Guerre à Gaza : la violence complique la vie des Juifs à l’étranger, selon l’INSS
L'un des auteurs du rapport de l'INSS espère que les élections déboucheront sur un gouvernement plus attentif à la sécurité
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JTA — Selon le récent rapport de l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS), affilié à l’université de Tel-Aviv, la guerre dévastatrice à Gaza et le conflit israélo-palestinien dans son ensemble alimentent de plus en plus l’antisémitisme, divisent les communautés juives et affaiblissent leur capacité à défendre Israël.
Le rapport, intitulé « Sur la touche : comment le conflit israélo-palestinien affecte les Juifs de la Diaspora », soutient que l’action d’Israël à Gaza, son inaction en Cisjordanie et son incapacité à offrir une « voie diplomatique pour l’avenir » favorisent la condamnation de l’État juif par la communauté internationale.
Et en retour, les communautés de la Diaspora paient le prix — en termes d’insécurité et de troubles sociaux et politiques — pour des politiques qui prennent rarement en compte leurs préoccupations.
« Le conflit ne se déroule plus seulement là-bas, au Moyen-Orient — il est désormais dans l’ensemble du monde juif, et les Juifs de la Diaspora sont directement impliqués », estime Theodore Sasson, l’un des auteurs du rapport, lors d’un entretien.
« Nous soutenons que le gouvernement israélien peut mieux faire pour à la fois répondre aux besoins de la Diaspora et aux impératifs de sécurité de l’État d’Israël, et qu’il serait bien inspiré de le faire », souligne M. Sasson.
Ce rapport est le reflet des perceptions des membres d’un « Groupe de travail conjoint » créé il y a de cela un an, composé de 20 dirigeants de haut niveau issus de 15 organisations communautaires et de défense juives aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en France et en Amérique du Sud.
Les discussions se sont tenues conformément à la règle de Chatham House — du nom du célèbre think tank britannique —, à savoir que les participants ne sont ni identifiés ni cités nommément.
M. Sasson ajoute que le rapport relève du programme de recherche Israël-États-Unis de l’INSS, dont il est chercheur senior, car il considère le rôle de la Diaspora comme l’une des dimensions critiques de l’alliance stratégique entre les États-Unis et Israël.
L’argument selon lequel les Juifs de la Diaspora paient le prix des politiques israéliennes intervient à un moment des plus tendus : en effet, les Juifs des États-Unis et d’ailleurs redoutent un nouveau regain d’antisémitisme au moment où Israël fait face à un isolement international croissant en raison de sa conduite à Gaza.
Pour les Juifs qui estiment qu’Israël a fait des choix qui ne font qu’accentuer ces deux tendances, cette étude semble confirmer une vérité douloureuse que beaucoup hésitent à exprimer.
D’autres rejetteront à coup sûr ses conclusions, estimant qu’Israël ne peut être tenu responsable du fléau chronique de l’antisémitisme ou que le simple fait de lier les deux phénomènes donne des armes aux ennemis d’Israël.
Parmi ces critiques figure David Bernstein, fondateur et PDG du North American Values Institute. Les Juifs américains, a-t-il écrit vendredi lors d’un échange de courriels, ne sont pas des agents d’Israël, et aucun désaccord sur un conflit étranger ne justifie le harcèlement, les menaces ou violences contre des civils innocents.
« Si un pays africain s’engageait dans des actions que beaucoup réprouvent, nous ne verrions pas cela comme une excuse pour harceler les Afro-Américains aux États-Unis », a déclaré M. Bernstein à la JTA. « Nous ne dirions pas que ce pays africain met en danger les Afro-Américains. Cette notion même est profondément intolérante. Le problème du fanatisme est celui du fanatique qui saisira n’importe quel prétexte pour exprimer son intolérance. »
Anticipant cette réaction, le rapport insiste sur le fait que « les Juifs et les Israéliens ne sont pas responsables de l’antisémitisme ». Au contraire, poursuit-il, la politique israélienne « a donné aux antisémites de la matière inflammable, contribué à un climat d’anxiété et d’insécurité chez les Juifs, et fourni une couverture commode pour la propagation de sentiments et d’idées antisémites. »
« Ce que nous disons, c’est qu’Israël n’est pas la cause [de l’antisémitisme], mais qu’une politique israélienne éclairée pourrait aider la Diaspora et priver les antisémites de la matière qui alimente leurs affirmations, qui pour la plupart sont fausses », explique M. Sasson.
« Sur la touche : comment le conflit israélo-palestinien affecte les Juifs de la Diaspora ». (INSS)
L’INSS a la réputation d’élaborer des cadres politiques sionistes et non partisans, et M. Sasson souligne que les dirigeants juifs qui ont pris part à la discussion sont le reflet de la diversité idéologique de la Diaspora.
Néanmoins, « il y a eu un large accord sur la manière dont le conflit israélo-palestinien affecte la Diaspora, et [sur] l’argument selon lequel le conflit nuit à l’image et à la position d’Israël dans le monde », affirme M. Sasson.
M. Sasson et son coauteur, Avishay Ben Sasson-Gordis, identifient quatre effets du conflit sur la vie juive dans la Diaspora, basés sur les perceptions des participants à l’étude, à savoir la normalisation de l’hostilité envers Israël, la division des communautés juives, la diminution de l’influence politique des organisations pro-israéliennes et l’alimentation de l’antisémitisme.
Les participants ont fourni de nombreux exemples de politiques israéliennes qui « semblent confirmer les pires accusations portées contre Israël en matière de droits humains et de droit international », indique le rapport. Cela inclut des déclarations dommageables de membres du gouvernement, les limitations imposées par Israël à l’aide humanitaire à Gaza au plus fort de la guerre, les dégâts considérables occasionnés aux infrastructures civiles à Gaza et l’explosion incontrôlée des violences des résidents d’implantation contre des Palestiniens de Cisjordanie.
Si l’on y ajoute l’absence de plan clair pour Gaza dans l’après la guerre, précise M. Sasson, ces décisions privent les Juifs de la Diaspora de la capacité de défendre Israël et, par extension, leurs propres intérêts.
Les participants ont également déploré qu’Israël ait formellement rejeté « toute résolution du conflit incluant un État palestinien », sans offrir d’alternative dans le cadre d’un État juif et démocratique.
« L’absence d’un horizon politique clairement pensé — au-delà de la poursuite de l’occupation — nuit aux communautés juives à l’étranger », a déclaré l’un des participants aux chercheurs.
« Si cette idée de deux États semble inimaginable de notre vivant, cela va affecter l’engagement des Juifs et leur volonté de participer à la vie communautaire. Car cela créé de la distance. Ironiquement, ce préjudice pourrait être plus grand que tout ce que les adversaires d’Israël peuvent faire. »
Selon un sondage du Mellman Group cité dans le rapport, une majorité de Juifs américains partagent les conclusions de ce rapport. Dans ce sondage, réalisé en août et début septembre, 56 % des électeurs juifs font part de leur « forte » inquiétude du fait que « les actions d’Israël sous [le mandat du Premier ministre Benjamin] Netanyahu aient dopé l’antisémitisme et le sentiment anti-Israël aux États-Unis ».
Bien que M. Netanyahu ne soit pas mentionné par ailleurs dans le rapport de l’INSS, il a été Premier ministre durant la période examinée par le groupe de travail.
Le rapport formule une position qui a régulièrement surgi pendant la guerre déclenchée par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.
Dans une chronique parue dans le New York Times en juin 2025, Thomas Friedman indiquait que la conduite d’Israël à Gaza pourrait radicalement faire changer la façon dont Israël et les Juifs sont perçus de par le monde. Il prédisait qu’Israël, « au lieu d’être vu par les Juifs comme un havre de paix contre l’antisémitisme, serait vu comme un nouveau moteur qui le génère ».
S’exprimant ce même mois lors du 39e Congrès sioniste mondial à Jérusalem, Michal Bar-Asher Siegal, chercheuse en judaïsme rabbinique à l’université Ben-Gurion, a affirmé que la conduite de la guerre par Israël et les propos incendiaires de ses dirigeants avaient des conséquences pour les Juifs de la Diaspora.
« Lorsqu’un ministre parle de détruire Gaza, ou de éplacer ses habitants, quel effet cela a-t-il sur le Juif de Toronto ? Ou celui de New York ? », a-t-elle déclaré, selon un compte-rendu publié dans The Jewish Independent.
L’un des participants au groupe de travail conjoint de l’INSS, dirigeant d’une grande fédération juive d’Amérique du Nord, a déclaré à la JTA que, même s’il ne pensait pas que les actions d’Israël étaient la cause de l’antisémitisme, il estimait que « dans un monde interconnecté, ce qui se passe en Israël et les politiques menées en Israël affectent le judaïsme mondial, et inversement ».
« Je crois en effet que certaines actions ou inactions du gouvernement israélien, ces dernières années, ont amené davantage de personnes à prendre leurs distances », a déclaré ce dirigeant. Invité à donner un exemple, le cadre a évoqué « le manque d’action concernant le comportement des résidents d’implantation en Cisjordanie ».
« Lorsque je parle aux gens, il y a un grand malaise non seulement en raison de ce qui se passe en Cisjordanie, mais aussi face au manque d’action du gouvernement israélien pour y remédier », a déclaré ce dirigeant, qui a demandé l’anonymat n’étant pas autorisé par son employeur à s’exprimer publiquement.
Et bien qu’Israël doive faire passer en premier les intérêts de sécurité de ses ressortissants, le dirigeant a estimé que l’impact des politiques israéliennes sur la Diaspora devrait faire partie de ses calculs.
« Israël est le foyer national du peuple juif », a-t-il rappelé. « Si les dirigeants israéliens le pensent vraiment, alors ils doivent également comprendre et prendre en considération les effets des décisions qu’ils prennent, pas seulement sur la question de « qui est juif » ou du [mur Occidental], mais aussi sur le judaïsme mondial. »
M. Sasson et M. Sasson-Gordis ont fait de ces ressentis un catalogue de recommandations politiques.
Le rapport de l’INSS invite Israël à refréner les déclarations incendiaires des ministres, sévir contre les violences des résidents d’implantation, maintenir un « horizon » diplomatique crédible pour résoudre le conflit israélo-palestinien et mettre en place des procédures pour évaluer la manière dont les politiques gouvernementales affectent les Juifs à l’étranger.
La question diplomatique est particulièrement importante, souligne M. Sasson.
Bien que les participants n’aient pas fait état d’un consensus sur la question d’une solution à deux États, précise-t-il, il y a une vive inquiétude quant à la difficulté qu’auraient les communautés de la Diaspora à défendre l’existence d’un seul État dans lequel Israël contrôlerait la vie de millions de Palestiniens qui ne seraient pas ses ressortissants
« L’incapacité à offrir un horizon diplomatique envisageant Israël comme un État juif et démocratique doté de frontières sûres », explique M. Sasson, « a pour effet de cristalliser dans une grande partie du monde un discours qui qualifie Israël d’État d’apartheid. Nous ne cautionnons pas cela, mais nous pensons également que le gouvernement israélien pourrait mieux faire en la matière. »
À l’approche des élections israéliennes du 27 octobre prochain, M. Sasson, qui est également professeur d’études juives au Middlebury College, dans le Vermont, se dit optimiste quant à la possibilité que le prochain gouvernement prenne en compte les préoccupations de la Diaspora dans l’élaboration de ses politiques.
La semaine dernière, les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yair Lapid se sont engagés à renforcer la coopération entre Israël et la Diaspora en cas de victoire de leur parti BeYahad.
« Les difficultés de ces dernières années ont montré que nous partageons le même destin, en tant que peuple, mais aussi une responsabilité commune pour l’avenir de notre peuple », a déclaré M. Lapid à la JTA.
M. Sasson conclut : « Là où le Groupe de travail conjoint s’accorde très largement, c’est sur l’idée que le conflit a un effet dévastateur sur les Juifs à l’échelle mondiale, sur leur relation avec Israël et leur capacité à représenter Israël, et que le prochain gouvernement israélien devra partir sur de nouvelles bases. »
la Communauté du Times of Israël !







