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Opinion

Netanyahu défend Israël à l’ONU, mais peut-il encore convaincre en Israël ?

Le Premier ministre a réfuté l’accusation de "génocide" et enfin dénoncé le Qatar ; ses omissions et ses appels à l’unité ont sans doute heurté nombre d’Israéliens

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive pour prendre la parole lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive pour prendre la parole lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a livré jeudi, devant l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU), un discours virulent, souvent amer et finalement combatif, en faveur d’Israël, de la moralité de sa conduite militaire et de son propre leadership.

Il s’est notamment efforcé de démonter l’odieuse accusation selon laquelle Israël aurait commis un « génocide » dans la bande de Gaza, ou aurait tenté de le faire, depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle plusieurs milliers de terroristes menés par le groupe terroriste palestinien du Hamas ont envahi Israël, massacré plus de 1 200 personnes et enlevé 251 autres pour les emmener en otage dans l’enclave palestinienne.

Il a réservé sa critique la plus percutante sur ce point au maire de la ville où il s’exprimait, avec une justesse cinglante et difficilement contestable : « La vérité, toute simple, est la suivante. Israël n’a pas commis de génocide. Israël a empêché un génocide. En revanche, c’est exactement ce que les petits copains de M. Mamdani au Hamas nous auraient fait si nous ne les avions pas arrêtés. Ils nous auraient tous tués jusqu’au dernier. »

Il a fustigé la pusillanimité et le défaitisme européens face à l’extrémisme islamique, en s’arrêtant notamment sur une affirmation consternante du président français Emmanuel Macron. Deux jours plus tôt, depuis cette même tribune, celui-ci avait assuré que le Hamas, pourtant l’un des principaux acteurs de la vague d’attentats-suicides de la Deuxième Intifada au début des années 2000, « n’avait jamais opéré » en Cisjordanie.

Autre cible de choix, le Qatar, auquel Netanyahu a réservé certaines de ses attaques les plus virulentes en évoquant le « huitième front » sur lequel Israël se bat, « la guerre pour la vérité ». Bien que très tardivement, il a dénoncé ce pays pour avoir, pendant des dizaines d’années, « consacré des sommes considérables au financement d’universités américaines et de médias toxiques comme Al Jazeera » dans le but de faire subir un lavage de cerveau aux jeunes et de les amener à « haïr Israël, haïr l’Amérique et haïr l’Occident ».

Les « pseudo-militants des droits de l’Homme » n’ont pas davantage été épargnés. Netanyahu a cité nommément les diplomates qui ont quitté la salle de manière théâtrale avant le début de son intervention ainsi que les manifestants qui le dénonçaient, lui et Israël, à l’extérieur du bâtiment, leur reprochant leur silence assourdissant alors que le régime iranien « massacrait et mutilait des dizaines de milliers de civils iraniens non armés » au début de l’année.

Sur la question des violences commises par des habitants extrémistes des implantations, Netanyahu a tenté de présenter l’indignation internationale comme obsessionnelle et injustifiée, en en minimisant à tort l’ampleur, en passant sous silence le préjudice moral et les atteintes à l’image d’Israël causés par l’incapacité des services de sécurité à y mettre un terme, et en invoquant les horreurs du terrorisme palestinien meurtrier qui se poursuit comme s’il s’agissait d’un contre-argument.

Dans l’ensemble, Netanyahu a présenté une solide défense d’Israël, avec la verve et le panache qui le caractérisent.

Il n’a, bien sûr, fait aucune mention de sa propre responsabilité première dans l’échec à prévenir le pogrom du 7-Octobre, alors même qu’Israël avait obtenu les plans de guerre précis du Hamas plus d’un an auparavant et que Netanyahu s’est toujours présenté, et continue de le faire, comme exceptionnellement vigilant face aux ennemis d’Israël et exceptionnellement efficace pour les vaincre.

Aucune reconnaissance de sa conviction affichée à l’époque, celle que le Hamas était dissuadé d’attaquer.

Aucune reconnaissance non plus, même dans sa charge contre le Qatar, du fait qu’il a, pendant des années, encouragé les Qataris à financer la bande de Gaza dirigée par le Hamas à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars.

Aucune mention de son refus d’autoriser la création d’une commission d’enquête nationale sur la catastrophe.

Et même lorsqu’il a salué l’héroïsme des combattants israéliens, ce n’est que du bout des lèvres qu’il a reconnu que l’ennemi présent sur sept fronts n’avait pas encore été véritablement neutralisé et vaincu.

Il refuse de reconnaître le moindre de ces faits devant son propre peuple. Il n’allait certainement pas le faire pour la première fois sur la scène internationale.

Autre grand absent de son discours : les divisions qu’il a creusées au sein d’une société israélienne déjà sous tension. Pendant ces trois années de guerre particulièrement éprouvantes, son gouvernement a consacré des moyens considérables à la communauté ultra-orthodoxe tout en refusant catégoriquement de la soumettre à la conscription.

Netanyahu a également tenté de détruire l’indépendance du pouvoir judiciaire israélien, il a nommé sans vergogne des suprémacistes juifs et des racistes à des postes ministériels clés, et il a dressé les Juifs les uns contre les autres au service de sa survie politique.

À moins d’un mois du scrutin, tous ces sujets s’annoncent comme des enjeux majeurs de la campagne électorale.

À la place, Netanyahu a livré une déclaration grandiloquente et de mauvaise foi, destinée à galvaniser les électeurs israéliens qui le regardaient depuis leur pays.

« Tout au long de cette longue guerre, nous n’avons jamais dévié de notre objectif : gagner ! Gagner avec une détermination inébranlable. Gagner avec un courage indomptable. Parce que c’est cela, Israël. Une seule nation, unie dans le combat pour un même avenir. La gauche et la droite. Les jeunes et les vieux. Les religieux et les laïcs. Avons-nous des désaccords ? Bien sûr. Qui n’en a pas ? Mais dans les moments décisifs, ceux qui façonnent notre destin, nous faisons front ensemble, parce que ce qui nous unit est infiniment plus fort : notre histoire, nos valeurs, notre courage. »

Il y a beaucoup de vrai dans ce passage. Mais, pour le dire poliment, Netanyahu et sa coalition de droite, d’extrême droite et ultra-orthodoxe ne peuvent guère revendiquer le mérite de la cohésion dont les Israéliens ont fait preuve.

Un Premier ministre qui vit pour des moments comme celui de jeudi à la tribune de l’ONU peut espérer qu’au moins une partie du public international aura été amenée à réfléchir.

Plus encore, peut-être, il espérera que son anglais irréprochable, sa parfaite maîtrise de la scène internationale et son discours exaltant sur la victoire, la résilience et l’éternité d’Israël auront fait pencher quelques électeurs supplémentaires en sa faveur.

Mais la triste réalité est qu’une grande partie du monde a cessé de l’écouter, ce qui est profondément tragique, car il aurait justement besoin d’entendre une grande partie de ce que Netanyahu avait à dire.

Quant à beaucoup d’Israéliens, peut-être même à la majorité d’entre eux, les paroles de Netanyahu depuis le 7-Octobre, aussi soigneusement pesées soient-elles, ne sont plus que cela : des paroles.

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