Le rabbin Yitzhak Yosef veut évincer Deri à la suite du revers électoral du Shas
Après la perte de quatre sièges, le chef spirituel du parti séfarade tente de remplacer son dirigeant historique, mais son emprise sur le Shas pourrait faire échouer la manœuvre
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Le chef du Shas, Aryeh Deri, serait entré en conflit avec le dirigeant spirituel du parti, à la suite de l’un des pires résultats électoraux jamais enregistrés par la formation ultra-orthodoxe lors du scrutin de mardi.
Mercredi soir, alors que le dépouillement touchait à sa fin, le parti séfarade ne comptait plus que sept sièges, contre onze en 2022. Si ce résultat se confirme, il s’agira de sa plus mauvaise performance depuis 2015, année où il avait également remporté sept sièges. Les sondages à la sortie des urnes, publiés mardi soir, ne lui en attribuaient que six, ce qui aurait constitué son pire score depuis 1992.
Selon la Treizième chaîne et la chaîne publique Kan, plusieurs personnalités du Shas, dont son chef spirituel, l’ancien grand rabbin Yitzhak Yosef, ont commencé mercredi à entreprendre des démarches pour écarter Deri, qu’elles tiennent pour responsable de cet échec électoral.
Yosef et ses proches envisageraient ainsi de demander la convocation du Conseil des Sages de la Torah, l’instance rabbinique du Shas, afin d’examiner les résultats décevants du scrutin.
À l’issue de cette réunion, Yosef entendrait réclamer la présidence du Conseil, ce qui ouvrirait la voie à l’éviction de Deri de la tête du parti et à son remplacement par l’un de ses propres alliés.
Selon Kan, les partisans du départ de Deri, qui avait dirigé le Shas de 1990 à 1999 avant d’en reprendre les rênes en 2013, avancent deux arguments.
Ils lui reprochent d’abord d’avoir mal évalué le rapport de forces électoral. Sous sa direction, le Shas aurait considéré Otzma Yehudit, le parti d’extrême droite d’Itamar Ben Gvir, comme son principal concurrent lors du scrutin de mardi. Or, selon la chaîne, la plupart des électeurs qui ont délaissé le Shas se sont finalement tournés vers le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Ses détracteurs lui reprochent également d’avoir négligé l’électorat ultra-orthodoxe traditionnel du parti pendant la campagne, préférant se concentrer sur les populations modestes des régions périphériques et les Juifs non haredim.
Malgré l’influence de Yosef au sein du Shas, plusieurs sources ont confié à Kan douter de sa capacité à évincer Deri, ce dernier étant le « seul dirigeant » du parti.
Ce revers électoral intervient dans un contexte de vives tensions autour de la conscription militaire des Haredim, une question que le Shas et le parti ultra-orthodoxe ashkénaze Yahadout HaTorah ont tous deux placée au cœur de leur campagne.
Depuis qu’elle a statué, en 2024, que les exemptions générales de service militaire accordées aux étudiants des yeshivot ne reposaient sur aucune base légale, la Haute Cour de justice a demandé à plusieurs reprises au gouvernement de faire appliquer les obligations de conscription des Haredim.
Devenue une source majeure de tensions politiques et sociales, cette question s’est imposée comme l’un des principaux enjeux du scrutin de mardi. Les dirigeants ultra-orthodoxes soutiennent en effet que le service militaire obligatoire menace leur mode de vie religieux et la possibilité pour les étudiants des yeshivot de se consacrer pleinement à l’étude de la Torah.
Au début du mois, Deri avait prévenu que le Shas ne rejoindrait ni ne soutiendrait le prochain gouvernement sans l’adoption préalable d’une loi maintenant les exemptions généralisées du service militaire pour les étudiants haredim des yeshivot.
Deri s’est heurté à plusieurs reprises à Yosef au sujet de l’incapacité du gouvernement sortant à faire adopter une telle loi. Le chef spirituel du Shas estime en effet que Deri n’a pas fait suffisamment d’efforts pour régler cette question.
En octobre 2025, un enregistrement divulgué avait révélé les critiques de Yosef et de ses alliés au sein du Conseil des Sages de la Torah, qui reprochaient à Deri l’absence de progrès dans la réglementation des exemptions de service militaire.
« Si mon père [le rabbin Ovadia Yosef] était encore en vie, rien de tout cela ne se produirait », déclarait Yosef dans cet enregistrement. « Si mon père était vivant, il lui crierait dessus. »
En août, le quotidien Haaretz avait par ailleurs rapporté que Yosef avait appelé en privé ses proches et ses élèves à ne pas voter pour le Shas. Selon le journal, il estimait que le parti devait « faire tomber la droite », plutôt que de continuer à la maintenir au pouvoir.
Yosef avait démenti ces informations et s’était publiquement réconcilié avec Deri quelques jours plus tard.
Deri ne s’est pas exprimé publiquement sur les résultats du scrutin, à l’exception d’un bref communiqué diffusé mardi soir, dans lequel il appelait à attendre les « résultats définitifs » malgré les sondages décevants à la sortie des urnes.
« Les sondages à la sortie des urnes présentent des écarts importants. Il faudra donc attendre les résultats définitifs », a-t-il déclaré dans ce communiqué, diffusé peu après l’annulation par le parti de sa soirée électorale prévue à Jérusalem. « D’après les données dont je dispose, le Shas obtiendra un très bon résultat, à la hauteur de l’immense travail accompli sur le terrain. »
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