À Tel Aviv, le père d’un otage assassiné dit que quiconque s’oppose à une enquête d’État sur le 7-Octobre « a probablement une raison » de le faire
Le rassemblement, organisé par le Conseil d’Octobre pour réclamer notamment une commission d'enquête sur le 7-Octobre, survient à trois jours des élections législatives
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Des milliers de personnes se sont retrouvées à Tel Aviv, samedi, pour une manifestation contre le gouvernement israélien, à trois jours des élections législatives.
L’événement a été organisé par le Conseil d’Octobre, un groupe fondé par des familles de victimes et d’otages du 7-Octobre, pour réclamer une commission d’enquête sur les failles sécuritaires ayant permis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Le gouvernement Netanyahu a jusqu’ici refusé une telle commission, pourtant réclamée par de nombreux Israéliens.
Les principales figures de l’opposition se présentant aux élections de mardi – les premières depuis le 7-Octobre – ont toutes promis de la mettre en place en cas de victoire.
Parmi ces personnalités, qui ont fait une apparition au rassemblement selon les organisateurs, figure le centriste Gadi Eisenkot, au coude à coude avec Benjamin Netanyahu dans les sondages, et critique acerbe de sa conduite de la guerre à Gaza qui a reçu un accueil chaleureux sur la place.
Doivent aussi venir le chef de l’opposition actuelle, Yaïr Lapid (centre), et son allié, Naftali Bennett (centre-droite nationaliste), l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman (droite), et le chef de HaDemocratim, Yaïr Golan (gauche).
Dans cette dernière ligne droite avant les élections, les ultimes sondages autorisés à être publiés vendredi soir donnent toujours des résultats aussi serrés. Les deux blocs sont à égalité, avec 50 sièges pour le bloc de Netanyahu et 52 pour le bloc d’opposition constitué autour d’Eisenkot, soit loin des 61 sièges nécessaires à la Knesset pour gouverner.
Eisenkot a prévu un dernier événement de campagne dimanche, tout comme Bennett et Lapid. Les autres, notamment Netanyahu, n’ont pour l’heure rien annoncé.
Un journaliste de l’AFP à Tel Aviv a vu des milliers de personnes marcher vers la Place des Otages, où se tient le rassemblement. Cette esplanade a été ainsi désignée pendant la guerre à Gaza pour accueillir les manifestations hebdomadaires réclamant le retour des personnes enlevées par le Hamas le 7-Octobre.
« Trois ans de combat »
L’événement, organisé « trois jours avant les élections », est « le point culminant de trois ans de combat pour la vérité, pour demander des comptes », ont écrit les organisateurs sur le réseau social X.
« Ceux qui nous ont dirigés ces quatre dernières années ont fait un travail lamentable », a déclaré à l’AFP Hadas Feuershtein, 68 ans, peu avant le début du rassemblement. « Israël n’a jamais été dans une telle situation. »
Elhanan Danino, dont le fils Ori figurait parmi les six otages assassinés dans les geôles du Hamas à la fin du mois d’août 2024, estime que si le gouvernement refuse d’enquêter sur le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, c’est parce qu’il a quelque chose à cacher.
« Celui qui refuse de mettre en place une commission d’enquête nationale a sans doute une bonne raison », a déclaré Danino à l’occasion d’un rassemblement sur la place des Otages à Tel Aviv. « Trois ans ont passé, et ils n’ont toujours pas trouvé le temps de former ne serait-ce qu’une commission d’enquête parlementaire ou gouvernementale. C’est sans doute parce qu’il y a quelque chose à cacher. »
Selon les organisateurs du rassemblement, ce sont plus de 100 000 personnes qui se sont mobilisées pour soutenir la demande de création d’une commission d’enquête nationale officielle.
Une foule dense a envahi la place, débordant jusque dans les rues avoisinantes.
À trois jours des élections, les orateurs ont exhorté les manifestants à aller voter mardi.
Danino a expliqué qu’il n’avait pas réussi à souhaiter une bonne semaine à qui que ce soit depuis l’enlèvement de son fils, voici trois ans.
« Mais je nous souhaite à tous une semaine riche en bonnes nouvelles », a-t-il ajouté, sous les applaudissements.
Viki Cohen, dont le fils Nimrod a été enlevé le 7 octobre 2023 puis relâché en octobre dernier, a déclaré que le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas faisait suite à « quinze années de politique dangereuse », durant lesquelles « l’État d’Israël, qui a envoyé mon fils se battre pour lui, a financé le Hamas et les tunnels dans lesquels il a été retenu prisonnier ».
« Mon pays, dont j’étais certaine qu’il ferait tout pour le protéger, l’a abandonné », a déclaré Cohen lors du rassemblement pré-électoral sur la Place des Otages, à Tel Aviv.
« Le gouvernement n’assume pas ses responsabilités ; au contraire, il fait tout pour empêcher la mesure la plus élémentaire : la mise en place d’une commission d’enquête nationale. »
« Je ne laisserai pas la vérité sur ce qui s’est passé le 7-Octobre être enterrée comme mon fils a été enterré sous terre, dans des tunnels sombres, pendant deux ans », a-t-elle poursuivi.
« Les responsables des services de sécurité sont partis – il est désormais temps que les dirigeants politiques assument leurs responsabilités. »
Aux côtés d’une vingtaine de personnes touchées par cet assaut barbare et sadique, dont les anciens otages Yocheved Lifshitz et Gadi Mozes, Cohen a lancé un appel à la population : « Lorsque vous vous rendrez aux urnes, souvenez-vous de tout le monde : ceux qui ont été enlevés, ceux qui ont été assassinés, ceux qui sont tombés au combat ; les survivants du massacre, les blessés, tant physiques que psychologiques, et les familles dont la vie s’est effondrée. »
« C’est nous, le peuple. Le pouvoir est entre nos mains », a-t-elle ajouté.
Les organisateurs ont dit craindre de possibles « provocations » de la part de militants pro-gouvernement pendant le rassemblement, et avoir alerté les autorités.
Naama Bitterman, 18 ans, qui vote pour la première fois, espère la victoire d’un bloc anti-Netanyahu qui mettra fin à la détérioration de l’image d’Israël à l’international après trois ans d’une guerre à Gaza, sans compter le conflit avec l’Iran et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, ainsi que les attaques de plus en plus violentes de résidents d’implantation à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie.
« Je pense que si on gagne – et je crois qu’on va gagner – on peut changer la façon dont le monde nous voit », prédit-elle.
Sous l’impulsion du Royaume-Uni, plusieurs pays, dont la France, ont récemment imposé des sanctions sur les produits en provenance des implantations de Cisjordanie, illégales au regard du droit international, en réponse à l’explosion du nombre d’implantations et à la multiplication des violences.
Netanyahu, qui dirige depuis 2022 l’un des gouvernements les plus à droite de l’Histoire du pays, a suggéré vendredi qu’Israël pourrait devoir développer une économie alternative pour contourner des sanctions internationales, notamment bancaires.
Il a affirmé avoir demandé qu’un « plan soit préparé » sur la blockchain, technologie de stockage et de transmission d’informations qui fonctionne sans intermédiaire ou autorité centrale, s’attirant les moqueries de ses adversaires samedi et des critiques de la Banque centrale du pays.
« Netanyahu dit que s’il est réélu, Israël se déconnectera de l’économie mondiale. Plus de shopping en ligne, plus d’investissement dans les hautes technologies, plus de sécurité. Il faut s’assurer que BibiCoin ne détruise pas Israël », a notamment tancé Eisenkot sur X, en référence au surnom « Bibi » du Premier ministre.
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