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Analyse

Pour faire de la place aux Haredim, Tsahal s’efforce de ne pas empiéter sur les autres

L’armée a largement adapté le service des soldats ultra-orthodoxes, mais les tensions persistent autour des femmes et des normes religieuses ; les experts soulignent l’importance de la confiance

Stav Levaton

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda avant une cérémonie de prestation de serment au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 11 juin 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda avant une cérémonie de prestation de serment au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 11 juin 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Bien que l’armée israélienne ait approuvé, il y a près de neuf mois, des protocoles encadrant les conditions de service des soldats haredim, plusieurs incidents récents soulèvent des questions quant à sa capacité à intégrer avec succès les ultra-orthodoxes dans ses rangs.

En février, Tsahal a approuvé un ordre de l’état-major général visant à permettre à davantage d’hommes ultra-orthodoxes d’effectuer leur service militaire sans compromettre leur mode de vie religieux.

Cet ordre a officialisé une série d’aménagements destinés aux soldats haredim, dont beaucoup étaient déjà accordés, au cas par cas, depuis longtemps aux soldats pratiquants. Ces dispositions prévoient notamment des créneaux horaires réservés à la prière, des normes de casheroute particulièrement strictes et la possibilité de déclarer son allégeance à Tsahal plutôt que de prêter serment, un acte que les Juifs orthodoxes considèrent comme sacré.

Pour répondre à la question épineuse du service des hommes haredim aux côtés des femmes, les protocoles ont établi trois filières distinctes offrant des degrés différents de non-mixité. Une seule garantit toutefois aux soldats de servir dans une base exclusivement masculine, dont l’ensemble du personnel est pratiquant.

Ainsi, lorsque des soldats appartenant à des unités où la non-mixité n’est pas garantie ont fait la une des journaux à la fin du mois dernier pour avoir exclu des femmes d’une base et d’une opération militaire, ces incidents ont montré le chemin qu’il reste à Tsahal à parcourir pour intégrer les membres d’une communauté dont les pratiques religieuses se heurtent souvent à certains principes fondamentaux d’une armée diversifiée et ouverte à tous.

« Depuis le 7-Octobre, l’armée a mis en place plusieurs programmes visant à mieux encadrer [l’intégration des haredim] », a expliqué le rabbin Yehoshua Pfeffer, directeur de l’Institut Iyun pour la responsabilité des Haredim et président du conseil d’administration de l’association Netzah Yehuda, qui accompagne les soldats ultra-orthodoxes du bataillon éponyme du Corps d’Infanterie destiné notamment aux Haredim tout au long de leur service militaire.

Des soldats ultra-orthodoxes recrutés dans la nouvelle brigade haredi de l’armée, connue sous le nom de brigade Hasmonéenne, le 5 janvier 2025. (Crédit : Armée israélienne)

« Mais cela prend du temps », a-t-il ajouté.

« L’armée doit encore s’habituer à ces règles, non seulement à leur existence, mais aussi à la nécessité de les respecter. »

La brigade Hasmonéenne, récemment créée, est la seule unité dont les protocoles permettent à l’ensemble du personnel de maintenir la non-mixité sur la base.

Conformément aux protocoles de Tsahal régissant les conditions de service des soldats haredim, le bataillon Netzah Yehuda est une unité non mixte. Cette règle ne s’étend toutefois pas à l’ensemble des bases où sont stationnés ses soldats, lesquelles peuvent également accueillir des femmes.

Des soldats de la brigade Hasmonéenne participant à une cérémonie au mur Occidental, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Or, selon la chaîne N12, des soldates de l’unité d’élite 8 200 du Corps de Collecte de Renseignements, chargée du renseignement d’origine électromagnétique au sein de l’armée, se sont vu temporairement interdire l’accès à un avant-poste militaire dans le nord d’Israël, le 24 août, en raison de la présence d’une unité de Netzah Yehuda.

Le lendemain, des soldats du bataillon Rotem de la brigade Givati ont refusé de monter à bord d’un véhicule blindé de transport de troupes pour une opération dans la bande de Gaza, en raison de la présence d’une secouriste affectée à leur unité. Leur refus a conduit Tsahal à annuler la mission.

Réagissant à cet incident, l’armée a rappelé que « les soldats qui observent un mode de vie religieux ont le droit d’effectuer des opérations dans un cadre non mixte, sauf dans des circonstances exceptionnelles ». [Le bataillon Rotem n’étant pas une unité haredi, ses soldats peuvent néanmoins être amenés à servir aux côtés de femmes, conformément aux protocoles de Tsahal.]

Les difficultés de l’intégration

Les atteintes présumées aux droits individuels des soldats ne sont pas rares au sein de l’armée israélienne, comme dans toute grande institution.

Interrogée par le Times of Israel, Shlomit Ravitsky Tur-Paz, directrice du programme « Religion et État » de l’Institut israélien de la démocratie (IDI), a comparé les plaintes des soldats haredim concernant le non-respect de leurs conditions de service aux situations où l’armée ne parvient pas à répondre aux besoins alimentaires particuliers de certains militaires.

Au lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, par exemple, Tsahal a dû faire face à un afflux massif de personnel, avec la mobilisation de dizaines de milliers de réservistes. Des informations ont alors fait état de soldats végétaliens et végétariens qui ne disposaient que de très peu de nourriture adaptée à leur régime alimentaire, voire d’aucune.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rendant visite aux troupes israéliennes, dans le sud du Liban, le 30 juin 2026. (Crédit : Haïm Zach/Bureau de la presse gouvernementale)

« Ce n’est pas normal », a déclaré Ravitsky Tur-Paz, tout en soulignant que de tels manquements ne présumaient pas nécessairement un problème fondamental au fonctionnement même de l’armée.

Les plaintes relatives au service des Haredim font toutefois l’objet d’une attention particulière depuis plusieurs mois, notamment parce qu’elles soulèvent une question plus vaste. Jusqu’où l’armée doit-elle aller pour répondre aux exigences religieuses strictes des soldats ultra-orthodoxes ?

Les incidents du mois dernier sont les plus récents d’une série de controverses très médiatisées qui ont mis ces tensions en lumière.

En juillet, Israel Hayom a rapporté qu’une secouriste bénévole du service de secours du Magen David Adom (MDA) avait accompagné le président Isaac Herzog lors d’une visite à la base d’entraînement exclusivement masculine de la brigade Hasmonéenne, dans la vallée du Jourdain, à l’occasion de Tisha BeAv. Sa présence contrevenait aux règles de non-mixité de l’unité. L’armée a reconnu son erreur et s’est engagée à prendre des mesures pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise.

Un mois plus tôt, quatre soldates du Corps d’Artillerie stationnées dans le sud du Liban avaient reçu l’ordre de quitter un bâtiment qu’elles avaient contribué à nettoyer et à sécuriser en vue d’une visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense, Israel Katz. Cette décision aurait été prise pour « respecter » les soldats haredim de la brigade Hasmonéenne.

La mère de l’une des soldates a raconté à Kan que les quatre femmes avaient dû rester pendant quatre heures dans une maison voisine et qu’il leur avait été interdit de monter à l’étage, de peur que les soldats haredim ne les aperçoivent « par hasard ». Les soldats de la brigade Hasmonéenne n’étaient pourtant pas stationnés sur place. Ils y auraient été amenés spécialement pour la visite, Netanyahu cherchant à présenter la brigade comme une réussite en matière d’intégration des Haredim, alors que sa coalition était critiquée pour ses efforts visant à exempter les hommes ultra-orthodoxes de la conscription.

En mai, alors que des combats opposaient Israël au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, proxy de la République islamique d’Iran, Tsahal aurait empêché le déploiement d’un « système essentiel de soutien au combat », dont la nature n’a pas été précisée, dans un avant-poste du sud du Liban tenu par des soldats de la brigade Hasmonéenne, par crainte de la présence de soldates. L’armée a démenti cette information, affirmant au journal Haaretz que le système avait été déployé ailleurs pour des raisons opérationnelles.

Les controverses ne se limitent toutefois pas à la non-mixité. Elles portent également, plus largement, sur la manière dont Tsahal fait respecter les règles religieuses.

Deux soldates de l’armée israélienne observant le sud du Liban, depuis le nord d’Israël, le 12 août 2026. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

En avril, quatre agents de la police des frontières ont été condamnés à deux semaines de prison militaire pour avoir « porté atteinte à la religion et au judaïsme », selon la presse israélienne.

Un sous-officier chargé des questions religieuses les avait surpris en train de faire un barbecue pendant Shabbat. Leurs peines ont ensuite été réduites à une semaine, à la suite des protestations de leurs parents et de responsables politiques.

La halakha, ou loi juive orthodoxe, interdit de cuisiner et d’allumer du feu pendant Shabbat. Si Tsahal n’impose pas à chaque soldat d’observer Shabbat conformément à la halakha, une règle aurait toutefois interdit les barbecues sur cette base pendant Shabbat. Les quatre agents ont affirmé ignorer cette interdiction.

Le lendemain, l’armée a annoncé que trois soldates avaient été traduites en cour martiale et sanctionnées par une retenue sur leur solde pour avoir porté des vêtements jugés « trop décolletés ». Elles s’étaient présentées à une base en tenue civile pour y recevoir leurs documents officiels de démobilisation.

Des soldates déchirant leur carte d’identité militaire dans une base de l’armée israélienne le jour de leur démobilisation, alors que trois d’entre elles ont été traduites en cour martiale et condamnées à une amende pour avoir porté des vêtements jugés « trop décolletés », en avril 2026. (Crédit : Capture d’écran de X, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Bien qu’aucun lien direct avec les aménagements accordés aux soldats pratiquants n’ait été établi, certains ont vu dans cette affaire un argument supplémentaire à l’appui des accusations selon lesquelles l’armée imposerait des règles religieuses et des normes de pudeur de plus en plus strictes à l’ensemble de ses effectifs.

De tels incidents semblent aller à l’encontre des protocoles définis en février. Outre le fait de formaliser les protections accordées aux soldats haredim, ces protocoles stipulent que ces aménagements ne doivent pas se faire au détriment des autres militaires.

« Le service des membres des autres communautés au sein de Tsahal ne sera pas affecté par celui des membres de la communauté haredi », indique le communiqué de l’armée.

« Nous constatons qu’il y a déjà une violation des droits d’autres personnes », a déclaré Ravitsky Tur-Paz, ajoutant que de tels incidents risquaient de se multiplier à mesure que davantage d’hommes ultra-orthodoxes seraient appelés sous les drapeaux.

Ces dernières années, Tsahal a intensifié ses efforts pour recruter des hommes haredim dans ses rangs, les considérant comme une solution à la pénurie d’effectifs dans un contexte de conflits persistants et cherchant à se conformer aux décisions de justice mettant fin aux exemptions traditionnelles dont bénéficiait cette communauté.

Au cours de l’année écoulée, au moins 4 000 soldats ultra-orthodoxes ont été appelés sous les drapeaux, selon les données publiées par l’armée en juillet, contre 2 800 au cours de la même période l’an dernier, bien qu’ils ne représentent qu’une faible proportion des quelque 80 000 hommes considérés comme aptes au service.

Malgré les efforts déployés par Tsahal pour répondre aux besoins des recrues haredim, un responsable de l’establishment de la Défense, s’exprimant sous couvert d’anonymat, s’est montré réticent à attribuer cette hausse uniquement à ces mesures, soulignant plutôt que les sanctions gouvernementales à l’encontre des réfractaires au service militaire et le renforcement des mesures de contrôle avaient également contribué à cette évolution.

« Il nous est difficile de citer une raison précise à cette augmentation », a déclaré ce responsable au Times of Israel.

Des soldats israéliens du bataillon Netzah Yehuda patrouillant près de la frontière entre Israël et Gaza, le 20 octobre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a également évoqué une volonté croissante de s’enrôler chez certains hommes haredim à la suite du 7-Octobre.

Réticents mais aptes

Les dirigeants haredim s’opposent farouchement à l’enrôlement obligatoire, arguant que le service militaire menace le mode de vie religieux de leur communauté.

Selon les données publiées le mois dernier par le bureau de la procureure générale Baharav-Miara, environ 50 000 des 60 000 personnes classées par l’armée israélienne comme réfractaires au cours de l’année précédente étaient des membres de la communauté ultra-orthodoxe – soit un peu plus de 83 % du total, alors que les Haredim ne représentent qu’environ 14 % de la population israélienne.

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à un vote dans la salle plénière de la Knesset, à Jérusalem, le 16 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ravitsky Tur-Paz a fait remarquer que, malgré les efforts constants de Tsahal pour mieux prendre en compte les besoins des soldats haredim, la plupart des dirigeants ultra-orthodoxes ont refusé de dialoguer avec l’armée ou de contribuer à définir les conditions dans lesquelles les membres de leur communauté effectueraient leur service militaire.

Illustrant cette réticence, le chef du parti Shas, Aryeh Deri, a récemment déclaré à la station de radio ultra-orthodoxe Kol Berama qu’il n’avait pas « examiné » le succès de la brigade Hasmonéenne, affirmant qu’il s’agissait d’une question relevant des rabbins, et non des politiciens.

« Ils ne disent pas : ‘Nous sommes là, nous sommes prêts à nous engager. Voici les critères auxquels nous devons satisfaire pour faire partie de l’armée’ », a souligné Ravitsky Tur-Paz.

« Ils disent : ‘Nous ne participons pas à cet effort.’ »

Le député Moshe Gafni, de Yahadout HaTorah (à droite), s’entretient avec le député Yitzhak Goldknopf lors d’une séance plénière et d’un vote sur un projet de loi visant à affaiblir les pouvoirs de la procureure générale, dans la salle de séance de la Knesset à Jérusalem, le 15 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bien que beaucoup soient mal à l’aise face à l’exclusion des femmes ou à d’autres mesures que Tsahal pourrait juger nécessaires pour s’adapter aux soldats haredim, la plupart des Israéliens soutiennent une augmentation de l’enrôlement des ultra-orthodoxes et un partage plus équitable du fardeau militaire. Cette question est en effet devenue un thème central des prochaines élections législatives.

Pfeffer, président de la commission rabbinique du nouveau parti « HaTzibur HaHaredi », qui soutient le service militaire obligatoire pour les hommes ultra-orthodoxes ne suivant pas d’études à temps plein dans une yeshiva, a déclaré qu’une plus grande coopération de la part des dirigeants politiques haredim rendrait le processus d’intégration plus efficace et plus responsable.

« Il y aurait un bien meilleur contrôle… ce qui fait cruellement défaut », a-t-il affirmé, présentant son parti comme une initiative visant à promouvoir ce type d’engagement politique.

Faire confiance au processus

Selon Pfeffer, malgré des rapports récents mettant en évidence des problèmes liés à l’intégration des soldats ultra-orthodoxes, les filières de service réservées aux Haredim au sein de Tsahal se sont globalement avérées fructueuses.

« On ne peut pas vraiment s’attendre à ce que [l’armée] soit parfaite », a-t-il déclaré.

« Le principal enjeu », a-t-il expliqué, n’est pas nécessairement d’adapter davantage les cadres existants, mais plutôt « d’instaurer la confiance auprès de la communauté haredi ».

« Même si ces cadres fonctionnent… instaurer la confiance prend du temps. »

Illustration : des soldats israéliens du bataillon Netzah Yehuda sont photographiés dans une base militaire, au nord de la vallée du Jourdain. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Cette confiance peut être mise à rude épreuve lorsque des impératifs opérationnels obligent Tsahal à déroger aux conditions normalement garanties aux soldats religieux. L’armée peut, par exemple, mener des missions pendant Shabbat lorsque les besoins opérationnels ou de sécurité l’exigent, malgré des réglementations limitant généralement l’activité militaire pendant le jour de repos juif.

Ravitsky Tur-Paz estime que de telles exceptions font inévitablement partie du service militaire, mais elle affirme que Tsahal peut contribuer à préserver la confiance en les appliquant avec discernement et en distinguant soigneusement les véritables nécessités opérationnelles des situations où des aménagements religieux peuvent être maintenus.

« Elles doivent prendre au sérieux les valeurs des soldats pratiquants et ultra-orthodoxes », a-t-elle déclaré.

« Et faire très attention à ce qu’elles considèrent comme nécessaire. »

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