Les dockers du monde entier en grève pour protester contre les livraisons d’armes, notamment à Israël
Le collectif de la flottille de Gaza promet des actions en soutien à une grève qui devrait entraîner des retards dans les ports de dizaines de pays ; les employés réclament aussi de meilleures conditions de travail
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Vendredi, les dockers d’Europe et d’ailleurs ont organisé des grèves dans le cadre d’une campagne internationale contre les expéditions d’armes ; ils réclament également de meilleures conditions de travail, ont indiqué les syndicats.
Les syndicats français, italiens, grecs, espagnols, turcs et marocains ont lancé un appel commun dans lequel ils demandent la fin des guerres au Moyen-Orient, notamment à Gaza, ainsi que « la fin de la militarisation des ports ».
« Les ports ne doivent pas servir au transport d’armes, de munitions, de matériel militaire et de troupes », peut-on lire dans le communiqué. « Les dockers ne travaillent pas pour la guerre ! »
Selon les organisateurs, ce sont plus de 100 ports à travers plusieurs pays qui se sont joints à ce mouvement de protestation, lequel pourrait affecter les opérations portuaires dans certaines régions d’Europe, de la Méditerranée et d’Amérique du Nord.
La Global Sumud Flotilla, un groupe militant pro-palestinien qui a tenté à plusieurs reprises de briser le blocus israélien de Gaza, a fait part de son intention de mener « des actions coordonnées et stratégiques en mer » à l’appui de la grève.
En mai 2026, les syndicats de dockers de plus de 35 pays européens ont publié la « Déclaration d’Istanbul », dans laquelle ils exigeaient que les installations portuaires ne soient plus utilisées pour transporter des armes à destination de zones de guerre.
Les ports italiens, sous l’impulsion de Gênes, ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations contre les livraisons d’armes, bloquant fréquemment des cargaisons à destination d’Israël et des bases militaires américaines.
Toutefois, une grande partie des armes qui transitent par les ports est en réalité destinée à l’Europe.
Entre 2021 et 2025, l’Europe est devenue le premier importateur mondial d’armes, ainsi que l’ont révélé plus tôt cette année les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.
« Des avions aux chars, des armes à feu aux balles, des explosifs aux munitions, des uniformes aux bottes, nos ports sont devenus des bases de ravitaillement et de transit pour la guerre et le génocide », ont déploré les syndicats lors d’une conférence de presse annonçant la grève.
Israël nie catégoriquement que la guerre qu’il mène contre le Hamas à Gaza, lancée suite au pogrom du 7 octobre 2023, constitue un génocide.
En Grèce, le syndicat des dockers ENEDEP a appelé à une grève au Pirée, le plus grand port du pays, dans le cadre de la journée internationale d’action. Par ailleurs, des navires sont restés à quai dans plusieurs ports, perturbant les services de ferry, en raison d’une grève distincte des marins réclamant de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et des mesures de sécurité renforcées.
En Italie, l’Unione Sindacale di Base (USB) a indiqué que des manifestations étaient prévues dans des ports stratégiques, notamment à Gênes, Trieste et Gioia Tauro, en même temps qu’une grève générale nationale lancée par les principaux syndicats pour protester contre la hausse du coût de la vie, les bas salaires et les dépenses militaires.
La fédération nationale des ports et docks de la CGT (FNPD-CGT) a appelé à une journée de grève dans les principaux ports, notamment au Havre, à Marseille, à Dunkerque et à Rouen, contre « la militarisation des installations portuaires » dans le cadre des politiques européennes, et pour dénoncer les propositions budgétaires du gouvernement français qui, selon le syndicat, menacent les protections sociales.
À ce stade, l’ampleur des perturbations demeure incertaine. Les organisateurs indiquent que la participation pourrait prendre différentes formes, allant de journées de grève complètes à des débrayages plus courts et à des manifestations.
La société de gestion de la chaîne d’approvisionnement C.H. Robinson a publié un avis à l’intention de ses clients dans lequel elle indique que « des perturbations des opérations et des retards d’expédition pourraient survenir dans les ports participants, dont la durée et l’ampleur devraient varier en fonction du port, du terminal et du niveau de participation locale ».
Les experts s’attendent toutefois à une incidence limitée sur la chaîne d’approvisionnement mondiale.
Selon Marcus Baker, responsable mondial des secteurs maritime, du fret et de la logistique chez Marsh, courtier en assurance et conseiller en gestion des risques, une grève de 24 heures ne devrait pas causer de perturbation significative des flux commerciaux mondiaux – même si elle pourrait affecter les denrées périssables et les expéditions urgentes.
Mais cela « ajoute une dimension supplémentaire de complexité à des chaînes d’approvisionnement déjà sous pression en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, des événements climatiques, notamment El Niño, des restrictions affectant le Rhin et le canal de Panama, ainsi que de l’évolution des systèmes tarifaires », a-t-il ajouté.
Judah Levine, directeur de la recherche chez Freightos, une plateforme en ligne dédiée au fret maritime, a précisé que dans des ports déjà saturés tels que Gênes, dans lesquels les navires attendent un à deux jours avant d’obtenir un créneau d’accostage, la grève pourrait aggraver la congestion.
Pour Ed Anderson, professeur de gestion de la chaîne d’approvisionnement et des opérations à la McCombs School of Business de l’université du Texas, le mouvement de protestation ne devrait pas entraîner de pénuries véritables. « Une journée, ce n’est pas grand-chose en termes de perturbation », a-t-il commenté.
Le personnel du Times of Israel a contribué à cet article.
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