Sortie en anglais des mémoires d’Eli Sharabi, les premières d’un ex-otage du Hamas
"Hostage", déjà publié en hébreu, est immédiatement devenu un best-seller en Israël ; Sharabi n'est pas encore prêt à retourner dans la maison du kibboutz Beeri où il a été enlevé il y a 2 ans
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Eli Sharabi a passé 16 mois dans des tunnels insalubres sous la bande de Gaza, les jambes enchaînées, nourri de pain pita moisi. Deux ans après l’attaque du Hamas à l’origine de la guerre à Gaza, il craint qu’un autre otage, qu’il considérait comme son fils adoptif, ne subisse un sort encore pire.
Israël a battu ses ennemis dans toute la région, et dévasté Gaza. Mais alors que le pays s’apprête à commémorer, mardi, un nouvel – et funeste – anniversaire de la guerre, les groupes terroristes de l’enclave côtière retiennent toujours 48 otages, dont 20 seraient encore en vie. Un nouveau plan de paix soutenu par les États-Unis a suscité l’espoir de les voir rentrer chez eux.
C’est en février que Sharabi, 53 ans, a été relâché, après 497 jours de captivité. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a appris que sa femme et ses deux filles adolescentes avaient été tuées dans leur maison par des terroristes du Hamas, le 7 octobre 2023, lors de l’invasion, du pogrom et des enlèvements massifs qui ont déclenché la guerre en cours.
Sharabi l’affirme : il ne pourra pas tourner la page tant que tous les otages ne seront pas rentrés, notamment son plus proche compagnon de captivité, Alon Ohel, et que le corps de son frère aîné, Yossi, ne lui aura pas été rendu.
Sharabi a raconté son expérience dans son livre « Hostage », qui a été publié en hébreu au début de l’année et est immédiatement devenu un best-seller. La traduction anglaise des premières mémoires d’un ancien otage sortira le mardi 7 octobre.
Dans son livre, Sharabi décrit comment il a passé la plupart de sa détention dans des tunnels sombres, infestés d’insectes et de rats. Lui et ses trois compagnons de captivité n’étaient autorisés à se laver que tous les quelques mois. Sharabi s’est même fait rouer de coups par un garde en colère, qui lui a cassé plusieurs côtes.
Ils n’ont vu la lumière du jour que lorsqu’ils ont été transférés d’un tunnel, à l’autre à travers des rues jonchées de débris.
« Le plus difficile était bien sûr la faim », a indiqué Sharabi dans une interview accordée à l’agence Associated Press. « C’est une sensation presque impossible à imaginer, à quel point on peut avoir faim. »
À mesure que la guerre se prolongeait, les otages sont passés de deux repas par jour à un seul, généralement composé de pain pita couvert de moisissures. Sharabi raconte que ses ravisseurs, eux, mangeaient « comme des rois », se délectant des caisses d’aide humanitaire destinées aux civils.
Il ne pesait que 44 kilos au moment de sa libération. Le président américain Donald Trump avait alors déclaré que Sharabi et les deux autres otages relâchés en même temps que lui « ressemblaient à des survivants de la Shoah ».
Survivre, c’est construire à partir de petites victoires
Le dernier souvenir que Sharabi garde de sa famille, c’est le regard terrifié qu’ils lui ont lancé lorsqu’il a été traîné hors de sa maison, dans le kibboutz Beeri. Alors qu’il était en captivité, avant d’apprendre leur mort, il était déterminé à éloigner sa famille du kibboutz, peut-être en Angleterre, le pays d’origine de sa femme. Il n’est retourné qu’une seule fois au kibboutz, pour voir l’extérieur de sa maison.
Il sait qu’il devra, dans le cadre de son processus de réadaptation, traverser à nouveau sa maison. Il devra voir de ses propres yeux les taches de sang, les murs criblés de balles et les fenêtres brisées. Mais il n’est pas encore prêt à entrer.
Le kibboutz a été dévasté lors de l’attaque du 7 octobre. C’est lui qui a subi les pertes humaines les plus importantes de toutes les communautés, avec 101 civils et 31 membres des forces de sécurité qui ont perdu la vie, et 30 autres habitants et deux civils supplémentaires enlevés et pris en otage.
Durant les premières semaines, Sharabi était détenu dans un appartement. Il se trouvait alors avec un autre captif, un ouvrier agricole thaïlandais qui pouvait à peine communiquer en anglais, en hébreu ou en arabe. Après l’échec d’un cessez-le-feu d’une semaine en novembre 2023, Sharabi a été transféré dans les tunnels, où il était retenu avec trois Israéliens qui avaient été kidnappés lors du festival Supernova.
Sharabi, qui avait presque le double de l’âge des autres otages, a endossé auprès d’eux le rôle de figure paternelle.
Il les a aidés à mettre au point des programmes d’exercice physique pour que tous puissent rester actifs malgré les chaînes qui entravaient leurs jambes. Chaque jour, ils s’efforçaient de partager quelque chose de positif qui leur était arrivé, comme avoir reçu une ration un peu plus importante, ou ne pas avoir croisé un gardien particulièrement violent.
Même si aucun d’eux n’était croyant avant le 7 octobre, durant leur captivité, ils priaient régulièrement ensemble. Le vendredi soir, l’un d’entre eux prenait une tasse d’eau et récitait la bénédiction traditionnelle du Shabbat prononcée sur le vin. Leurs larmes coulaient souvent pendant ces prières.
« Vous comprenez rapidement qu’ils peuvent vous tuer à tout moment, s’ils le décident. Alors vous essayez de trouver la lumière et les moments privilégiés », dit-il. « Survivre, c’est construire à partir de nombreuses petites victoires. »
Tout pour Alon
Sharabi, après sa libération, a rejoint la campagne appelant au retour des otages restants. Il a écrit un livre, rencontré Trump, et prononcé un discours devant le Conseil de sécurité des Nations unies.
Son activisme effréné est en grande partie motivé par ses craintes pour Alon Ohel, 24 ans, qui est toujours retenu à Gaza alors qu’Israël mène une nouvelle offensive de grande ampleur.
En janvier, ses ravisseurs du Hamas ont annoncé à Sharabi et aux autres que trois d’entre eux seraient relâchés dans le cadre d’un cessez-le-feu conclu ce mois-là. Quand Ohel, pianiste sensible et talentueux, a compris que ce serait lui qui resterait, il a été pris d’une crise de panique, a raconté Sharabi.
« Nous pensions que l’annonce de notre libération serait le message le plus heureux que nous recevrions dans toute notre existence, mais à cause d’Alon, tout est devenu très compliqué », a-t-il expliqué. « Le jour où je l’ai quitté a été l’un des plus difficiles de ma captivité. »
Il n’a ensuite plus revu Ohel jusqu’à la diffusion, le mois dernier, d’une vidéo dans laquelle il apparaissait pâle et amaigri.
Sharabi espère que son livre au style sobre entraînera les lecteurs au plus profond des tunnels. Il souhaite que les partisans de la guerre qui dirigent Israël, ainsi que toute autre personne détenant un pouvoir ou une influence, mettent un terme à la guerre et ramènent les captifs chez eux.
Il veut également qu’Ohel sache que ses proches se battent « comme des lions » pour obtenir sa libération.
« Je suis convaincu que tu as la force nécessaire pour rester en vie en captivité, et pour survivre à cet enfer », a déclaré Sharabi en s’adressant à Ohel. « Puis, un jour, tu seras avec nous. Et ce jour-là, nous ferons tout ce que nous nous sommes promis. »
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