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Analyse

Trump bouleverse les priorités des prochains achats d’armes d’Israël

Après l’annonce de l’arrêt anticipé de l’aide américaine annuelle de 3,8 Mds de $, Israël doit décider quels armements financer malgré les contraintes budgétaires et auxquels renoncer

Emanuel Fabian

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un avion de chasse F-15 de l'armée de l'air israélienne decollant de la base aérienne de Tel Nof, le 1ᵉʳ janvier 2024. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)
Un avion de chasse F-15 de l'armée de l'air israélienne decollant de la base aérienne de Tel Nof, le 1ᵉʳ janvier 2024. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)

L’annonce fracassante, presque littérale, faite mardi par le président américain Donald Trump, selon laquelle les États-Unis cesseraient de verser à Israël près de 4 milliards de dollars d’aide militaire annuelle d’ici la fin de cette année, et non dans près de deux ans, a provoqué une onde de choc au sein de l’establishment de la défense israélien et du Trésor public.

Les responsables du ministère des Finances, du ministère de la Défense et de l’armée israélienne ont été pris au dépourvu par cette annonce et sont restés perplexes, étant donné que le protocole d’accord de dix ans sur l’aide militaire américaine à Israël, qui accorde à l’État hébreu 3,8 milliards de dollars par an, n’expire qu’à la fin du mois de septembre 2028.

Si la déclaration de Trump est exacte et qu’il la met à exécution, la conséquence immédiate pour Israël serait que le ministère de la Défense devrait trouver d’autres sources de financement pour ses principaux contrats d’acquisition au cours de l’année à venir, le coût retombant en fin de compte sur les contribuables israéliens ou nécessitant des coupes dans d’autres postes du budget.

Ces 3,8 milliards de dollars d’aide annuelle se composent de 3,3 milliards de dollars par an au titre du financement militaire étranger, destinés presque exclusivement à l’achat d’armes de fabrication américaine, et de 500 millions de dollars supplémentaires par an pour la défense antimissile.

Ces dernières années, l’aide américaine a représenté une part de plus en plus faible des dépenses de défense d’Israël, dans un contexte de guerres coûteuses à Gaza, au Liban et en Iran, ainsi que d’opérations au Yémen. Parallèlement à ces fronts, Israël s’est efforcé de renforcer son dispositif défensif global depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, n’hésitant pas à dépenser sans compter pour combler les failles et résoudre les autres problèmes mis en évidence par le massacre et les guerres qui ont suivi.

En mars, la Knesset a voté un budget allouant au ministère de la Défense un montant record de 143 milliards de shekels, soit environ 17 % du projet de loi de finances total. En juillet, le ministère des Finances a accepté de transférer immédiatement 15 milliards de shekels supplémentaires au ministère de la Défense, alors que les responsables de la défense affirment qu’un déficit de 40 milliards de shekels subsiste.

Des avions de chasse F-15I et F-35I de l’armée de l’air israélienne volant aux côtés d’un bombardier américain B-52 lors d’un exercice le 4 mars 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Sans l’aide américaine, Israël cherchera tout de même à acheter des armes américaines, en comblant la différence avec les fonds des contribuables. L’armée de l’air s’appuie en effet presque exclusivement sur des appareils de fabrication américaine, notamment les avions de chasse F-15, F-16 et F-35, ainsi que les avions ravitailleurs KC-46 et d’autres appareils.

Cela pourrait nécessiter des coupes budgétaires dans d’autres domaines et une réévaluation de ses priorités. Certains contrats d’approvisionnement pourraient être reportés ou étalés sur une plus longue période, tandis que d’autres pourraient être purement et simplement annulés si les fonds nécessaires ne sont pas trouvés.

Le pays pourrait également se tourner vers des alternatives moins coûteuses, lorsqu’elles existent, notamment pour les missiles et les bombes qu’il achète actuellement aux États-Unis.

Israël s’est déjà de plus en plus tourné vers la production locale pour certaines munitions. Les inquiétudes israéliennes quant à la fiabilité des approvisionnements en provenance des États-Unis se sont accentuées pendant la guerre à Gaza, lorsque l’administration de l’ancien président Joe Biden a retardé certains transferts d’armes et a refusé d’envoyer des bombes de plus de 900 kg.

Un soldat de l’armée israélienne priant à côté d’obus d’artillerie sur une position située le long de la frontière avec la bande de Gaza, dans le sud d’Israël, le 1ᵉʳ novembre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Parallèlement, la perte d’un financement annuel de 500 millions de dollars destiné à la défense aérienne affecterait probablement le développement conjoint israélo-américain de nouvelles technologies visant à neutraliser les menaces aériennes, développement qui dépend fortement de ces fonds.

À LIRE : Israël veut passer de la dépendance au partenariat militaire avec les États-Unis

Outre les implications budgétaires, la fin brutale de l’aide militaire américaine à Israël pourrait également marquer un tournant dans les relations entre les deux pays. Mardi, Trump a tenté de nuancer cette annonce en soulignant qu’Israël avait été un bon allié, affirmant que la suppression de l’aide était soutenue par Jérusalem.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est exprimé à plusieurs reprises en faveur de la fin de l’aide militaire américaine à son pays. Il a toutefois évoqué une mise en œuvre progressive au cours de la prochaine décennie, et non pas d’un seul coup comme l’a déclaré Trump.

Le président américain Donald Trump (à droite) écoutant lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans la salle à manger d’État de la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)

En juin, des représentants du ministère israélien de la Défense et de l’administration Trump ont officiellement entamé des négociations sur le prochain cadre de défense, qui, selon le ministère, permettrait « une transition progressive de l’aide vers un partenariat entièrement réciproque ».

Le moment choisi par Trump pour faire cette annonce, le matin même des élections de mi-mandat, reflétait à quel point la question de l’aide à Israël était devenue un sujet brûlant tant pour les démocrates que pour les républicains.

Bon nombre de ceux qui ont remporté des sièges au Congrès lors de ce scrutin sont des détracteurs d’Israël en pleine ascension, qui soutiennent l’arrêt ou le conditionnement des ventes d’armes à l’État hébreu. Cela signifie que le robinet allait probablement se fermer bientôt, avec ou sans l’annonce de Trump.

Que Trump mette immédiatement en œuvre la réduction de l’aide ou que la transition se fasse de manière un peu plus progressive, les Israéliens, déjà confrontés à des coûts de défense en forte hausse, semblent n’avoir d’autre choix que de se résigner à l’idée que l’aide militaire américaine appartiendra tôt ou tard au passé.

Manifestation anti-Israël sur le National Mall, à Washington, le 4 octobre 2025. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Les responsables devront donc rapidement réévaluer les contrats d’acquisition militaire actuels et futurs qu’ils comptaient financer grâce aux fonds américains jusqu’en 2028.

La question n’est plus de savoir si cette aide sera versée, mais quelles acquisitions Israël peut se permettre de financer par ses propres moyens en faisant des économies ailleurs, et de quelles armes il estime pouvoir se passer.

Nava Freiberg, Jacob Magid et Lazar Berman ont contribué à cet article.

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