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Opinion

La campagne anti-arabe de Netanyahu met le doigt sur le talon d’Achille d’Eisenkot

Le Premier ministre agite la perspective d’une alliance avec des partis arabes pour mettre son principal rival sur la défensive et pour créer la division entre Avigdor Liberman et le chef de Yashar - qui doit de toute urgence reprendre la main sur l’agenda national

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Gadi Eisenkot (2ᵉ à droite), chef de Yashar, assis aux côtés de ses collègues de parti lors du lancement de la campagne électorale de Yashar, à Rosh HaAyin, le 7 septembre 2026. (Crédit : Flash90)
Gadi Eisenkot (2ᵉ à droite), chef de Yashar, assis aux côtés de ses collègues de parti lors du lancement de la campagne électorale de Yashar, à Rosh HaAyin, le 7 septembre 2026. (Crédit : Flash90)

Gadi Eisenkot n’a pris aucun engagement quant à l’intégration du parti Raam, majoritairement arabe, dans une future coalition, lors de sa rencontre, mardi, à Zarzir, avec les responsables des collectivités locales bédouines du nord.

Après que le président du conseil municipal de Tuba-Zangariyye, Mueid al-Heib, a déclaré à Radio Nas puis à la chaîne N12 qu’Eisenkot s’était engagé à prendre contact avec Raam, un parti aux racines islamistes, le parti Yashar d’Eisenkot a diffusé 32 minutes d’enregistrements de la réunion. On y voit Heib aborder la question, tandis qu’Eisenkot ne répond pas directement.

Eisenkot a par la suite reconnu qu’aucune promesse n’avait été faite.

Mais ce qui est particulièrement intéressant, ce n’est pas la nouvelle en soi, mais la panique totale qui s’est emparée d’Eisenkot et de son équipe lorsque ces informations ont été rendues publiques et qu’elles ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, le chef du parti Yashar s’empressant de réfuter ces allégations.

Naturellement, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses collègues du Likud ont attisé la polémique – Eisenkot est le principal rival de Netanyahu aux élections du 27 octobre – en diffusant une rafale de vidéos et en accordant de multiples interviews aux médias. « Ne dites pas que vous ne saviez pas. Eisenkot formera un gouvernement de gauche avec Yaïr Golan, [Avigdor] Liberman et les partis arabes », a averti Netanyahu.

En citant nommément Golan – l’ancien chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne qui dirige désormais le parti de gauche HaDemocratim -, Netanyahu l’a en effet utilisé comme un épouvantail radical ultime pour effrayer les électeurs de droite. Sa déclaration a immédiatement trouvé un écho chez les députés du Likud Amir Ohana et Avichay Buaron, ainsi que chez tout un chœur d’autres porte-parole du parti.

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistant à une cérémonie officielle sur le mont Herzl, à Jérusalem, le 5 août 2026 ; le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, participant à une conférence au Centre Peres, à Tel Aviv, le 12 juillet 2026. (Crédits : Chaïm Goldberg/FLASH90 ; Miriam Alster/FLASH90)

En réponse, Eisenkot a réitéré, sur la défensive, que ses partenaires au sein du gouvernement ne seraient que ceux qui reconnaissent les valeurs de la Déclaration d’indépendance, acceptent Israël comme un État juif et démocratique et sont prêts à effectuer un service national, qu’il soit militaire ou civil. Ses déclarations ont également compris une nouvelle condition visant directement Mansour Abbas et son parti Raam – une condition destinée à apaiser la tempête politique qui a été déclenchée par Netanyahu.

« Les partis qui ne reconnaissent pas le Hamas comme une organisation terroriste qu’Israël doit détruire ne feront pas partie du gouvernement que le parti formera », a déclaré Yashar dans un communiqué. À l’heure actuelle, un seul député potentiel de Raam remplit cette condition stricte : Yoav Segalovitz, ancien haut responsable juif de la police et ancien député de Yesh Atid, qui se présente désormais sur la liste de la faction arabe.

Cette saga politique a dominé l’actualité jeudi et continue de faire des vagues. Il s’avère que Netanyahu a réussi à semer la discorde entre Eisenkot et son partenaire d’opposition, le belliciste Avigdor Liberman, sur la question hautement sensible de la participation politique des Arabes.

Ce qui est apparu au grand jour lorsque, à l’occasion d’une interview accordée jeudi matin à Reshet Bet (Radio Israël), Eisenkot a exigé de ses partenaires du « bloc du changement » anti-Netanyahu qu’ils reconnaissent dès à présent son leadership au sein du bloc, Yashar devançant largement les autres partis dans les sondages avec environ 23 sièges, et qu’ils se rallient à lui.

Montage photos (de gauche à droite) : Gadi Eisenkot, chef de Yashar, à la Knesset le 24 mars 2025 ; Avigdor Liberman, chef d’Yisrael Beytenu, à la Knesset le 19 mai 2025 ; l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et chef de Beyahad au mur occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem à l’occasion de la Journée de Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

Il les a également mis en garde contre toute velléité de briguer eux-mêmes le poste de Premier ministre, alors qu’ils ne bénéficieraient que d’un soutien électoral limité et d’un faible nombre de sièges. Il faisait ainsi allusion à l’effondrement de la coalition de 2021-2022 dirigée par Naftali Bennett, qui s’est désagrégée lorsque des membres du parti Yamina de Bennett, fort de sept élus, ont fait défection pour rejoindre le camp de Netanyahu.

Liberman a immédiatement réagi, exigeant sans détour qu’Eisenkot « précise clairement qui seront ses partenaires au lendemain des élections ». (Liberman, dont le parti Yisrael Beytenu recueille environ huit à neuf sièges selon les sondages, affirme sans détour vouloir briguer le poste de Premier ministre.)

Reprendre la main sur le discours

Ces querelles publiques au sein du bloc semblent devoir se poursuivre jusqu’au jour du scrutin.

Netanyahu n’hésitera pas à railler sans pitié le fait qu’Eisenkot envisage de former un gouvernement avec des Arabes et de dangereux militants de gauche. Il s’agit là de la version 2026 de la tactique tristement célèbre qui avait été employée par Netanyahu le jour du scrutin de 2015, lorsqu’il avait semé la panique parmi sa base pour inciter cette dernière à se rendre aux urnes en plus grand nombre, avertissant que les citoyens arabes se rendaient « en masse » dans les bureaux de vote. (En réalité, le taux de participation des Arabes ce jour-là avait été de 63,5 %, contre 76 % chez les électeurs juifs.)

Et Eisenkot continuera à proposer des démentis timides et apologétiques, tandis que Liberman et son homologue de l’opposition de droite, Naftali Bennett, chef du parti Beyahad, qui aspire lui aussi à redevenir Premier ministre, lui mèneront la vie dure.

Il est difficile d’imaginer comment une campagne menée entièrement sur la défensive puisse réellement être remportée. Pour l’instant, le « bloc du changement » anti-Netanyahu perd du terrain et voit ses sièges diminuer dans plusieurs sondages.

Lors du lancement officiel de la campagne du Likud mercredi soir à l’Expo Tel Aviv, Netanyahu a brandi le panneau routier rouge correspondant au « carrefour en T », où il n’existe que deux directions possibles : à droite ou à gauche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’un meeting de campagne électorale de son parti, le Likud, à Tel Aviv, le 17 septembre 2026. (Crédit : Flash90)

« Il n’y a pas de voie tout droit », a déclaré Netanyahu, faisant un jeu de mots moqueur sur le nom du parti d’Eisenkot, Yashar, qui signifie « Tout droit » en hébreu.

Jeudi, j’ai entendu Rafi Ben-Shitrit, numéro deux sur la liste d’Yisrael Beytenu de Liberman, se lamenter : « L’image qui s’est imposée dans l’esprit des citoyens est la suivante : il y a d’un côté le bloc Netanyahu et de l’autre le bloc de gauche avec les Arabes, et c’est tout. Nous devons mettre fin à ce lavage de cerveau. »

Ancien maire de Beit Shean et militant de longue date du Likud, Ben-Shitrit a perdu son fils Alroy, tué au combat à la base de Tsahal de Nahal Oz lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Il est l’un des fondateurs du « Conseil d’octobre », le forum des familles des victimes et des otages qui milite pour la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances liées à l’invasion et aux massacres.

On ignore ce qui se cache derrière l’attitude apologétique d’Eisenkot. Prend-il ses distances avec les partis arabes uniquement pour des raisons électorales calculées, ou ne souhaite-t-il sincèrement pas les voir dans son gouvernement et sa coalition ? Le fait de discuter ouvertement d’un éventuel partenariat juif-arabe au sein du gouvernement lui serait-il préjudiciable sur le plan électoral ?

Apparemment oui.

À la suite du 7-Octobre, l’opinion publique israélienne a opéré un virage radical vers la droite. La perspective d’un gouvernement appuyé par un parti arabe rebute profondément de nombreux électeurs, même si ce parti est loyal envers l’État.

Eisenkot est confronté à un problème. Il ne peut pas s’attendre à ce que l’opinion publique arabe le soutienne sans rien attendre en retour ; c’est après tout l’essence même de la politique. Mais Eisenkot sait également qu’il ne peut, mathématiquement, former un gouvernement sans le soutien explicite de Raam, et que, même avec celui-ci, ses chiffres pourraient ne pas suffire.

Il devra composer avec ce dilemme paralysant jusqu’aux élections, et peut-être bien longtemps après. C’est un test décisif pour son leadership et sa capacité à tracer une voie viable vers la victoire. Jusqu’à présent, il n’a pas réussi à formuler de réponse adéquate et convaincante à la campagne anti-arabe agressive de Netanyahu.

Il devrait concentrer ses efforts en priorité sur la reprise du contrôle de l’agenda national, et ce, rapidement. Eisenkot et ses partenaires doivent ramener le débat public sur le terrain de leur propre campagne : la catastrophe du 7-Octobre et la responsabilité première de Netanyahu pour ne pas l’avoir empêchée ; l’impératif – auquel Netanyahu s’oppose farouchement – d’enrôler les hommes ultra-orthodoxes dans l’armée ; l’isolement international croissant d’Israël et la flambée mondiale de l’antisémitisme ; le coût de la vie écrasant ; la fuite des cerveaux parmi les meilleurs et les plus brillants d’Israël ; la refonte du système judiciaire, ainsi que la corruption et le dysfonctionnement des institutions.

Plutôt que de laisser Netanyahu dicter l’ordre du jour, ce sont là les questions brûlantes qui doivent être mises au premier plan en ces jours critiques, à moins de six semaines des élections en Israël.

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