Baisse de la Bourse de Tel-Aviv : les investisseurs anticipent une impasse
Selon la bourse de Tel Aviv, les actions chutent souvent avant un scrutin indécis. L'incertitude pèse à court terme, mais les marchés se rééquilibrent en quelques mois
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Au moment où les Israéliens s’apprêtent à se rendre aux urnes, le 27 octobre prochain, pour un scrutin particulièrement serré, les investisseurs anticipent une impasse politique susceptible de donner lieu à de nouvelles élections.
A la hausse pendant la majeure partie de l’année, les marchés israéliens ont nettement baissé depuis début octobre, alors même que les derniers sondages en date laissent entendre que ni l’actuelle coalition ni le principal bloc d’opposition n’obtiendront à eux seuls la majorité absolue.
Les sondages saisissent les intentions de vote des électeurs à un instant précis, mais ils sont souvent peu fiables.
Les marchés, eux, sont des baromètres prospectifs du sentiment des investisseurs qui intègrent les attentes et probabilités futures des différents scénarios, mais ils ne sont pas infaillibles.
Pour complexifier le tableau, le cours des actions prend également en compte les taux d’intérêt, l’inflation, la croissance, les résultats des entreprises, la géopolitique et les tendances des marchés mondiaux, ce qui rend difficile d’isoler la part exacte des élections dans les récentes baisses.
En utilisant les données historiques des 10 dernières élections israéliennes depuis 2003, les chercheurs de la Bourse de Tel-Aviv ont tenté de savoir si les pertes du marché lors de la première semaine d’octobre étaient le signe que les investisseurs s’attendaient à une impasse et qu’un second tour d’élections serait inévitable.
« Les élections approchent à grands pas et l’incertitude quant-à leur issue reste élevée », explique au Times of Israel Nissan Avraham, macroéconomiste au sein de l’unité de recherche de la Bourse de Tel-Aviv.
« Le marché israélien fait preuve de faiblesse, ce qui est cohérent avec les baisses observées avant les précédentes élections, en particulier celles qui n’ont pas dégagé de majorité claire nécessaire à la formation d’un gouvernement stable. »
En ce qui concerne la semaine qui s’est terminée le 9 octobre dernier, laquelle a servi de base à cette étude, la Bourse de Tel-Aviv a clôturé en territoire négatif, en-deçà des performances des principaux marchés financiers étrangers. L’indice TA-125 a reculé de 3,6 % la semaine passée, l’indice TA-35 de 3,7 % et l’indice TA-90 de 3,3 %. Aux États-Unis, sur la même période, l’indice S&P 500 a progressé de 1,2 %, le Nasdaq-100 de 0,25 % et le Dow Jones de 0,9 %, Wall Street atteignant un sommet historique.
Depuis le début du mois, l’indice TA-125 s’est replié de 1,3 % et l’indice TA-35 a baissé de 1,1 %.
« À deux semaines des élections, il est loin d’être certain qu’une coalition stable soit en vue », estime Jonathan Katz, macroéconomiste chez Leader Capital Markets. « La probabilité d’une coalition menée par l’opposition avec le soutien extérieur d’un parti arabe a diminué. »
Les récents sondages montrent que ni l’actuelle coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu ni le principal bloc d’opposition n’obtiendront suffisamment de sièges à la Knesset pour former, seuls, un gouvernement. Les partis divergent quant à leur disposition à accepter le soutien de partis arabes, ultra-orthodoxes voire de Netanyahu pour atteindre la majorité.
« En cas d’impasse – situation dans laquelle le bloc d’opposition refuserait de s’appuyer sur les deux partis arabes – il pourrait y avoir de nouvelles élections », ajoute M. Katz.
Lorsque cela s’est produit par le passé, Israël a connu des élections à répétition, notamment durant la période 2019-2021 au cours de laquelle le pays a organisé autre scrutins avant de parvenir à former un gouvernement, lequel n’a duré que jusqu’à fin 2022, date à laquelle l’actuelle coalition a été élue.
Selon l’étude de la Bourse de Tel-Aviv, dans les trois mois précédant des élections non concluantes, le TA-125 chute en moyenne de 5,3 %, contre 0,2 % avant des élections menant à la formation d’un gouvernement stable.
M. Avraham précise que cette tendance ne signifie pas nécessairement que les marchés sont de bons prédicteurs des résultats, tout au plus que l’incertitude tend à peser sur les actions avant des scrutins qui s’achèvent par un blocage.
« L’expérience montre que le marché a tendance à intégrer l’inquiétude d’un résultat indécis avant même le jour du vote, ce qui peut expliquer la baisse du marché de début octobre », explique M. Avraham. « Par conséquent, le jour du scrutin n’est pas forcément une surprise pour les investisseurs, même en cas d’absence de gouvernement. »
L’étude montre également que l’écart de rendement boursier entre les élections décisives et les situations de blocage se résorbe rapidement après le scrutin. En moyenne, trois mois après, il ne subsiste presque plus aucune différence, et après cinq mois, les rendements sont quasi identiques. Dans l’année qui suit une élection, l’indice TA-125 génère un rendement total moyen de 16,4 % sur la période étudiée.
Le professeur Yossi Yagil, vice-président du Western Galilee Academic College, est parvenu à des conclusions similaires lors d’études menées sur plus de 60 ans au sujet de la corrélation entre élections et marchés boursiers en Israël.
« Historiquement, les rendements boursiers en Israël ont, en moyenne, été plus élevés après les élections qu’avant », précise M. Yagil. « Ce qui implique que l’élection et, plus particulièrement, la formation du gouvernement après le scrutin, mettent fin à la longue incertitude qui régnait auparavant, ou tout du moins l’atténuent. »
M. Avraham fait remarquer que l’analyse de la Bourse suggère que le facteur clé, pour les investisseurs, n’est pas de savoir qui gagne, mais quel niveau de certitude apporte l’élection.
« Au lendemain de l’élection, la question ne sera pas seulement de savoir qui a gagné, mais si le résultat est suffisamment décisif pour réduire l’incertitude, avec un gouvernement doté d’une politique économique claire de nature à renforcer la confiance des investisseurs », conclut M. Avraham.
« À long terme, comme le montre l’expérience passée, ce sont les fondamentaux de l’économie israélienne, et pas seulement les résultats électoraux, qui continuent de porter le marché. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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