À Berlin, Elif Eralp s’inspire de Mamdani pour briguer la mairie
La communauté juive reste méfiante envers la candidate de Die Linke, qui promet de lutter contre l’antisémitisme ; ses détracteurs l’accusent de ne pas le combattre dans son parti
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BERLIN – En novembre dernier, le parti d’extrême gauche allemand Die Linke a envoyé une délégation à New York pour étudier la campagne électorale victorieuse de Zohran Mamdani à la mairie de la Grande Pomme. S’inspirant de son approche, Die Linke a lancé une campagne de terrain à Berlin, axée principalement sur le logement et le pouvoir d’achat.
Les Berlinois éliront un nouveau Parlement régional et un nouveau maire le 20 septembre. Les sondages montrent que Die Linke est au coude-à-coude avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti conservateur actuellement au pouvoir. Pour gouverner, l’un ou l’autre devra probablement former une coalition avec le Parti social-démocrate (SPD), de centre-gauche, et le parti des verts, Die Grünen.
Avec la charismatique Elif Eralp, 45 ans, comme tête de liste, Die Linke a de fortes chances de remporter la mairie de Berlin. Mais ce ne serait pas le seul point commun avec Mamdani. Tout comme à New York, les relations entre la gauche politique et la population juive de Berlin, la plus importante d’Allemagne avec environ 30 000 à 50 000 Juifs, sont très tendues.
Ces tensions se sont encore aggravées fin août, à la suite d’une prestation controversée du rappeur Dahabflex lors d’un rassemblement de Die Linke dans le quartier berlinois de Neukölln. Sa chanson Stop the Genocide comprenait notamment les paroles « Yalla, yalla intifada », « Death to the IDF » et « Intifada like the PFLP », en référence au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un groupe classé comme terroriste.
Face à la controverse sur l’antisémitisme au sein de Die Linke, Eralp a tenté de limiter les dégâts. Elle a condamné la prestation du rappeur, affirmant se positionner « clairement en faveur de la protection de la vie juive et contre toute forme d’antisémitisme ». Elle a également rejeté la responsabilité sur la section locale du parti à Neukölln, qui avait invité le musicien.
Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs en Allemagne, a qualifié les propos d’Eralp de « paroles en l’air ». Il a estimé que sa tentative de prendre ses distances manquerait de crédibilité si elle « n’était suivie d’aucune mesure ». Basé à Berlin, le Conseil central représente environ 90 000 membres de la communauté juive à l’échelle nationale et constitue la principale organisation faîtière des institutions juives allemandes.
Schuster a déclaré que la section berlinoise de Die Linke « ne peut se voir confier de responsabilités gouvernementales ». Il a ajouté que l’incident de Neukölln, bien que « choquant », n’était « malheureusement pas surprenant compte tenu de la trajectoire du parti ».
Des manifestants brandissent des pancartes du parti Die Linke sur lesquelles on peut lire « Liberté pour la Palestine ! Mettons fin à l’occupation et au génocide ! », lors d’une manifestation organisée sous le mot d’ordre « Tracez la ligne rouge avec nous : ensemble pour Gaza ! », à Berlin, le 27 septembre 2025. (Crédit : Ralf Hirschberger/AFP)
Eralp s’est, quant à elle, efforcée de se présenter comme une farouche opposante à l’antisémitisme. Elle a récemment présenté un plan détaillé en cinq points visant à protéger et à promouvoir la vie juive, affirmant être la seule candidate à la mairie de Berlin à avoir pris une telle initiative.
La communauté juive de Berlin compte environ 12 000 membres enregistrés. Son président, Gideon Joffe, a qualifié ce document « d’inutile » et de « lâche », lui reprochant de ne pas mentionner l’antisémitisme au sein de la population musulmane, qui représente, selon lui, la plus grande menace pour la vie juive à Berlin. La communauté juive « n’adhère pas » aux manifestations de solidarité d’Eralp, a déclaré Joffe.
Les inquiétudes de Schuster et de Joffe s’inscrivent dans une évolution plus large au sein du parti, une évolution qui a été critiquée par certains dirigeants juifs et anciens membres de Die Linke. Fondé en 2007 par l’alliance de deux partis de gauche, dont l’un était issu du Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED) qui avait gouverné l’Allemagne de l’Est jusqu’en 1989, le parti a longtemps compté une aile pragmatique au sein de laquelle les positions pro-Israël étaient courantes.
Neukölln : un district dissident ?
Depuis 2024, cependant, l’afflux de jeunes militants, dont beaucoup ont été galvanisés par la guerre à Gaza, a modifié la dynamique interne du parti, selon des membres actuels et anciens. Plusieurs membres éminents ont démissionné en raison de ce qu’ils considèrent comme une montée de l’antisémitisme. Des voix critiques au sein de Die Linke affirment également que sa base, devenue plus radicale, est de plus en plus difficile à contrôler pour la direction nationale.
Plusieurs membres de Die Linke interrogés par le Times of Israel ont décrit une situation similaire au sein de la section berlinoise du parti. Ils ont désigné Neukölln, un quartier à forte population immigrée comptant de nombreuses personnes d’origine palestinienne, comme le bastion de la faction la plus farouchement anti-Israël du parti.
La section locale a été impliquée dans une série d’incidents qui ont suscité des accusations d’antisémitisme. Parmi ceux-ci figure notamment sa collaboration avec le Comité national palestinien unifié (VPNK), une organisation qui compte parmi ses membres, selon les services de renseignement intérieur berlinois, des partisans du groupe terroriste palestinien du Hamas et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
Elle a également exprimé publiquement sa solidarité avec un militant de Neukölln exclu du parti pour avoir tenu des propos approuvant le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
Des membres du parti interrogés par le Times of Israel ont déclaré considérer l’invitation faite à Dahabflex de se produire lors du rassemblement comme une provocation visant la section berlinoise et Eralp personnellement. Ils ont également indiqué que cette dernière n’exerçait qu’une influence limitée sur la puissante section de Neukölln, qui jouit d’une large autonomie. Eralp n’a pas répondu à une demande de commentaire du Times of Israel.
Des Juifs contestent les accusations « d’antisémitisme »
Outre la communauté juive allemande établie, Berlin accueille également de nombreux Juifs non affiliés, dont beaucoup sont originaires des États-Unis et d’Israël, parmi lesquels certains sont farouchement antisionistes. Un petit groupe de ces Juifs, particulièrement actif, porte un regard très différent sur les accusations d’antisémitisme visant Die Linke.
L’auteure juive américaine Deborah Feldman, connue pour ses mémoires Unorthodox, a assisté au rassemblement de Neukölln à l’origine de la dernière controverse. Dans son discours, elle a affirmé que Die Linke ne devait plus « céder » aux accusations d’antisémitisme, mais plutôt « garder son sang-froid et les réfuter ». Une vidéo obtenue par le Times of Israel semble montrer Feldman debout au bord de la scène pendant la prestation de Dahabflex.
L’artiste musical Dahabflex se produit lors d’un rassemblement de Die Linke dans le quartier berlinois de Neukölln, en août 2026. (Crédit : Silvia Stieneke)
Emmi Stiegler, désignée par la section de Die Linke de Neukölln comme candidate au Parlement régional de Berlin, était également présente à l’événement. Elle a récemment publié sur Instagram un message largement partagé sur ce que signifie être juif en Allemagne, dans lequel elle affirme que les efforts de lutte contre l’antisémitisme sont instrumentalisés pour « persécuter et réduire au silence l’opposition politique » et « la résistance à la participation de l’Allemagne au génocide en Palestine ».
« L’accusation selon laquelle Die Linke Neukölln serait antisémite ne correspond pas à ma propre expérience au sein de la section locale », a déclaré Stiegler au Times of Israel. Selon elle, ces allégations reposent sur ce qu’elle qualifie de « fausse équivalence entre critique d’Israël et antisémitisme ».
Stiegler a ajouté que la position du parti sur le conflit au Moyen-Orient était « précisément la raison pour laquelle moi-même et de nombreux autres Juifs sommes actifs au sein de Die Linke Neukölln ».
Elio Adler a rejeté ces points de vue, les qualifiant « d’opinions minoritaires négligeables au sein de la communauté juive ». Il est le fondateur et président de WerteInitiative (Initiative pour les valeurs), une organisation de la société civile qui défend les intérêts juifs. À l’approche des élections, cette association berlinoise a publié une prise de position qualifiant à la fois l’AfD, Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland), parti d’extrême droite qui recueille un peu moins de 20 % des intentions de vote, mais ne dispose pas de partenaires de coalition viables, et Die Linke de « danger pour l’avenir des Juifs » dans la capitale.
Interrogé par le Times of Israel, Adler a dit craindre qu’un gouvernement de gauche n’affaiblisse les efforts de lutte contre l’antisémitisme en les subordonnant à des priorités idéologiques plus larges.
« La vie juive ne serait plus considérée avec ses besoins spécifiques, mais uniquement comme une composante arbitraire d’une société pluraliste », a déclaré ce dentiste de 55 ans.
Adler a fait valoir que l’antisémitisme lié à Israël jouait un rôle clé dans la mobilisation politique de Die Linke, en particulier à Neukölln. « C’est pourquoi la section régionale du parti l’accepte », a-t-il déclaré, exhortant les autres partis à exclure toute coalition avec Die Linke tant que ce dernier tolérerait, selon lui, les extrémistes.
Jusqu’à présent, seule la CDU s’est engagée dans cette voie. Le parti conservateur recule dans les sondages depuis des mois et a remplacé sa tête de liste en juillet, le maire de Berlin, Kai Wegner, ayant décidé de ne pas se représenter à la suite de vives critiques suscitées par des informations selon lesquelles il aurait joué au tennis lors d’une coupure d’électricité généralisée dans la ville en janvier. Son successeur comme tête de liste, Stefan Evers, a récemment appelé le SPD et Die Grünen à exclure toute coalition avec Die Linke, estimant que ce parti était confronté à un problème systémique d’antisémitisme.
Ni le SPD ni Die Grünen n’ont explicitement exclu une coalition avec Die Linke. Leurs têtes de liste ont toutefois demandé à Eralp de prendre des mesures au sein de son propre parti à la suite de la controverse de Neukölln et ont exprimé des doutes quant à la capacité de Die Linke à gouverner Berlin.
Pour prendre la tête du prochain gouvernement berlinois, Eralp devra d’abord convaincre ses partenaires de coalition potentiels de sa volonté de lutter contre l’antisémitisme au sein de son propre parti. Reste à savoir si elle y parviendra. Pour l’heure, certains des représentants juifs les plus en vue de Berlin demeurent sceptiques.
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