Comment la plus haute responsable du Shin Bet a entendu sa fille mourir le 7-Octobre
Mira Shoshani était à Kfar Aza lorsque les terroristes ont envahi le kibboutz ; sa fille Ofir, soldate en permission, a été tuée chez elle, un drame dont elle regrette encore de n’avoir pu empêcher l’issue
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Mira Shoshani, qui occupait le poste le plus élevé parmi les femmes au sein de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet au moment de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, confie, dans une interview accordée à la chaîne N12, comment elle a parlé à sa fille dans ses derniers instants avant qu’elle ne soit assassinée par des terroristes ce jour-là, et évoque le sentiment de culpabilité exacerbé qu’elle éprouve en raison de sa fonction.
Mira, dont la famille vivait dans le kibboutz de Kfar Aza, près de la frontière avec Gaza, et qui, comme d’autres, a été contrainte de se cacher chez elle alors que les terroristes ravageaient les communautés israéliennes, était à la tête d’une division du Shin Bet chargée de surveiller les hauts responsables du groupe terroriste palestinien du Hamas à l’étranger.
Dans une interview diffusée mercredi soir sur N12, elle évoque la mort de sa fille, la sergente-cheffe Ofir Shoshani, et les regrets qu’elle éprouve encore aujourd’hui de ne pas avoir pu la sauver.
En raison de son poste à haute responsabilité et de sa connaissance d’informations hautement sensibles, Mira a également évoqué les craintes qu’elle et d’autres responsables de la défense avaient nourries tout au long de cette journée, craignant d’être prise en otage par le Hamas.
« J’ai beaucoup réfléchi à ce que je dirais si j’étais faite captive. L’idée m’a traversé l’esprit à maintes reprises : si j’étais capturée, il faudra que ce soit clair pour tout le monde [en Israël] qu’ils devront me tuer. Ils ne devront pas essayer de me secourir ; ils devront me tuer. »
« Un sentiment d’impuissance inacceptable », a déclaré Miri en se remémorant sa conversation avec sa fille, qui avait été blessée par balle.
« Incapable d’aider ma fille. C’est ce que j’avais fait toute ma vie, et je n’ai pas réussi à aider ma fille. »
Miri a rejoint le Shin Bet à l’âge de 24 ans et a gravi les échelons jusqu’à commander sa propre division. Elle et son mari, Shaï, s’étaient installés au kibboutz Kfar Aza, situé à la frontière de la bande de Gaza, où ils ont élevé trois enfants : deux garçons et une fille.
Lors de l’attaque, des terroristes ont assassiné 80 habitants du kibboutz et détruit des dizaines de maisons. Ofir figurait parmi les victimes.
« Je pensais comprendre le Hamas ; je partageais cette vision », a-t-elle déclaré, faisant référence à la conviction largement répandue parmi les responsables de la sécurité israéliens avant le 7-Octobre selon laquelle le Hamas était dissuadé de lancer une attaque de grande envergure contre Israël.
Bien que le couple fût conscient des risques liés à une telle proximité avec la frontière, ils ont choisi de rester, a-t-elle déclaré, avant d’expliquer : « C’est mon kibboutz et ma communauté. On vit constamment face à un dilemme. »
« Je connaissais très bien Haniyeh », a-t-elle poursuivi, faisant référence à Ismaïl Haniyeh, l’ancien chef de l’aile politique du Hamas, qui vivait au Qatar et a été éliminé par Israël en 2024.
« Je savais à quelle heure il se levait et à quelle heure il se couchait, ce qu’il faisait pendant la journée et qui il rencontrait. »
Au moment de l’assaut, la famille se trouvait au kibboutz : Ofir était dans son propre logement, situé dans le quartier de la communauté réservé à la jeune génération, tandis que les Shoshani étaient chez eux avec leur fils cadet. L’aîné était à l’armée.
Lorsque l’attaque du Hamas a débuté à 6 h 29 par un tir massif de roquettes, la mère et la fille ont échangé des SMS. Son mari, Shaï, est resté au téléphone avec Ofir tandis que Mira contactait son centre de commandement du Shin Bet.
Au début, Mira a pensé qu’il s’agissait d’un cas isolé d’une cellule terroriste qui avait franchi la barrière de sécurité et que cela prendrait fin rapidement. Lorsqu’elle s’est entretenue avec le centre de commandement, au milieu de la confusion, on lui a d’abord dit que l’attaque en cours n’était qu’un exercice.
Dès qu’elle a compris qu’une attaque de grande ampleur était en cours, Mira a tenté de faire venir des soldats au kibboutz. Lorsqu’ils sont arrivés vers 9 h 15, elle pensait que l’incident prendrait bientôt fin. Cependant, à ce moment-là, des dizaines de terroristes avaient déjà envahi le kibboutz et des combats armés allaient faire rage pendant plusieurs jours avant que Tsahal ne parvienne à reprendre le contrôle.
À 10 h 15, Ofir a dit à ses parents : « On m’a tiré dessus. »
Shaï est sorti pour tenter de secourir Ofir, mais il a été pris en embuscade par des terroristes qui écumaient le kibboutz. Blessé, il a fini par être secouru par des soldats israéliens.
Pendant ce temps, Mira est restée au téléphone avec Ofir.
« Elle disait que [ses blessures] lui faisaient mal et demandait où étaient les soldats [israéliens]. Elle ne pleurait pas et ne criait pas ; elle parlait calmement, à voix basse », a-t-elle déclaré.
Mira l’a rassurée en lui disant que les soldats israéliens étaient en route et l’a exhortée à mettre un garrot sur ses blessures.
« Elle a dit que ça lui faisait mal et qu’elle n’y arrivait pas. »
Des terroristes ont ensuite pénétré dans la maison d’Ofir.
« J’ai entendu les terroristes dans sa chambre casser des objets. Je lui ai dit de faire la morte. À 11 h 46, alors qu’elle était toujours en ligne avec moi, elle m’a envoyé un SMS : ‘Maman, je t’aime.’ J’ai vu le message et je lui ai dit de ne pas dire ça – les forces de sécurité étaient en route.
C’est alors que la communication a été coupée.
« J’avais peur d’appeler, car je ne savais pas si son téléphone sonnerait ou s’il était en mode silencieux. J’avais peur qu’ils l’entendent. Je lui ai écrit : ‘Ofiri, réponds-moi.’ Elle n’a plus jamais répondu, mais pour moi, elle était en vie, et tout ce dont j’avais besoin à ce moment-là, c’était de la sortir de là », a-t-elle expliqué.
Au fil des heures, Mira entendait les combats se rapprocher de chez elle. Elle s’est alors réfugiée dans son mamad – abri antiatomique – avec son jeune fils.
« C’est là que j’ai pensé pour la première fois que nous étions en danger. Je me suis dit au fond de moi : ‘Voilà ce que ça fait d’avoir une peur bleue’ », a-t-elle déclaré.
Son fils restait silencieux, serrant sa mère dans ses bras et lui disant de ne pas pleurer.
Alors que les forces de sécurité israéliennes s’efforçaient de reprendre le contrôle du kibboutz aux mains des terroristes, Mira n’a cessé de demander à ses interlocuteurs d’envoyer des renforts dans le quartier où vivait Ofir. Cependant, le Shin Bet avait déjà déterminé que, en tant que haute responsable de l’agence de sécurité intérieure et en raison des informations dont elle disposait, Mira était une priorité pour les opérations de sauvetage, et les soldats avaient reçu l’ordre de se diriger d’abord vers elle.
Les forces de sécurité l’ont finalement rejointe à 19 h 30. Mira a décidé de préparer un sac pour son fils et de rester au kibboutz pour aider à diriger les opérations.
Elle a fini par quitter son domicile après que les forces de sécurité l’en eurent suppliée. À ce moment-là, certains de ceux qui l’ont secourue avaient déjà compris qu’il y avait peu de chances qu’Ofir ait survécu, mais ils n’ont rien dit.
Mira s’est rendue directement au centre de commandement du Shin Bet à Ashkelon et a tenté de travailler depuis là-bas.
« J’étais à bout ; j’avais mal partout. Tout ce qui m’importait, c’était que [les secouristes] parviennent jusqu’à Ofir », a-t-elle déclaré.
« Il fallait que quelqu’un aille la chercher. »
Cependant, les forces de sécurité ne parvenaient toujours pas à atteindre le quartier des jeunes. Il a fallu attendre 48 heures après le début de l’assaut barbare et sadique du Hamas pour qu’elles puissent enfin y accéder.
Mira a alors compris que sa fille était morte, et elle a attendu au centre de commandement jusqu’à ce que quelqu’un vienne lui confirmer cette terrible nouvelle.
« Ça m’a semblé une éternité », a-t-elle déclaré. Puis quelqu’un qui avait pu accéder à la chambre d’Ofir au kibboutz est arrivé, ainsi que le chef de son département, qui tenait à l’annoncer lui-même à Mira.
« Ils se sont approchés, et c’est ainsi que ma vie a basculé », a-t-elle ajouté, évoquant le bouleversement traumatisant qu’elle a vécu depuis la mort d’Ofir.
Mira a expliqué qu’elle pleurait encore chaque jour à cause de ce qui s’était passé et qu’elle ne parvenait toujours pas à se pardonner.
« La jeune fille qui était tout mon univers n’est plus là. J’ai eu le sentiment d’avoir échoué, de ne pas avoir réussi à la sauver. J’ai failli à la mission de ma vie. »
Parmi les affaires de sa fille, elle a trouvé un cahier dans lequel Ofir avait rédigé une liste de principes fondamentaux sur le rôle d’un commandant.
S’inspirant de ces principes, elle a fondé le Centre Ofir pour le leadership, en l’honneur de sa fille.
« Je voulais faire quelque chose d’important qui perpétuerait sa mémoire », a déclaré Mira.
« Quelque chose de vivant, qui fasse le lien entre ce que je suis et ce qu’elle est. »
Mira a également évoqué certaines critiques adressées au Shin Bet pour n’avoir pas su prévoir l’attaque. Si ces critiques sont justifiées, a-t-elle déclaré, elle a toutefois déploré les accusations de trahison, reprises par la députée Tally Gotliv, ainsi que les allégations irréalistes selon lesquelles l’agence de sécurité intérieure aurait cherché à évacuer en priorité ses propres employés des zones de danger. Elle a également dénoncé une rumeur selon laquelle elle-même aurait été secourue par hélicoptère.
« De quel droit parle-t-elle de trahison ? On nous accuse d’une chose si grave, et dans le même temps, nous payons un prix inhumain. »
la Communauté du Times of Israël !







