Discours du président de la commission centrale électorale après la remise des résultats du scrutin du 27 octobre
Le juge à la Cour suprême Sohlberg salue ceux qui ont œuvré à la tenue du scrutin ; il précise que les soupçons d'ingérence seront examinés, mais que leur impact éventuel serait limité
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Ce qui suit est une traduction du discours complet prononcé en hébreu par le président de la Commission centrale électorale, le juge à la Cour suprême Noam Sohlberg, le 4 novembre 2026, après avoir remis les résultats des élections du 27 octobre au président Isaac Herzog dans le cadre d’une cérémonie officielle qui s’est tenue à la résidence présidentielle, à Jérusalem.
Monsieur le Président, j’ai l’honneur de vous remettre les résultats des élections à la Knesset.
Derrière les chiffres, les mandats et la répartition des sièges à la Knesset, se trouvent des personnes. De nombreuses personnes. Des dizaines de milliers de citoyens, représentant tous les segments de la société israélienne, qui ont œuvré ces dernières semaines, et tout particulièrement le jour même du scrutin, pour nous permettre à tous d’exercer le droit le plus fondamental de la démocratie : celui d’élire nos représentants.
Cette expérience humaine revêt un caractère particulier. Dans les bureaux de vote de tout le pays, des représentants de différents partis – parfois profondément divisés entre eux – se sont assis côte à côte. Ceci n’est pas le fruit du hasard. Dès le départ, cette configuration visait à permettre aux représentants des partis de se surveiller mutuellement, afin de garantir l’intégrité du scrutin. Mais dans la pratique, cela les a également obligés à se parler, à collaborer, à reconnaître les qualités de chacun, et pas seulement les défauts, afin de surmonter les difficultés et de coopérer. Dans quel objectif ? Pour mener à bien une mission commune, qui est le fondement même de notre existence collective : la tenue d’élections.
Nous n’avons pas besoin de chercher bien loin pour trouver d’autres exemples d’un tel partenariat. Nous le connaissons au sein des rangs de l’armée israélienne, chez les réservistes et leurs familles, dans les hôpitaux et dans bien d’autres lieux où des Israéliens issus de tous les segments de la société se rencontrent et collaborent pour un objectif commun. Lors des élections également, dans les bureaux de vote, nous avons pu assister à un tel moment de fraternité. Nous pouvons y voir une source d’espoir pour l’avenir.
Pour autant, ce partenariat n’efface pas les divisions. Celles-ci existent, elles sont profondes, et elles touchent aux questions fondamentales de notre présence ici. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord les uns avec les autres. Au contraire, les élections sont le moyen que nous avons choisi pour gérer ces différences : non pas par la force, mais par les urnes. Chacun d’entre nous fera entendre sa voix, chaque vote sera compté, et chaque vote aura le même poids.
De là, Monsieur le Président, j’en viens à un point qui vient assombrir ces célébrations, et que nous ne pouvons ignorer : ces derniers jours, des voix se sont élevées pour tenter de jeter le discrédit sur les résultats des élections et d’en contester la validité. Il s’agit là d’un réel danger. L’un des fondements de la démocratie réside dans la capacité à changer de gouvernement de manière pacifique. Ce principe découle de la conviction que la décision des électeurs s’impose à nous tous. Sans la crainte de l’autorité, comme nous l’ont enseigné nos sages, les gens se dévoreraient vivants – nous nous retrouverions dans une sorte d’ « état de nature », où « la loi du plus fort » prévaudrait. Pour que nous puissions maintenir un système de gouvernement commun, nous devons tous respecter les règles du jeu démocratique.
C’est ainsi que nous nous sommes comportés en tant qu’État d’Israël depuis notre création. Des différends difficiles, des luttes politiques houleuses, parfois même des résultats inattendus pour beaucoup : rien de tout cela ne nous a empêchés de respecter la décision des électeurs et d’agir en conséquence. Tous avaient conscience que les résultats des élections reflétaient la volonté du peuple, qui doit être respectée. Nous nous devons de ne pas nous écarter de cette voie, qui garantit la résilience de notre pays démocratique.
Certes, des soupçons ont été soulevés. Certains d’entre eux sont graves. Ces soupçons nécessitent des éclaircissements approfondis, et c’est précisément ce qui est actuellement en cours.
Nous l’avons annoncé à la population. Toutes les parties s’emploient à découvrir la vérité. Afin de ne pas nuire aux efforts déployés et de ne pas divulguer d’informations confidentielles, je ne suis pas en mesure d’en dire davantage. Ce matin, nous avons présenté aux membres de la commission électorale l’essentiel du tableau des renseignements, tel qu’il a été transmis, à ma demande, au nom du chef du Shin Bet.
Il est toutefois important de souligner qu’à ce stade, il ne s’agit que de soupçons dont la portée, même s’ils se confirmaient, resterait limitée. De plus, il n’est pas possible de suspendre la publication des résultats de l’élection qui s’est tenue, car cela prolongerait le mandat d’une Knesset déjà arrivée au terme de sa durée légale. La Loi fondamentale : la Knesset a fixé un calendrier très strict pour la publication des résultats électoraux, et ce pour une bonne raison. Les résultats sont donc publiés dans les délais prévus. Naturellement, si des preuves venaient à être découvertes à l’avenir, il serait possible d’agir conformément à la procédure prévue par la loi à cet effet, à savoir faire appel des résultats électoraux. Il est important de souligner que ces soupçons ne jettent en aucun cas le discrédit sur les votes de la communauté arabe : un taux de participation élevé est une évolution positive pour chacune des communautés qui composent la société israélienne.
La Commission centrale électorale est chargée d’organiser les élections, de superviser le fonctionnement des bureaux de vote et de veiller au bon déroulement du scrutin. Elle n’est bien sûr pas une autorité d’enquête ni un service de renseignement ; nous ne disposons ainsi pas des outils nécessaires pour examiner les soupçons d’irrégularités. À cette fin, nous transmettons aux autorités chargées des enquêtes les plaintes détaillées nous parvenant concernant divers soupçons. La semaine dernière, la Commission centrale électorale a mené une opération de surveillance de l’intégrité du scrutin, qui portait sur les allégations soulevées à propos du fonctionnement des bureaux de vote. Les demandes des différentes factions politiques ont été examinées. Chaque demande a fait l’objet d’un examen minutieux, qu’elle concerne le processus électoral lui-même ou qu’elle relève du droit pénal ou administratif. Tout le matériel électoral a été examiné. Chaque fois qu’un soupçon d’infraction est constaté – que ce soit dans les plaintes des partis ou dans le matériel électoral – les recours et les éléments de preuve seront transmis aux autorités chargées des enquêtes : le Shin Bet, la police et l’Autorité de protection de la vie privée. Nous assurerons un suivi, et veillerons à ce que les plaintes soient traitées et fassent l’objet d’enquêtes, selon le cas. Nous faisons entièrement confiance au chef du Shin Bet, à la procureure générale, au chef de la police israélienne, au chef de la division des enquêtes et du renseignement de la police, ainsi qu’à leurs équipes. Ensemble, ils accompliront cette tâche importante au mieux de leurs capacités.
La confiance des citoyens dans le processus électoral est un véritable trésor. Nous avons tous la responsabilité de la préserver – élus, titulaires de fonctions officielles, mais aussi chacun d’entre nous. Cette confiance est facile à détruire, mais très difficile à rétablir. Le débat politique ne doit pas s’arrêter au décompte des voix. Il se poursuivra, et c’est bien ainsi. Mais nous devons nous accorder sur un point : les résultats des élections, tels qu’ils sont déterminés par la loi, s’imposent à nous tous.
Monsieur le Président, peut-être une petite leçon – tirée de la section de la Torah de cette semaine, Hayei Sarah – pour la prochaine étape, qui débutera ici même, dans cette salle. Deux négociations : celle concernant l’achat du Tombeau des Patriarches, et celle concernant le mariage de Rebecca avec Isaac. À première vue, toutes deux semblaient vouées à l’échec, avec des divergences considérables dès le départ. Les Hittites refusaient d’accorder à Abraham le champ et la grotte comme lieu de sépulture permanent pour les générations futures, préférant chercher une solution temporaire pour l’enterrement de Sarah. Laban l’Araméen souhaitait retarder d’une année entière le mariage de Rebecca avec Isaac. Dans les deux cas, ce sont des négociations fondées sur une compréhension mutuelle des besoins qui ont abouti à des accords et à de bons résultats pour tous.
Enfin, je tiens à remercier les milliers de collaborateurs, de bénévoles, et toutes les personnes qui ont apporté leur contribution à la tâche complexe que représente la gestion de ces élections. On ne saurait trop souligner le professionnalisme, la rigueur et le sens du devoir dont ont fait preuve les membres de la Commission centrale électorale, sous la direction de Dean Livne, un homme aux compétences exceptionnelles, qui a su maintenir le cap dans la tempête. C’est grâce au dévouement et au travail acharné de ces personnes remarquables que nous pouvons être ici aujourd’hui.
Le processus électoral, dont la conduite m’a été confiée, m’a convaincu encore davantage de notre résilience et de notre aspiration à ce qu’il y a de mieux. Nous vous avons remis les résultats : 5 717 397 hommes et femmes se sont rendus aux urnes. Nous devons tous respecter leur décision. Je vous remercie.
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