Lucie Kon révèle avoir reçu 400 000 £ de la BBC pour régler des accusations d’antisémitisme
La productrice oscarisée, après 30 ans dans l'entreprise, dit avoir été licenciée après une plainte officielle liée à un climat de travail hostile envers le personnel juif suite au 7-Octobre
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![Lucie Kon, productrice et réalisatrice de "We Are British Jews", [Nous sommes des Juifs britanniques]. (Autorisation) Lucie Kon, productrice et réalisatrice de "We Are British Jews", [Nous sommes des Juifs britanniques]. (Autorisation)](https://static-cdn.toi-media.com/fr/uploads/2018/09/IMG_0994-1024x640-640x400.jpg)
La British Broadcasting Corporation (BBC) a versé une indemnité de 400 000 £ (533 770 dollars) à la productrice oscarisée Lucie Kon après que celle-ci a menacé d’intenter un procès pour la discrimination raciale et religieuse présumée qui aurait conduit à son licenciement.
Le versement a eu lieu le mois dernier, a révélé Kon dans une interview qu’elle a accordée au journal The Telegraph et qui a été publiée lundi sous le titre « La BBC m’a détruite parce que je suis Juive ».
Kon a expliqué au journal qu’elle avait été licenciée après avoir fait part de ses inquiétudes concernant l’antisémitisme, suite au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinioen du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Kon, qui a travaillé à la BBC pendant plus de 20 ans, notamment en tant que productrice exécutive des émissions Storyville et Panorama, a remporté un Emmy en 2025 pour son travail de productrice exécutive du film sur les événements du 7-Octobre « We Will Dance Again », consacré au festival de musique Nova, où des terroristes du Hamas avaient massacré 360 personnes.
Cette année, elle a reçu un Oscar pour son travail sur un autre documentaire, « Mr Nobody Against Putin ». En 2018, elle avait déjà produit un documentaire pour la BBC sur l’antisémitisme en Grande-Bretagne.
« Ma connaissance de ma communauté et mon expérience d’étudiante en Israël étaient perçues très positivement », se souvient-elle, évoquant l’année qu’elle a passée dans ce pays.
Mais après les événements du 7-Octobre, Kon raconte avoir aussitôt été submergée de remarques blessantes de la part de ses collègues.
« Je suis passée du statut de journaliste de la BBC qui se trouvait être juive à celui de journaliste juive à la BBC. C’était comme si on m’avait tamponné ‘Juive’ sur le front. »
Elle se souvient qu’après le 7-Octobre, elle avait dit à un collègue que « le Hamas était diabolique », et qu’on lui avait répondu : « Les sionistes aussi. »
Un employé lui a même lancé : « Réfléchis à ce qui a bien pu pousser le Hamas à réagir comme ça. »
Un autre collègue lui a confié que, lorsque Rishi Sunak, alors Premier ministre britannique, s’était rendu dans une école juive en signe de solidarité avec la communauté locale, beaucoup avaient trouvé « révoltant qu’il prenne ainsi parti ».
Lorsqu’elle a demandé à pouvoir travailler sur le documentaire sur Nova, un responsable s’y est opposé, affirmant qu’elle était « trop partiale » et qu’elle avait « un intérêt personnel dans l’affaire », a rapporté Kon.
Une autre personne a insisté sur le fait que le documentaire devrait « replacer dans son contexte » l’attaque du Hamas.
Kon a raconté que plusieurs collègues juifs lui avaient confié avoir eux aussi été confrontés à ce genre de remarques de la part de membres du personnel, notamment des insultes telles que « Zios » et des propos antisémites.
Kon a alors créé un groupe de soutien pour les employés juifs. Une initiative qui a conduit à une réunion avec le directeur général de l’époque, Tim Davie, qui a démissionné en novembre dernier suite à des allégations de partialité, notamment dans la couverture de la guerre à Gaza. Parmi les sujets abordés figurait la question de savoir si la BBC devait qualifier les événements du 7-Octobre d’ « attaque terroriste » – ce qu’elle a refusé de faire.
À l’époque, un collègue avait déclaré à Kon : « Si tu veux parler des membres du Hamas comme de terroristes, tu dois dire qu’Israël est un État terroriste. »
En janvier 2024, Kon a déposé une réclamation officielle. C’est à l’issue d’une enquête de cinq mois qu’elle a été informée du rejet de sa réclamation ; son appel a également été rejeté. Plusieurs responsables lui avaient alors fait remarquer qu’elle était « trop sensible » et lui avaient proposé de suivre une thérapie.
Ce stress, a-t-elle ajouté, lui a causé des problèmes de santé, et elle a demandé un arrêt maladie en janvier 2025 ; mais juste avant que cet arrêt ne prenne effet, les ressources humaines lui ont annoncé que, suite à une restructuration, son poste était menacé. En avril 2026, elle a été licenciée.
Dans une déclaration au Telegraph, la BBC a indiqué : « Nous ne commentons pas les questions individuelles relatives à notre personnel. Mais la BBC ne tolère aucune forme d’antisémitisme. »
« Si des accusations ou des inquiétudes sont soulevées, nous les prenons au sérieux et les examinons conformément à nos politiques », précise le communiqué.
Bien que la BBC lui ait versé une indemnité, Kon a affirmé que sa demande visant à obtenir des excuses officielles et à rencontrer l’actuel directeur général, Matt Brittin, avait été rejetée.
« La BBC n’est pas imprégnée d’antisémitisme, mais elle a bel et bien un problème à ce sujet », a expliqué Kon. « Mon collègue est passé ce matin. Il est parti parce qu’il trouvait intolérables les propos des autres employés et le fait que des gens parlent devant lui des ‘Zios’ du bureau. »
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