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Tsahal reproche au Shin Bet de ne pas prendre au sérieux la violence des extrémistes juifs

Un responsable de l'armée déclare à la télé israélienne que l'agence de sécurité « ne nous fournit ni renseignements ni alertes anticipées », sous-entendant que les politiques « préfèrent que la situation actuelle perdure »

Des Palestiniens inspectant des voitures calcinées à la suite d'une attaque perpétrée par des résidents d'implantation, qui ont également tagué des graffitis en hébreu sur les murs d'une maison à Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 2 septembre 2026. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)
Des Palestiniens inspectant des voitures calcinées à la suite d'une attaque perpétrée par des résidents d'implantation, qui ont également tagué des graffitis en hébreu sur les murs d'une maison à Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 2 septembre 2026. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le Shin Bet ne prend pas assez au sérieux les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations, s’est plaint vendredi un haut responsable de Tsahal devant les caméras d’une chaîne de télévision israélienne, alors qu’en Cisjordanie, les attaques se poursuivent quotidiennement dans un climat d’impunité quasi totale.

Le Shin Bet dispose d’un service dédié dont la mission est de contrecarrer ces violences. Mais le responsable militaire, interrogé par la chaîne d’information N12, a expliqué que la Division juive n’avait « pratiquement rien fait — le strict minimum ».

« Certains veulent affaiblir la Division juive. Ils ne nous fournissent ni renseignements ni alertes anticipées », a regretté le responsable militaire.

Ce même responsable a rappelé que la situation en Cisjordanie était au bord de l’explosion, à mesure de l’établissement par les partisans du mouvement pro-implantation d’un nombre toujours plus important d’avant-postes illégaux.

Cinq nouveaux avant-postes ont été créés dans le centre de la Cisjordanie au cours de la seule semaine dernière, tandis que l’armée israélienne peine à sécuriser toutes ces nouvelles communautés et à prévenir les affrontements entre résidents d’implantations et Palestiniens.

Chaque avant-poste démoli est immédiatement reconstruit. Rien que l’année dernière, des avant-postes ont été détruits puis aussitôt reconstruits à 160 reprises, a indiqué le responsable militaire à N12.

Des résidents d’implantations israéliennes dans un avant-poste récemment établi sur le site de l’attaque meurtrière au cours de laquelle Benayahu Mellet et le major de l’armée israélienne Yuval Ezra ont été tués, près de l’implantation Havat Gilad, en Cisjordanie, le 4 août 2026. (Crédit : Hilel Ben Or/Flash90)

Ce responsable a également mentionné la saison de la récolte des olives qui approche – une période durant laquelle les extrémistes juifs tentent régulièrement d’empêcher les Palestiniens d’accéder à leurs terres.

« Il semble que certains préfèrent que la situation actuelle perdure », a déclaré ce responsable, déplorant les efforts déployés par des responsables politiques d’extrême droite pour tenter de déstabiliser davantage la situation sur le terrain.

Selon lui, des rabbins ultranationalistes émettraient également des directives autorisant les résidents d’implantations à prendre le volant pendant Shabbat pour participer à des raids visant des villages palestiniens, comme cela a été le cas la semaine dernière dans la ville de Qusra, au nord de la Cisjordanie.

Par ailleurs, des soldats censés profiter d’un repos ou censés suivre un entraînement sont déployés en Cisjordanie dans le but d’empêcher les affrontements entre les résidents d’implantations extrémistes et les Palestiniens, a souligné le responsable.

Ce reportage télévisé a été diffusé alors que la violence des partisans du mouvement pro-implantation a connu une forte recrudescence ces derniers mois, avec des attaques quasi quotidiennes, parfois meurtrières, partout en Cisjordanie. Les arrestations de suspects sont rares, et les poursuites le sont encore davantage. Les détracteurs accusent le gouvernement de fermer les yeux sur ces attaques, voire de les encourager.

David Zini, chef du Shin Bet, un ancien général qui se présente comme « messianique » et affilié à la yeshiva ultraconservatrice de Har HaMor, a réduit les ressources allouées au département chargé des Affaires juives depuis sa prise de fonction à la tête de l’agence de sécurité l’année dernière. Il a en outre minimisé les violences des résidents d’implantations en les définissant comme des « frictions », et il a recommandé le recours à des bracelets électroniques de surveillance, plutôt qu’à la détention administrative, pour maîtriser les coupables, selon les médias israéliens.

Le directeur de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, David Zini, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem lors de Yom HaZikaron, le 21 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Selon les chiffres du Shin Bet publiés en début d’année, trois fois plus de Palestiniens que de Juifs ont été victimes d’attaques nationalistes en Cisjordanie.

Un enfant palestinien blessé lors de raids d’extrémistes juifs

Plusieurs attaques de partisans du mouvement pro-implantations ont été signalées vendredi en Cisjordanie, notamment dans le village d’Umm al-Khair, dans la vallée du Jourdain, où des extrémistes juifs et des soldats ont été filmés en plein raid.

Un enfant palestinien a été blessé par un objet lancé par l’un des résidents d’implantations qui participait à ce raid.

Le groupe Mères contre la violence, qui rassemble des militants israéliens qui organisent des actions de solidarité, a déclaré que les extrémistes juifs avaient d’abord fait irruption dans le village et harcelé des enfants palestiniens qui jouaient sur le terrain de foot du village.

Les partisans du mouvement pro-implantations ont également coupé une clôture que les Palestiniens avaient installée autour du village pour tenter d’empêcher de telles incursions, qui se produisent régulièrement. Certaines incursions du même type ont également été filmées vendredi dans le village de Burqa, en Cisjordanie.

Des soldats sont arrivés à Umm al-Khair peu après, mais ils n’ont pas arrêté les résidents d’implantations qui avaient attaqué le village, a expliqué le collectif Mères contre la violence.

Les soldats ont ensuite déclaré le terrain de football zone militaire fermée, et ils ont sommé les habitants palestiniens du village pris pour cible par les résidents d’implantations de regagner leurs maisons et de ne pas en sortir, ont rapporté les militants.

Les déclarations de zone militaire fermée sont régulièrement utilisées par l’armée israélienne pour éviter les altercations entre extrémistes juifs et Palestiniens en Cisjordanie.

Ces directives ne sont toutefois souvent appliquées qu’aux seuls Palestiniens, tandis que les partisans du mouvement pro-implantations bénéficient d’une impunité totale lorsqu’ils les enfreignent, à l’instar de ce qui s’est produit dans le village de Qusra, au nord de la Cisjordanie.

Si une arrestation a bien été effectuée par l’armée israélienne, elle n’a pas concerné l’un des extrémistes juifs impliqués mais un villageois palestinien, Aziz Hathaleen, dont le frère Awdah a été abattu l’année dernière par Yinon Levy, un partisan extrémiste du mouvement pro-implantations.

Selon les militants, l’incident de vendredi témoigne de la manière dont les autorités israéliennes collaborent avec des résidents d’implantations extrémistes pour rendre la vie impossible aux communautés palestiniennes déjà fragilisées en Cisjordanie.

Une source au sein de l’armée israélienne a ensuite indiqué que ses forces étaient intervenues à Umm al-Khair pour mettre fin à un affrontement entre des résidents d’implantations et des Palestiniens. La source a précisé qu’un Palestinien avait été arrêté, puis relâché quelques heures plus tard.

La raison initiale de cette arrestation n’a pas été communiquée.

Un jeune garçon du hameau palestinien d’Umm al-Khair en Cisjordanie joue sur un terrain de football, à quelques mètres de l’implantation de Carmel, à l’arrière-plan, le 2 février 2026 (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)

La localité d’Umm al-Khair est prise pour cible par les partisans du mouvement pro-implantations depuis plusieurs années ; elle est d’ailleurs au cœur du documentaire « No Other Land », qui a été récompensé par un Oscar en 2024.

Ailleurs en Cisjordanie, dans la journée de vendredi, un résident d’implantations israélien a été filmé alors qu’il faisait irruption dans le village palestinien de Turmus Ayya. Après avoir grimpé sur le toit d’une maison, il a lancé : « Vous devez comprendre [que] ce pays et cette terre [appartiennent] aux Juifs. C’est ma terre. C’est mon pays parce qu’Allah me l’a promis. »

Sur la vidéo, l’homme porte un t-shirt à l’effigie du mouvement Kach, qui a été fondé par le défunt rabbin extrémiste Meir Kahane et interdit par Israël en 1994 car considéré comme une organisation terroriste.

Vendredi toujours, des militants israéliens solidaires se sont également rendus à Tarqumia, un autre village de Cisjordanie fréquemment victime de violences de la part des résidents d’implantations depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste du Hamas le 7-Octobre.

Mickey Gitzin, directeur général par intérim du Nouveau fonds israélien (INF), a photographié l’une des maisons récemment mises à sac par des extrémistes juifs, lesquels avaient tagué « Kahane vit » sur l’un des murs.

« Être là, entouré d’un groupe de militants de Bnei Avraham résolument justes qui, par leur engagement, leur bienveillance et leur sens moral, tentent d’influencer la réalité et de lutter contre ce mal, tout en montrant d’autres facettes du judaïsme et d’Israël, était très émouvant », a écrit Gitzin.

Quelques heures plus tard, des médias arabes ont fait état de terres agricoles incendiées dans la soirée de vendredi dans le village d’al-Mughayyir, au centre de la Cisjordanie.

Le journaliste et militant Andrey Khrzhanovskiy a rapporté que des partisans du mouvement pro-implantations avaient également attaqué, plus tôt dans la journée de vendredi, un convoi de véhicules palestiniens qui se rendait à al-Mughayyir pour présenter leurs condoléances aux familles de deux adolescents qui ont été abattus cette semaine par les forces israéliennes.

L’armée israélienne et des extrémistes juifs ont lancé mercredi un raid dans le village d’al-Mughayyir après que des résidents d’implantations ont signalé que des habitants leur avaient volé du bétail. Une confrontation a éclaté, conduisant les soldats israéliens à ouvrir le feu.

Khrzhanovskiy a diffusé des images de l’attaque de vendredi. On peut ainsi voir deux hommes d’âge mûr, le visage et la chemise ensanglantés, et leur véhicule endommagé. Selon ce journaliste-militant, les résidents d’implantations ont barré la route au convoi, puis leur ont jeté des pierres ; ils ont frappé les passagers des véhicules à coups de matraques et les ont aspergés de gaz lacrymogène.

L’un des véhicules a également été volé pendant l’attaque, a ajouté Khrzhanovskiy.

Deux hommes ont été évacués vers un hôpital voisin pour y recevoir des soins. Une ambulance qui tentait de se rendre sur les lieux a été bloquée par les résidents d’implantations, a affirmé le militant.

L’armée israélienne, une fois sur place, a tiré des gaz lacrymogènes sur les Palestiniens d’al-Mughayyir qui s’étaient rassemblés pour tenter de repousser les résidents d’implantations, a poursuivi le militant.

Dans la journée de vendredi encore, l’agence d’information officielle de l’Autorité palestinienne, Wafa, a fait état de plusieurs Palestiniens victimes d’inhalation de gaz lacrymogène lors d’un raid mené par des soldats israéliens et des partisans du mouvement pro-implantations dans le hameau bédouin de Khallat al-Nahla.

Selon Wafa, des partisans du mouvement pro-implantations ont également fait irruption dans plusieurs habitations du hameau bédouin de Khirbet al-Hamma, dans la vallée du Jourdain.

Aucune arrestation n’a toutefois été signalée. L’armée israélienne n’a pour l’instant fait aucun commentaire sur ces incidents.

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