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Reportage

Au kibboutz de Nahal Oz, la tradition de la gauche ébranlée par le pogrom du 7-Octobre

Danny Rahamim déplore d’être “la personne la plus de gauche ici” alors que des membres de sa famille et d’autres habitants ont basculé à droite après les massacres du Hamas qui ont coûté la vie à 16 habitants

Danny, un habitant du kibboutz Nahal Oz, montrant le tatouage à l'encre noire représentant un tournesol qu'il porte sur l'avant-bras, accompagné d'une inscription en hébreu signifiant « Le chemin vers l'espoir », qu'il s'est fait faire en mémoire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, à Nahal Oz, dans le sud d'Israël, le 22 octobre 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)
Danny, un habitant du kibboutz Nahal Oz, montrant le tatouage à l'encre noire représentant un tournesol qu'il porte sur l'avant-bras, accompagné d'une inscription en hébreu signifiant « Le chemin vers l'espoir », qu'il s'est fait faire en mémoire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, à Nahal Oz, dans le sud d'Israël, le 22 octobre 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

Danny Rahamim réfléchit quelques secondes, le temps de faire mentalement le tour de ses voisins de kibboutz. Et confirme : « C’est moi le plus à gauche ici. » Probablement déjà avant l’irruption des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, et sans conteste aujourd’hui.

L’homme aux petites lunettes et au crâne tanné par le soleil, 72 ans dont 50 passés à Nahal Oz, est le porte-parole de ce kibboutz situé à quelques centaines de mètres seulement de Gaza.

Le long de la frontière avec l’enclave dans le sud d’Israël, plusieurs de ces communautés soutenant traditionnellement la gauche se sont trouvées en première ligne lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Seize des 400 habitants de Nahal Oz ont été tués. Grâce à la proximité d’une base militaire, explique Danny Rahamim, le bilan est moins lourd que dans les kibboutzim voisins de Kfar Aza (64 morts) ou de Beeri (102 morts).

Depuis, « les gens ont changé. La plupart ne sont pas passés à droite, mais ils ne croient plus que ça puisse aller mieux avec nos voisins » gazaouis, reconnaît-il, à quelques jours des premières législatives depuis l’attaque, qui a traumatisé et radicalisé l’opinion publique israélienne.

« Moi, je n’abandonne pas », répète cet éternel militant pacifiste, sous la pergola fleurie de sa maison. Sur les murs, les impacts de balles ont disparu sous une couche de peinture fraîche.

Danny, un habitant du kibboutz de Nahal Oz, montrant du doigt la frontière avec Gaza, depuis le kibboutz israélien de Nahal Oz, dans le sud d’Israël, le 22 octobre 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

« Tu es naïf », lui rétorquent souvent ses enfants.

Le camp de la paix a quasiment disparu du paysage politique israélien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait de la non-création d’un État palestinien sa principale promesse de campagne ; son principal rival, le centriste Gadi Eisenkot, a juré de s’y opposer encore plus.

« Pour qui je ne vote pas » 

La fille de Rahamim, sa compagne et leurs deux fils habitent quelques allées plus loin. L’aîné, presque quatre ans, les arpente à vélo, au son du chant des oiseaux et du bourdonnement constant des drones de surveillance. La pelouse est parsemée d’oranges tombées de l’arbre.

« Ça a l’air paisible. Mais il y avait des corps partout », lâche sa belle-fille.

Naama Zadok-Rahamim, 37 ans, porte un tee-shirt noir rendant hommage à l’un de ses voisins tués, une étoile de David autour du cou et la colère dans les yeux.

« Ce que j’attends des personnes qui vont diriger notre pays, c’est une vraie sécurité. Quelqu’un qui s’assure que ce qui s’est passé ne se reproduise pas », dit cette employée de la communauté.

À chaque cycle de violence avant, quand les roquettes tombaient ici et les bombes de l’autre côté, elle pensait aux souffrances de ses « voisins ». Désormais, « c’est dur pour moi de distinguer le Hamas du reste de la population ».

Les destructions causées par les terroristes du Hamas dans le kibboutz Nahal Oz, à 800 mètres de la bande de Gaza, dans le sud d’Israël, le 20 octobre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Passe Nadav Perez, travailleur hospitalier de 44 ans. Il a toujours voté à l’extrême-gauche ou à gauche. Avant l’attaque, il était engagé dans un projet de dispensaire pour des patients de Gaza, comme cela se faisait déjà ailleurs dans la région. Mais le responsable du conseil régional, Ofir Libstein, à l’origine de l’initiative a été abattu en défendant son kibboutz de Kfar Aza.

« Je me suis demandé si les terroristes qui l’ont tué savaient que leurs balles tuaient l’idée d’un futur meilleur », dit Perez.

Depuis, « ma compassion est plus floue », admet-il, son fils d’un an au bras. « C’est triste », dit-il, « mais je me fiche un peu de ce qui se passe de l’autre côté ».

Pour mardi, Perez n’a « toujours pas décidé ». « Je sais pour qui je ne vote pas. Je ne vote pas pour le Premier ministre qui était en poste le 7-Octobre, qui n’a jamais mis un pied ici, n’a jamais assumé sa responsabilité et n’a jamais dit pardon », dit-il froidement sans nommer Netanyahu.

Une base militaire est visible au kibboutz Nahal Oz, dans le sud d’Israël, le 22 octobre 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

Le paradis pour les enfants 

Rahamim, lui, votera pour le candidat de gauche Yaïr Golan – « le seul à dire qu’il faut travailler avec les partis arabes ».

Depuis un poste d’observation, il montre les clôtures, si facilement franchies le 7-Octobre. Les premières maisons gazaouies, à 750 mètres, dont il ne reste que des décombres. Et, au loin, Gaza-city, ravagée. Une rafale de tirs résonne.

Il y a plus de 10 ans, sa plus jeune fille, alors adolescente, avait fait une crise de panique pendant un bombardement. « Si nous les entendons si fort, comment les enfants de Gaza peuvent-ils supporter ? », avait-elle demandé. « Je m’étais dit que j’avais peut-être fait quelque chose de bien. »

Illustration : Des enfants israéliens joueat près d’un abri en béton recouvert de fresques colorées dans le kibboutz de Nahal Oz, le 6 juillet 2015. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Elle aussi a changé. Elle n’évoque plus les enfants d’en face, dont plus de 21 500 auraient été tués selon l’Unicef depuis octobre 2023. Selon son père, elle est désormais convaincue que les Gazaouis sont « tous pareils, qu’ils attendent juste de pouvoir nous tuer ».

Mais elle a fini par revenir au kibboutz qu’elle avait quitté, en famille. Ici, explique Rahamim, « pour les enfants, c’est le paradis ».

On ne sait pas si Marie Dhumières, la journaliste de l’AFP qui a rédigé ce reportage, a demandé aux enfants de Gaza s’ils pensaient désormais aux enfants israéliens. Aucun article de l’AFP n’a jusqu’à présent frmulé une telle question.

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