Un nouveau parti haredi modéré voit le jour : HaTzibur HaHaredi
Moti Leitner veut offrir une alternative au "détachement et à la stupidité" de Yahadout HaTorah et Shas : enseignement laïc, emploi et service militaire pour les non-étudiants à temps plein en yeshiva
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Debout devant la grille de fer de l’entrée secondaire d’une synagogue hassidique de Ramat Bet Shemesh, en ce dimanche après-midi, deux jeunes hommes revêtus de la tenue ultra-orthodoxe — pantalon noir, chemise blanche et kippa en velours — vérifient le nom des invités sur leur liste, qui s’affiche sur leur tablette.
Les invités empruntent alors une rampe qui les mène vers un espace événementiel souterrain, sous la synagogue, là où employés et bénévoles sont affairés à installer des chargées de nourriture casher avant le lancement de la campagne électorale 2026 de « HaTzibur HaHaredi » (« Le public haredi »).
L’un des récents partis ultra-orthodoxes créés pour contester le duopole formé par la formation ashkénaze Yahadout HaTorah et la formation séfarade Shas, HaTzibur HaHaredi entend séduire des électeurs fatigués par le statu quo et offrir, selon les termes d’un haut responsable, « une alternative réelle et viable » à ce que beaucoup considèrent comme une élite politique haredi déconnectée des réalités et inefficace.
HaTzibur HaHaredi est favorable à l’enseignement de matières profanes, à l’insertion professionnelle et au service militaire pour toute personne qui n’étudie pas à temps plein dans une yeshiva.
La formation n’a pas encore annoncé la liste complète de ses candidats.
Les quelques dizaines de personnes présentes lors de l’événement de ce dimanche soir représentent un échantillon de la société ultra-orthodoxe : des immigrants anglophones et des Israéliens, des Hassidim aux longues payot (papillotes) et des « Lituaniens » en fedoras noirs, et même quelques soldats qui effectuent leur service militaire au sein des brigades réservées aux Haredim.
Un certain nombre d’invités avaient reçu des messages leur demandant de ne pas communiquer l’adresse de l’événement afin d’éviter des manifestations violentes, du type de celles qui émaillent souvent les rassemblements des Haredim favorables à la conscription, signe du caractère inédit de ce défi lancé aux autorités rabbiniques et politiques.
C’est dans une ambiance de lumières tamisées que les partisans découvrent la première vidéo de campagne du tout nouveau parti : une élégie sombre déplorant que la communauté haredi ait laissé « les partis extrémistes lui dicter nos priorités » et faire de ses enfants les « plus pauvres d’Israël ».
Une fois sur scène, le président du parti et maire adjoint de Beit Shemesh, Moti Leitner, se lance dans un discours véhément, affirmant que les dirigeants haredim actuels ont « oublié ce qu’est la responsabilité ».
« Depuis trois ans, l’État d’Israël est en guerre sur plusieurs fronts contre des ennemis qui se dressent contre nous pour nous détruire, une guerre qui a commencé par le terrible massacre qui a rappelé à chacun d’entre nous ce qu’est réellement la responsabilité. Des milliers de Haredim se sont mobilisés et engagés, venant prêter main-forte et essayant d’aider par tous les moyens possibles et imaginables ; pourtant, il semble que tout ce désastre passe au-dessus d’une direction politique déconnectée », a déclaré Leitner.
Évoquant un incident survenu en 2025, au cours duquel le chef de YaHadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, aété filmé en train de danser sur une chanson anti-sioniste et anti-conscription au mariage de son neveu, Leitner a ajouté : « Lorsqu’un chef de parti danse sur ‘Nous ne croyons pas au règne des hérétiques’, au moment même où le pays tout entier apprend la mort de saints combattants au combat, ce n’est pas une erreur ; c’est [le signe d’]une politique » « déconnectée et stupide. »
La population ultra-orthodoxe fait actuellement face à un « danger existentiel » et « ces quatre dernières années ont montré que les voix pour YaHadout HaTorah et Shas allaient aux brutes de la Faction de Jérusalem », a affirmé Leitner en évoquant la secte anti-sioniste extrême qui organise régulièrement des manifestations et des émeutes contre le service militaire des ultra-orthodoxes.
L’armée israélienne souffre d’une pénurie chronique d’effectifs, alors que près de
80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans, en âge d’effectuer leur service militaire, ne l’effectuent pas. Shas et YaHadout HaTorah ont tout fait pour obtenir le vote d’une loi exemptant la majorité des hommes ultra-orthodoxes de la conscription et ont contribué, le mois dernier, à faire adopter une loi — depuis gelée par la Cour suprême — prohibant l’arrestation des réfractaires.
« Pour lutter contre la pauvreté, nous ferons en sorte que nos enfants acquièrent les compétences fondamentales de la vie quotidienne et étudient les mathématiques et l’anglais à très haut niveau. Nous ferons également en sorte de développer des structures éducatives appropriées, mais aussi la formation professionnelle et l’emploi. Nous remplacerons la politique de la pauvreté — opposée à l’intégration sur le marché du travail — par un plan permettant une vie de Torah fondée sur une subsistance honorable et l’indépendance financière », a déclaré Leiner, debout à côté d’un drapeau israélien et d’une bannière de son parti portant le slogan « Cette fois, nous prenons nos responsabilités ».
Pour la plupart, les écoles haredim n’enseignent pas les matières de base nécessaires pour intégrer le marché du travail, milieu dans lequel les hommes ultra-orthodoxes sont sous-représentés.
S’adressant aux journalistes, l’homme politique, dont le parti est actuellement crédité dans les sondages d’un score bien inférieur au minimum électoral, a déclaré qu’il avait l’intention de faire partie du prochain gouvernement dans le cadre du bloc pro-Netanyahu.
Interrogé par le Times of Israel, Leitner a démenti une information de presse publiée en début de mois selon laquelle son parti aurait été créé grâce à l’aide de proches de Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar. Relancé sur des informations faisant état de discussions avec l’ex-président et ministre de Shas, Eli Yishai, Leitner a répondu être en contact avec un grand nombre d’acteurs politiques.
« Nous avons d’abord demandé à agir au sein des partis haredim [existants]. Quand leur réponse a été le silence, ils ne nous ont pas laissé le choix… c’est pourquoi nous lançons le parti aujourd’hui », a-t-il ajouté, affirmant que, dans les prochains jours, « un grand nombre de rabbins, de rebbes hassidiques et de dirigeants communautaires déclareront publiquement le soutien qu’ils nous ont accordé jusqu’à présent en secret ».
Le rabbin Yehoshua Pfeffer, juge rabbinique d’origine britannique et membre du conseil d’administration d’une ONG liée au bataillon Nahal Haredi de Tsahal, a fait écho à ces propos en déclarant aux participants que, bien qu’on leur ait longtemps répété que voter pour les partis haredim traditionnels était « une sanctification du nom de Dieu », ce n’était plus le cas.
Les Juifs non haredim estiment que les ultra-orthodoxes « refusent de partager la charge envers la société et envers l’État dans lequel nous vivons tous ».
« Cela fait mal quand le nom de la Torah est associé à l’absence de responsabilités, à la dépendance envers les autres et au fait de prendre sans jamais rien donner. Il nous faut nous demander si nous n’avons pas perdu quelque chose en cours de route », interroge Pfeffer.
« Des dizaines de milliers de Haredim, des centaines de milliers de Haredim se posent la même question et cherchent une alternative, et ils ont bien raison. »
Pour le Times of Israel, Pfeffer revient sur la nécessité de présenter « une alternative réelle et viable » à Shas et à Yahadout HaTorah, affirmant que parmi le petit nombre de « nouveaux partis haredim concurrents qui tentent de briser ce monopole, je pense que nous sommes de loin le plus solide ».
Outre HaTzibur HaHaredi, on trouve également Hakahal, dirigé par Shlomo Elbaum, membre du conseil municipal de Bnei Brak — pour lequel les partis haredim ont besoin de primaires , au lieu de candidats choisis par les rabbins — et le parti séfarade Achi, fondé par le rabbin dissident de Shas, Haim Yosef Abergel. Tout comme HaTzibur HaHaredi, ils ne sont pas encore crédités du seuil électoral dans les sondages.
« Ces vingt dernières années, la part des sièges haredim n’a en réalité pas augmenté, ce qui est très surprenant quand on y pense car leur part dans la population s’est accrue de façon spectaculaire », ajoute Pfeffer.
« Il y a une énorme déception envers les partis haredim, surtout depuis le 7-Octobre. Il y a un sentiment très fort de mécontentement, en interne. »
Cela semble particulièrement vrai pour Shas, qui peine actuellement à enrayer la fuite de ses sympathisants vers d’autres partis, notamment le Likud, Otzma Yehudit et Yashar de Gadi Eisenkot.
Evoquant les conflits internes qui travaillent les principaux partis haredim — en particulier entre le chef de Shas, Aryeh Deri, et le guide spirituel du parti, le rabbin Yitzhak Yosef —, Pfeffer explique au Times of Israel que « les partis haredim traditionnels sont en difficulté vis-à-vis de leur propre direction rabbinique, et cela laisse le champ libre aux gens pour se dire : attendez un peu, qu’est-ce qui a vraiment du sens pour moi ? ».
« Aujourd’hui, tout le monde sait qu’il y a de grands rabbins et d’éminents universitaires, des figures rabbiniques majeures, favorables à cela. Je le sais parce que je leur ai parlé. Tout le monde le sait, c’est juste qu’ils ne veulent pas en parler officiellement. »
« Maths et anglais » : le parti lance sa première campagne publicitaire
לאחר שהודיעה על ריצה לכנסת, מפלגת ׳הציבור החרדי׳ השיקה קמפיין חוצות נרחב בערים החרדיות ובו המסרים: ״מי שלא לומד – ישרת״ ועל הצורך בשילוב לימודי ליבה ״גם ילד חרדי צריך מתמטיקה ואנגלית״ pic.twitter.com/YlhPEaWlGh
— ישראל כהן (@Israelcohen911) August 24, 2026
Lundi, le parti a lancé une campagne d’affichage dans les quartiers haredim, avec des affiches sur lesquelles on peut lire: « Ceux qui n’étudient pas doivent faire leur service » ou encore « Les enfants haredim ont eux aussi besoin de maths et d’anglais ».
La campagne du parti se compose, par ailleurs, de slogans critiques envers les dirigeants haredim actuels, auxquels ils demandent : « Où étiez-vous durant le dernier mandat ? »
Selon la radio de l’armée, cette campagne a coûté plus de 2 millions de shekels et le parti est en contact avec les partis haredim existants.
la Communauté du Times of Israël !







