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Hommage à Zaki Djemal

Deux de ses collègues pleurent la mort soudaine, à 38 ans, de ce leader de la Tech qui a aidé les meilleures startups israéliennes et tenté de régler maints problèmes, des relations arabo-juives aux crises humanitaires

Zaki Djemal (Autorisation)
Zaki Djemal (Autorisation)

Nous avons appris la semaine passée que « la volonté de Dieu », tragique, se fait même par temps de guerre.

Zaki Djemal, 38 ans, était haut en couleurs et son sens de l’investissement a aidé les startups israéliennes les plus innovantes à se lancer. Sa passion pour la résolution de problèmes locaux ou mondiaux — des relations arabo-juives aux crises humanitaires — l’avait fait connaître d’un très grand nombre de cercles en Israël et ailleurs.

Oui, affirmait-il lors d’une conférence Tedx de 2018 pour lancer Kulna avec Hidai Goldsmith, il est possible que le backgammon arabo-juif apporte la paix au Moyen-Orient. Il avait mis son gène de la résolution de problèmes et son autorité tranquille au service de causes laïques aux côtés d’IsraAID et Tevel B’tzedek, deux organisations qui mobilisent l’ingéniosité israélienne pour combattre la misère dans le monde.

Au sein de l’écosystème technologique israélien, Zaki n’arrêtait jamais. Nous avons eu le privilège de travailler avec lui — Todd en tant que partenaire de Fresh Fund, le fonds d’amorçage lancé par Zaki il y a de cela une dizaine d’années, et Wendy en tant que collègue de Remilk.

Nous avons vu de quelle manière il pouvait identifier les défaillances du marché ou les besoins émergents et trouver les entrepreneurs capables de s’y attaquer, de réinventer la réalité pour faire de grandes choses. En faisant son premier chèque à Remilk, à ses débuts, Zaki savait que ses fondateurs allaient révolutionner la production laitière.

Il croyait aux vertus des investissements précoces, sérieux et activistes, et était très fier que Fresh Fund ait misé des fonds sur des start-ups et épaulé leurs fondateurs dès leurs premiers pas. Les membres de l’équipe de son fonds sont tous des talents de tout premier plan.

Zaki Djemal (Autorisation)

Il savait aussi saisir les opportunités — comme en témoigne « Fresh Defense », le fonds pour les technologies de Défense qui aide de très prometteuses entreprises en phase de démarrage et montre la voie à suivre par Israël dans un secteur stratégique sinon vital.

Le dernier jour de sa vie, il a dit à un investisseur : « J’aime ce que je fais. Je travaille toujours avec des personnes bien plus intelligentes que moi — tous ces fondateurs motivés par une mission, celle de résoudre des problèmes importants. Je suis moi aussi passionné par une mission — celle qui consiste à aider tous ces fondateurs incroyables et leurs entreprises. C’est tellement important pour Israël. Je suis la personne la plus chanceuse du monde. »

Les hommages qui lui sont rendus sur les réseaux sociaux depuis mercredi matin disent bien qui il était, au-delà de ses seuls – et redoutables – talents d’investisseur : un vrai mench, une personne capable d’écoute, un exemple, un leader on ne peut plus doué, une personne qui prisait la gentillesse, dont il avait fait une sorte de modèle économique. Dans un monde où capital social et contacts sont des marchandises qui se monnaient, Zaki donnait, avec sincérité et bonne volonté.

Lors de ses obsèques, très courues, vendredi après-midi à Jérusalem, nous nous sommes mêlés à des centaines de Hiérosolymitains qui avaient tous une histoire à raconter sur Zaki et sa créativité, sans oublier cette étincelle unique qu’il mettait au service de cette ville complexe. Ses parents et frères et sœurs ont confié de précieux souvenirs de Zaki remontant à différents moments d’une existence décidément bien trop courte.

Zaki Djemal (Autorisation)

Ces tout derniers jours, Zaki nous avait envoyé un texte qu’il souhaitait faire publier — un essai sur sa conviction que les innovations israéliennes allaient devenir indispensables pour régler des problèmes partout dans le monde et que l’investissement précoce était crucial.

Au nom de toute l’équipe de Fresh Fund, nous souhaitons rendre un dernier hommage à Zaki en publiant ici son article. Il en dit long sur sa vision et son caractère. Nous nous joignons à la peine de son partenaire, Ben, de sa famille et de ses innombrables collègues et amis qui pleurent sa mort. Nous, sa communauté, sommes tristes mais nous allons fièrement poursuivre son travail.

Devenir indispensable : sécurité nationale, interdépendance et l’avenir économique d’Israël

Par Zaki Djemal

Au plus fort de la guerre Israël–Hamas, Tau Capital, un fonds de deep-tech émirati soutenu par la famille royale, a investi dans six startups israéliennes.

Ces startups — Remilk, BlueGreen Water Technologies, Momentick, Sepio, Dream Security et Metis Augmented Intelligence — sont spécialisées dans l’alimentation, le traitement de l’eau et des écosystèmes ou encore la surveillance satellitaire et la cybersécurité à l’échelle nationale. Elles semblent ne pas avoir de liens entre elles, mais le schéma est clair.

Chacune s’adosse à l’un des besoins fondamentaux de l’État moderne et répond à un enjeu national : la nourriture, l’eau, les infrastructures et la sécurité. Des domaines qu’aucun gouvernement ne peut se permettre de risquer. Le geste de Tau n’a rien de symbolique ou de sentimental. Il est on ne peut plus rationnel. Le capital aligné sur l’État se déplace vers des actifs stratégiques, même en temps de guerre.

Compte tenu des réaménagements géopolitiques à l’oeuvre, c’est précisément là qu’Israël doit concentrer toute son énergie entrepreneuriale.

De résilient à indispensable

Pendant une grande partie de l’ère dite de la Start-Up Nation, Israël s’est distingué par sa rapidité et sa débrouillardise. Les entreprises cyber sont issues d’unités d’élite. Les logiciels d’entreprise sont nés de difficultés internes. On fait des contraintes des avantages. La vitesse compense alors l’échelle.

Ce modèle a donné des résultats extraordinaires. Mais ce n’est pas ainsi qu’Israël va accéder dans les meilleures conditions à la prochaine phase de la compétition mondiale.

La question qu’Israël se pose aujourd’hui n’est pas de savoir comment se remettre du 7-Octobre. Il s’agit de savoir si le pays peut refonder son économie sur une base qui va au-delà de la résilience. Pour un petit État situé dans une région très instable, la résilience est certes nécessaire, mais elle n’est pas suffisante.

Aux États-Unis, la pression autour du « dynamisme américain » est le reflet d’une stratégie cohérente. Une puissance continentale dotée de marchés financiers profonds et d’une demande interne immense peut garantir l’indépendance technologique et l’autonomie des chaînes d’approvisionnement.

Israël n’est pas dans le même cas. Il ne peut ni s’isoler ni recréer des industries complètes au seul niveau national. Mais ce n’est pas ce qui lui faut. Les petits États n’assurent pas leur sécurité en restant seuls. Ils le font en se rendant indispensables aux autres.

Là où les États-Unis cherchent l’indépendance, Israël doit chercher l’enracinement. Être indispensable signifie construire des capacités si profondément intégrées dans les systèmes alliés que leur suppression serait trop coûteuse sinon totalement irrationnelle. Cela n’a rien à voir avec l’image de marque ou l’idéologie. C’est une théorie du pouvoir qui, le temps faisant son oeuvre, est la seule stratégie de croissance et de sécurité pour un pays comme Israël.

Pourquoi le changement est inévitable

Le paysage technologique est aujourd’hui en phase avec cette logique.
Pendant une dizaine d’années, les logiciels ont été le meilleur moyen – et le plus rapide – de créer de valeur. C’était peu coûteux à faire, rapide à itérer et facile à mettre à l’échelle. Les fondateurs israéliens ont excellé dans cet environnement, et l’écosystème s’est optimisé autour.

Mais l’environnement est en train de changer.

Dans un monde piloté par l’IA, les avantages uniquement liés aux logiciels deviennent faciles à reproduire. Le coeur est de plus en plus du côté de l’exécution et de l’intensité en capital. Les premiers chèques, d’un montant de plusieurs millions de dollars, versés aux entreprises d’applications d’IA de la Silicon Valley le montrent clairement. Or ce modèle est à la portée d’Israël.

Zaki Djemal (Autorisation)

De faibles obstacles font que l’on est remplaçable. Et être remplaçable, c’est exactement le contraire d’être indispensable.

Ce qui n’est pas plus facile, c’est de résoudre des problèmes difficiles, physiques et institutionnels. Cela nécessite de longs cycles de développement, de vastes recherches réglementaire et une intégration profonde avec les gouvernements et les opérateurs. Ils sont plus lents à construire et plus difficiles à dérouler. Mais une fois déployés, ils sont persistants. Ce qui renforce la dépendance.

Le marché a déjà bien assimilé cette leçon. Les entreprises les plus importantes de la prochaine ère ne seront pas que des plateformes numériques, mais des organisations qui lient intelligence et monde physique.

Les talents ont déjà bougé

Un changement à bas bruit est déjà en cours chez les fondateurs eux-mêmes.

Nombre des entrepreneurs les plus solides d’Israël ne sont plus attirés par l’optimisation progressive. Ils veulent travailler sur des problèmes importants pour la civilisation elle-même, que ce soit de nourrir des populations toujours plus nombreuses, défendre des sociétés ouvertes contre des menaces asymétriques, soigner les maladies, transformer l’énergie ou réparer les écosystèmes.

Depuis le 7-Octobre, le changement s’est accéléré. Des startups des secteurs de la Défense et des biens à double usage telles que Kela, Line5, Particle Labs, Metacentric et Tenna attirent des talents technologiques de tout premier plan motivés par ce qu’ils peuvent apporter, et non par des questions d’arbitrage. Des schémas similaires sont visibles dans les secteurs du climat, de l’alimentation et de la techbio.

Des fondateurs comme Michal Tsur illustrent ce changement. Après avoir construit Cyota et Kaltura, es partenaires et elle ont choisi de fonder Remepy, pour développer un nouveau type de thérapies hybrides. Chez Remilk, Aviv Wolff et Ori Cochavi réinventent la production laitière au niveau mondial. Chez Gigablue, Dotan, Sapir, Ori et Guy transforment l’économie liée à la santé des océans.

Ce qui unit ces fondateurs, ce n’est pas seulement la taille des marchés qu’ils visent, mais aussi la nature de leur motivation. Elle est en eux. Quand les incitations faiblissent et que la progression ralentit, ils continuent malgré tout. Dans les domaines les plus complexes, la durabilité compte autant que la vitesse.

Les écosystèmes qui permettent aux fondateurs de développer des capacités à l’échelle nationale et mondiale vont conserver leurs meilleurs collaborateurs. Pas les écosystèmes qui n’offrent que de l’arbitrage incrémental.

Le vrai goulot d’étranglement

Israël ne manque ni d’idées ni de talents. Mais il manque d’ambition au niveau national et de continuité en ce qui concerne les capitaux en phase d’amorçage.

Le parcours ds technologies intégrées dans les systèmes souverains ne commence pas comme dans les livres. Il commence sur des bases fragiles avec des données incomplètes, des prototypes précoces et des paris sur la maîtrise de phénomènes physiques, chimiques ou biologiques. Il est essentiel de les aider en assumant un risque technique, bien avant d’avoir des résultats clairs.

Si Israël refuse d’apporter son soutien à la formation de capacités dès les premiers stades, ces entreprises migreront ailleurs ou les progrès seront tués dans l’oeuf. Ce qui n’aura pas pour seule conséquence un moindre nombre de grandes entreprises, mais aussi une moindre pertinence stratégique, pour un pays qui ne peut pas se permettre de compter sur les faveurs ou la bonne volonté d’autrui.

Choisir

Cette stratégie ne se commande pas. La technologie israélienne va tout simplement devenir une partie intégrante du fonctionnement des autres États, que ce soit au niveau des chaînes d’approvisionnement, des infrastructures ou d les systèmes de sécurité. Avec le temps, il deviendra plus coûteux pour ces Etats de se passer de nous que de vivre avec nous.

C’est ainsi que l’interdépendance devient un levier. Et c’est ainsi que les petits États survivent dans un monde de forte compétition pour le pouvoir, encore et encore.

Israël peut rester un pays d’optimisations astucieuses car si elles sont utiles et parfois adorées, elles n’en sont pas moins remplaçables. Mais il peur aussi faire le choix de devenir un pays capable de s’attaquer aux problèmes les plus difficiles, de construire des choses difficiles et de s’enraciner profondément dans les systèmes qui façonnent l’avenir, au point que sa propre sécurité en sera structurellement renforcée.

Pour un petit État en ce siècle de tous les dangers, être indispensable n’est pas une option parmi tant d’autres. C’est la seule stratégie qui permette d’aller plus loin.
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Wendy Singer conseille des startups israéliennes, dont Remilk, et la Bibliothèque nationale d’Israël.
Todd Kesselman est associé de Fresh Fund et investisseur providentiel dans des entreprises israéliennes d’IA, de cybersécurité et de défense.
Zaki Djemal, z »l, était associé gérant et cofondateur de Fresh Fund.

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