeant se juge en définitive à ses résultats, et à cet égard, Netanyahu a échoué.
Lorsque vous avez rejoint le gouvernement d’urgence après le 7-Octobre, vous avez contribué dans une certaine mesure à le stabiliser. Imaginons qu’après les prochaines élections, le pays se retrouve de nouveau dans une impasse politique et que le président Isaac Herzog vous propose un accord de rotation. Vous exerceriez les fonctions de Premier ministre pendant les deux premières années, Netanyahu serait gracié dans le cadre de ses procès pour corruption et deviendrait ministre de la Défense, avant de vous succéder. Que feriez-vous ?
Je suis prêt à faire beaucoup pour sortir le pays de l’impasse politique et permettre son rassemblement. C’est, à mes yeux, la condition la plus importante pour pouvoir avancer.
Mais Netanyahu se présente dans chacun de ses entretiens en anglais comme le « commandant en chef ». Celui qui revendique ce titre doit aussi répondre de son échec catastrophique. Après le désastre du 7-Octobre, Netanyahu n’est tout simplement pas digne d’occuper les fonctions de ministre de la Défense.
Mais envisagez-vous réellement ce scénario, compte tenu de l’impasse qui ressort actuellement des sondages ?
Mon objectif est de le battre sans ambiguïté dans les urnes et de provoquer son retrait de la vie politique. C’est là, à mes yeux, que commencera la guérison de l’État d’Israël.
Je ne le hais pas et ne suis animé par aucun désir de vengeance. Je considère simplement qu’il a échoué.
Personne n’imaginerait que l’ancien chef du Shin Bet Ronen Bar ou l’ancien chef d’état-major Herzi Halevi reprennent du service après le 7-Octobre. Qui aurait pu envisager le retour de Golda Meir au poste de Premier ministre après la guerre de Yom Kippour en 1973 ? Ce serait inconcevable.
Avec quels partis seriez-vous disposé à coopérer pour réunir une majorité de 61 sièges à la Knesset ?
La base est constituée de nos quatre partis : Beyahad de Naftali Bennett, Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, HaDemocratim de Yaïr Golan et mon parti, Yashar !
Tout autre parti souhaitant rejoindre notre coalition devra satisfaire à quatre conditions strictes. Il devra reconnaître Israël comme un État juif et démocratique, adhérer aux valeurs fondatrices de la Déclaration d’Indépendance, accepter l’obligation pour tous d’accomplir un service militaire ou civil et reconnaître que le Hamas est une organisation terroriste.
Tout parti qui accepte ces conditions pourra devenir notre partenaire.
Le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah est-il également invité ?
Si seulement un parti haredi acceptait ces conditions et disait « Voyons maintenant comment mettre concrètement en œuvre la conscription », ce serait une avancée considérable ! Nous pourrions alors nous asseoir autour d’une table et en examiner le « comment ».
Rencontrez-vous des représentants des partis haredim ?
J’ai rencontré des représentants de la faction Degel HaTorah [de Yahadout HaTorah] il y a trois mois. Je ne les ai pas revus depuis.
Se rapprochent-ils de vos positions ?
Ils disent exactement le contraire. Aujourd’hui, le député Meir Porush, de la faction Agudat Yisrael [également membre de Yahadout HaTorah], a déclaré qu’ils resteraient réfractaires au service militaire, affirmant qu’ils préféraient « mourir plutôt que de servir dans l’armée ». Ce comportement n’a rien de juif. Il est totalement illogique et ne saurait être accepté.
Le général de division (Rés.) Nitzan Alon, ancien commandant de la cellule de renseignement chargée de localiser les otages, et le général de brigade (Rés.) Dror Shalom, chef du Bureau politico-sécuritaire du ministère de la Défense, ont récemment affirmé qu’il aurait été possible de ramener les otages bien plus tôt sans renoncer aux acquis militaires stratégiques.
Ils ont tous deux raison.
Comment avez-vous vécu cette situation de l’intérieur, au sein du cabinet de guerre ?
Le premier accord majeur a été conclu le 24 novembre 2023. Il prévoyait la libération de 104 civils israéliens en échange de 240 Palestiniens qui n’avaient pas commis d’infractions graves, principalement des femmes et des mineurs.
Le dernier jour, le Hamas a voulu dissimuler les jeunes Israéliennes qu’il détenait et refuser leur libération. Il avait à cela une raison sinistre, liée aux violences sexuelles.
Lorsque la question a été soumise au cabinet, une vive dispute a éclaté. Malheureusement, j’étais la seule voix à prôner que plutôt que d’essayer de donner une leçon au dirigeant du Hamas [de l’époque, Yahya] Sinwar et de lui dire que si les femmes n’étaient pas libérées d’ici demain, nous reprendrions les combats, concentrons-nous sur la poursuite de cet accord.
Je voulais faire libérer tous les blessés, dont Hersh Goldberg-Polin, ainsi que les otages âgés. J’ai dit « Poursuivons dans cette voie, faisons-en sortir dix, vingt ou trente de plus et, ensuite, reprenons les combats. »
L’ensemble du cabinet s’y est malheureusement opposé. En toile de fond, il y avait [Itamar] Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, qui menaçait de faire tomber le gouvernement « si [Netanyahu] ne reprenait pas la guerre dans les dix jours ».
L’épisode suivant a constitué, à mes yeux, une véritable trahison. Le 27 mai 2024, Netanyahu a soumis au cabinet un projet d’accord sur la libération des otages et nous a demandé de le soutenir. Nous avons tous voté en sa faveur, Netanyahu compris.
Deux jours plus tard, le projet a fait l’objet de fuites dans la presse, où ses relais politiques l’ont présenté sous un jour défavorable. Netanyahu a alors publiquement condamné l’accord qu’il avait lui-même soumis au vote, affirmant soudain qu’il était mauvais.
Quelques jours plus tard, le président Joe Biden en a publiquement présenté les grandes lignes. J’ai d’abord cru à une manœuvre habile de Netanyahu, qui aurait choisi de dévoiler le projet par l’intermédiaire des Américains. Il est ensuite apparu que les Américains avaient démasqué son bluff. En réalité, Netanyahu ne voulait pas de l’accord-cadre qu’il avait lui-même proposé et s’employait activement à le saboter.
« Des femmes et des enfants ont été enlevés sous son mandat, et il a délibérément refusé de faire le nécessaire pour les ramener. »
Ce fut la goutte d’eau. J’ai décidé de quitter le gouvernement parce que j’avais entièrement perdu confiance en lui. Des femmes et des enfants ont été enlevés sous son mandat, et il a délibérément refusé de faire le nécessaire pour les ramener. Même lorsqu’il a présenté un accord que nous avons ensuite approuvé, il a manœuvré en coulisses contre notre décision. Une telle conduite est absolument inacceptable.
Que feriez-vous différemment face aux violences commises par des Juifs en Cisjordanie ? Vous avez commandé la division de Judée-Samarie durant la période dite de la « tonte de la pelouse », après l’opération Bouclier défensif, au début des années 2000. Vous avez alors mené un combat intensif contre le terrorisme palestinien.
Nous avons vaincu les auteurs d’attentats-suicides [de la Seconde Intifada]. À la fin de l’année 2004, nous avions défait ce terrorisme.
Mais aujourd’hui, vous êtes confronté à la situation inverse, celle du terrorisme juif contre les Palestiniens. En quoi votre action différerait-elle de celle du gouvernement actuel ?
Pour préserver sa coalition, Netanyahu a systématiquement démantelé les moyens dont disposait l’armée pour exercer son autorité en Judée-Samarie. Le Shin Bet, la police, l’Administration civile et Tsahal constituaient les quatre piliers de ce dispositif. Il en a soustrait l’Administration civile pour la confier à [Bezalel] Smotrich [qui occupe également un poste ministériel au sein du ministère de la Défense], puis placé la police sous l’autorité de Ben Gvir. L’ensemble du dispositif s’est alors effondré.
C’est la raison pour laquelle l’anarchie règne aujourd’hui en Judée-Samarie. Des centaines de Juifs armés y circulent et se livrent à des violences avec la complaisance du gouvernement.
Deux conceptions s’affrontent au sujet de la Judée-Samarie. Le gouvernement a, dans les faits, adopté celle de Smotrich, qui consiste à démanteler l’Autorité palestinienne (AP) et à instaurer la souveraineté israélienne en Judée-Samarie. [Ofer] Winter [candidat de droite] défend exactement la même position.
Avigdor Liberman, qui appartient pourtant à votre bloc, prône aujourd’hui le démantèlement de l’AP et l’abrogation des accords d’Oslo.
Oui, mais Liberman propose de faire intervenir les Jordaniens à la place de l’AP. Je m’y oppose également, car cette proposition est malavisée. Je suis résolument opposé à la présence de toute armée étrangère entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Il ne peut y avoir qu’une seule armée, Tsahal. Il est hors de question de faire entrer une armée jordanienne ou palestinienne.
Combattriez-vous le terrorisme juif avec la même détermination que le terrorisme palestinien lorsque vous étiez commandant militaire ?
La première mesure consistera à rétablir le dispositif qui permet de maintenir l’ordre en Judée-Samarie. Nous supprimerons le ministère de Smotrich [au sein du ministère de la Défense], qui favorise aujourd’hui l’anarchie, et replacerons la Police des frontières sous l’autorité de Tsahal.
Rétablirez-vous la détention administrative à l’encontre des suspects juifs ?
Oui. La deuxième mesure consistera à rétablir les arrêtés administratifs permettant d’éloigner légalement les terroristes juifs de Judée-Samarie.
Nous continuerons ensuite à combattre le terrorisme palestinien, tout en établissant une distinction rigoureuse entre les terroristes et le reste de la population civile.
Il faut améliorer les conditions de vie de la population palestinienne en Judée-Samarie. Nous pouvons attirer des investissements étrangers, notamment en provenance de riches pays sunnites. Les Palestiniens les plus âgés pourront obtenir des permis de travail en Israël, sous réserve de l’autorisation du Shin Bet. Il faut permettre à l’AP de gouverner les 2,8 millions de Palestiniens. Je ne veux pas les gouverner.
Quelle est votre approche générale de la Cisjordanie, des Palestiniens et des implantations ?
Je suis favorable aux implantations à condition qu’elles respectent strictement la carte des intérêts sécuritaires d’Israël et la loi. Le gouvernement actuel permet à chacun de s’installer où bon lui semble, y compris dans les zones A et B [placées sous le contrôle de l’AP], et crée un véritable chaos.
Nous devons préparer les conditions d’un accord sur le statut définitif. Prendra-t-il la forme d’une autonomie ou d’un « État moins » ? C’est dans cet espace géopolitique que je me situe. Cette entité ne disposera en aucun cas d’une armée et restera soumise à la primauté sécuritaire d’Israël.
Sans évacuer les implantations ?
Sans évacuer d’implantations. Si je suis élu, tous les avant-postes illégaux situés dans les zones A et B seront immédiatement évacués. Tout ce qui a été légalement autorisé par l’État dans la zone C restera en place et sera examiné au cas par cas.
En ce qui concerne la refonte judiciaire, quelles lois comptez-vous faire adopter et quelles mesures prises par le gouvernement sortant abrogerez-vous ?
Nous abrogerons tout d’abord, dès notre arrivée au pouvoir, la loi modifiant la composition de la commission de sélection des juges [qui doit entrer en vigueur après les élections]. C’est une loi corrompue, conçue pour permettre aux responsables politiques de choisir les juges selon des critères partisans.
Nous annulerons immédiatement les mesures destinées à affaiblir le procureur général et abrogerons la loi qui a placé le Département des enquêtes internes de la police (DIPI) sous le contrôle politique du ministre de la Justice.
« Nous adopterons immédiatement une décision gouvernementale portant création d’une commission d’enquête d’État sur le pogrom du 7-Octobre. »
Nous ferons également adopter une loi interdisant à toute personne poursuivie au pénal de former un gouvernement. Nous limiterons à huit ans la durée du mandat d’un Premier ministre et à 24 le nombre de ministres au gouvernement.
Nous adopterons en outre et de manière immédiate une décision gouvernementale portant création d’une commission d’enquête d’État sur le pogrom du 7-Octobre.
Nous ferons également adopter une loi instaurant une obligation de service pour tous les citoyens israéliens, sous la forme d’un service militaire, national ou civil. Les citoyens arabes seront eux aussi tenus d’accomplir un service national.
Face aux graves lacunes de l’enseignement haredi, nous ferons adopter une loi imposant une application stricte de la loi sur l’enseignement public. Tout établissement qui n’aura pas intégré le système d’enseignement public dans un délai de quatre ans ne recevra tout simplement plus de financement public.
Les enfants de la communauté haredi grandissent ici sans connaître les valeurs sionistes ni la Déclaration d’Indépendance. Ils ne suivent ni les matières fondamentales, comme les mathématiques et l’anglais, ni les cours d’éducation civique. Ils ne comprennent pas le rôle de l’État, ignorent ce qu’est la démocratie et proclament fièrement qu’ils préfèrent « mourir plutôt que de servir ». Nous allons mettre un terme à cette situation afin de sauver le pays.
Comment comptez-vous agir sur le front de Gaza ? Les Américains attendent la mise en œuvre intégrale des accords de cessez-le-feu, tandis que, sous les yeux de la population israélienne, le groupe terroriste palestinien du Hamas s’entraîne et se réarme malgré la poursuite des éliminations ciblées menées par Israël.
C’est la méthode Netanyahu. Il a peur de prendre des décisions difficiles, pour des raisons de politique intérieure, compromettant ainsi la sécurité d’Israël à long terme tout en renforçant le Hamas.
Le Moyen-Orient présente des risques immenses, mais offre aussi une occasion unique d’élaborer avec l’administration américaine une initiative couvrant plusieurs fronts, qui embrasse l’ensemble de la région et tienne compte des bouleversements survenus ces trois dernières années et des perspectives qu’ils ont ouvertes.
Mais que ferez-vous différemment ?
Je raisonne à l’échelle régionale. On ne peut pas se concentrer uniquement sur Gaza. Le Moyen-Orient présente des risques immenses, mais une occasion unique s’offre également à nous, celle de concevoir avec l’administration américaine une stratégie portant sur plusieurs fronts. Il faut considérer la région dans son ensemble, mesurer les bouleversements survenus ces trois dernières années et saisir les possibilités qu’ils ont fait naître.
Il faut commencer par s’attaquer aux menaces existentielles. L’Iran possède actuellement 440 kilogrammes d’uranium enrichi. Si les Iraniens décidaient de franchir le seuil nucléaire, il leur suffirait d’utiliser 300 centrifugeuses pour porter le taux d’enrichissement de leur stock de 60 % à 90 %. Ils pourraient alors se doter rapidement de dix armes nucléaires.
Nous devons donc élaborer avec les Américains un plan d’ensemble visant à empêcher un tel scénario, à détruire cette capacité et à instaurer un régime d’inspections intrusives.
Les Américains ont aujourd’hui la possibilité de traiter le dossier nucléaire en intégrant dans une même stratégie le détroit d’Ormuz, l’économie iranienne et le programme nucléaire. Nous devons les aider et faire avancer résolument cette initiative.
Viennent ensuite Gaza et le Liban. La continuité de l’État s’impose d’un gouvernement à l’autre. Les engagements officiellement pris par Netanyahu auprès des Américains s’imposeront donc également à moi.
Je mettrai en œuvre le plan en vingt points du président Trump pour l’après-guerre, mais en agissant en position de force. Le désarmement total du Hamas en constituera la condition fondamentale.
Ce désarmement est indispensable au rétablissement d’une administration civile, au déploiement d’une force multinationale de stabilisation forte de 20 000 hommes formés en Égypte, ainsi qu’au lancement de la reconstruction. Le Hamas devra toutefois déposer les armes au préalable. Sans cela, rien de tout cela n’aura lieu.
Lorsque l’on évoque des accords régionaux et l’intégration de l’Arabie saoudite à ce dispositif, les pays concernés exigent également des changements importants en Cisjordanie et dans la manière dont Israël traite les Palestiniens.
Je prendrai les mesures nécessaires en Judée-Samarie uniquement en fonction des intérêts d’Israël, et non pour faire un geste politique en faveur de l’Arabie saoudite.
Je rétablirai la sécurité, empêcherai que des extrémistes n’incendient des maisons et des villages palestiniens et agirai d’une main de fer contre quiconque enfreint la loi. C’est ainsi que j’ai agi tout au long de ma carrière militaire. [De telles attaques] ne se produisaient pas lorsque j’étais chef d’état-major.
La prochaine étape consiste à tirer parti de la situation instable en Syrie. Il y a là un risque majeur : Il faut ensuite tirer parti de la situation mouvante en Syrie. Elle comporte un risque majeur. [Le président Ahmed] al-Sharaa est issu de l’extrémisme le plus radical. C’est un homme de l’État islamique (EI). Je ne me fais aucune illusion à son sujet. Avec les Américains qui opéraient en Syrie, j’ai éliminé de nombreux membres de son organisation.
Mais nous devons nous demander s’il est possible de reprendre les accords intérimaires négociés par Kissinger en 1974 et de les améliorer considérablement, en les assortissant de dispositions sécuritaires strictes qui permettraient enfin le retrait des forces étrangères de Syrie.
Cela pourrait-il inclure un retrait israélien du mont Hermon et des principales positions stratégiques occupées en Syrie ?
La condition première est le départ total des forces turques et russes. Le mont Hermon et les dispositions sécuritaires précises devront faire l’objet de négociations.
J’ai été le secrétaire militaire du Premier ministre Ehud Barak. En janvier 2000, j’étais à Shepherdstown avec la délégation américaine conduite par Madeleine Albright, la délégation syrienne de Farouk al-Sharaa et notre propre délégation. Nous y avons négocié pendant dix ou onze jours.
Nous devons négocier en position de force et obtenir de solides garanties américaines. Il faut une protection américaine, un mécanisme de contrôle et un engagement qui permettent à Israël de prendre des risques calculés.
Au cours des trois dernières années, Netanyahu a provoqué un éloignement croissant et dangereux entre les intérêts américains au Moyen-Orient et ceux d’Israël.
Nous partageons pourtant avec les États-Unis des intérêts fondamentaux. Nous voulons préserver la stabilité au Moyen-Orient, renforcer le camp sunnite modéré, affaiblir l’axe chiite radical et l’axe sunnite fondamentaliste, puis favoriser la prospérité économique de la région.
Un Israël fort, qui constitue un atout stratégique pour le Moyen-Orient, est également un atout pour les États-Unis. Je suis favorable à la création d’une sorte « d’OTAN des États sunnites ». Israël peut apporter une contribution majeure dans les domaines du renseignement d’alerte précoce et des systèmes de défense.
Nous avons démontré nos capacités dans ces domaines. Certains pays arabes du Golfe bénéficient aujourd’hui, en toute discrétion, de la protection d’Israël.
J’inscris également cette démarche dans une recherche plus large de la paix, une notion que les dirigeants israéliens ont malheureusement cessé d’évoquer. Nous voulons la paix.
Nous devons renforcer nos relations avec l’Égypte, la Jordanie et les pays signataires des accords d’Abraham, tout en cherchant activement à y associer d’autres États. Une possibilité pourrait également s’ouvrir avec le Liban
Nous devons tout d’abord consolider les accords de paix déjà conclus. Leur pérennité ne va pas de soi et il existe un véritable risque de recul.
Il faut donc renforcer nos relations avec l’Égypte, la Jordanie et les pays signataires des accords d’Abraham, tout en cherchant activement à y associer d’autres États. Une possibilité pourrait également s’ouvrir avec le Liban.
Pensez-vous que des initiatives régionales et un nouvel appel à la paix pourraient également améliorer la situation alarmante des Juifs de la diaspora confrontés à l’antisémitisme ?
Absolument. Une grande partie de la famille de mon épouse vit aux États-Unis et ses membres me demandent comment améliorer la situation.
Il faut commencer par changer radicalement la politique israélienne. Israël n’est pas « un peuple qui demeure à part ». Il appartient pleinement à la communauté des nations. Nous pouvons apporter au monde non seulement notre savoir-faire en matière de sécurité et de technologie, mais aussi nos contributions dans les domaines de la science, du sport et de la culture.
J’ai récemment rencontré des personnalités du monde de la culture qui m’ont expliqué qu’elles n’étaient tout simplement plus invitées dans les festivals internationaux.
« Israël n’est pas ‘un peuple qui demeure à part’. Il appartient pleinement à la communauté des nations ».
Mais vos détracteurs à l’étranger vous répondront que « tout cela est très bien, mais commencez par cesser de tuer à Gaza ».
Nous n’avons d’autre choix que de nous défendre. Il faut regarder les choses en face et se rappeler comment tout cela a commencé.
Mais le manque flagrant de sagesse de Netanyahu et son terrible manque de discernement politico-stratégique ont tellement affaibli Israël que douze pays s’apprêtent actuellement à lui imposer des sanctions. Même les Américains commencent à étudier la possibilité de sanctionner certains responsables israéliens en Judée-Samarie.
Nous changerons cette situation en formant un gouvernement rationnel. Le gouvernement Netanyahu mène une politique totalement irrationnelle, qui consiste à provoquer des affrontements dans le seul but de mobiliser son socle électoral. C’est à cette seule fin qu’il entre en conflit avec tout le monde.
La vision initiale de David Ben-Gurion était de parvenir à une alliance stratégique avec la Turquie et l’Iran. Cela ne se produira évidemment pas dans un avenir proche, mais notre ambition fondamentale reste de retrouver pleinement notre place au sein de la communauté des nations.
Je suis convaincu que Netanyahu souhaite, pour des raisons de politique intérieure, une guerre permanente et sans issue. Il ne veut pas qu’elle prenne fin, car l’état d’urgence lui permet de rester au pouvoir. Par cette conduite, il met délibérément en péril l’avenir de l’État d’Israël.
Les citoyens israéliens devront imaginer, lorsqu’ils se rendront aux urnes, un gouvernement avec Gadi Eisenkot comme Premier ministre, avec Liberman et Bennett aux postes de ministre des Affaires étrangères, de ministre de la Défense et de ministre des Finances, face à un gouvernement Netanyahu dans lequel Ben Gvir serait ministre de la Défense, Smotrich ministre des Affaires étrangères, Tally Gotliv ministre de la Justice et [le propagandiste du Likud Yaakov] Bardugo ministre de la Communication.
Pensez-vous que le simple fait de changer de gouvernement permettrait de réduire rapidement l’hostilité envers Israël, voire de freiner les attaques antisémites dans le monde ?
Cela ne fera pas disparaître l’antisémitisme. Il existait avant cette guerre et subsistera après elle. Mais l’arrivée en Israël d’un gouvernement rationnel et responsable, qui agit avec assurance et sait prendre les bonnes décisions, changera profondément la situation.
Qu’en est-il des fractures au sein même de la société israélienne ? Des millions de partisans de la coalition Netanyahu sont convaincus, par les sondages diffusés sur la Quatorzième chaîne pro-gouvernement, que Netanyahu va l’emporter et que le Likud obtiendra dix sièges de plus que Yashar ! Si vous gagnez, ils pourraient refuser de croire au résultat. Certains extrémistes pourraient se livrer à des actes extrêmes, et rien ne garantit que Netanyahu acceptera le verdict des urnes sans résistance. Cette inquiétude vous paraît-elle exagérée ?
Non, elle ne l’est pas.
La situation politique fait qu’aujourd’hui, je suis celui auquel la population israélienne accordera le plus sa confiance. Elle me fera davantage confiance qu’à d’autres et acceptera que je dirige le pays en raison de ce que je représente, et ce pour de nombreuses raisons.
J’ai servi dans l’armée pendant 41 ans et j’ai été chef d’état-major de Tsahal [nommé sur proposition conjointe du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon]. Il y a plus de vingt ans déjà, j’ai travaillé pendant deux ans aux côtés d’un Premier ministre. J’ai siégé deux ans et demi à la Knesset, où j’ai fait adopter des lois, puis huit mois au cabinet de guerre.
Netanyahu cherche à opposer son expérience à la mienne. Mais lorsqu’il est devenu Premier ministre en 1996, il n’avait lui-même aucune expérience de cette fonction.
Ma question ne portait pas sur votre expérience, mais sur le risque que l’autre camp refuse tout simplement votre victoire et que certains extrémistes passent à l’acte.
Je n’exclus pas cette possibilité. C’est pourquoi je dois remporter la victoire la plus nette possible. C’est précisément pour cela que je parcours constamment le pays. Après cet entretien, je me rendrai à une réunion publique rassemblant 1 200 personnes à Ramat Gan afin de les convaincre de voter pour moi.
Dans la situation actuelle, il serait très difficile pour Netanyahu de refuser le résultat des élections.
Netanyahu a adopté une stratégie qui consiste moins à gagner qu’à empêcher l’autre camp de l’emporter. Il délégitime 21 % des citoyens israéliens [la population arabe] et espère ainsi gagner.
Et même s’il n’obtient pas la majorité, par exemple avec 52 sièges contre 58 pour l’autre bloc, il compte sur l’incapacité de ses adversaires à former une coalition pour rester indéfiniment Premier ministre par intérim. Je ne le permettrai pas. Je convaincrai mes partenaires de le remplacer.
« Je ne veux pas du soutien des partis arabes et je ne leur demande pas de me soutenir. »
Vous chercheriez donc à former un gouvernement minoritaire avec le soutien extérieur des partis arabes ?
Je ne veux pas du soutien des partis arabes et je ne leur demande pas de me soutenir. Si je ne dispose pas d’une majorité de 61 sièges, je soumettrai mon gouvernement au vote et appellerai également le Likud, ainsi que tous les partis sionistes, à me soutenir.
Il n’est pas exclu qu’au moins un parti haredi choisisse de ne pas prendre part au vote et s’abstienne ainsi de faire obstacle à la formation du gouvernement.
Nous publions cet entretien au moment de l’anniversaire du 7-Octobre. Au-delà des élections, que devez-vous faire, en tant que dirigeant, pour aider la population, et chacun d’entre nous, à se remettre de cette catastrophe sans précédent ? La création d’une commission d’enquête d’État suffirait-elle à permettre cette « guérison » ?
La société israélienne mettra beaucoup de temps à se remettre. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Nous devrons gagner, mais aussi diriger le pays de manière à ce que tous les citoyens israéliens se sentent reconnus et aient pleinement leur place dans l’histoire d’Israël. Il ne faut pas qu’un camp se sente vaincu et l’autre victorieux.
Je pense être aujourd’hui le seul capable d’y parvenir, en raison de ce que j’incarne. J’ai grandi dans la périphérie et gravi tous les échelons. J’ai été chef d’état-major de Tsahal et, malheureusement, j’ai aussi payé un très lourd tribut personnel et familial [pendant cette guerre].
Netanyahu peut parler de patriotisme à n’en plus finir. Ses fils se sont soustraits à leurs obligations militaires. L’un a passé l’essentiel de la guerre aux États-Unis et l’autre n’a accompli qu’un service militaire très limité.
Les gens savent le prix que j’ai payé, la manière dont j’ai élevé mes enfants et celle dont il a élevé les siens. Je sais que les petits-enfants de Netanyahu n’accompliront pas leur service militaire. Je sais aussi que les miens le feront, comme mes enfants, qui se sont tous pleinement investis dans leur service.
L’anglais de Netanyahu est peut-être bien meilleur que le mien. Peut-être maîtrise-t-il aussi mieux la rhétorique et est-il un excellent orateur. Mais à l’épreuve des actes, les citoyens israéliens devront choisir entre assumer ses responsabilités et les fuir, entre la conscription et la solidarité nationale, d’un côté, le refus de servir et la désertion, de l’autre.
Netanyahu ne peut former de gouvernement sans les partis haredim qui refusent d’accomplir leur service militaire.
Les électeurs devront choisir entre des dirigeants dignes de leur fonction et des dirigeants corrompus. Netanyahu incarne un pouvoir corrompu. Il est le premier chef de gouvernement israélien à être jugé au pénal.
On me demande ce qui changera lorsque je serai Premier ministre. Je ne veux pas verser dans le populisme en répondant que, bien entendu, les dépenses du Bureau du Premier ministre seront réduites de 50 %, et celles occasionnées par les exigences de l’épouse du Premier ministre de 95 %.
À ce jour, il n’a pas assumé ses responsabilités, ne serait-ce qu’une seule seconde. Il n’y a pas eu une seule occasion où il se soit levé pour dire : « J’assume la responsabilité. » Et il ne montre certainement pas l’exemple à titre personnel.
Cette semaine, des cérémonies commémoratives sont organisées dans tout le pays. Netanyahu ne peut pas se rendre dans les cimetières.
Dans tous les sondages, 60 % des personnes interrogées ne veulent plus de lui, 65 % à 70 % réclament une commission d’enquête d’État et 60 % à 65 % souhaitent que la conscription s’applique à tous. Mon défi est de faire en sorte que ce sentiment largement partagé se traduise dans les urnes.
Je regarde les sondages et je suis convaincu que, dans 21 jours, Netanyahu ne sera plus Premier ministre d’Israël.
Il est inconcevable qu’un homme qui a essuyé le plus grave échec depuis la création de l’État, et qui n’est parvenu en trois ans à atteindre ni les objectifs de la guerre ni ceux qu’il avait présentés à la Knesset, puisse se maintenir au pouvoir grâce à une politique cynique du « diviser pour régner » et à une culture du mensonge.
De quelle victoire parle-t-il ? Veut-il l’emporter avec la même coalition que celle qui était au pouvoir à ses côtés le 7-Octobre ? Cette même coalition qui perpétuera les fractures sociales, le refus du service militaire et l’injustice consistant à attribuer les fonds publics aux secteurs improductifs de la société israélienne plutôt qu’aux localités durement éprouvées du nord du pays ?
Je suis convaincu que les citoyens israéliens le renverront chez lui et choisiront d’autres dirigeants. J’en ai l’absolue certitude.
la Communauté du Times of Israël !
