Un moule du Premier Temple explique le mystère des figurines féminines « païennes »
La découverte de ce premier moule à Jérusalem est la preuve que d'énigmatiques objets en argile, liés à la déesse Asséra, étaient fabriqués dans la capitale
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Un moule qui avait servi à couler le visage d’une figurine féminine en argile datant de la période du Premier Temple pourrait apporter un nouvel éclairage sur des figurines similaires découvertes dans presque toutes les fouilles archéologiques de la région, ont déclaré lundi des chercheurs de l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA).
Il se pourrait qu’un artefact de 2 600 ans d’âge qui a été découvert dans la Vieille Ville de Jérusalem offre de nouvelles perspectives sur les problèmes auxquels les rois de Judée avaient fait face lorsqu’une société israélite auparavant polythéiste avait commencé à professer sa foi en un Dieu unique, explique au Times of Israel Eilat Lieber, directrice et conservatrice en chef du Musée de la Cité de David, à Jérusalem.
Le moule, qui mesure 7,5 centimètres de haut et 6 centimètres de large, a été découvert il y a de cela plusieurs mois, à la toute fin d’une campagne de fouilles menée au Kishle, une ancienne prison de l’époque ottomane située non loin du Musée de la Cité de David. Ces fouilles sont effectuées en vue de la construction d’une nouvelle aile dédiée à l’archéologie, à l’art et à l’innovation, une aile qui est actuellement développée par le musée et qui est financée par la Fondation Schulich du Canada.
Des figurines cultuelles ont été découvertes sur la quasi-totalité des sites de fouilles des environs de Jérusalem, mais jusqu’à présent, aucun moule n’avait été trouvé dans la ville même, ajoute pour le Times of Israel Amit Reem, l’un des directeurs de l’Autorité des antiquités d’Israël pour les fouilles du Kishle.
Habituellement, explique Reem, ces figurines sont retrouvées en deux parties : un corps en argile grossièrement façonné à la main, et une tête avec un visage conçu avec beaucoup de détails et de précision. Très souvent, les deux parties sont découvertes séparément, ce qui indique qu’elles étaient probablement créées à part puis assemblées ultérieurement.
« L’accent mis sur le visage a amené les chercheurs à conclure qu’il possédait probablement une importance culturelle ou religieuse majeure, mais sa nature exacte reste floue », souligne Reem. Il est très probable que ces statuettes servaient d’idoles personnelles — peut-être s’agissait-il de la déesse de la fertilité Asséra — ou d’amulettes domestiques destinées à apporter bénédiction, protection ou fertilité, avec un usage similaire à celui d’une Hamsa.
Selon d’autres chercheurs, il pourrait s’agir de simples jouets, « mais je n’adhère pas à cette théorie », précise Reem.
Le moule a été découvert un peu avant la fin des fouilles, alors que les chercheurs tamisaient le dernier carré de terre et de débris datant de la période du Premier Temple, ajoute Lieber. « C’est toujours à la toute fin que l’on trouve les objets les plus intéressants », ajoute-t-elle.
Une fois découvert, le moule a été confié à Tamar Gonen, spécialiste de la conservation et de la restauration de la céramique à l’Autorité des antiquités d’Israël, qui l’a minutieusement nettoyé pour en révéler les détails les plus fins. Ensuite, Sviatoslav Klindukhov, spécialiste en conservation et restauration, en a réalisé un tirage, révélant le visage d’une figurine féminine aux traits nettement définis et à la coiffure bouclée particulièrement élaborée.
Ces figurines en argile mesurent généralement de 10 à 20 centimètres de haut et présentent des traces de pigments, signes qu’elles étaient à l’origine peintes en jaune, rouge et noir. D’autres figurines représentant des animaux ou un cavalier sur sa monture sont également courantes.
Plus d’un millier de figurines de ce type ont été découvertes dans les environs de Jérusalem, notamment lors de fouilles à Lakish ou Beit Shemesh, souligne Debbi Ben-Ami, conservatrice de l’âge du fer à l’Autorité des antiquités d’Israël. On ignore à ce stade si elles ont été fabriquées ou utilisées par des femmes, ou bien si elles servaient à l’ensemble du foyer, commente-t-elle.
Jusqu’à présent, aucun moule de ces figurines n’avait été découvert à Jérusalem, ce qui laissait ouverte la question de leur fabrication- locale ou extérieure -, souligne Ben-Ami. La découverte de ce tout premier moule est une preuve directe qu’au moins une partie d’entre elles étaient produites en plein cœur de Jérusalem.
Les chercheurs estiment que ce moule, à l’instar d’autres artefacts découverts à proximité, datent de l’époque du roi de Judée Ozias, au VIIIe siècle avant notre ère, indique Lieber. Le roi Ozias avait, semble-t-il, lancé sur ce site un projet de construction que le roi Ézéchiel avait poursuivi plusieurs décennies plus tard, précise-t-elle.
Ces figurines sont les témoins des difficultés qui étaient liées, à l’époque, au culte rituel dans le Temple, ce dont attestent les écrits bibliques de cette période, explique Lieber.
« Nous sommes au courant des luttes qui avaient été menées par les rois de Judée pour imposer la croyance israélite en un Dieu unique à la place des pratiques cultuelles cananéennes, qui persistaient à cette époque », souligne Lieber. « D’un côté, le service du Temple occupait une place tout à fait centrale, mais manifestement, la population continuait ses rituels, ce dont parlent les rois de Judée. Ces découvertes nous donnent à connaitre la vraie histoire de Jérusalem et celle des différentes strates de la société de cette époque. »
Pour autant, la signification et la fonction de ces figurines ne sont pas encore totalement comprises et restent sujettes au débat scientifique, souligne Ben-Ami. La découverte de ce moule pourrait, à terme, permettre de répondre à des questions qui hantent les chercheurs depuis des années, ajoute-t-elle.
« La campagne de fouilles du Kishle, qui dure depuis plusieurs années, ne cesse de nous surprendre », affirment dans un communiqué Reem et Ayala Zilberstein, directeurs de l’Autorité des antiquités d’Israël pour le chantier du Kishle.
« C’est l’une des fouilles archéologiques les plus importantes à avoir été menées à Jérusalem ces dernières décennies, particulièrement riches d’enseignements clairs et chronographiques sur l’histoire de la ville — depuis l’époque des rois de Judée jusqu’au Mandat britannique, en passant par les nombreuses périodes qui ont façonné Jérusalem. »
Cet été, le public est invité à participer au tamisage des débris et de la terre prélevés sur le site de fouilles.
« Chacun de ces sacs [DDLT : de terre] regorge de fragments de poterie et d’autres cartes postales du passé. Qui sait? Peut-être que d’autres découvertes majeures nous attendent encore », conclut Lieber.
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