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« BibiCoin » : tollé après que Netanyahu a dit vouloir contourner les sanctions grâce aux cryptomonnaies

Le Premier ministre attribue les menaces économiques à des facteurs extérieurs, tandis que ses adversaires les imputent aux politiques de son gouvernement

Illustration : Les logos de Bitcoin et de différentes cryptomonnaies affichés lors de la conférence Token2049, à Dubaï, le 1ᵉʳ mai 2025. (Crédit : Giuseppe Cacace/AFP)
Illustration : Les logos de Bitcoin et de différentes cryptomonnaies affichés lors de la conférence Token2049, à Dubaï, le 1ᵉʳ mai 2025. (Crédit : Giuseppe Cacace/AFP)

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a critiqué samedi le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir déclaré qu’Israël devait se préparer à des sanctions internationales de plus en plus sévères et utiliser les cryptomonnaies pour les contourner. Il l’a accusé de « démanteler l’économie israélienne ».

« La vision du BibiCoin constitue une menace pour la sécurité nationale », a écrit Eisenkot sur le réseau social X, en jouant sur le surnom de Netanyahu.

« Après avoir fini de démanteler la société israélienne et d’affaiblir Tsahal, Netanyahu s’est fixé une nouvelle cible : le démantèlement de l’économie israélienne pour les générations à venir. »

Eisenkot a accusé Netanyahu d’avoir « perdu le contact avec la réalité » et de proposer, pour remédier à l’isolement international d’Israël qu’il a lui-même provoqué, de « déconnecter le pays de l’économie mondiale ».

« Comment une entreprise technologique israélienne ayant des clients à l’étranger recevra-t-elle des paiements ou des investissements étrangers ? Comment Google achètera-t-il une entreprise israélienne à condition de contourner une banque internationale et de payer en cryptomonnaie ? », a fait remarquer Eisenkot.

Il a averti que si la vision de Netanyahu était mise en œuvre, « les Israéliens perdraient leurs retraites et tous leurs investissements, et beaucoup d’entre eux quitteraient le pays », ce qui entraînerait « une diminution des emplois sur le marché, une baisse des fonds alloués à la santé et à l’éducation, ainsi que l’effondrement de la sécurité nationale ».

Le siège de la Banque d’Israël, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

La Banque centrale d’Israël s’est aussi opposée à Netanyahu, affirmant samedi que les cryptomonnaies « ne peuvent pas être utilisées comme moyen de contourner les sanctions ».

« Pour l’économie israélienne, il convient de préserver les relations économiques avec nos principaux partenaires commerciaux et de prévenir les sanctions ainsi que leur influence négative sur l’économie », a déclaré la Banque centrale dans un communiqué.

« Cette question relève de la responsabilité des instances politiques et il serait opportun qu’elles agissent pour la faire avancer. »

« J’entends les objections ; j’en tiens compte », a-t-il répondu la Banque centrale sur i24. « Je remercie la Banque d’Israël pour ses conseils, je les écoute, mais je fais ce que je pense [être le mieux]. »

Vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’Israël devait se préparer à un durcissement des sanctions internationales et recourir aux cryptomonnaies pour les contourner. Ces propos, d’une franchise surprenante, portaient sur la situation économique du pays, quatre jours avant les élections à la Knesset.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, chef du parti du Likud, entouré d’agents de sécurité lors d’un meeting électoral organisé dans un marché de Tel Aviv, le 22 octobre 2026, à l’approche des élections législatives. (Crédit : Ariel Schalit/AP Photo)

« Il faut comprendre qu’il pourrait y avoir des sanctions bancaires », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à la chaîne économique Channel 10.

« Il faut préparer une économie capable de les contourner… et j’y travaille également. »

Lorsque l’intervieweur a évoqué les cryptomonnaies comme solution possible, Netanyahu a répondu par l’affirmative.

Interrogé sur la blockchain – un système numérique décentralisé qui ne dépend pas des autorités gouvernementales centrales -, Netanyahu a indiqué qu’il s’agissait d’une autre option et qu’il avait demandé à ses conseillers d’élaborer un plan pour son utilisation.

Les cryptomonnaies peuvent affaiblir l’efficacité des sanctions financières en créant des canaux de paiement alternatifs, mais ce n’est pas une solution infaillible, car les transactions sur de nombreux réseaux blockchain peuvent toujours être tracées.

Des militants du Likud accrochant des affiches de campagne du Premier ministre Benjamin Netanyahu à côté d’un panneau publicitaire représentant son rival de l’opposition, Gadi Eisenkot, à l’approche des élections législatives israéliennes à Dimona, dans le sud d’Israël, le 21 octobre 2026. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

Un haut responsable économique israélien cité par la chaîne N12 a critiqué cette proposition, déclarant : « Cette idée n’atteindra certainement pas son objectif. Le simple fait d’en parler pourrait nuire à l’économie. »

Les déclarations de Netanyahu font suite à l’annonce, par le Royaume-Uni et onze autres pays occidentaux, de sanctions visant les produits provenant des implantations de Cisjordanie. Cette décision fait suite à une vague d’attaques perpétrées par des résidents d’implantation contre des Palestiniens, ainsi qu’à un programme massif de construction d’implantations approuvé par le gouvernement Netanyahu.

Bien que les sanctions menées par le Royaume-Uni visent spécifiquement les implantations, les économistes et les acteurs du monde des affaires interrogés par le Times of Israel le mois dernier ont néanmoins averti que les répercussions économiques pourraient s’étendre au territoire israélien proprement dit.

Le Premier ministre a semblé présenter cette réalité économique comme inévitable, ce qui a conduit ses rivaux à saisir l’occasion pour affirmer que ce sont les politiques de son gouvernement qui ont conduit Israël à un isolement international sans précédent.

Netanyahu, qui avait auparavant appelé Israël à devenir autosuffisant sur le plan militaire, a déclaré que les contrats d’armement de plusieurs milliards de dollars provenant de Washington « ne continueront pas à affluer ».

Manifestants du mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), à New York, le 7 octobre 2024. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Si vous pensez que nous continuerons à recevoir ce que j’ai obtenu à deux reprises – à savoir des dizaines de milliards de dollars d’aide américaine pour le budget de la défense -, préparez-vous et habituez-vous à [l’idée que cela n’arrivera plus], car l’Amérique a changé. Pas parce qu’Israël a [changé]. C’est fini, et ça le sera. Ce n’est qu’une question de temps », a ajouté Netanyahu.

Le Premier ministre soutient depuis longtemps que la baisse du soutien de l’opinion publique américaine envers Israël résulte de dynamiques internes qui n’ont rien à voir avec l’État juif, tandis que certains de ses détracteurs lui reprochent d’avoir exacerbé ce déclin par ses politiques.

Le chef de l’opposition et numéro deux du parti Beyahad, Yaïr Lapid, a saisi l’occasion offerte par l’interview de Netanyahu pour écrire sur le réseau social X que le Premier ministre « admet désormais, de ses propres mots, que si son gouvernement est réélu, l’aide américaine en matière de sécurité prendra fin et qu’Israël sera confronté à des sanctions qui dévasteraient notre économie, entraîneraient une flambée des prix et causeraient des dommages irréparables ».

Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan, s’en est également pris à Netanyahu, écrivant sur X : « Encore une prestation déconnectée de la réalité et hystérique de la part de Netanyahu. Cet homme a perdu la tête. »

« Il existe un moyen très simple d’éviter les sanctions économiques : lutter contre le terrorisme juif qui détruit notre image dans le monde, redevenir un pays respecté au sein de la communauté internationale, se débarrasser des personnes incompétentes, construire un avenir meilleur et préserver nos alliances stratégiques. »

Les propos tenus vendredi par Netanyahu faisaient écho à ceux qu’il avait tenus l’an dernier, lorsqu’il avait déclaré qu’Israël était confronté à un isolement croissant sur la scène internationale et qu’il devrait devenir une « super-Sparte » plus autonome dans les années à venir.

Mais après que ces remarques eurent suscité un tollé, il avait tenté de faire marche arrière et s’était empressé de souligner le soutien dont Israël bénéficie toujours de la part de l’Inde et des pays d’Amérique latine.

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