L’influenceur arabo-israélien de « Nas Daily » : « L’antisionisme est une forme d’antisémitisme »
Nuseir Yassin, créateur de vidéos virales, note que le conflit israélo-palestinien ne suscite un tel intérêt à l'échelle mondiale que parce que les Palestiniens ont "l'ennemi le plus détesté qui soit : les Juifs"
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DENVER – JTA — Nuseir Yassin, entrepreneur israélo-arabe spécialisé dans les réseaux sociaux et créateur du vlog viral « Nas Daily », a déclaré la semaine dernière, lors d’une conférence américaine consacrée à l’antisémitisme, qu’il considérait « l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme », réaffirmant ainsi son engagement à lutter contre la « haine injustifiée » à l’égard des Juifs.
Yassin, 34 ans, s’est entretenu avec la Jewish Telegraphic Agency en marge de la conférence organisée par la Fondation David Merage pour la lutte contre l’antisémitisme. Se décrivant lui-même comme un « garçon de village » originaire d’Arrabeh, en Basse-Galilée, il a connu un succès phénoménal grâce à de courtes vidéos virales qui ont attiré des spectateurs du monde entier. Il compte aujourd’hui plus de 68 millions d’abonnés sur de nombreux réseaux sociaux.
Yassin est un musulman d’origine palestinienne, bien qu’il se dise non pratiquant. Interrogé sur l’importance de la participation d’une personne non juive à une conférence sur la lutte contre l’antisémitisme, Yassin a assimilé ce combat à la défense de sa famille, soulignant que « le succès d’Israël et du peuple juif est aussi mon succès en tant que citoyen israélien ».
« Je ne suis pas fan du gouvernement israélien, et je ne suis pas ici pour le défendre, tout comme je ne suis pas fan de nombreux gouvernements », a noté Yassin, mais il a affirmé que la réaction à l’égard du gouvernement « est clairement alimentée par l’antisémitisme ».
« Je crois sincèrement que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme », a-t-il ajouté.
Il a déclaré considérer le sionisme comme « la chose la plus banale au monde, un groupe de personnes qui veulent un endroit où vivre », et en a donc conclu que les détracteurs d’Israël « n’aiment tout simplement pas les Juifs ».
Yassin, qui s’est fait connaître en 2016, s’est montré de plus en plus ouvert ces dernières années sur son identité à la fois israélienne et palestinienne. Au cours de la conférence, il a rappelé qu’il avait grandi en se qualifiant lui-même de Palestinien-Israélien. Après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, il a commencé à se présenter d’abord comme Israélien, puis comme Palestinien.
« Je ne pouvais pas m’identifier à l’extrémisme dont j’étais témoin, et je voulais m’en distancier sans pour autant effacer mon identité liée à celui-ci », a expliqué Yassin.
« Je ne suis pas seulement israélien, car je trouve que cela enlève un peu de piquant, mais je ne suis plus uniquement palestinien non plus. »
« Une grande partie de la culture israélienne est ancrée en moi », a-t-il poursuivi.
« Je ne suis jamais d’accord avec les gens. Je suis toujours en désaccord. C’est ça, être israélien. Je n’ai pas ma langue dans ma poche. »
Yassin a souligné qu’il était « le premier de toute [sa] lignée à partir étudier aux États-Unis » ; il a obtenu en 2014 un diplôme en économie avec une mineure en informatique à l’université Harvard. Bien qu’il ait grandi en Israël, c’est à Harvard qu’il a déclaré avoir fait la connaissance de son premier ami juif.
Après avoir travaillé comme développeur de logiciels chez Venmo à New York, Yassin a quitté son emploi en 2016 pour voyager et documenter ses périples. Il a finalement lancé une page Facebook intitulée « Nas Daily » (le mot arabe signifiant « les gens ») sur laquelle il a publié des vidéos d’une minute pendant mille jours, racontant les histoires de communautés du monde entier.
Ce qui n’était au départ qu’une marque personnelle s’est depuis développé pour devenir la société mère Nas Company, qui propose des plateformes permettant aux entrepreneurs indépendants de créer et de monétiser leurs activités en ligne.
En 2025, Yassin a reçu un diplôme honorifique de l’université Ben Gurion du Néguev, en reconnaissance de son engagement en faveur de la coexistence entre Israéliens et Palestiniens. En août dernier, il a également rejoint le comité consultatif de la Fondation du Prix Genesis, qui rend hommage chaque année à des personnalités juives inspirantes pour leurs réalisations.
« Je ne m’identifie pas à ces centaines d’hommes dans la rue qui crient ‘Allahu Akbar’ », a déclaré Yassin à la JTA, ajoutant qu’il faudrait davantage de femmes et moins de fanatiques religieux pour participer au dialogue israélo-palestinien.
Yassin a affirmé qu’il n’était « pas un Arabe bizarre pour dire cela » et que « tout le pays des Émirats arabes unis dit la même chose », faisant référence à l’un des pays du Golfe ayant signé les Accords d’Abraham, qui ont normalisé les relations avec Israël. Il a également mis au défi les militants de « Free Palestine » d’envisager un avenir concret pour les Palestiniens plutôt que de se focaliser sur les transgressions d’Israël.
« Nous devrions tous être pour une ‘Palestine libre’ – mais libre de quoi ? », a demandé Yassin. « C’est sur la solution que nous sommes en désaccord, pas sur le problème. Nous ne voulons pas de souffrance. Personne ne veut de souffrance. »
« Je suis pour une Palestine libre du Hamas », a-t-il poursuivi.
« Se contenter d’une ‘Palestine libre’ n’est pas une réponse. Je suis pour une Palestine libre de l’extrémisme. »
Yassin a affirmé qu’il y avait matière à critiquer le gouvernement israélien, notant, par exemple, qu’il aimerait voir une présence arabe au sein du gouvernement.
Mais il s’est étonné de l’idée qu’un extraterrestre visitant la Terre pourrait penser que le pays le plus détesté aux Nations unies est la Corée du Nord, alors qu’en réalité « ce n’est pas le cas – c’est Israël ».
Cela l’a frappé, car « le conflit israélo-palestinien n’est pas si grave quand on le compare à tout ce qui se passe ailleurs sur la planète Terre ».
« La seule chose qui en fait un problème majeur, c’est que nous, en tant que Palestiniens, avons l’ennemi parfait. »
Cet ennemi, a-t-il poursuivi, est « le type d’ennemi le plus détesté, à savoir les Juifs ».
Lors de son intervention à la conférence, Yassin a présenté un programme de bourses qu’il a lancé au printemps dernier en partenariat avec la Fondation David Merage. Ce programme a pour but d’aider 50 créateurs de contenu, dont 25 juifs et 25 musulmans, à produire des contenus porteurs de sens.
Announcing a fellowship in memory of my friend
I partnered with the David Merage Foundation to enable 50 creators: 25 Jewish, 25 Muslim to create meaningful content.
I want this to continue the life’s work of my friend Zaki who passed away a short while ago. Apply with the link… pic.twitter.com/TwcaLtiapl
— Nuseir Yassin (@nasdaily) May 18, 2026
Les participants ont reçu 1 000 dollars et ont passé un mois à apprendre aux côtés de l’équipe de Nas Daily comment créer des récits viraux et percutants. Ce programme de bourses a été nommé en l’honneur du premier ami juif de Yassin, Zaki Djemal, décédé récemment d’une crise cardiaque soudaine.
Pour Laura Merage, cofondatrice juive d’origine iranienne de la fondation, Yassin était le partenaire idéal pour cette initiative visant à jeter des ponts. Compte tenu de son audience sur les réseaux sociaux et de sa « personnalité contagieuse », elle a déclaré estimer que « c’est exactement ce dont le monde a le plus besoin ».
Lors de la conférence de mardi, Yassin a annoncé les deux lauréates du concours d’influenceuses organisé dans le cadre de ce programme : Raihaana Adira, une musulmane canadienne récemment diplômée de l’université McGill, et Grace, une créatrice de contenu numérique juive américaine qui a préféré n’utiliser que son prénom pour des raisons de confidentialité. Grace raconte l’histoire de personnalités singulières, telles que la première « Miss Israël » d’origine arabe. Parallèlement, Adira a commencé à publier des contenus sur l’antisémitisme et les relations entre musulmans et juifs après avoir été témoin de manifestations antisionistes à McGill.
« Quand je vois une personne juive se faire agresser sur le campus ou en ligne, j’ai l’impression de voir un membre de ma propre communauté souffrir », a déclaré Adira à la JTA, précisant qu’elle avait commencé à publier des messages parce que personne ne la croyait lorsqu’elle évoquait des incidents survenus sur le campus.
« Je voulais que l’on voie les manifestations et les graffitis sur les murs qui disaient ‘Mort à Tsahal’ », a-t-elle poursuivi.
« Je suis canadienne, je suis musulmane, et quand des gens à l’école ou dans la rue disent : ‘Mort au Canada, nous sommes le Hamas, le Hamas est héroïque’ – ce n’est pas moi. »
Adira a indiqué avoir reçu de nombreuses menaces de mort lorsqu’elle a commencé à publier ces messages. Tout en reconnaissant à quel point cela avait été difficile, elle a également souligné l’afflux de soutien qui a contribué à « étouffer la haine ».
Yassin a exprimé un point de vue similaire, notant qu’au début de sa carrière, il « avait l’habitude d’amplifier les réactions négatives et d’en parler beaucoup », faisant référence aux critiques qu’il recevait pour avoir promu la coexistence et dénoncé l’antisémitisme. Mais après avoir réalisé que cela dissuadait d’autres personnes de s’exprimer, il a jugé ces menaces insignifiantes, les qualifiant de « prix minime à payer pour le résultat le plus important que l’on puisse imaginer ».
Au cours de ses voyages à travers le monde, Yassin a déclaré avoir constaté à quel point les perceptions que les gens ont des Juifs peuvent être erronées, et a exprimé sa « responsabilité de rétablir la vérité ». Il a également précisé qu’il était en couple avec une femme juive, l’auteure et influenceuse Aija Mayrock, qu’il épousera l’année prochaine et avec qui il espère avoir des enfants.
« Ils seront juifs, donc c’est ma famille – littéralement, ma famille », a déclaré Yassin.
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