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Abbas à l’ONU : Israël tente de chasser les Palestiniens par une « guerre génocidaire » et le « terrorisme des colons »

Dans un discours filmé, le chef de l'AP a réfuté les raisons invoquées par les États-Unis pour maintenir l'interdiction de visa, disant que Ramallah rejette le terrorisme et a « mené à bien » les réformes promises

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime dans une vidéo préenregistrée lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU, le 24 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)
Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime dans une vidéo préenregistrée lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU, le 24 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

NATIONS UNIES — Dans un discours pré-enregistré qui a été diffusé jeudi devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déploré que l’administration du président américain Donald Trump l’ait empêché d’assister en personne à cette réunion pour la deuxième année consécutive.

La semaine dernière, les États-Unis ont annoncé leur décision de prolonger l’interdiction qui avait été imposée l’année dernière aux responsables palestiniens, arguant que Ramallah avait enfreint la réglementation américaine selon laquelle l’Autorité palestinienne s’expose à des sanctions si elle s’en prend à Israël au sein d’organisations internationales, promeut la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, verse des allocations à des terroristes ou glorifie la violence.

« Nous rejetons ces mesures punitives illégales, et nous réfutons les accusations et les motivations sur lesquelles elles reposent », a déclaré Abbas. « Nous affirmons que nous avons rempli nos obligations, que nous avons mené à bien un programme complet de réformes nationales et que nous avons respecté notre engagement envers le droit international, en rejetant la violence et le terrorisme », a fait valoir le dirigeant de l’Autorité palestinienne.

Dans son allocution de 22 minutes environ, Abbas a vivement critiqué Israël pour ses politiques à l’encontre des Palestiniens, insistant sur le fait que Ramallah avait accompli les réformes exigées par la communauté internationale, et a réaffirmé son attachement à une solution à deux États, avec un État palestinien démilitarisé coexistant aux côtés d’Israël.

Contestant l’interdiction de visas imposée par les États-Unis, Abbas a souligné que l’Autorité palestinienne ne devrait pas être sanctionnée pour avoir soutenu les initiatives visant Israël à l’ONU, à la Cour internationale de justice et à la Cour pénale internationale, qualifiant cette stratégie de « choix de paix ».

Il a déclaré que l’interdiction de l’administration Trump était contraire aux obligations des États-Unis en tant que pays hôte de l’ONU. Washington, qui soutient être autorisé à restreindre l’octroi de visas pour des raisons de sécurité nationale, a toutefois accordé des visas à de hauts responsables iraniens, malgré le conflit en cours avec la république islamique.

« Guerre génocidaire »

Après une brève introduction dénonçant la politique américaine à l’égard de l’Autorité palestinienne, Abbas a consacré l’essentiel de son discours à critiquer Israël.

Il a accusé ce dernier de mener une « guerre génocidaire » contre les Palestiniens de Gaza.

Alors qu’Abbas avait auparavant condamné l’attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre voici trois ans, il n’a fait aucune mention de ce groupe terroriste palestinien dans son adresse à l’Assemblée générale des Nations unies.

Il a également dénoncé l’expansion des implantations israéliennes et le « terrorisme des colons [qui] s’intensifie sous la protection des forces d’occupation ».

Abbas a ensuite averti que «Jérusalem était isolée et judaïsée» – une accusation qu’il a déjà formulée par le passé et qui, selon Israël, traduit son refus de reconnaître les liens des Juifs avec la Terre Sainte.

Le président de l’Autorité palestinienne a ensuite dénoncé ce qu’il a qualifié d’attaques perpétrées par des extrémistes juifs à l’encontre de lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem et en Cisjordanie, ainsi que les efforts d’Israël pour faire fermer l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens et de leurs descendants, l’UNRWA. Selon Jérusalem, cette agence, chargée d’assurer l’éducation, les soins de santé et la formation professionnelle des Palestiniens, est profondément infiltrée par le Hamas. Elle aggraverait la crise des réfugiés au lieu de la résoudre.

Le ministre de la Défense, Israel Katz, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, assistent à la cérémonie de pose de la première pierre de la nouvelle implantation de Doran, dans la région du mont Hébron en Cisjordanie, le 16 juin 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Abbas a exhorté la communauté internationale à intervenir sans délai pour empêcher Israël de poursuivre la mise en œuvre du très controversé projet d’implantation dans la zone E1, « qui vise à séparer le nord et le sud de la Cisjordanie ainsi qu’à isoler Jérusalem-Est de son environnement palestinien, empêchant ainsi la création d’un État palestinien géographiquement contigu ».

Le président de l’Autorité palestinienne a également remercié la Grande-Bretagne et les 11 autres pays occidentaux qui ont récemment fait part de leur intention de sanctionner les implantations israéliennes. Il a appelé Donald Trump à respecter l’engagement qu’il avait pris l’année dernière auprès des dirigeants arabes de ne pas permettre à Israël d’annexer la Cisjordanie. Si l’État juif s’est abstenu de le faire officiellement, ses détracteurs affirment que la multitude de mesures qu’il a prises pour étendre son emprise et sa présence dans toute la Cisjordanie équivaut à une annexion de facto.

La reconstruction de Gaza au point mort

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déploré la stagnation du plan en vingt points du président américain Donald Trump qui vise à mettre un terme à la guerre à Gaza.

Abbas a rappelé que l’Autorité palestinienne avait soutenu ce plan, qui empêchait son institution, basée en Cisjordanie, de gouverner la bande de Gaza tant qu’elle n’aurait pas mis en œuvre des réformes globales.

« Malheureusement, nous n’avons pas vu [le plan de reconstruction de Gaza] se concrétiser sur le terrain. Les meurtres et les agressions israéliens continuent de faire des victimes parmi les hommes, les femmes et les enfants à Gaza », a-t-il regretté.

Abbas a souligné que le mandat accordé par le Conseil de sécurité de l’ONU au « Conseil de paix » de Trump concernant la supervision de la gestion de l’après-guerre de Gaza expirait à la fin de l’année prochaine.

« La période de transition ne doit pas se transformer en une situation permanente ou à durée indéterminée, dépourvue d’horizon politique et temporel clair », a-t-il dit. « Elle doit au contraire conduire à la réunification de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, sous la juridiction de l’État de Palestine et de ses institutions légitimes, selon le principe : un État, un gouvernement, une loi et une force armée légitime ».

Des Palestiniens marchent au milieu de bâtiments endommagés par la guerre à Gaza-City, dans le nord de la bande de Gaza, le 23 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi

Les réformes « menées à bien »

« Nous avons mené à bien le programme national de réformes que nous nous étions engagés à réaliser devant notre peuple et la communauté internationale, notamment en renforçant la gouvernance institutionnelle, les finances publiques, la transparence, la responsabilité, la lutte contre la corruption et l’État de droit », a assuré Abbas.

Il a notamment souligné la réforme de son système d’aide sociale controversé, surnommé « pay-to-slay » (« payer pour tuer ») par ses détracteurs, qui garantissait le versement d’une allocation à ses bénéficiaires en fonction de la durée de leur peine de prison après avoir commis un attentat. L’Autorité palestinienne a supprimé ce système au profit d’un autre, strictement fondé sur les besoins, mais Israël et les États-Unis affirment que les versements aux terroristes se sont poursuivis.

Abbas a également évoqué la réforme du système éducatif menée par l’Autorité palestinienne, qui a consisté notamment à élaborer des programmes scolaires en coopération avec l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Un responsable de l’Autorité palestinienne a indiqué au Times of Israel que Ramallah n’avait pas été en mesure d’imprimer la plupart des nouveaux manuels scolaires en raison de la crise financière provoquée par Jérusalem, mais que les versions numériques de ces manuels avaient été mises à jour en ligne.

Abbas a abordé le sujet des élections législatives à venir, qui devraient avoir lieu le 28 novembre, et qui seront suivies d’élections présidentielles. Il n’a toutefois pas précisé de date pour ces dernières.

Les critiques ont remis en question le sérieux de certaines de ces réformes. Des rumeurs laissent par ailleurs entendre que les élections pourraient être reportées, une situation qui s’est déjà produite à plusieurs reprises par le passé. Abbas a également promu son fils et ses proches à des postes clés au sein de l’Autorité palestinienne et de ses services de sécurité.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’exprime dans une vidéo préenregistrée après s’être vu refuser un visa lui permettant d’assister en personne à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU, le 24 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

Condamnation du terrorisme et de l’antisémitisme

Abbas a en outre souligné son rejet du terrorisme et de l’antisémitisme.

« Au nom de l’État de Palestine, je réitère les engagements auxquels nous croyons : nous voulons la sécurité et la paix pour tous. Nous rejetons toute attaque contre des civils, quelle qu’en soit l’origine. Nous rejetons le terrorisme et l’extrémisme sous toutes leurs formes. Nous combattons l’antisémitisme, le racisme et la haine. Et nous croyons en une culture de paix, de dialogue et de coexistence », a affirmé Abbas.

« Nous voulons un État palestinien démocratique qui respecte l’État de droit et les droits de l’Homme, un État non militarisé qui vive en sécurité et en paix aux côtés de l’État d’Israël », a-t-il fait valoir.

Alors même que des responsables politiques israéliens de tous bords se sont prononcés en faveur d’une « incitation à la migration » des Gazaouis, Abbas a insisté sur le fait que les Palestiniens « resteront sur leurs terres ».

« Ils n’accepteront pas d’être déplacés, et ils ne disparaîtront pas. Ni l’occupation militaire, ni les colonies et l’annexion, ni le terrorisme des colons ne pourront apporter de solution ni garantir une sécurité durable », a affirmé Abbas dans un discours vidéo préenregistré.

« Pour autant, nous n’allons pas continuer à attendre, et nous n’accepterons pas que les gouvernements de l’État occupant israélien décident à notre place. Aucune sécurité durable ne saurait être fondée sur l’occupation d’un autre peuple et le déni de ses droits légitimes », a-t-il ajouté.

« Notre vision de la paix est claire… un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël ; et une paix israélo-palestinienne qui ouvre la voie à la paix, à l’intégration régionale, à la coopération, à la prospérité et à la sécurité pour tous », a poursuivi Abbas.

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