Des Juifs progressistes américains appellent Eisenkot à s’allier aux partis arabes
Les grandes organisations juives américaines restent prudentes et saluent la forte participation, tandis que la plupart des partis juifs israéliens refusent de s’allier aux partis arabes
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JTA – Des dirigeants juifs américains libéraux appellent les partis d’opposition israéliens à revenir sur leurs promesses de campagne et à s’allier aux partis arabes pour évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Mercredi soir, alors que plus de 90 % des suffrages avaient été dépouillés, le bloc de Netanyahu disposait de 53 sièges à la Knesset, contre 48 pour celui de son principal rival, Gadi Eisenkot. Aucun des deux camps n’atteignait donc la majorité de 61 sièges nécessaire pour former un gouvernement.
L’un des changements les plus marquants du paysage politique issus du scrutin de mardi est la percée des deux partis arabes israéliens, la Liste arabe unie et le Raam, qui ont presque doublé leur représentation à la Knesset, passant de 10 à 19 sièges.
Ces gains permettraient aussi bien au bloc de Netanyahu qu’à celui d’Eisenkot de disposer du nombre de sièges nécessaire pour former une coalition. Mais aucun des deux camps n’a publiquement manifesté sa volonté de s’allier à des partis dirigés par des Arabes. Une perspective qui reste par ailleurs inacceptable pour une grande partie de l’électorat juif israélien depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Plusieurs personnalités juives américaines ont néanmoins exhorté Eisenkot et ses alliés, réunis au sein du « bloc du changement », à accueillir les partis arabes israéliens comme partenaires pour concrétiser le changement qu’ils promettent.
Jeremy Ben-Ami, président du lobby sioniste libéral J Street, a salué « le taux de participation exceptionnellement élevé », estimé à près de 78 % des électeurs inscrits, ainsi que « la mobilisation historique des citoyens arabes d’Israël ». Il a souligné que « leurs voix et leurs votes sont une composante essentielle du tissu démocratique israélien ».
« Le moment est venu pour les partis d’opposition juifs de faire preuve d’un véritable leadership en tendant la main aux partis arabes et en travaillant ensemble à la formation d’un gouvernement alternatif », a poursuivi Ben-Ami. « Israël ne peut pas prétendre bâtir une démocratie plus forte et plus inclusive tout en refusant de reconnaître les représentants politiques d’un cinquième de sa population comme des partenaires légitimes pour gouverner le pays. »
Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël sous la présidence de Barack Obama, a félicité les électeurs d’avoir créé une « occasion importante de changement ». Selon lui, ce changement pourrait se concrétiser si le bloc d’Eisenkot acceptait de s’allier aux partis arabes.
Dans une publication ultérieure, Shapiro a estimé que, « dans presque tous les scénarios envisageables », les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich perdraient « l’influence dont ils jouissent actuellement ».
« Le bloc d’opposition a donc tout intérêt à éviter de nouvelles élections pour s’assurer que ces ministres extrémistes perdent leur influence, plutôt que de prolonger leur mandat aux conséquences néfastes », a-t-il ajouté.
Gabriel Epstein, chargé de mission principal à l’Israel Policy Forum, a encouragé Eisenkot et ses alliés à ne pas hésiter à franchir ce pas historique et à s’associer au Raam et à la Liste arabe unie, dont le soutien leur serait nécessaire pour accéder au pouvoir.
Dans une publication sur X, Epstein a souligné que les enjeux dépassaient les seules considérations politiques. « Une meilleure intégration de la communauté arabe dans la société israélienne est également essentielle à la légitimité politique et démocratique », a-t-il écrit.
Le collectif Israelis for Peace NYC, qui se présente comme un groupe de « militants opposés à l’occupation », a salué la mobilisation sans précédent des citoyens arabes d’Israël. Selon lui, leur vote a offert « une victoire au bloc anti-Netanyahu » en privant la coalition sortante de sa majorité.
Le collectif a toutefois vivement critiqué le bloc du changement pour son « refus d’accepter ce cadeau, sans autre raison qu’un racisme profondément enraciné, non remis en question et systémique ».
Pour Israelis for Peace NYC, le choix se résume désormais à « un avenir commun ou pas d’avenir du tout ». Le collectif a dénoncé le fait qu’un cinquième de la population israélienne, soit quelque 20 % de citoyens arabes, soit « ouvertement et sans le moindre scrupule ignoré ».
« Mais rien n’est encore joué », a ajouté le collectif. « La majorité libérale en Israël peut redescendre dans la rue et organiser de grandes manifestations, comme elle l’a si bien fait contre Netanyahu pendant quatre ans, pour faire pression sur Eisenkot et les autres dirigeants de l’opposition afin de les amener à s’asseoir à la table des négociations avec les partis arabes. »
Jacob Stoil, professeur-chercheur spécialisé dans les questions de sécurité au Moyen-Orient à l’US Army War College, a toutefois expliqué à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) que « la formation d’une coalition incluant les partis arabes se heurte à de réelles difficultés », compte tenu des positions politiques de ces formations et des promesses électorales des alliés d’Eisenkot.
Si le Raam a déjà participé à une coalition gouvernementale et s’est dit prêt à renouveler l’expérience, plusieurs membres du bloc d’Eisenkot se sont engagés à ne pas gouverner avec un parti arabe. De son côté, la Liste arabe unie rejette la définition d’Israël comme État juif et refuse, par conséquent, de participer à un gouvernement dirigé par des sionistes.
Selon Stoil, une solution envisageable serait « un gouvernement minoritaire que les partis arabes soutiendraient par leurs votes afin de lui permettre de rester au pouvoir et de le protéger ». Le chercheur, qui précise s’exprimer à titre personnel et non au nom de l’armée ou du gouvernement américain, prévient toutefois qu’une telle formule pourrait « considérablement compliquer l’adoption de lois ».
« Il existe une voie réaliste », a affirmé Stoil, tout en précisant qu’il faudrait attendre le décompte définitif des voix pour déterminer les possibilités concrètes d’un rapprochement avec les partis arabes.
D’ici là, a-t-il expliqué, la situation peut encore évoluer. La Commission centrale électorale (CCE) doit notamment dépouiller les bulletins des soldats, des détenus et des diplomates en poste à l’étranger, soit entre 430 000 et 480 000 voix supplémentaires qui viendront s’ajouter aux résultats.
De son côté, la Jewish Federations of North America (JFNA) a publié un communiqué au ton neutre à l’issue du scrutin, saluant « les valeurs communes qui unissent les Israéliens et les Juifs d’Amérique du Nord, notamment leur profond attachement aux principes démocratiques et à la participation citoyenne ». L’organisation a assuré qu’elle continuerait à travailler « avec des dirigeants de toutes tendances politiques ».
L’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le groupe de pression pro-Israël qui a joué un rôle important dans les élections américaines de mi-mandat de novembre, a également salué les Israéliens pour avoir manifesté « leur attachement à la démocratie à travers des élections libres et équitables ».
Dans son communiqué, l’AIPAC a souligné que la forte mobilisation des électeurs de différentes confessions « témoigne de la diversité d’Israël et de son attachement indéfectible au processus démocratique, une valeur que les Américains partagent et chérissent ».
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