Suède: La coalition de centre-gauche remporte des élections entachées d’antisémitisme
Ulf Kristersson perd après avoir promis des postes ministériels à un parti aux racines néonazies ; le Parti du Centre exclut une alliance avec le Parti de gauche, qui a dû exclure des membres relayant des théories du complot antisémites
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JTA — La coalition de centre-gauche suédoise a renversé le gouvernement de droite du Premier ministre Ulf Kristersson à l’issue d’un scrutin haletant, empêchant ainsi un parti d’extrême-droite aux racines néonazies de faire son entrée au gouvernement pour la première fois.
Kristersson a démissionné jeudi après l’annonce par la chaîne publique SVT de la victoire du bloc de centre-gauche aux élections législatives suédoises, un bloc mené par l’ancienne Première ministre Magdalena Andersson, dont le Parti social-démocrate (SAP) a dirigé la Suède pendant la majeure partie du XXᵉ siècle.
L’alliance de quatre partis de gauche a remporté 176 sièges au Parlement avec une avance de seulement 50 359 voix, tandis que la coalition de Kristersson en a obtenu 173. L’Autorité électorale suédoise devrait finaliser les résultats préliminaires ce week-end.
Kristersson avait promis des postes ministériels clés aux Démocrates suédois, un parti d’extrême-droite anti-immigration dont les premiers membres étaient liés à des groupes néonazis lors de sa fondation dans les années 1980. Lors de cette élection, ils ont enregistré leur première baisse de popularité depuis leur entrée au Parlement en 2010. Parmi les partis conservateurs, les Modérés de Kristersson ont recueilli 19,8 % des voix, les Démocrates suédois 17,5 %, les Démocrates-chrétiens 6,2 % et les Libéraux 5,3 %.
Le SAP doit désormais relever le défi de former un gouvernement. Bien qu’ils aient obtenu la majorité relative, les sociaux-démocrates ont enregistré leur plus mauvais résultat depuis des décennies, avec 28 % des voix. Ils tenteront de former un gouvernement en s’appuyant sur le soutien du Parti de gauche (8,4 % des voix), du Parti du centre (7 %) et du Parti vert (6,1 %).
Tous les partis représentés au Parlement suédois affirment s’opposer à l’antisémitisme. Toutefois, le Parti du Centre a déclaré qu’il ne s’allierait pas au Parti de gauche après que plusieurs dizaines de ses candidats ont été retirés des listes électorales cette année pour avoir diffusé des théories du complot antisémites, fait l’éloge de chefs terroristes et encouragé l’homophobie en ligne.
Aron Verständig, qui préside le Conseil officiel des communautés juives de Suède, a suivi de près le résultat de ces élections, dont les écarts infimes ont abouti à une situation où le gouvernement devrait s’appuyer soit sur la Gauche, soit sur les Démocrates suédois pour obtenir la majorité.
« L’un ou l’autre », a-t-il déclaré, constituait une « source d’inquiétude ».
Les débats sur l’antisémitisme ont occupé une place prépondérante tout au long de la campagne électorale, malgré la faible population juive du pays, qui compte environ 20 000 personnes sur une population totale de plus de 10 millions d’habitants. Les responsables politiques de tous bords ont cherché à plusieurs reprises à se positionner comme les meilleurs défenseurs contre l’antisémitisme, a indiqué Verständig à la Jewish Telegraphic Agency.
Verständig a déclaré qu’il appréciait les gestes de solidarité envers la communauté juive, mais qu’il craignait que les politiciens qui se lançaient mutuellement des accusations d’antisémitisme ne réduisent les Juifs à une arme de débat politique.
« Je suis un peu partagé sur la question », a-t-il ajouté.
« Bien sûr, c’est une bonne chose que notre situation fasse l’objet de discussions et que les gens s’intéressent à ce qui arrive aux Juifs ici en Suède, mais d’un autre côté, on court le risque de devenir un simple outil. »
Simona Mohamsson, ministre suédoise de l’Éducation et de l’Intégration – d’origine palestino-libanaise -, a porté une étoile de David lors d’un débat télévisé le mois dernier. Membre du Parti libéral (centre-droit), Mohamsson a déclaré qu’elle portait ce symbole « pour les enfants qui n’osent pas le faire dans la Suède d’aujourd’hui ». Elle a critiqué les membres du Parti de gauche pour « flirter avec les extrémistes ».
Parallèlement, Jimmie Åkesson, le chef des Démocrates suédois (extrême-droite), a posé avec le livre « @Stoltjude », ou « Fier d’être juif », dans une vidéo le mois dernier alors qu’il parlait de « lutter contre l’islamisme ». L’Association de la jeunesse juive (JUS) de Suède, qui a créé cet ouvrage, a réagi en critiquant Åkesson sur les réseaux sociaux.
« Jimmie Åkesson utilise notre livre, et par là même la minorité juive, dans sa rhétorique contre l’islam », a déclaré la JUS.
« Ce n’est pas une démarche que nous soutenons. Cessez d’utiliser les Juifs comme bélier politique pour diaboliser d’autres minorités. »
Les Démocrates suédois ont déclaré se désolidariser de leurs liens passés avec le néonazisme et de leurs propos antisémites. Lors de cette campagne électorale, leurs dirigeants ont mis l’accent sur le renforcement des mesures de lutte contre la criminalité et l’immigration, proposant notamment de retirer la nationalité à certains immigrés naturalisés. Selon Verständig, le parti a gagné le soutien de certains électeurs juifs en se présentant comme « le parti le plus pro-Israël de Suède ». Le ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, a rencontré les Démocrates suédois dans le cadre de ses efforts visant à nouer des alliances avec les partis d’extrême-droite européens.
Ce parti nationaliste a influencé la politique du gouvernement Kristersson, qui bénéficie de son soutien au Parlement depuis 2022. Mais en raison de ses liens passés avec des groupes suprémacistes blancs, le parti n’a obtenu aucun ministère – jusqu’à cette élection, où Kristersson a déclaré qu’il rejoindrait le gouvernement si l’alliance de droite l’emportait.
Le Parti de gauche a légèrement augmenté sa part des voix par rapport à 2022, malgré une campagne électorale marquée par la controverse. Trente-trois candidats du Parti de gauche ont été écartés des listes électorales cette année, après que les médias suédois ont révélé leurs anciens messages sur les réseaux sociaux. Ceux-ci relayaient des théories du complot antisémites selon lesquelles les Juifs sacrifieraient des enfants blancs et contrôleraient l’économie mondiale, les médias et le monde universitaire, ainsi que des propos négationnistes et une rhétorique affirmant que le dictateur nazi Adolf Hitler avait « raison » au sujet des Juifs. Des membres ont également partagé des messages célébrant les dirigeants du groupe terroriste palestinien Hamas, faisant l’éloge du président russe Vladimir Poutine et qualifiant la marche des fiertés de Stockholm de « marche des pédophiles ».
Un gouvernement dirigé par les sociaux-démocrates réinstallerait un pouvoir de centre-gauche en Suède, qui est passée du statut de l’un des pays européens les plus accueillants pour les réfugiés il y a dix ans à celui de l’un des plus restrictifs. Les Démocrates suédois ont contribué à orienter une réforme radicale de la politique migratoire suédoise sous le gouvernement Kristersson.
La perte de pouvoir du parti Les Démocrates va à contre-courant d’une tendance observée dans le reste de l’Europe, où les partis d’extrême-droite et anti-immigrés gagnent du terrain en Allemagne, en France, en Italie, au Royaume-Uni et ailleurs.
Andersson a déclaré que les sociaux-démocrates étaient « bien plus stricts en matière d’immigration et de criminalité » qu’auparavant et qu’une coalition de gauche n’était pas susceptible de rétablir une politique d’ouverture. Le parti s’est plutôt concentré sur le renforcement des services de santé publics, des écoles, de la protection de l’environnement et du système des affaires sociales suédois.
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