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Des femmes ultra-orthodoxes déterminées à avoir plus d’influence à la Knesset

Ce fut tout sauf facile d'obtenir deux places sur la liste du parti HaTzibur HaHaredi, mais pour ces militantes, la représentation politique est le moyen de parvenir à leurs fins

La Dre Nechumi Yaffe, à gauche, candidate du parti HaTzibur HaHaredi, lors d'un meeting de campagne au Centre international des conventions de Jérusalem, le 17 octobre 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)
La Dre Nechumi Yaffe, à gauche, candidate du parti HaTzibur HaHaredi, lors d'un meeting de campagne au Centre international des conventions de Jérusalem, le 17 octobre 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Lorsque les partis politiques israéliens ont soumis leur liste de candidats pour les prochaines élections législatives du 27 octobre, HaTzibur HaHaredi, le tout nouveau parti du maire-adjoint de Beit Shemesh, Moti Leitner, a mis deux femmes ultra-orthodoxes sur la sienne.

Cette petite victoire des femmes haredim aura été tout sauf facile.

Contrairement aux partis haredim traditionnels Shas et YaHadout HaTorah, qui font généralement partie de la coalition gouvernementale du Likud, HaTzibur HaHaredi entend représenter les parties de la communauté ultra-orthodoxe déçues par leurs dirigeants politiques, en particulier en ce qui concerne l’opposition au service militaire des Haredim et l’enseignement laïc pour les garçons ultra-orthodoxes.

Pourtant, malgré des positions modérées sur ces questions polémiques, les dirigeants du parti ont hésité à rompre avec la ligne des autres partis haredim interdisant la représentation politique des femmes. Ils n’ont cédé que sous la pression extérieure, menée pour l’essentiel par un groupe de militantes haredim désireuses de promouvoir des positions plus modérées au sein de la société ultra-orthodoxe. (En 2015, un très petit parti, U’Bizchutan, s’était concentré sur le statut des femmes ultra-orthodoxes, sans toutefois parvenir à susciter l’engouement des électeurs.)

Et au final, ce sont la Dre Nechumi Yaffe, universitaire qui étudie les tendances de la société haredi, et Ziva Glanz, directrice-générale du groupe Shaar qui travaille dans les infrastructures régionales, qui ont décroché les troisième et quatrième positions sur la liste de HaTzibur HaHaredi.

« Nous avons contacté les médias et leur avons demandé d’interroger les dirigeants du parti sur cette question, lors des interviews », explique au Times of Israel la militante Fainy Sukenik.

« Nous avons parlé aux donateurs du parti pour leur demander de souligner l’importance de la participation des femmes. »

Les militantes ont également fait en sorte de sensibiliser les potentiels électeurs de HaTzibur HaHaredi, installé des stands d’information dans les centres-villes haredim avec des panneaux demandant pourquoi les femmes ultra-orthodoxes n’étaient pas représentées à la Knesset et ont organisé une « primaire » en ligne présentant une liste de 80 femmes haredim bien connues.

Plus de 3 000 membres de la communauté ont voté pour les femmes qu’ils choisiraient pour les représenter à la Knesset, la personnalité médiatique et conférencière Sivan Rahav-Meir arrivant en tête de liste.

La candidate du parti HaTzibur HaHaredi Ziva Glanz s’entretient avec une électrice potentielle sur cette photo, automne 2026. (Avec l’aimable autorisation de HaTzibur HaHaredi)

Bien que les sondages suggèrent que HaTzibur HaHaredi a peu de chances d’atteindre le pourcentage de voix minimal requis pour entrer à la Knesset, Sukenik assure que l’inclusion des femmes demeure significative.

« Cela montre qu’un parti favorable à l’intégration des ultra-orthodoxes dans la société israélienne au sens large et à l’adoption des ‘valeurs israéliennes’ refuse de continuer de fermer les yeux sur la représentation politique des femmes. Les mouvements semblables qui lui emboîteront le pas n’auront d’autre choix que d’inclure des femmes », ajoute-t-elle.

La militante pour les droits des femmes haredim Fainy Sukenik. (Autorisation)

Sukenik estime que si le parti ne réussit pas à entrer à la Knesset cette fois, il restera actif et pourrait bien parvenir à ses fins lors des élections suivantes.

« Il y a beaucoup de Haredim avec des valeurs modérées », souligne-t-elle. « Mais les gens mettent du temps à s’adapter à la nouveauté. »

Pourquoi les femmes haredim prennent les choses en main

Sukenik est la fondatrice de l’organisation Baasher Telchi, laquelle vient en aide aux femmes haredim qui divorcent et élèvent leurs enfants dans le cadre d’un foyer monoparental. C’est ce travail qui lui a fait prendre conscience de l’importance d’avoir des femmes haredim au Parlement.

« Chaque fois que nous avons contacté des parlementaires haredim pour solliciter des fonds pour notre travail, nous avons essuyé des réponses négatives », poursuit-elle.

« Cela m’a fait prendre conscience que nous avions besoin de femmes haredim à la Knesset capables de comprendre les difficultés auxquelles sont confrontées les mères célibataires de cette communauté. »

Des membres et sympathisants assistent au lancement de la campagne électorale du parti HaTzibur HaHaredi en vue des prochaines élections législatives israéliennes à Beit Shemesh, le 23 août 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Une autre militante, Avigayil Heilbronn, qui dirige l’organisation Lo Tishtok, qui aide les haredim victimes d’abus sexuels, est mue par des préoccupations du même ordre. Elle estime que la société haredi a été le siège d’une prise de conscience, ces dernières années.

« Quand j’ai créé l’organisation, il y a 11 ans, nombre de haredim refusaient de croire à l’existence d’abus sexuels dans leur communauté. Aujourd’hui, ils savent que cela arrive tout autant que dans le monde laïc, sinon plus. Ils savent aussi qu’il faut faire quelque chose. »

Et pourtant, comme Sukenik, Heilbronn a reçu peu de soutien de la part de la direction politique haredie.

La militante pour les droits des femmes haredim, Avigayil Heilbronn. (Autorisation)

« Je leur ai demandé de l’aide pour financer des centres de traitement et faire des actions de sensibilisation au sein de la communauté, mais cela ne les intéresse pas », ajoute Heilbronn. « Tout ce qui leur importe, c’est de faire en sorte que la communauté ultra-orthodoxe demeure séparée du reste de la société, mais ils ne font rien contre les problèmes qui existent en interne. »

La militante Pnina Pfeuffer est membre de la Gauche fidèle, un mouvement citoyen religieux de gauche, et elle est la directrice générale de New Haredim, un consortium d’organisations travaillant à promouvoir le changement au sein de la communauté haredi. Pfeuffer a fait du meilleur accès à l’enseignement laïc au sein de sa communauté l’une de ses premières priorités.

Récemment, Pfeuffer a été signataire d’un recours déposé devant la Cour suprême contestant une nouvelle loi permettant aux établissements d’enseignement supérieur de proposer des cursus non mixtes en master et doctorat. Cette loi est le prolongement d’une loi de 2021 légalisant les programmes non mixtes en licence.

« La séparation des sexes des étudiants haredim en licence a du sens », estime Pfeuffer. « Cela permet aux jeunes Haredim, dont beaucoup viennent de milieux très insulaires, de poursuivre des études supérieures dans un environnement confortable et, à terme, d’intégrer le marché du travail. »

La Dre Nechumi Yaffe, à gauche, et le maire adjoint de Beit Shemesh, Moti Leitner, soumettent la liste de leur parti HaTzibur HaHaredi au Comité central des élections en vue des prochaines élections législatives israéliennes à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 8 septembre 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

En revanche, en master ou en doctorat, elle estime que la non-mixité risque de limiter et non d’accroître, les opportunités d’éducation et d’intégration.

« Les étudiants qui envisagent un master ou un doctorat sont suffisamment mûrs pour prendre la décision de s’inscrire à un programme mixte », assure-t-elle. « Alors que le fait de proposer des filières non mixtes suppose qu’il y aura une pression sur les étudiants haredim pour qu’ils s’y inscrivent, ce qui limitera de facto leur choix. Seul un petit nombre d’établissements proposera ces programmes, dans des domaines limités, et le corps étudiant sera exclusivement haredi. »

Une meilleure éducation mène à des choix éclairés

Pfeuffer est également active dans tout ce qui concourt à l’amélioration de l’enseignement laïc pour les garçons haredim.

Alors que les filles du système bénéficient souvent d’un enseignement laïc équivalent à celui du reste de la population israélienne, nombre de garçons n’ont que très peu voire pas du tout de cours dans des matières laïques, l’accent étant surtout mis sur les études juives.

Pfeuffer et d’autres militantes font actuellement du lobbying auprès des municipalités haredim pour créer des écoles haredim publiques qui enseignent le programme scolaire officiel, en plus des matières religieuses.

Pfeuffer pense que l’élargissement de l’accès à l’enseignement laïque encouragera également davantage de jeunes garçons haredim à s’enrôler dans l’armée sur le long terme.

La militante pour les droits des femmes haredim Pnina Pfeuffer. (Autorisation)

« La plupart des garçons haredim étudient dans des établissements religieux fermés où on leur apprend que le service militaire est un péché. Si davantage d’entre eux fréquentaient des écoles sous la tutelle de l’État, avec une véritable éducation laïque, ils acquerraient le sentiment de faire partie d’une société plus vaste et souhaiteraient faire leur service militaire », dit-elle.

Pfeuffer estime par ailleurs que la crise actuelle du service militaire chez les Haredim est en partie responsable de ce qu’elle considère comme une tendance inquiétante. Des études montrent en effet que les jeunes ultra-orthodoxes s’identifient de plus en plus à l’extrême droite et que nombre d’entre eux disent qu’ils voteront pour le parti d’extrême droite Otzma Yehudi, et non pour les partis haredim.

Selon elle, nombre de Haredim sont déçus que leurs partis politiques ne soient pas parvenus à obtenir une nouvelle loi d’exemption militaire, une fois l’ancienne devenue caduque. De ce fait certains hommes haredim sont désormais légalement considérés comme des réfractaires au service militaire.

« Cela leur a donné le sentiment de vivre en dehors de la loi et il n’est pas exagéré de les voir s’identifier à des mouvements qui ne respectent pas les lois du pays, d’autant plus qu’ils pensent que les tribunaux et la procureure générale sont responsables de leur situation – des figures de pouvoir peu appréciés par l’extrême droite », explique Pfeuffer.

Selon elle, cette tendance ne fait que souligner l’importance de son travail et de celui de ses consœurs militantes.

« Les Haredim doivent adopter des valeurs modérées afin de pouvoir faire partie du courant dominant et vivre comme des membres responsables et contributeurs de la société, respectueux des lois de leur pays », conclut-elle.

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