Il y a trois ans, Zamir Haïmi, 56 ans, s’est barricadé avec sa famille dans le mamad – l’abri antiatomique – de leur maison du kibboutz Nir Yitzhak, tandis que l’équipe de sécurité de la communauté combattait les terroristes du Hamas qui s’étaient infiltrés dans le kibboutz lors de l’invasion du sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
Pendant des heures, la famille est restée piégée à l’intérieur, submergée par le bruit des roquettes et des coups de feu. Ils n’avaient ni nourriture, ni eau, ni accès à des sanitaires et ont utilisé un seau comme toilettes de fortune.
« La première chose qui m’est venue à l’esprit, ce sont les récits de ma mère », se souvient-il. Les deux parents de Haïmi étaient des survivants de la Shoah qui avaient immigré en Israël et contribué à la fondation de Nir Yitzhak, où il a passé toute sa vie.
« Même si nous n’avons pas vécu exactement la même chose qu’eux… il y avait un lien fort entre les récits de ma mère et ce que nous avons vécu ce jour-là. »
Pour Haïmi, agriculteur et père de quatre enfants, le cauchemar ne s’est pas terminé lorsque l’armée israélienne a repris le contrôle du kibboutz à 15 h, près de neuf heures après la première alerte à la roquette de la journée.
Son neveu, Tal Haïmi, qui dirigeait l’équipe de sécurité de Nir Yitzhak, a été tué en combattant les terroristes, et son corps a été emporté en otage à Gaza. Sa dépouille y a été retenue pendant deux ans avant d’être restituée à Israël le 20 octobre 2025 pour y être enterrée.
Trois ans plus tard, Haïmi déclare que le 7-Octobre a également marqué la vie politique de sa communauté. Nir Yitzhak, comme la plupart des kibboutzim situés à la frontière avec Gaza, a toujours penché vers le centre-gauche, mais l’attaque a poussé certains habitants dans une autre direction, atteste Haïmi.
« Il y a des gens qui se sont davantage orientés vers la droite et qui ont adopté des opinions plus radicales à l’égard des Palestiniens », explique-t-il.
« D’un autre côté, nous restons un peuple de paix. »
Alors qu’Israël s’apprête à tenir ses premières élections depuis 2022, le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, les guerres qui ont suivi et le débat toujours en cours sur les responsabilités ont pesé lourdement sur les Israéliens au moment de choisir pour qui voter.
C’est dans les communes situées dans « l’enveloppe de Gaza », la région appelée en hébreu Otef Azza, qui ont subi de plein fouet l’invasion de 2023, que l’impact est le plus immédiat : les habitants y ont vu leurs villes envahies, leurs voisins tués, violés, mutilés ou enlevés, et leurs certitudes de longue date concernant leur sécurité s’effondrer.
Une enquête menée en juillet 2025 auprès des habitants de l’Otef Azza par Atid LaOtef, un groupe dédié à la reconstruction de la zone, a révélé que près de 80 % des personnes interrogées ont déclaré que l’attaque avait modifié leur perception de la sécurité vis-à-vis de Gaza, plus de la moitié d’entre elles affirmant que leur perception avait considérablement changé.
Haïmi explique que le 7-Octobre l’a rendu « moins naïf » – vis-à-vis du gouvernement et de l’armée israéliens, mais aussi vis-à-vis de Gaza et de ses habitants. Avant l’attaque, il avait accueilli chez lui des Gazaouis qui avaient obtenu des permis pour travailler à Nir Yitzhak.
Il précise toutefois que cette expérience n’a pas fondamentalement modifié ses propres convictions politiques de gauche.
« Je vais voter pour HaDemocratim, dirigé par Yaïr Golan », affirme Haïmi, qui s’est fortement engagé dans le militantisme au sein de ce parti de gauche, à l’approche des prochaines élections. Il décrit HaDemocratim comme un parti composé de « personnes qui ont le cœur bien placé », ce qui, selon lui, constitue l’une des principales raisons de son soutien.
En effet, parallèlement à de nouvelles réticences concernant les intentions des Gazaouis, l’attaque a également entraîné une profonde érosion de la confiance envers le gouvernement national actuel : 76,8 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage Atid LaOtef ont déclaré n’avoir que peu ou pas confiance en lui, contre 69 % qui ont exprimé leur confiance envers leurs autorités locales.
Atid LaOtef a déclaré que cette disparité montrait que « les habitants de la zone périphérique [de Gaza] font confiance à ce qui est proche, éprouvé et présent, et non à ce qui est lointain, institutionnel et déconnecté ».
Cette importance accordée à la proximité transparaît également dans la manière dont certains habitants de l’Otef Azza décrivent leurs choix politiques.
À l’approche des élections du 27 octobre, beaucoup semblent attirés par des responsables politiques qui se sont rendus dans leurs communautés et se sont tenus à leurs côtés au cours des trois années qui ont suivi l’attaque du Hamas du 7-Octobre.
« Dans l’ensemble, les députés de la Knesset et les responsables politiques qui sont venus appartiennent au camp [de gauche] », souligne Haïmi, citant Naama Lazimi et Gilad Kariv, du parti HaDemocratim, qui se sont souvent rendus dans la région frontalière avec Gaza et ont pris part à des manifestations anti-gouvernement depuis le 7-Octobre.
Une autre habitante de l’Otef Azza, qui a souhaité garder l’anonymat en raison des tensions accrues à l’approche des élections, a fait écho à ce sentiment.
Elle prévoit de voter pour HaDemocratim, mais a également parlé en termes élogieux de Naftali Bennett, le chef du parti Beyahad, qui s’est récemment rendu sur le site du festival Nova, près de son village natal du kibboutz Reïm, pour marquer le troisième anniversaire de l’assaut, aux côtés d’autres dirigeants de l’opposition.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pour sa part fait l’impasse sur les commémorations organisées le 7 octobre même, ne participant qu’aux cérémonies officielles deux jours plus tôt. De plus, depuis le 7-Octobre, il a limité ses contacts directs avec les kibboutzim les plus durement touchés : il s’est rendu à Beeri et à Kfar Aza peu après l’attaque, où il a rencontré les soldats sur place, puis à Nir Oz. Cependant, il a très largement évité de rencontrer directement les habitants de la région.
Cette habitante de Reïm se souvient avoir passé la journée du 7-Octobre enfermée dans son mamad avec sa famille, à l’instar de Haïmi et d’autres personnes qui ont survécu à l’attaque. Elle qualifie de « coup de chance » le fait que les terroristes qui se sont infiltrés dans le kibboutz n’aient pas fait irruption chez elle.
« Je suis certaine que cela se reproduira. Ce n’est qu’une question de temps. »
Elle et sa famille ne sont pas encore retournées à Reïm et vivent désormais dans le centre d’Israël. Les craintes persistantes en matière de sécurité l’empêchent de savoir s’ils y retourneront un jour.
« Je suis certaine que cela se reproduira », affirme-t-elle à propos de l’attaque du 7-Octobre, la plus meurtrière de l’Histoire du pays. « Ce n’est qu’une question de temps. »
Après l’attaque, sa communauté a été évacuée vers Eilat, où elle est restée deux mois. Selon elle, aucun représentant du gouvernement ni aucun député de la Knesset ne leur a rendu visite pendant cette période.
« Les seules personnes qui ont travaillé et fait preuve d’efficacité étaient des acteurs civils et des bénévoles », explique-t-elle, ajoutant que les responsables politiques, « tant à droite qu’à gauche », l’avaient déçue, ce qui a considérablement ébranlé sa confiance dans le gouvernement.
La loyauté est profonde, mais la dissidence fait surface
Une enquête réalisée en septembre par l’Institut israélien de la démocratie (IDI) a révélé que 68 % des Israéliens juifs interrogés déclaraient que le 7-Octobre serait un facteur déterminant dans leur choix de parti pour le scrutin du 27 octobre, bien que les sondages montrent que de nombreuses divisions politiques profondément enracinées restent inchangées par rapport à la situation d’avant l’attaque.
Sur le plan politique, la région frontalière de Gaza est divisée depuis longtemps. Contrairement aux kibboutzim de centre-gauche, majoritairement laïcs, les villes voisines telles que Sderot et Ashkelon constituent des bastions du Likud et de la droite au sens large.
Ce clivage était manifeste lors des élections de 2022. L’IDI a classé les kibboutzim comme des bastions de centre-gauche, tandis que les grandes villes du sud ont accordé une nette majorité au bloc de droite.
Netanyahu et le Likud mènent depuis longtemps une campagne intensive dans les villes où ils bénéficient d’un fort soutien. À l’approche de Rosh HaShana, Netanyahu s’est rendu dans une yeshiva hesder à Sderot, où il a été accueilli avec une chaleur extraordinaire.
Trois ans après que les terroristes du Hamas ont envahi la ville, bastion du Likud, de nombreux habitants ont toujours l’intention de voter pour Netanyahu.
שדרות, תודה על האהבה! pic.twitter.com/0gA1c9FFBn
— Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) September 3, 2026
« Notre ville est une ville de droite », déclare Yehuda Gosman, 64 ans, un habitant du quartier, dans un café du coin.
À l’extérieur, les affiches de campagne du Likud bordaient les rues, aux côtés de celles de candidats tels qu’Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale d’Otzma Yehudit, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances de HaTzionout HaDatit.
Interrogé sur son intention de vote, Gosman répond : « Netanyahu et le Likud, bien sûr. »
« Je suis de droite depuis que je suis petit », explique-t-il. « Pour moi, la droite [politique] est synonyme de sécurité. »
D’après ses conversations avec d’autres habitants, Gosman estime qu’environ 90 % de la ville est également de droite.
En 2022, plus de 40 % des habitants de Sderot ont voté pour le Likud, tandis que 25 % supplémentaires ont opté pour HaTzionout HaDatit.
Des divisions sont toutefois perceptibles.
À un étal de fruits, un vendeur n’a eu besoin que de deux mots pour résumer ses opinions politiques : « Seulement Bibi », le surnom du Premier ministre.
La plupart des clients rassemblés autour de son étal acquiesçaient. Puis l’un d’eux a contesté cette affirmation.
« Il ne nous a apporté que des catastrophes », a déclaré le client, laissant entendre qu’il comptait voter pour le favori Gadi Eisenkot, du parti centriste Yashar.
« Et alors, tu veux que les Arabes prennent le pouvoir ? », a rétorqué le vendeur, reprenant à son compte les affirmations de Netanyahu et de ses alliés selon lesquelles Eisenkot aurait besoin des partis arabes pour former un gouvernement.
La dispute a pris fin aussi vite qu’elle avait commencé. Avant de se tourner à nouveau vers ses clients, le vendeur a tenté de rallier cette journaliste à sa cause afin d’aider à la réélection de Netanyahu le jour du scrutin.
À quelques minutes en voiture de Sderot se trouve la ville d’Ashkelon, qui a été la cible d’intenses tirs de roquettes du Hamas le 7-Octobre et les jours suivants. Moins de deux semaines après le début de la guerre, le gouvernement l’a officiellement désignée comme commune de première ligne, bien qu’elle se trouve en dehors de la zone frontalière officielle.
Là-bas, les habitants se sont montrés plus réticents à s’exprimer ouvertement sur leurs opinions politiques.
À la gare routière centrale, un mur était recouvert d’autocollants représentant les visages des personnes tuées lors de l’attaque du Hamas du 7-Octobre et des soldats tombés au combat lors de la guerre qui a suivi – un spectacle familier dans les gares routières et ferroviaires à travers tout Israël. Une femme qui a souhaité rester anonyme se tenait devant ce mémorial improvisé.
« Ça me brise le cœur », déclare-t-elle, le regard parcourant les visages souriants.
Elle explique au Times of Israel qu’elle n’a pas encore décidé pour qui voter. Mais sur un point, elle est certaine.
« N’importe qui sauf Bibi », dit-elle. « Je ne suis satisfaite d’aucune de ses actions ces dernières années. »
Trahie par « M. Sécurité »
Ce sentiment n’est pas rare dans les bastions historiques du Likud situés près de la frontière avec Gaza, où même certains des électeurs les plus fidèles de Netanyahu se sont retournés contre lui depuis l’assaut barbare et sadique du 7-Octobre.
Einav Zangauker, mère de l’ancien otage Matan Zangauker et l’une des plus ardentes défenseuses de la libération des otages, a voté pour Netanyahu tout au long de sa vie.
« C’est moi qui ai voté pour lui dès que j’ai eu le droit de vote ; je croyais en lui », avait déclaré Einav Zangauker, originaire d’Ofakim, une ville traditionnellement de droite située près d’Otef Azza, à propos du Premier ministre plus tôt cette année.
Mais son combat pour obtenir la libération de son fils après le 7-Octobre l’a convaincue que « la politique en Israël est pourrie jusqu’à la moelle » et que les politiciens « n’agissent pas dans l’intérêt général ». Elle a qualifié le renversement du gouvernement actuel de « mission de sa vie ».
Pendant la captivité de Matan, elle s’en est régulièrement prise à Netanyahu lors de manifestations qu’elle a contribué à organiser à travers le pays. Depuis sa libération, elle continue de critiquer le gouvernement et d’exiger une enquête totalement indépendante et approfondie sur les défaillances liées au 7-Octobre – une mesure à laquelle Netanyahu et ses alliés se sont catégoriquement opposés.
Einav Zangauker reste également la cible de menaces de mort et d’attaques en ligne de la part des partisans du Premier ministre, qu’elle accuse d’être directement responsables d’une campagne de dénigrement à son encontre et à l’encontre d’autres familles d’otages.
Sa campagne contre Netanyahu s’est étendue au-delà des urnes. En janvier, elle avait déclaré qu’elle envisageait de se lancer en politique pour contribuer à « renvoyer chez eux tous ceux qui étaient aux commandes le 7-Octobre, en premier lieu Netanyahu et le Likud ».
Einav Zangauker s’attendait à se voir attribuer une place réservée sur la liste du parti HaDemocratim, mais Golan a finalement renoncé à son pouvoir de désigner des candidats, la laissant ainsi hors de la liste. Elle a déclaré que c’était sa décision et qu’elle était « évidemment déçue ».
Dans une récente interview accordée à la Treizième chaîne, Einav Zangauker a décrit le moment où sa confiance en Netanyahu a commencé à s’effriter, évoquant une réunion avec les familles des otages à laquelle, selon elle, Sara Netanyahu avait assisté en compagnie de sa styliste.
« Le Premier ministre s’est contenté, pendant toute la réunion, de vanter ses propres mérites, de dire à quel point il était formidable et quel excellent combattant il était », a-t-elle déclaré.
« Il a parlé de son frère Yoni [tué lors du raid d’Entebbe en 1976] et de son héroïsme. »
« J’ai constaté le manque de respect du Premier ministre et de son épouse », a-t-elle ajouté.
« Ce coup de pub insensé qui se faisait au détriment des familles [des otages]. Cela n’a pas été facile de réaliser que [c’était] la personne en qui je croyais et que je considérais comme ‘M. Sécurité’. Je me suis sentie trahie. »
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