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Analyse

Faute de majorité, Eisenkot et Netanyahu pourraient devoir revenir sur leurs promesses

Aucun des deux blocs n’atteignant les 61 sièges nécessaires, leurs dirigeants et leurs alliés devront choisir entre leurs priorités politiques et certains de leurs engagements électoraux

Un écran projette une image du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et de son principal rival, le candidat de l’opposition Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, lors d’un meeting électoral en faveur d’Eisenkot avant les élections législatives israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le 25 octobre 2026. (Crédit : David Goldman/AP)
Un écran projette une image du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et de son principal rival, le candidat de l’opposition Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, lors d’un meeting électoral en faveur d’Eisenkot avant les élections législatives israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le 25 octobre 2026. (Crédit : David Goldman/AP)

JTA – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son adversaire Gadi Eisenkot pourraient bien devoir revenir sur les promesses faites à leurs électeurs s’ils veulent former et diriger le prochain gouvernement israélien.

Leurs éventuels alliés politiques pourraient être contraints d’en faire autant.

Le Likud de Netanyahu et le parti Yashar d’Eisenkot ont recueilli davantage de voix que chacun des neuf autres partis ayant franchi le seuil électoral leur permettant de siéger à la prochaine Knesset.

Netanyahu et le bloc des partis qui partagent son idéologie n’ont toutefois obtenu que 53 des 61 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité gouvernementale à la Knesset, qui en compte 120. Le bloc d’Eisenkot en a obtenu 48, les deux partis arabes se partageant les 19 sièges restants.

Pour Eisenkot, trois questions particulièrement controversées risquent de dominer les discussions et de contraindre certains de ses alliés à revenir sur leurs promesses de campagne, à savoir une éventuelle alliance avec les partis arabes, l’instauration du service militaire obligatoire pour les hommes haredim et la formation d’un gouvernement d’union nationale avec Netanyahu.

Le soutien des partis arabes

Le bloc d’Eisenkot rassemble quatre partis dirigés par des Juifs. Il comprend son propre parti, Yashar, Beyahad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yair Lapid, Yisrael Beytenu, d’Avigdor Liberman, et HaDemocratim, de Yair Golan.

S’il parvenait à rallier les deux partis à majorité arabe, Raam, qui dispose de huit sièges, et la Liste arabe unie, qui en compte onze, Eisenkot pourrait devenir Premier ministre avec une coalition de 67 sièges.

Mais la tâche s’annonce particulièrement difficile. Trois des quatre partis de son bloc, Yashar, Beyahad et Yisrael Beytenu, se sont engagés à ne pas former de gouvernement avec des partis arabes. En outre, s’appuyer sur leur soutien poserait un problème supplémentaire de légitimité politique, compte tenu de l’avance dont bénéficie Netanyahu auprès de l’électorat juif.

Pendant la campagne, Eisenkot a posé quatre conditions à toute participation à son gouvernement, parmi lesquelles la reconnaissance du caractère juif et démocratique de l’État d’Israël, l’adhésion aux valeurs de la Déclaration d’indépendance, l’obligation d’effectuer un service militaire ou national et la reconnaissance du Hamas comme un groupe terroriste qui doit être détruit.

Des militants israéliens manifestent devant le domicile de Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, pour l’appeler à former un gouvernement alternatif avec le soutien des partis arabes, deux jours après les élections législatives, à Herzliya, le 29 octobre 2026. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans une interview accordée à N12 fin septembre, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal, a déclaré que les partis arabes ne remplissaient pas ses conditions et ne feraient donc pas partie du gouvernement.

Le soir du scrutin, puis dans les jours qui ont suivi, il a continué à évoquer une coalition réunissant des partis sionistes juifs.

Bennett, l’ancien Premier ministre qui s’était appuyé sur le soutien de Raam en 2021 pour former une coalition avec Lapid, a lui aussi exclu de siéger dans un gouvernement aux côtés des partis arabes.

Liberman, dont le parti a remporté sept sièges, a affirmé qu’il ne formerait une coalition qu’avec des « partis exclusivement sionistes ».

Seul Yair Golan, chef du parti de gauche HaDemocratim, s’était déclaré favorable, avant les élections, à une participation des partis arabes au gouvernement. Depuis le scrutin, il appelle les trois autres formations de son bloc à adopter la même position.

Pour contourner cet obstacle, Eisenkot pourrait former un gouvernement minoritaire reposant sur le soutien extérieur de Raam et de la Liste arabe unie. Une formule plus solide consisterait à intégrer Raam à la coalition tout en bénéficiant de l’appui de la Liste arabe unie sans que celle-ci participe au gouvernement. Cette solution risquerait néanmoins de susciter une forte opposition, tant dans la classe politique qu’au sein de la population.

Dans un communiqué officiel publié à l’issue des élections, la Liste arabe unie s’est dite disposée à engager une « coopération politique visant à faire tomber le gouvernement de Netanyahu ». Elle n’a toutefois pas précisé publiquement si elle serait prête à soutenir un gouvernement dirigé par Eisenkot ni à quelles conditions. De son côté, Mansour Abbas, chef de Raam, avait déclaré à la chaîne N12, à la veille du scrutin, « Je saurai comment amener un gouvernement à la Knesset. »

La conscription

À défaut de soutien des partis arabes, le bloc d’opposition pourrait, en théorie, se tourner vers Shas et Yahadout HaTorah, les deux partis ultra-orthodoxes, qui disposent ensemble de 13 sièges.

Or, les quatre formations du bloc d’Eisenkot ont toutes fait de la suppression des exemptions de service militaire accordées aux hommes ultra-orthodoxes l’un des principaux thèmes de leur campagne.

Les partis haredim exigeant leur maintien, toute coopération avec eux reviendrait à rompre une promesse électorale explicite.

Un gouvernement d’union nationale avec Netanyahu

La perspective de former un gouvernement sans Netanyahu semblant pour le moins incertaine, il resterait au bloc d’opposition la possibilité de rejoindre ce dernier au sein d’un gouvernement d’union nationale.

Mais cette option constituerait elle aussi une rupture flagrante avec ses engagements de campagne. Le seul principe clair qui lie les quatre partis est leur volonté de chasser du pouvoir Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé cette fonction le plus longtemps dans l’histoire d’Israël, et qu’ils considèrent comme une menace existentielle pour le pays.

Un homme passant devant une publicité télévisée mettant en scène le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et son principal rival, le candidat de l’opposition Gadi Eisenkot, à l’approche des élections législatives israéliennes, à Ramat Gan, le 23 septembre 2026. (Crédit : Oded Balilty/AP)

Lors d’un entretien accordé à la radio fin octobre, Eisenkot s’était engagé formellement à ne pas siéger « dans un gouvernement dirigé par Netanyahu, même en cas d’alternance au poste de Premier ministre ».

Bennett avait lui aussi exclu toute participation à un gouvernement dirigé par Netanyahu, affirmant à la radio qu’il ne siégerait pas « avec lui sous aucune forme, car c’est lui qui détruit l’État d’Israël ».

Liberman avait été tout aussi catégorique, écrivant sur X, deux semaines plus tôt, « quoi qu’il arrive, nous ne siégerons pas dans un gouvernement avec Netanyahu ».

Golan avait, quant à lui, fermé la porte à toute alliance. « Nous ne siégerons pas aux côtés de Netanyahu et de ses partenaires. Point final », avait-il affirmé.

Le défi pour Netanyahu

De son côté, Netanyahu ne dispose pas non plus d’une voie claire pour former un gouvernement. Les partis de sa coalition ont déjoué les pronostics en remportant 53 sièges, contre 68 dans la Knesset sortante. Il semble toutefois hors de portée de réunir les huit sièges supplémentaires nécessaires pour obtenir la majorité.

Pendant la campagne, Netanyahu a fait de la perspective d’une coalition avec les partis arabes une arme politique contre l’opposition. Dans un discours prononcé à la veille du scrutin, il avait qualifié toute coopération avec ces formations de « honte ».

Cela ne l’empêchera peut-être pas de chercher, à son tour, à former un gouvernement avec l’un des partis arabes, notamment Raam, dont le chef, Mansour Abbas, a déclaré à la chaîne N12, le soir des élections, être en pourparlers avec des responsables politiques des deux blocs.

Netanyahu avait d’ailleurs déjà engagé des discussions avec Abbas sur la formation d’un gouvernement lors des élections de 2022.

Même si Netanyahu franchissait le pas, jusqu’ici impensable, d’une coopération avec Raam, il aurait néanmoins peu de chances de réunir une majorité. Ses partenaires d’extrême droite, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, ont clairement fait savoir pendant la campagne qu’une telle alliance était pour eux exclue. Quant à la Liste arabe unie, qui comprend notamment Balad, un parti ouvertement anti-sioniste, elle leur serait encore moins acceptable.

Toutes les voies vers la formation d’un gouvernement semblant désormais bloquées, la constitution d’une coalition pourrait contraindre les partis à renier certains de leurs engagements électoraux fondamentaux, au risque de bouleverser l’ensemble du paysage politique israélien. À défaut, de nouvelles élections devraient être organisées si aucun camp ne parvenait à former un gouvernement.

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