Garry Kasparov, ex-champion du monde d’échecs et virulent critique de Vladimir Poutine, a un message sans détours pour les quelque 150 000 immigrants russes arrivés en Israël ces dernières années.
Nombre d’entre eux voteront pour la première fois lors du scrutin de mardi.
« Votez contre Bibi Netanyahu, point final », a déclaré Kasparov au Times of Israel lors d’un entretien accordé dimanche.
« Vous avez fui la Russie de Poutine. La plupart d’entre vous, je le comprends, l’ont fait parce que vous n’étiez pas d’accord avec le régime de Poutine… En votant contre Bibi, vous aidez l’Ukraine, et en fin de compte, vous aidez aussi la Russie. »
Kasparov, qui a quitté la Russie en 2013 sous le coup d’une menace d’arrestation imminente, a déclaré n’avoir « aucun doute » quant au fait que les ressources de propagande du Kremlin étaient mises en œuvre pour orienter les électeurs israéliens russophones vers le Premier ministre Benjamin Netanyahu, « en utilisant des arguments très simples : Bibi est fort ».
Netanyahu, affirme-t-il, est l’un des « candidats préférés » de Poutine, aux côtés du président américain Donald Trump et de la dirigeante française d’extrême droite, Marine Le Pen, parce qu’il garantit qu’Israël conservera « sa position ambiguë envers la guerre en Ukraine ».
Tant que Netanyahu restera en place, dit-il, « Israël sera un paria », ce qui convient à Poutine, car le sentiment antisémite et anti-israélien en Europe « l’aide à mettre le feu à tout le continent ».
Kasparov dit souhaiter que les jours de Netanyahu au pouvoir soient désormais comptés et prédit un nouveau gouvernement, sans lui. Il espère qu’il sera possible de convaincre l’un des partis arabes de soutenir un gouvernement minoritaire : il souligne que c’est là son « espoir personnel ».
Il se montre sans concession dans son évaluation des compétences politiques du Premier ministre, créditant Netanyahu d’un « instinct de survie phénoménal » et regrettant que les « nombreuses personnes de valeur qui s’opposent à lui n’aient pas l’instinct d’un animal politique ».
Mais selon lui, Israël ne peut plus s’appuyer sur les arguments du passé pour obtenir l’aide de Washington.
« Ce n’est plus un État unique ayant droit à toute l’aide américaine parce qu’il combat une invasion barbare. Ce discours ne fonctionne plus », estime Kasparov. Israël doit prendre sa place parmi « ceux qui se battent pour la liberté contre la tyrannie, ce qui implique d’être aux côtés de l’Ukraine ».
Israël et l’Ukraine mènent « la même guerre, sur deux fronts », estime Kasparov, face à un ennemi commun : « l’Iran, le Hamas, le Hezbollah, et la Russie derrière eux ».
Les missiles tirés sur Israël depuis l’Iran et par les Houthis au Yémen, poursuit-il, « ont été testés en Ukraine ». Et bien qu’il reconnaisse ne pas avoir de preuve matérielle, il s’interroge sur la façon dont le Hamas a pu construire un réseau de tunnels qui « ressemble, de mon point de vue, à celui du métro », le tout sans aide extérieure.
Kasparov est d’avis que la menace qui pèse sur l’existence d’Israël n’est plus ce qu’elle était il y a de cela 50 ou 80 ans. « Le 7 octobre 2023, ce n’est pas la guerre du Kippour de 1973 », explique-t-il. « C’est un carnage sans nom, un acte de génocide, mais pas une menace contre l’existence de l’État d’Israël. »
Né à Bakou, fils d’une mère d’origine arménienne et d’un père juif, Kasparov est devenu champion du monde d’échecs en 1985 avant de passer des dizaines d’années à faire campagne en faveur de la démocratie.
Il vit désormais à New York, où il préside la Renew Democracy Initiative. Le 15 octobre dernier, il a signé une tribune dans le New York Times intitulée « Les Israéliens doivent choisir entre la laïcité et la théocratie », mettant en garde contre les tendances autocratiques de Netanyahu et sa dépendance envers les blocs haredim et national-religieux.
Kasparov s’est entretenu avec le Times of Israel via Zoom le 25 octobre dernier. L’interview a été légèrement remaniée pour des raisons de clarté.
Le Times of Israel : Vous avez récemment écrit dans le New York Times au sujet des élections en Israël, bien que vous n’ayez jamais vécu ici, malgré vos racines juives. Pourquoi cela est-il si important pour vous ?
Garry Kasparov : Toute élection est importante aujourd’hui, parce que nous vivons une période très compliquée. C’est l’agitation. C’est un choc des civilisations. De nombreux éléments fondateurs du monde dans lequel nous avons vécu, ces 30 dernières années, sont remis en cause — ils ne fonctionnent plus comme ils étaient supposés le faire.
L’élection en Israël est très importante car, oui, c’est un petit pays, mais il a un impact bien supérieur à sa taille. Elle aura un effet en Amérique. Et le thème israélien — à la fois Israël en tant que pays et l’antisémitisme, qui est malheureusement un phénomène immortel — est un grand sujet actuellement dans le monde civilisé, en fait sur toute la planète. En outre, l’élection en Israël est susceptible d’avoir des conséquences sur les relations entre Israël et l’Ukraine, et donc de changer la dynamique.
Selon moi, c’est la même guerre, menée sur deux fronts, pour une raison très simple : nous avons le même ennemi. C’est l’Iran, le Hamas, le Hezbollah, et la Russie derrière eux. Et bien sûr la Chine, dans le rôle du grand parrain, qui tire les ficelles depuis les coulisses. Donc les élections en Israël donneront aussi une indication de ce à quoi nous pourrions nous attendre en Amérique [lors des élections de mi-mandat], quelques jours plus tard.
Je n’ai jamais vécu en Israël, mais j’y suis allé souvent, j’ai donc des liens forts — appelons-les des liens spirituels. Et je crois qu’Israël, en sa qualité de seule et unique démocratie de la région, mérite un soutien total, parce qu’il fait partie de la bataille mondiale sans fin entre les forces de la tyrannie et celles de la liberté.
Israël mérite le soutien de toutes les personnes qui sont conscientes de cela et qui peuvent voir au-delà de ces idées folles adossées à un mélange d’antisémitisme et d’idéologie anti-occidentale.
Vous avez évoqué Netanyahu et son rôle dans l’histoire. Vous observez Israël depuis longtemps. Avez-vous le sentiment que quelque chose a fondamentalement changé et pousse les amis d’Israël à s’en éloigner ? Quel est ce « quelque chose » de subtil ?
J’aimerais qu’il y ait un politicien du calibre de Netanyahu dans l’autre camp, parce que les nombreuses personnes de valeur qui s’opposent à lui n’ont pas l’instinct d’un animal politique. Il faut reconnaître à Bibi un instinct de survie phénoménal.
Dites ce que vous voulez sur Bibi ou Trump, mais ils étaient bien au-dessus de l’opposition supposée les empêcher d’accumuler tant de pouvoir. Bibi et sa domination de la politique israélienne illustre le fait que nous vivons dans une ère de gestionnaires. Il n’y a pas de dirigeants forts capables de nous éloigner de cet abîme.
Espérons que les jours de Bibi soient comptés, car il y a une opposition grandissante qui pourrait réussir, même sans un dirigeant doté de la même force et des mêmes convictions. Je pense que la société israélienne a mûri. Les gens sont conscients qu’il est temps de faire des choix difficiles. Et le fait que la question juive, l’antisémitisme, soit devenu un si grand problème montre qu’il est temps de choisir son camp.
Israël doit prendre fermement sa place au sein de la coalition qui se bat pour la liberté, et cesser de manœuvrer entre les deux en cherchant des bénéfices de court-terme.
Je suis bien conscient qu’Israël fait face à des questions qui relèvent de la survie. Ce qui le distingue tres nettement d’autres démocraties. Mais depuis les accords d’Abraham, si l’on observe l’évolution des équilibres politiques dans le monde, je ne pense pas que la menace pesant sur la survie d’Israël soit équivalente à ce qu’elle était il y a de cela 80 ou même 50 ans.
Le 7 octobre 2023 n’est pas la guerre du Kippour de 1973. C’est un carnage sans nom, un acte de génocide, mais cela ne menaçait pas l’existence même de l’État d’Israël. Il est temps de s’adapter et de faire partie de la coalition mondiale.
J’espère que le prochain gouvernement — car je crois qu’il y aura un nouveau gouvernement en Israël, sans Bibi Netanyahu — procédera aux ajustements nécessaires.
Il faut par ailleurs rappeler que Bibi et Trump ont quelque chose en commun : dès l’instant où vous les retirez de l’équation, le Parti républicain en Amérique et le Likud pourraient se révéler bien différents. Le dirigeant a réussi à paralyser le parti. Il semble que lors de cette élection, le Likud ne sera pas le plus grand parti en nombre de sièges, mais il était le parti leader et il a suivi le chef. Chacune des tentatives pour déloger Bibi, se rebeller contre lui, s’est terminée par l’exclusion des politiciens qui ont essayé hors des rangs du Likud.
Le Parti républicain devra également passer par une période de règlement de comptes, pour retrouver ses racines conservatrices, après des élections qui, selon moi, seront désastreuses pour Donald Trump.
Mais pour en revenir à Israël : il est temps de reconnaître que le monde a changé, et il est temps de repositionner Israël au sein de ce monde. Nombre de pays européens sont submergés par des coalitions de l’extrême gauche et des islamistes. Mais il faut trouver le moyen de naviguer au milieu de tout ça. Les bons navigateurs savaient comment naviguer contre le vent. C’est ainsi que nous avons eu des explorateurs.
Il y a de cela quelques jours à peine, Netanyahu disait aux Israéliens qu’après Trump, il y aurait un président hostile à Israël, que l’aide américaine à Israël serait terminée et qu’il y aurait des sanctions. Nous ne savons pas si cela se produira ou non, mais il est absolument vrai qu’Israël est en train de perdre sa place dans le cœur des Américains, au sein du camp démocrate mais aussi républicain. Que peut-on faire pour regagner cette place ?
Tout d’abord, Israël a besoin d’un nouveau gouvernement. C’est très important. Je pourrais accepter en partie les arguments de Netanyahu, mais la question peut être retournée : peut-être que quelqu’un qui a été au pouvoir pendant près de 20 ans, de manière intermittente, est responsable de la situation critique d’Israël.
Alors oui, [Monsieur Netanyahu,] vous avez raison, mais c’est de votre faute si Israël est perçu de cette façon. Pas totalement de votre faute — je ne suis pas là pour vous blâmer —, mais nous avons besoin d’idées neuves. Nous devons trouver de nouvelles coalitions. C’est pourquoi je crois que cette élection est capitale pour l’État d’Israël, et je crois qu’il faut un changement.
Mais Israël doit commencer à se repositionner. Ce n’est plus un État unique ayant droit à toute l’aide américaine parce qu’il lutte contre une invasion barbare. Ce discours ne fonctionne plus. Israël doit trouver sa place dans les rangs de ceux qui se battent pour la liberté contre la tyrannie, ce qui implique d’être aux côtés de l’Ukraine. Nombre de personnes, en Europe, sont prêtes à se tenir aux côtés d’Israël, mais ils ont besoin de quelqu’un de l’autre côté. Il faut être deux pour danser le tango.
J’aimerais parler un peu de la Russie et des leçons que nous pouvons tirer de ce qui s’y est passé, notamment en ce qui concerne l’influence russe et les tentatives d’ingérence dans les élections, dans votre pays et dans le nôtre.
La Russie est une dictature pure et dure. J’ai quitté la Russie en 2013 face à une arrestation imminente, parce que c’était le début des persécutions politiques. In fine, tous mes amis et collègues sont soit partis, soit ont été tués. Aujourd’hui, dans la Russie de Poutine, on peut faire de la prison pour un tweet.
Israël est l’un des pays les plus libres au monde, je crois donc que vous disposez encore de nombreuses options légales pour changer de gouvernement, et que vous les utiliserez efficacement.
Les sondages montrent que l’opinion publique est très vivace. Les gens comprennent ce qui est en jeu. Si l’on en croit les sondages, Bibi n’aura pas de majorité. Et espérons — c’est mon espoir personnel, je ne parle au nom de personne — que l’on trouvera le moyen d’amener l’un des partis arabes à soutenir un gouvernement minoritaire. Il est très important de montrer qu’Israël a laissé Bibi, et cette époque, derrière lui.
La Russie est un problème permanent. La dictature de Vladimir Poutine n’est pas un phénomène circonscrit à l’intérieur des frontières russes. L’agression est devenue son idéologie. Quand vous regardez la Russie — son économie, ses finances, son industrie, sa propagande, son éducation —, c’est la guerre, la guerre, la guerre. La Russie est désormais sur un pied de guerre. La guerre est devenue l’air que respire le pays. C’est pourquoi chaque conversation sur des pourparlers de paix est un écran de fumée. Poutine rit, parce qu’il n’a jamais changé d’objectif.
Et ce n’est pas Garry Kasparov qui tente de dire ça à la population israélienne ou américaine. Je pointe simplement Poutine du doigt. Ne m’écoutez pas — écoutez-le. Il est très constant dans ses projets de destruction totale de l’État ukrainien. C’est l’objectif. L’idée générale est de restaurer l’influence russe en Europe de l’Est, sur la base de l’ultimatum que la Russie a présenté à l’Union européenne et aux Américains en décembre 2021, avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.
Cette guerre n’a pas d’issue intermédiaire. Il n’y a pas de juste milieu. Et ce n’est pas parce que nous sommes des bellicistes qui veulent que la guerre continue. Je suis avec les Ukrainiens ; quoi qu’ils décident, je suis derrière eux. Je représente un groupe relativement restreint d’émigrés politiques russes — 10 %, 15 %, même si nos effectifs ont sans doute augmenté. Nous nous appelons le Parti de la victoire ukrainienne. Nous pensons que la victoire de l’Ukraine est le seul moyen d’apporter le changement en Russie.
Expliquez avec des mots simples à un Israélien qui n’est pas d’origine russe : Pourquoi Israël devrait-il se tenir aux côtés de l’Ukraine ?
C’est très simple. En Russie, nous avons affaire à un régime qui ne changera pas tant que nous n’aurez pas détruit le virus impérial dans l’esprit des Russes. Si vous regardez l’histoire russe de ces 200 dernières années, seule une défaite militaire et géopolitique majeure a conduit au changement.
Rien de moins qu’un drapeau ukrainien à Sébastopol ne peut influencer les Russes et leur montrer que le choix est simple : soit nous devenons une colonie chinoise — et la Chine attend le bon moment pour s’emparer du territoire et contrôler ses vastes ressources —, soit nous trouvons le moyen de revenir dans le monde civilisé.
Et pour ceux en Israël qui s’en moquent, qui ne veulent rien savoir du reste du monde : la Russie est derrière tout ce qui menace l’existence même de l’État d’Israël. La Russie, malheureusement, est toujours dirigée par le KGB. Ils ont toujours considéré le Moyen-Orient comme une poudrière capable de faire exploser le monde.
Le Hamas, le Hezbollah — ils sont soutenus par l’Iran, et l’Iran est un client de la Russie. Les missiles qui volent actuellement vers Israël ou vers les alliés américains dans la région, qu’ils viennent d’Iran ou des Houthis, sont des missiles qui ont été testés en Ukraine, et cette expérience sert à attaquer Israël.
Nous sommes tous dans le même bateau. Si nous aidons l’Ukraine à gagner, cela apportera le changement en Russie. Cela soulagerait incontestablement la terrible pression qui pèse sur Israël, parce que l’Iran perdrait alors son plus grand soutien. Et bien que je n’aie aucune preuve matérielle, je me pose toujours la question : comment le Hamas a-t-il pu construire un réseau de tunnels souterrains aussi sophistiqué, qui ressemble selon moi à un réseau de métro ? Combien de pays pourraient fournir les ingénieurs et les techniciens pour s’assurer de son bon fonctionnement ?
Il y a de cela quatre ans, lors des précédentes élections, le chef du Shin Bet mettait en garde contre l’influence et l’ingérence russes dans les élections israéliennes. Nous savons que la Russie a tenté sa chance aux États-Unis, en France et dans de nombreux autres pays. Pourquoi la Russie veut-elle s’ingérer dans les démocraties ? Cela fonctionne-t-il pour un camp spécifique, ou veut-elle simplement semer le désordre dans le système et le polariser ? Quel est l’objectif ?
Il y a deux axes, deux niveaux. L’un consiste évidemment à créer le désordre, parce que Poutine est très fort pour créer le chaos. Je l’appelle le marchand de doute. Contrairement au régime soviétique, il ne répand pas une idéologie. Il s’en fiche — extrême droite, extrême gauche —, tout ce qui perturbe l’équilibre, tout ce qui crée des opportunités de propager le chaos lui convient.
Mais lors de certaines élections, il a ses candidats préférés, et naturellement Donald Trump, Marine Le Pen et Bibi Netanyahu en font partie. Le lien entre Trump et Poutine — pas besoin de perdre du temps à l’expliquer ; il est devenu évocateur. La première promesse de Le Pen est d’en finir avec l’aide à l’Ukraine, ce qui compte car le soutien européen à l’Ukraine est crucial. Sans cela, l’Ukraine ne pourra pas survivre. Nous comprenons donc pourquoi Poutine soutient Le Pen.
Quant à Bibi, Bibi garantit qu’Israël conservera sa position ambiguë à l’égard de la guerre en Ukraine. Israël ne sera pas en mesure de rejoindre la coalition du monde libre contre la tyrannie. Et tant que Bibi restera, Israël sera un paria, ce qui convient à Poutine, car le sentiment antisémite et anti-israélien dans toute l’Europe l’aide à mettre le feu à tout le continent.
C’est donc simple : naturellement, Bibi est son candidat préféré. Je n’ai aucun doute que toutes les ressources de la propagande de Poutine ont lavé le cerveau de la population russophone en Israël, en utilisant des arguments très simples : Bibi est fort. Ils n’ont pas réinventé la roue. Malheureusement, ces méthodes ont été testées et ont fonctionné par le passé. J’espère qu’elles ne fonctionneront pas aussi efficacement aujourd’hui.
Vous avez mentionné l’antisémitisme en Europe. Pour partie, il est organique — il a toujours existé, et il existe encore. Mais dans quelques cas, les autorités ont arrêté des agents russes. Je ne pense pas que cela ait été très médiatisé en Israël ; ce n’est pas de notoriété publique. Est-ce fréquent, selon vous ?
Cela fait partie du projet de Poutine pour que la guerre se propage dans le monde civilisé. Bien sûr, il utilise les sujets les plus pratiques. Il ne les invente pas. C’est un opportuniste, mais un opportuniste redoutablement efficace. Pour qui veut attiser les tensions dans le monde libre, l’antisémitisme est le sujet numéro un, alors pourquoi se priver ?
Surtout en ce moment, avec un élément islamiste très fort dans la société occidentale, et avec de nombreux jeunes étudiants tragiquement endoctrinés, rattrapés par des idées de gauche et anti-occidentales. C’est une excellente occasion. Je serais donc surpris si nous ne trouvions pas des agents russes derrière tout cela.
Selon moi, les gouvernements et services de renseignement européens ont fait très peu pour dire la vérité sur les sabotages — qu’ils soient industriels, idéologiques ou financiers. Mais Poutine est en guerre contre l’Europe.
Encore une fois, ce n’est pas Garry Kasparov qui vous dit cela ; c’est Vladimir Poutine qui insiste sur le fait que l’objectif global [en] Europe, et le fait d’éloigner davantage l’Europe et le monde libre d’Israël, fait partie de son plan.
Eh bien, il semble réussir, car les relations ne cessent de se dégrader.
Écoutez, je répète sans cesse que l’Europe doit faire face à deux problèmes majeurs : la corruption et l’impuissance. L’Union européenne n’a pas la volonté politique d’aborder les questions les plus importantes d’aujourd’hui, à commencer par sa propre survie. Ce qui implique l’Ukraine. L’Ukraine est le bouclier qui sauve l’Europe de l’effondrement. C’est incroyable que les Européens soient encore en train de délibérer sur la manière d’aider l’Ukraine. Pas d’Ukraine, pas d’Europe unie, car Poutine sera le patron du continent.
Enfin : près de 150 000 immigrants arrivés récemment en Israël depuis la Russie, fuyant la guerre de Poutine pour la plupart, s’apprêtent à voter, certains pour la première fois. Qu’aimeriez-vous leur dire ?
Tout simplement de voter contre Bibi Netanyahu, point final. Vous avez fui la Russie de Poutine. La plupart d’entre vous, je le comprends, l’ont fait parce que vous n’étiez pas d’accord avec le régime de Poutine. Nous espérons qu’un jour, la Russie changera en mieux : or, cela ne se produira pas tant que l’Ukraine n’aura pas gagné.
Garry Kasparov adresse un message aux Israéliens russophones, à l’approche des élections de mardi.
En votant contre Bibi, vous aidez l’Ukraine, et au final, vous aidez aussi la Russie. Cela permettra également de réduire les tensions entre Israël et l’Union européenne, les Américains et les Canadiens.
Il est temps d’avancer. Nous avons besoin d’une nouvelle politique. Nous avons besoin de grands changements. Et nous devons laisser Bibi Netanyahu et son bagage historique derrière nous.
la Communauté du Times of Israël !
