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Analyse

Face à un scrutin sans issue claire en Israël, place aux vœux pieux

Pour former un gouvernement, les dirigeants devront surmonter leurs vieilles inimitiés, nouer de nouvelles alliances et trouver une majorité au sein d’une Knesset très divisée

Le Premier ministre Netanyahu s’adresse aux médias aux côtés de son épouse Sara après avoir voté dans un bureau de vote à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Jewel Samad/AP)
Le Premier ministre Netanyahu s’adresse aux médias aux côtés de son épouse Sara après avoir voté dans un bureau de vote à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Jewel Samad/AP)

Les choses seront peut-être différentes cette fois-ci.

Ces quelques mots, porteurs d’une lueur d’optimisme, résument peut-être le seul espoir de voir émerger un gouvernement israélien à l’issue du scrutin indécis de mardi. Aussi improbable que cela puisse paraître, cet espoir repose sur la possibilité que les mêmes responsables politiques, qui se partagent le pouvoir depuis des années, décident soudainement d’enterrer leurs différends, de nouer de nouvelles alliances, de rompre avec des habitudes politiques vieilles de plusieurs dizaines d’années et, d’une manière ou d’une autre, parviennent à dégager une majorité au sein d’une Knesset profondément divisée.

Mardi, les Israéliens se sont rendus en masse aux urnes. Avec un taux de participation inédit depuis un quart de siècle, les résultats offrent un reflet assez fidèle de l’état du pays. Et le tableau est pour le moins chaotique. Les blocs pro-Netanyahu et anti-Netanyahu font pratiquement jeu égal, mais aucun ne dispose de la majorité, car aucun ne veut s’allier aux partis arabes, dont les électeurs, qui ont su faire peser leur poids dans les urnes, leur assureront désormais près de 20 sièges à la Knesset.

Ce scénario, nous le connaissons déjà. Entre 2019 et 2021, quatre élections successives ont donné une majorité aux opposants au Premier ministre Benjamin Netanyahu. Mais elles n’ont jamais abouti à sa défaite, en raison du refus des partis anti-Netanyahu dirigés par des Juifs de s’allier à ceux dirigés par des Arabes. Lorsqu’ils ont finalement tenté l’expérience, le gouvernement s’est effondré au bout d’un an.

La situation sera-t-elle différente cette fois-ci ? Certains responsables de l’opposition affirment déjà que ce sera le cas. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a proclamé haut et fort que « le gouvernement du 7-Octobre va partir ». Yaïr Lapid, l’actuel chef de l’opposition, a affirmé que Netanyahu avait subi une « défaite totale ». Golan, chef du parti de gauche HaDemocratim, a déclaré que les électeurs avaient « viré » le Premier ministre.

Sauf que Netanyahu n’a pas été viré. Il n’a pas subi de défaite totale. Il n’a peut-être même pas été battu du tout. Et ni lui ni son gouvernement ne sont près de s’en aller. Du moins, pas pour l’instant. En réalité, Netanyahu pourrait bien conserver l’avantage du simple fait qu’il est déjà au pouvoir, même si la majorité des 120 députés de la nouvelle Knesset souhaitent son départ.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, salue ses partisans après la publication des premiers résultats des sondages à la sortie des urnes à l’issue des élections législatives, à Tel Aviv, le 27 octobre 2026. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Pour l’opposition, croire que l’ère Bibi est révolue au vu des résultats électoraux relève largement du vœu pieux. Cela supposerait que Bennett et son allié belliciste, Avigdor Liberman, reviennent sur leurs promesses répétées et publiques de ne pas participer à une coalition avec les partis arabes. Cela supposerait également qu’une telle coalition parvienne à s’entendre sur un programme commun suffisamment solide pour éviter de s’effondrer, comme la précédente. Et cela supposerait enfin que Netanyahu et ses partenaires acceptent de céder le pouvoir.

Autant d’hypothèses qui sont loin d’être acquises, c’est le moins qu’on puisse dire. La bonne nouvelle pour l’opposition, c’est que le camp Netanyahu se berce lui aussi d’illusions.

Netanyahu présente ces résultats comme une victoire. Après tout, son parti, le Likud, a recueilli le plus grand nombre de voix. Et il ne manquera certainement pas de faire pression sur le président Isaac Herzog pour qu’il lui confie en priorité la formation d’un gouvernement. Mais quelle que soit la manière dont il présente les choses, la cinquantaine de sièges dont il dispose ne constitue pas une majorité de 61 sièges.

Pour atteindre ce seuil, il lui faudrait convaincre un parti qui le déteste profondément de lui offrir un nouveau mandat de Premier ministre. Mais les partis susceptibles d’accepter une telle alliance sont rares. Bennett et Liberman l’ont tous deux accusé de trahison. Golan se situe à l’autre extrémité de l’échiquier politique. Quant aux partis arabes, il est hors de question de les envisager.

Reste donc le principal parti d’opposition, Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot. Depuis des semaines, les analystes prédisent que Herzog tentera d’amener Netanyahu et Eisenkot à former un gouvernement d’union nationale. Mais personne n’a encore expliqué comment ils pourraient y parvenir.

Le président Isaac Herzog et son épouse Michal déposant leur bulletin de vote dans un bureau de vote, à Jérusalem, lors des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Eisenkot, qui a fait campagne sur la promesse de détrôner Netanyahu, acceptera-t-il de le laisser occuper en premier le poste de Premier ministre, alors que le dernier à avoir conclu exactement le même accord, Benny Gantz, n’a finalement jamais accédé à cette fonction ? Et Netanyahu, qui a laissé entendre qu’Israël risquait la destruction si quelqu’un d’autre devenait Premier ministre, acceptera-t-il de renoncer à un poste qu’il a occupé pendant près de 19 ans ? Aucun de ces deux scénarios ne semblent très probables.

Reste également une réalité embarrassante. Même si les deux partis décidaient de s’allier, ils réuniraient à eux deux moins de 50 sièges et auraient encore besoin d’un troisième, voire d’un quatrième parti pour obtenir la majorité. Lequel ?

Netanyahu dispose toutefois d’un moyen radical de se maintenir au pouvoir. Selon de nombreux articles publiés ces dernières semaines, il aurait cherché à relancer la guerre contre l’Iran, mais s’est heurté à l’opposition du chef de Tsahal, Eyal Zamir, et du président américain Donald Trump. Netanyahu pourrait passer outre ces objections, déclencher une guerre, puis exiger la formation d’un gouvernement d’union nationale sous sa direction pour la mener.

Les risques sont évidents, à commencer par les salves de missiles qui s’abattraient sur les villes israéliennes. Sans compter qu’une telle situation ne pourrait durer indéfiniment. Elle risquerait également de politiser ouvertement ce qui était censé rester au-dessus des querelles partisanes, à savoir les guerres menées contre les ennemis d’Israël.

L’impasse pourrait néanmoins être surmontée. L’opposition pourrait accepter une forme de collaboration avec les partis arabes, désormais forts de leurs succès électoraux. Netanyahu pourrait déclencher une nouvelle guerre contre l’Iran et convaincre ses adversaires jurés de la sincérité de ses intentions.

Mais dans un cas comme dans l’autre, il faudrait que les responsables politiques renoncent à des rancœurs qu’ils entretiennent depuis très longtemps. Faute de quoi, l’impasse persistera et Netanyahu restera Premier ministre.

Alors, cette fois-ci sera-t-elle différente ? Peut-être. Mais n’y comptez pas trop.

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