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La Liste arabe unie prête à soutenir un gouvernement anti-Netanyahu

Ahmad Tibi invite Gadi Eisenkot à s'inspirer d'Yitzhak Rabin et à s'appuyer sur les députés arabes. Le chef du parti, Yousef Jabareen, confirme la prise de contact

Le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi (à gauche), prend la parole lors d'une conférence de presse à Haïfa, le 20 octobre 2026, et le président de la Liste arabe unie, Yousef Jabareen, au siège électoral du parti à Nazareth, dans le nord d'Israël, après la fermeture des bureaux de vote, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Sharon Leibel/Flash90)
Le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi (à gauche), prend la parole lors d'une conférence de presse à Haïfa, le 20 octobre 2026, et le président de la Liste arabe unie, Yousef Jabareen, au siège électoral du parti à Nazareth, dans le nord d'Israël, après la fermeture des bureaux de vote, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Sharon Leibel/Flash90)

Samedi, le député arabe Ahmad Tibi, numéro 2 de la Liste arabe unie, a déclaré que son parti était prêt à soutenir les formations sionistes opposées à Benjamin Netanyahu de façon à former un gouvernement destiné à remplacer la coalition sortante, tout en soulignant qu’il ne souhaitait pas faire partie du gouvernement lui-même.

S’exprimant sur la chaîne N12, Ahmad Tibi a invité le principal candidat de l’opposition, Gadi Eisenkot, à « faire comme [l’ancien Premier ministre Yitzhak] Rabin », qui s’était appuyé sur les voix des députés arabes pour faire voter les accords d’Oslo avec l’OLP.

De son côté, le président du parti, Yousef Jabareen, a indiqué lors d’un autre entretien que de premiers contacts avaient été pris avec la plupart des dirigeants du bloc anti-Netanyahu. Il a par ailleurs refusé de qualifier le Hamas d’organisation terroriste — l’une des exigences de Gadi Eisenkot envers d’éventuels partenaires de coalition — et a rejeté les accusations d’ingérence électorale du Qatar visant à stimuler le vote arabe.

Ahmad Tibi, dont la Liste arabe unie regroupe trois partis arabes et a obtenu 11 sièges au scrutin de mardi, a déclaré à la chaine N12 : « Nous voulons aider ceux qui souhaitent faire tomber cet abominable gouvernement… et le remplacer par un gouvernement différent. Nous voulons participer au redressement, redonner de l’espoir. »

« Nous ne ferons pas partie du gouvernement. Je ne veux pas de poste ministériel. Je ne veux pas siéger au gouvernement », a-t-il répété. « Mais sans les partis arabes, il n’y aura pas de changement », a-t-il ajouté en faisant allusion aux résultats qui attribuent aux partis opposés à Netanyahu 67 sièges sur les 120 que compte la Knesset, dont 19 aux deux formations arabes.

Raam, le second parti arabe, a remporté huit sièges.

Les 67 sièges remportés par les opposants à Netanyahu suffiraient à obtenir une majorité parlementaire si les partis d’opposition à majorité juive acceptaient de travailler avec les partis arabes, ce qu’excluent jusque là Yashar, BeYahad et Yisrael Beytenu.

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, aux côtés de membres de son parti au siège électoral du parti à Tel Aviv, après la fermeture des bureaux de vote et la publication des résultats des sondages à la sortie des urnes, le soir des élections législatives israéliennes, le 28 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ahmad Tibi a affirmé que le taux de participation record de la population arabe et la représentation qui serait la sienne à la Knesset empêcheraient le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un gouvernement. Ce « vote héroïque » du secteur arabe a été, selon lui, « un acte d’autodéfense » face à la coalition de Netanyahu.

Il a ajouté que la Liste arabe unie souhaitait que le président Isaac Herzog charge un candidat des partis sionistes anti-Netanyahu — vraisemblablement Gadi Eisenkot – de former une coalition. Il a précisé en outre que son parti voterait en faveur de l’éviction du président de la Knesset, Amir Ohana (Likud), et qu’il était favorable à la création d’une commission d’enquête d’État sur le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, deux mesures dont le bloc anti-Netanyahu entend faire des priorités après la prestation de serment de la Knesset, le 10 novembre prochain.

Évoquant un soutien à plus long terme, Ahmad Tibi a ajouté que son parti ne voterait pas de motion de censure du Likud contre le gouvernement qu’il appelle de ses voeux, et qu’il ne prendrait pas l’initiative d’une motion pour dissoudre la Knesset.

Ahmad Tibi a rejeté l’idée que la Liste arabe unie ait reçu des fonds de campagne indus du Qatar ou d’autres pays étrangers. De son point de vue, le chef du Shin Bet, David Zini, aurait « manipulé » le président de la commission centrale électorale, le juge Noam Sohlberg, pour qu’il annonce l’ouverture d’une enquête pour ingérence étrangère, et ce après avoir rencontré Netanyahu, candidat à l’élection.

« Cela vous paraît-il acceptable ? », a demandé Tibi, prédisant que cette enquête n’aboutirait à rien.

Le vice-président de la Cour suprême israélienne et président du Comité central des élections, le juge Noam Sohlberg, visite l’entrepôt du comité, à Shoham, pour superviser les préparatifs des élections législatives en Israël, le 14 octobre 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

Jeudi, la chaine N12 a rapporté qu’après le scrutin, Netanyahu et les membres de son parti, le Likud, avaient affirmé que le Qatar avait secrètement financé des actions destinées à accroître la participation des électeurs arabes. Le Likud estimerait que le Qatar est à l’origine de fonds versés à des groupes de mobilisation électorale arabe.

Le Shin Bet a ouvert une enquête préliminaire sur des soupçons de financements et d’ingérences étrangères.

Ces accusations n’ont pas été étayées et des sources du Shin Bet ont plus tard déclaré à la chaine N12 qu’aucun élément de l’enquête n’était de nature à modifier les résultats des élections, la commssion centrale électorale ayant ajouté que les investigations étaient d’une portée limitée et sans impact sur le scrutin.

Jabareen se dit prêt à aider à constituer une majorité

Également interviewé samedi sur la chaine N12, Yousef Jabareen a fait part des dispositions de son parti à soutenir les formations d’opposition, expliquant que la hausse sans précédent du taux de participation de l’électorat arabe — passé de 38 % en 2022 à près de 80 % — s’expliquait par le fait que « les gens ont vu l’occasion de se débarrasser de Netanyahu, [du ministre de la Sécurité intérieure Itamar] Ben Gvir et [du ministre des Finances Bezalel] Smotrich et de les punir » pour le mal qu’ils font depuis des années, à commencer par l’incitation à la haine des arabes et l’explosion d’une criminalité non prise en charge en secteur arabe.

« La population arabe y a vu un état d’urgence, une élection presque existentielle », a estimé Yousef Jabareen.

La Liste arabe unie est « bel et bien prête » à contribuer à la constitution d’une majorité parlementaire dans les semaines à venir, a expliqué Yousef Jabareen, qui a souligné que des contacts informels avaient d’ores et déjà été pris avec des partis d’opposition, notamment avec Eisenkot, Yair Golan, chef du parti HaDemocratim, et des membres du parti BeYahad de Naftali Bennett, mais pas Avigdor Liberman. Il y a vu des « contacts préliminaires » et non des négociations formelles.

Le chef de la Liste arabe unie, Youssef Jabareen, participant à une conférence de presse conjointe consacrée à la présentation du programme du parti pour la prochaine législature, à Haïfa, dans le nord d’Israël, le 20 octobre 2026. (Crédit : Sharon Leibel/Flash90)

Les conditions imposées par Yousef Jabareen pour un tel accord pourraient constituer un point de blocage, l’une d’entre elles incluant un engagement en faveur de l’acceptation à terme de la création d’un État palestinien.

Les partis d’opposition à majorité juive ont fait part de leur opposition à une telle perspective. Le programme du parti HaDemocratim (de gauche) préconise un processus diplomatique régional incluant les Palestiniens, sans toutefois aller jusqu’à évoquer la création d’un État.

Les exigences de Yousef Jabareen comprennent également un plan structuré et budgétisé pour lutter contre la criminalité violente dans les municipalités arabes. En outre, il demande l’arrêt des démolitions de maisons, pratique courante en ce qui concerne le logement des terroristes condamnés.

Yousef Jabareen a balayé les informations faisant état de tentatives d’ingérence du Qatar, qualifiées de « manœuvres » et « dangereuse diffamation ».

« Je n’ai connaissance d’aucune ingérence du Qatar », a-t-il assuré. « La seule ingérence dont j’aie eu connaissance a été le message de soutien [du président américain Donald] Trump à Netanyahu. »

Neuf jours avant l’élection, Donald Trump a apporté son « soutien total et absolu » à Netanyahu, déclarant qu’un autre dirigeant israélien laisserait Washington affronter l’Iran sans le même partenariat.

Yousef Jabareen a rappelé que son parti a, à plusieurs reprises, condamné le pogrom du 7 octobre 2023 : il a toutefois esquivé à plusieurs reprises les questions portant sur son refus de qualifier le Hamas d’organisation terroriste. Relancé à plusieurs reprises pour obtenir une réponse claire, il a répliqué : « Mon cher, je ne suis pas dans une salle d’interrogatoire. »

Il a assuré que la Liste arabe unie a été ferme dans sa réaction à l’invasion et au massacre du 7-Octobre : « Nous avons dit que nous condamnions le carnage commis dans les communautés proches de la frontière de Gaza. »

Les députés Osama Saadi, à gauche et Ahmad Tibi après un vote sur un projet de loi sur l’augmentation du salaire minimum à la Knesset de Jérusalem, le 8 juin 2022. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

S’agissant du discours de l’ex-député Osama Saadi dédiant les bons résultats électoraux des partis arabes aux habitants de Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est, Yousef Jabareen a émis des réserves sur le choix des mots de Saadi, tout en saluant son travail de défense judiciaire des familles palestiniennes.

Sur la question du service militaire au sein de Tsahal, Yousef Jabareen a redit que les dirigeants arabes israéliens étaient contre le service militaire ou national obligatoire sous sa forme actuelle. Le problème le plus profond réside, selon lui, dans l’absence de dialogue véritable entre l’État et la représentation de la communauté arabe.

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