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Nécrologie

Le rabbin Capers Funnye, figure des Juifs afro-américains, est mort à l’âge de 74 ans

Le rabbin de Chicago a guidé avec chaleur et sérénité un monde juif méfiant envers les juifs israéliens, œuvrant sans relâche pour l'inclusion et la diversité

Le rabbin Capers Funnye, de la congrégation israélienne éthiopienne Beth Shalom B'nai Zaken, dans le sanctuaire de la synagogue, le 2 septembre 2008, dans le quartier de Marquette Park à Chicago. (AP/M. Spencer Green)
Le rabbin Capers Funnye, de la congrégation israélienne éthiopienne Beth Shalom B'nai Zaken, dans le sanctuaire de la synagogue, le 2 septembre 2008, dans le quartier de Marquette Park à Chicago. (AP/M. Spencer Green)

JTA — Il y a une histoire que le rabbin Capers Funnye aimait raconter lorsqu’il s’adressait à des juifs autres qu’afro-américains.

Au gré de ses déplacements aux États-Unis, expliquait-il, il lui arrivait fréquemment d’aller à la synagogue la plus proche pour réciter Chaharit, la prière du matin.

En franchissant le seuil d’une synagogue inconnue, il s’attendait souvent à ce qu’un fidèle blanc le regarde d’un air méfiant avant de s’approcher et de lui demander « Êtes-vous juif ? ».

Ce à quoi Funnye — coiffé d’une kippa, drapé d’un talit, revêtu des tefilines et un siddour dans les mains — répondait : « Non. Je viens de trouver ces objets à l’entrée et je me suis dit que ce serait amusant de les essayer. »

Cette plaisanterie illustre bien le calme et la sérénité avec lesquels Funnye, l’un des Juifs afro-américains les plus influents des États-Unis, menait son engagement en faveur de la diversité et de l’inclusion au sein des communautés juives américaines.

Funnye est décédé lundi dernier à l’âge de 74 ans. Sa mort a été annoncée par la congrégation de Chicago qu’il dirigeait depuis 1985, à savoir la congrégation israélienne éthiopienne Beth Shalom B’nai Zaken.

Une cérémonie d’hommage était prévue vendredi à la synagogue.

Selon le Chicago Sun-Times, il serait décédé des suites d’un cancer.

J’ai fait la connaissance de Funnye il y a près de 20 ans, lorsque nous travaillions tous deux au sein de l’ONG juive Bechol Lashon, qui œuvre en faveur de la diversité.

Au fil des ans, je l’ai entendu s’exprimer à de nombreuses reprises — il avait une voix qui portait et un rire chaleureux — et l’ai interviewé au sujet de Jews of color and Hebrew Israelite, des personnes de couleur qui se considèrent descendantes des anciens Israélites, sans nécessairement se définir comme juives).

J’ai passé un Shabbat très agréable, invité dans sa synagogue de Chicago, et continue de suivre régulièrement les offices à distance via la retransmission en direct.

C’était un dirigeant et un homme aux multiples facettes.

Un homme du Sud et du Nord : il avait grandi dans une Caroline du Sud ségréguée ainsi qu’à Chicago. C’était un Israélite qui était juif au regard de la halakha, la loi religieuse juive traditionnelle ; il s’était converti au judaïsme massorti à l’âge adulte pour faciliter son travail avec les Juifs blancs. Il avait été formé à la fois dans des institutions israélites et des établissements juifs traditionnels ; il était diplômé de l’Israelite Academy de New York et du Spertus Institute for Jewish Learning and Leadership de Chicago.

Le rabbin Capers Funnye tient un rouleau de la Torah dans les locaux de la congrégation israélienne éthiopienne Beth Shalom B’nai Zaken à Chicago, le 22 novembre 2025. (Michael Eldridge/JTA)

Pour beaucoup, Funnye était « le rabbin d’Obama » car il était le cousin de Michelle Obama —, mais aussi un orateur dynamique et très recherché dans les synagogues et les conférences, doublé d’un intervenant dans divers programmes dont la récente série de PBS « Black and Jewish America: An Interwoven History ».

Il vouait un amour profond à la Torah et au peuple juif.

Pour d’autres, il était le « Chief » (Chef). Depuis 2015, il occupait les fonctions de grand rabbin de l’International Israelite Board of Rabbis (IIBR), une branche désormais centenaire du courant israélite noir, observante de la Torah. Ces dix dernières années, il avait surtout travaillé au renforcement de l’IIBR et de ses congrégations membres aux États-Unis, dans les Caraïbes et en Afrique.

Son programme était ambitieux et ses succès, nombreux.

Il a ouvert le rabbinat aux femmes, rapprochant ainsi l’IIBR des mouvements libéraux du judaïsme. Funnye a ordonné une étudiante rabbinique et mentorée, Tamar Manasseh, en 2021.

Il a joué un rôle dans le recrutement de membres du clergé israélite au sein d’une synagogue conservatrice du New Jersey. Grâce à ses encouragements, le rabbin Eliyahu Collins a été le premier rabbin israélite à diriger une synagogue traditionnelle aux États-Unis ; Collins exerce toujours à la synagogue Ahavas Sholom de Newark. (Funnye lui-même a dirigé une congrégation mixte israélite et orthodoxe juive à Chicago dans les années 1990, mais à titre bénévole.)

En outre, le rabbin Baruch Yehudah et lui ont été les tout premiers rabbins israélites admis au New York Board of Rabbis – un jalon important, non seulement parce que cela renforçait la légitimité de l’IIBR au sein du monde juif, mais aussi parce que plusieurs décennies plus tôt, cette institution avait fermé la porte au rabbin Wentworth Arthur Matthew, l’un des prédécesseurs de Funnye à la tête de l’IIBR.

D’autres rabbins israélites ont rejoint le conseil ces dernières années.

Au fil du temps, communautés israélites et juifs blancs ont évolué indépendamment les unes des autres. Le parcours de Funnye le rendait particulièrement apte à favoriser le dialogue et la collaboration entre elles.

Tamar Manasseh, de l’organisation Mothers and Men Against Senseless Killings, tient un loulav et un etrog lors d’une célébration de Souccot dans le sud de Chicago, dans une capture d’écran du nouveau documentaire « They Ain’t Ready for Me ». (Autorisation Brad Rothschild)

Il éprouvait de la répulsion envers les groupes ouvertement antisémites souvent qualifiés dans la presse de « Black Hebrew Israelites », et les condamnait régulièrement.

« Nous ne parlons pas et ne parlerons jamais en termes désobligeants de quelque groupe que ce soit », m’avait-il confié au sujet de l’IIBR.

À en juger par les nombreux témoignages publiés sur les réseaux sociaux à l’annonce de sa disparition, Funnye comptait beaucoup d’amis et d’alliés au sein des institutions juives traditionnelles. Pourtant, il n’est pas parvenu à convaincre l’ensemble de l’establishment d’accepter les Israélites observants de la Torah comme des coreligionnaires juifs.

Il était furieux lorsque les dirigeants de l’United Synagogue of Conservative Judaism ont publié une tribune en 2023 soutenant que certains Israélites rattachés à l’IIBR n’étaient pas juifs et que le clergé israélite n’était pas qualifié pour diriger des congrégations juives traditionnelles.

« C’était extrêmement raciste », m’avait-il déclaré lorsque je l’avais interrogé à ce sujet cette année.

« Aucun travail d’enquête n’avait été mené. » (Le rabbin Jacob Blumenthal, directeur général de l’USCJ et de la Rabbinical Assembly, m’a expliqué que son organisation veillait au « maintien des critères de la halakha qui définissent la filiation juive ».)

De son point de vue, les Israélites représentaient un courant unique mais légitime du judaïsme, doté de sa propre halakha et de ses propres coutumes. Celles et ceux qui ont pu assister aux offices de Beth Shalom ou d’autres congrégations de l’IIBR peuvent en témoigner.

Il gardait l’espoir que le reste du monde juif finisse par le reconnaître. Peut-être cela arrivera-t-il un jour.

Le plus tôt sera le mieux.

Pour l’heure, le moyen le plus simple pour les Juifs blancs de rendre hommage au rabbin Capers Funnye est de garder ceci à l’esprit : ne demandez pas à la personne de couleur qui prie à vos côtés à la synagogue si elle est juive. Partez du principe qu’elle l’est.

Selon le Sun-Times, Funnye laisse dans la peine son épouse, Mary, ainsi que ses quatre enfants et petits-enfants.

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