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Roger Waters, tête d’affiche d’une conférence sur la « vérité » du 11-Septembre

L'ancien leader des Pink Floyd et les organisateurs de l'événement établissent à tort un lien entre Israël et les attentats qui avaient plongé l'Amérique dans l'effroi

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Roger Waters se produit à Montevideo, en Uruguay, le 17 novembre 2023. (Crédit: AP Photo/Matilde Campodonico)
Roger Waters se produit à Montevideo, en Uruguay, le 17 novembre 2023. (Crédit: AP Photo/Matilde Campodonico)

NEW YORK — L’ancien leader des Pink Floyd, Roger Waters, un complotiste d’extrême gauche qui fait depuis longtemps l’objet d’accusations d’antisémitisme, devrait être la tête d’affiche d’une conférence qui a été organisée à New York par un groupe friand des théories du complot qui avaient entouré les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

La conférence, intitulée « Turning the Tide : 9/11 25 Years Later » (« Renverser la tendance : le 11-Septembre, 25 ans plus tard »), aura lieu au Museo del Barrio, un musée qui appartient à la ville de New York et qui est situé à Manhattan, du 10 au 13 septembre, à l’occasion de l’anniversaire des attentats, ont fait savoir les organisateurs. Le musée semble louer des locaux au groupe, sans pour autant parrainer l’événement.

Waters et le groupe organisateur de la conférence, l’International Center for 9/11 Justice, ont avancé de fausses allégations qui ont laissé entendre qu’Israël avait été impliqué dans les terribles attaques terroristes d’Al-Qaïda.

L’International Center for 9/11 Justice, une association à but non lucratif basée aux États-Unis et fondée en 2008, affirme que son objectif est de créer une « société qui ne soit plus façonnée par la version officielle mensongère du 11-Septembre ».

Le groupe s’inscrit dans le « mouvement pour la vérité », avançant des explications alternatives aux attentats et qualifiant ces derniers de « coup monté de l’intérieur » – un coup monté dont il attribue la responsabilité au gouvernement américain, avec l’aide d’Israël et d’autres pays.

« Le 11-Septembre a constitué la première étape du plan visant à établir l’hégémonie américano-israélienne au Moyen-Orient », avait expliqué le groupe au début de l’année.

Cette conférence de quatre jours sera l’occasion d’accueiller des dizaines d’intervenants – un documentaire y sera également projeté en première. Le prix du billet d’entrée a été fixé à 150 dollars, selon un communiqué de presse.

Des personnes en deuil déposent des fleurs devant la silhouette représentant Kyung Hee (Casey) Cho au Mémorial national du 11 septembre et au Musée de New York, le 11 septembre 2020. (Crédit: AP/John Minchillo, archives)

El Museo del Barrio – connu sous le nom d’El Museo – est une institution culturelle de premier plan qui est située dans l’Upper West Side de Manhattan. Il est spécialisé dans l’art de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Le musée est membre du Groupe des institutions culturelles de la ville, qui est géré par le Département des affaires culturelles (DCLA). El Museo et les autres membres du Groupe sont installés dans des locaux qui appartiennent à la ville de New York et ils bénéficient d’un financement et d’un soutien opérationnel de la part de cette dernière.

Le budget 2026 de la ville a indiqué que le musée avait reçu 3,5 millions de dollars, en plus d’environ 14,7 millions de dollars de fonds municipaux qui avaient été alloués précédemment et qui étaient encore disponibles.

Le musée ne semble pas parrainer l’événement – il semble qu’il se contente de louer des locaux aux organisateurs. Selon les publicités pour l’événement, la conférence se tiendra à El Teatro, un espace de location au sein du musée. Les organisateurs ont indiqué que les coûts de l’événement comprenaient « l’équipe d’El Museo » qui sera chargée de la gestion de la diffusion en direct.

Le musée n’a pas fait la promotion de l’événement lui-même et la conférence n’apparaît ni sur son site internet, ni sur ses pages sur les réseaux sociaux.

Le musée affirme offrir des réductions aux associations à but non lucratif, comme l’International Center for 9/11 Justice, mais il est difficile de dire si les organisateurs ont bénéficié de cette réduction ou quel a été plus précisément le coût de la location de l’espace.

Le musée et les organisateurs de l’événement n’ont pas répondu à nos demandes de commentaires.

Le Département des affaires culturelles de la ville a déclaré qu’il « n’avait pas connaissance de cet événement ni des intervenants prévus et qu’il ne les avait pas approuvés ».

« El Museo del Barrio, comme tous les membres du Groupe des institutions culturelles, est géré et exploité de manière indépendante par une organisation privée », a expliqué un porte-parole au Times of Israel.

« Si le DCLA finance l’institution, il n’approuve ni ne supervise les locations de salles, la programmation, les intervenants ou les décisions curatoriales et administratives. Les décisions concernant les personnes à qui El Museo del Barrio choisit de louer ses locaux relèvent de la seule responsabilité de l’institution, et non du DCLA », a précisé le communiqué du Département des affaires culturelles.

Waters a soutenu de nombreuses théories du complot s’agissant des attentats du 11 septembre 2001, déclarant à Tucker Carlson, au mois de juillet dernier, que les tours s’étaient effondrées à la suite de « démolitions contrôlées ».

« Elles se sont effondrées parce qu’elles ont été démolies et la question est : ‘Qui y a placé les explosifs ? Qui a appuyé sur le bouton ?’, » s’est-il interrogé.

Il a affirmé que des Israéliens avaient eu connaissance au préalable des attentats, ajoutant : « Ils dansaient tout autour, comme pour s’en féliciter ».

Après les attentats du 11-Septembre, cinq Israéliens avaient été arrêtés après qu’une femme du New Jersey a signalé à la police qu’ils se comportaient de manière suspecte et qu’ils semblaient se réjouir en observant les lieux des attaques, de loin.

Ces hommes travaillaient pour une entreprise de déménagement et ils avaient expliqué par la suite que leur intervention avait été annulée ce jour-là en raison des attentats. Ils s’étaient donc rendus en voiture à un endroit du New Jersey d’où ils pouvaient voir les conséquences des attaques meurtrières.

Ils avaient été arrêtés, ils avaient fait l’objet d’une enquête et ils avaient été reconnus coupables d’avoir outrepassé la durée légale de validité de leur visa. Ils avaient finalement été expulsés.

Le FBI avait toutefois écarté tout lien entre ces hommes et les attentats.

Cet incident avait donné naissance à la théorie du complot des « Israéliens qui dansaient » – théorie selon laquelle Israël était à l’origine de l’attaque, entre autres récits conspirationnistes qui avaient associé Israël, les Juifs ou le Mossad aux attentats.

Waters a laissé entendre, en parlant à Carlson, que les attentats terroristes constituaient un prétexte pour déclencher des interventions militaires américaines à l’étranger.

« Ils avaient besoin d’un Pearl Harbor, mais qui sont ces ‘ils’ ? Israël a peut-être quelque chose à voir avec ça. Peut-être aussi certains éléments au sein du gouvernement américain », a-t-il commenté.

Waters a confirmé qu’il participerait à la conférence lors d’un podcast qui a été diffusé au mois de juillet dernier. Il a affirmé, dans le cadre de cette interview, que c’était le gouvernement américain qui avait commis les attentats.

L’International Center for 9/11 Justice a également laissé entendre qu’Israël avait eu connaissance à l’avance de l’attaque. Il a, lui aussi, diffusé des documents concernant la théorie des « Israéliens qui dansaient ».

Waters a également évoqué des théories du complot ou nié les atrocités en lien avec le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, au mois d’octobre 2023. Il a de lourds antécédents en matière de rhétorique antisémite.

Outre Waters, au moins quatre autres intervenants de la conférence ont établi un lien entre Israël et les attentats du 11-Septembre. Jimmy Dore a affirmé que le Mossad avait perpétré l’attaque ; Barbara Honegger a accusé les « partisans de la politique ‘Israël d’abord’ au sein du gouvernement américain », Jason Bermas a dit qu’Israël avait « manifestement joué un rôle dans le 11-Septembre », et James Corbett a déclaré que les « Israéliens qui dansaient » étaient les « véritables criminels de cette journée ».

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