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Visite de Ben Gvir à Ramle : joie et colère dans cette ville mixte arabo-juive

Le comportement du ministre d’extrême droite lui vaut des condamnations à l’étranger, mais renforce sa popularité dans son pays, où les sondages créditent son parti d’une progression

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, au centre, parcourt le marché de Ramle le 14 octobre 2026. (Ilia YEFIMOVICH/AFP)
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, au centre, parcourt le marché de Ramle le 14 octobre 2026. (Ilia YEFIMOVICH/AFP)

JTA — Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les partis de sa coalition semblent perdre du terrain à l’approche des premières élections en Israël depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 – enfin, à une exception près, celle d’Otzma Yehudit, parti du ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, en hausse dans les sondages.

La popularité croissante de Ben Gvir à l’approche des élections du 27 octobre a éclaté au grand jour lorsque l’homme politique d’extrême droite, entouré d’un imposant cortège de gardes du corps, policiers et partisans armés de drapeaux, a parcouru mercredi le marché de Ramle, dans le centre d’Israël.

Mais au milieu des applaudissements et des cris de joie, le nationalisme extrême qui a contribué à son ascension extrêmement rapide dans la politique israélienne – et qui a fait de Ben Gvir un nom connu bien au-delà des frontières d’Israël – a également suscité la colère et une peur profonde dans cette ville mixte arabo-juive.

« Voici le prochain ministre de la Défense », a scandé un groupe d’adolescents revêtus du même t-shirt à l’effigie de Ben Gvir pendant que le ministre déambulait dans le marché, saluant les clients et vendeurs qui lui demandaient des selfies. L’objectif de Ben Gvir est d’être le prochain ministre de la Défense d’Israël.

Le ministre controversé s’est arrêté sur plusieurs étals pour donner l’accolade aux commerçants. Devant un stand de cornichons, il a goûté des olives. Devant un magasin de bonbons, le propriétaire a allègrement jeté des poignées de petits bonbons sur les passants. Et devant un stand de jus de fruits, Ben Gvir et son entourage se sont vu offrir des verres de limonade.

Le ministre, ravi de cet accueil, a souri et fait signe aux passants, se saisissant au passage de téléphones pour faire des selfies et faisant un appel vidéo avec des partisans enthousiastes.

Des partisans d’Otzma Yehudit, le parti du ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, brandissent le drapeau de leur parti lors de sa visite du marché de Ramle le 14 octobre 2026. (Ilia YEFIMOVICH/AFP)

Au-delà de cet accueil chaleureux à Ramle, Ben Gvir est souvent condamné en Israël, comme à l’étranger, pour ses propos déshumanisants envers les Palestiniens et ses appels à leur « émigration volontaire » de Gaza et de Cisjordanie.

Disciple du rabbin extrémiste Meir Kahane, Ben Gvir a eu des années durant, dans le salon de sa maison de Hébron, une photo de Baruch Goldstein, qui a fait 29 morts et une centaine de blessés musulmans en 1994 au Tombeau des Patriarches, dans cette ville de Cisjordanie.

Ce ne sont pas seulement les discours et gestes à haute valeur symbolique de Ben Gvir qui lui valent des réactions tellement polarisées.

Au cours de ses quatre années de mandant en tant que ministre de la Sécurité intérieure, Ben Gvir a volontairement dégradé les conditions de détention des prisonniers de sécurité palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes, fait voter une loi instaurant la peine de mort pour les Palestiniens de Cisjordanie reconnus coupables d’actes terroristes meurtriers et enfin dirigé la police au moment d’une recrudescence des violences de résidents d’implantations envers les Palestiniens de Cisjordanie — un phénomène qu’il nie en grande partie —.

La conduite de Ben Gvir lui a valu l’opprobre à l’étranger, mais il semble qu’elle fasse gagner des voix à Otzma Yehudit, son parti.

Selon les sondages, le parti, dont le nom signifie « Force juive » en hébreu, devrait obtenir près de huit sièges sur les 120 que compte la Knesset : pour mémoire, la parti en avait obtenu six aux dernières élections, en 2022, en se présentant sur une liste commune avec le parti HaTzionout HaDatit du ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Les mêmes sondages anticipent des pertes tant pour le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu que pour HaTzionout HaDatit, qui s’est séparé d’Otzma Yehudit en vue du prochain scrutin.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Finances Bezalel Smotrich à la Knesset, le 7 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Sur le marché de Ramle, les réactions à la visite de Ben Gvir mercredi vont de la joie à la colère.

« J’adore Ben Gvir », s’enthousiasme Hodaya Nabara, 52 ans, qui vient de prendre un selfie avec l’homme politique. « Il fait ce qu’il dit. »

Résidente du sud d’Israël, Mme Nabara dit avoir été particulièrement impressionnée par la manière dont il a donné l’ordre de démolir des maisons bédouines construites sans permis dans des hameaux dans lesquels les Bédouins affirment que le gouvernement néglige leurs besoins les plus élémentaires.

« Il faut qu’ils sachent qu’il y a des limites et qu’ils ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent », explique Mme Nabara.

Au moment où le cortège passe devant Michal Sharabi, cette femme de 53 ans l’insulte et se met à trembler.

« Je ne le supporte pas. À cause de lui, il n’y a pas de paix dans ce pays », explique-t-elle à la JTA après s’être calmée. « C’est un vaurien, et les gens qui l’accompagnent sont des paumés. N’a-t-il pas honte de venir dans cette ville où Juifs et Arabes vivent ensemble ? »

« Quel culot », poursuit Mme Sharabi. « Je suis folle de rage. »

Les forces de sécurité démolissent des maisons dans un village bédouin non reconnu du Neguev, dans le sud d’Israël, le 17 septembre 2025. (Flash90)

Dans une épicerie voisine, Arabes et de Juifs froncent les sourcils devant ce spectacle.

« Nous n’aimons pas que l’on parle de nous comme des Arabes ou des Juifs ; nous sommes des habitants de Ramle », explique Uri, qui est juif. « Nous sommes tous voisins, ici, et lui pousse les gens à s’affronter. »

Un autre membre du groupe, Hamudi Abu Ghanam, explique que les résidents arabes de la ville, comme lui, ont été touchés par le pogrom du 7-Octobre, tout comme les Juifs, et que nombre d’entre eux sont venus prêter main-forte, ce qui n’a pas empêché Ben Gvir de jouer les agitateurs.

« C’est un raciste », affirme Abu Ghanam. « Depuis le 7-Octobre, nous sommes tous contre le Hamas, et au lieu de nous dire remercier, il vient ici détruire la maison des gens. »

La visite de Ben Gvir à Ramle touche une corde particulièrement sensible parce que la ville, qui est à près de 78 % juive et 22 % arabe, a été un haut-lieu de tensions au moment de la guerre d’indépendance d’Israël, en 1948 : des dizaines de milliers d’Arabes ont été expulsés de cette ville ancienne.

Pour les habitants arabes, les preuves de la « Nakba » — mot arabe qui veut dire
« catastrophe », utilisé par les Palestiniens pour parler de leur expulsion et de l’exode en 1948 — sont partout dans les ruines de Ramle.

Lors de la visite de Ben Gvir sur le marché, deux jeunes filles arabes en hijab se trouvaient là, mais elles ont rapidement fait demi-tour lorsqu’elles se sont aperçues de la présence du ministre.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, au centre, parcourt le marché de Ramle le 14 octobre 2026. (Ilia YEFIMOVICH / AFP via la JTA)

Certains juifs critiquent son côté théâtral. Benny Muhtar, juif de 68 ans qui vit à Ramle, explique à la JTA que Ben Gvir, c’est « du vent » – un populiste dépourvu de toute politique.

« Regardez les jeunes qui l’entourent ; ils font beaucoup de bruit comme s’il s’agissait d’une vraie campagne électorale… c’est pour cela que les gens lèvent les yeux et regardent, mais il n’y a rien derrière, mais il fait beaucoup de dégâts », confie-t-il.

D’autres semblent apprécier le spectacle mais, à moins de deux semaines du scrutin, ils hésitent encore.

« Il a fait beaucoup de très bonnes choses », estime Edna Mahbesh, 65 ans, qui lui a offert de la limonade. « J’espère qu’il va faire un bon score aux élections. »

Toutefois, elle n’est pas certaine de voter pour lui. « Je me déciderai la semaine prochaine », explique-t-elle.

Arbel Flehandler, 19 ans, qui votera pour la première fois, se tient sur le côté, observant avec admiration le passage de l’homme politique.

« Il est vraiment bon et fait beaucoup de bonnes choses », estime-t-il. « Je vais voter pour un parti de droite, mais je ne suis pas certain de voter pour lui. C’est ma première fois, je réfléchis. »

Le ministre de la Sécurité nationale et chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 25 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Zehava Perets, 80 ans, déclare que les réactions que s’attire Ben Gvir sont le signe de la forte polarisation d’Israël en ce moment.

« C’est tellement dommage qu’il y ait autant de divisions », poursuit-elle. « Je ne sais vraiment pas pour qui je vais voter… Il y a quelques bonnes personnes dans chaque camp, mais il est impossible de les faire travailler ensemble. »

Liron Lavie, professeure assistante au département d’études politiques de l’université Bar Ilan, estime que les réactions extrêmes pour et contre Ben Gvir « témoignent de la manière dont la politique fonctionne de nos jours » – dans la mesure où les hommes politiques « créent du lien avec l’électorat par le biais de réactions émotionnelles et d’un sentiment de fierté ou de peur. »

De son point de vue, Ben Gvir fait partie de cette « tendance mondiale de renforcement des partis d’extrême droite. »

Mme Lavie estime qu’Otzma Yehudit bénéficie du goût de certains pour des solutions simples et un message simple et que Ben Gvir est très efficace sur les réseaux sociaux comme TikTok.

« Au final, les gens préfèrent les messages simples », assure Mme Lavie avant d’ajouter que Ben Gvir, déjà au gouvernement le 7-Octobre, a réussi à s’en désolidariser pour se positionner comme une alternative solide à Netanyahu, à droite.

« Le Likud et Netanyahu perdent du terrain », analyse-t-elle. « Ils sont critiqués en raison de leur gestion de la situation, que ce soit au centre, à gauche ou à droite, ce qui permet aux électeurs de se tourner vers Ben Gvir, qui a su se positionner comme une [alternative] à Netanyahu à droite. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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