Rechercher

La paralysie de l’aéroport fait craindre que la surfréquentation de Ben Gurion ne soit irrémédiable

Après des années d’inaction, la principale porte d’entrée d’Israël pourrait être régulièrement paralysée par l’afflux de passagers ; selon des experts, seul un 2e aéroport permettrait d’éviter la crise

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Des milliers de passagers attendant à l'aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, après la suspension des opérations, le 20 août 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des milliers de passagers attendant à l'aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, après la suspension des opérations, le 20 août 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ce n’était ni une pandémie ni une frappe de missile. Ce qui a paralysé l’aéroport Ben Gurion ce mois-ci, laissant à terre des dizaines de milliers d’Israéliens qui avaient payé des prix exorbitants dans l’espoir de passer leurs premières vacances d’été loin de la guerre après des années d’attente, c’est une période de deux heures durant laquelle le personnel d’enregistrement et le personnel au sol ont refusé de faire des heures supplémentaires lors de l’une des journées les plus chargées de la haute saison.

Ou, selon les employés, accusés d’avoir organisé une grève sauvage et tenus pour responsables de plusieurs jours de retards en cascade, le problème ne résidait pas dans leur arrêt de travail, mais dans une mauvaise gestion endémique qui a laissé trop peu de personnel pour faire face à un nombre trop important de passagers, provoquant ainsi l’effondrement quasi total des services aéroportuaires.

L’aéroport Ben Gurion, qui constitue la seule grande porte d’entrée d’Israël vers le monde extérieur, est depuis longtemps au bord de la rupture, ses difficultés étant alimentées par une crise profonde et persistante au niveau de la direction et des infrastructures. Mais de nombreux Israéliens ont tout de même été pris au dépourvu par la rapidité avec laquelle l’aéroport s’est retrouvé paralysé, alors qu’aucune menace extérieure ne pesait sur son fonctionnement.

« Les Israéliens avaient déjà connu des fermetures d’aéroport dues à la guerre, mais comme cette fois-ci cela s’est produit soudainement sans lien avec la guerre, cela a bouleversé beaucoup de monde, car cette porte d’entrée symbolise une certaine normalité dans une situation anormale », a déclaré au Times of Israel Ehud Uziel, expert en politique des transports ayant occupé le poste de conseiller auprès de l’ancienne ministre des Transports, la députée Merav Michaeli.

« Cette fois-ci, un enchevêtrement d’intérêts politiques et de défaillances professionnelles a atteint son paroxysme pendant une saison estivale très chargée, après trois ans et demi de négligence de la part du gouvernement actuel », a-t-il ajouté.

La grève surprise du 20 août a été organisée le lendemain d’une visite du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et de la ministre des Transports, Miri Regev, à l’aéroport. Ils y avaient tourné des vidéos aux côtés des employés pour les féliciter de leur travail acharné. Cette visite a été largement perçue comme une manœuvre de campagne en vue des élections législatives du 27 octobre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (3ᵉ à partir de la gauche) et la ministre des Transports Miri Regev (2ᵉ à partir de la droite) rendant visite au personnel du centre de contrôle du trafic de l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 19 août 2026. (Crédit : Autorité aéroportuaire israélienne)

« Les salariés sont très frustrés par ces plus de deux ans et demi de guerre durant lesquels ce gouvernement ne leur a pas apporté le soutien nécessaire. Il n’y a eu ni soutien ni leadership pour trouver des solutions au manque de main-d’œuvre nécessaire pour faire face à la demande pendant la haute saison actuelle », a expliqué Uziel.

« Cette action visait également à faire comprendre à Netanyahu et à Regev qu’ils ne peuvent pas entraîner [les salariés] dans leur campagne politique à l’approche des élections législatives du 27 octobre, alors qu’ils ne leur apportent aucun soutien. »

Le responsable syndical de l’aéroport, Pinchas Idan, a attribué l’arrêt des services à une pénurie chronique de quelques centaines de salariés, qui oblige les employés à effectuer des heures supplémentaires pour faire face à l’afflux massif de passagers pendant la période de pointe des vacances d’été.

L’Autorité aéroportuaire israélienne (IAA) a nié que la pénurie de personnel fût aussi importante, affirmant qu’elle avait travaillé d’arrache-pied ces derniers mois pour recruter de nouveaux employés dans toutes les unités.

Le président du syndicat des employés de l’Autorité aéroportuaire israélienne (IAA) et membre du Likud, Pinchas Idan, arrivant à la commission centrale électorale de la Knesset, à Jérusalem, le 5 mars 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Elle a accusé Idan d’avoir profité des jours d’affluence estivale à l’aéroport pour faire pression sur la direction, en détournant la colère du public vers le dirigeant syndical. Cherchant à se distancier de ce fiasco, Netanyahu a ordonné l’exclusion d’Idan du Likud, mettant ainsi fin au long mandat de ce recruteur politique au sein du comité central du parti.

Il convient de noter que Netanyahu n’avait pas pris une telle mesure en 2023, lorsque Idan avait paralysé l’aéroport dans le cadre d’une grève nationale visant à protester contre le programme largement controversé de refonte du système judiciaire du gouvernement. Cela montre à quel point le mouvement social de cette année était devenu impopulaire auprès de l’opinion publique.

Pourtant, même si l’IAA rejette la responsabilité sur les travailleurs, les responsables reconnaissent depuis des décennies que le trafic aérien du pays est gravement saturé et affirment que la construction d’un deuxième aéroport international à proximité d’un grand centre urbain est une nécessité nationale urgente.

« Il y a une pénurie d’infrastructures aéroportuaires en Israël, ce qui fait que l’aéroport Ben Gurion est de plus en plus fréquenté chaque année, ce qui crée un besoin de main-d’œuvre supplémentaire », a déclaré Uziel, associé gérant de l’équipe de conception des politiques de JLM.

Ehud Uziel, associé gérant de l’équipe de conception des politiques de JLM. (Crédit : Autorisation)

« Lorsque l’on ne dispose pas d’assez de personnel, les employés actuels n’ont pas la capacité de faire face à l’augmentation du trafic. »

Bien que les chiffres d’août 2026 n’aient pas encore été publiés au moment de la rédaction de cet article, l’IAA avait précédemment indiqué qu’environ 2,6 millions de passagers devaient transiter par l’aéroport Ben Gurion au cours du mois. Selon l’IAA, près de 2,3 millions de passagers ont transité par Ben Gurion en juillet 2026, frôlant ainsi le record de 2,5 millions de voyageurs établi en juillet 2019. En 2019, plus de 24 millions de passagers ont transité par Ben Gurion, un record historique qui devrait être battu dans les années à venir.

Contrairement à 2019, où les cinq principales compagnies aériennes opérant depuis Ben Gurion traitaient environ 42 % du trafic, en 2026, El Al a à elle seule représenté 42 % de l’ensemble des passagers, et les cinq principales compagnies aériennes ont représenté près de 75 % du trafic total, ce qui a peut-être contribué à concentrer une partie de la congestion.

Forte saisonnalité

Pourtant, alors que l’aéroport peine à faire face à l’augmentation du nombre de passagers depuis bien avant la pandémie de COVID-19, les gouvernements successifs, pour la plupart dirigés par Netanyahu, n’ont pas réussi à y mettre en œuvre des réformes structurelles.

Selon Nicole Adler, professeure de recherche opérationnelle à l’Université hébraïque de Jérusalem, c’est le syndicat de l’aéroport, puissant et bien connecté sur le plan politique, qui fait obstacle à de nombreuses réformes nécessaires.

« Le syndicat des travailleurs peut se montrer totalement déraisonnable, car il y a beaucoup de népotisme : lorsqu’un poste se libère, on fait appel à ses amis et à sa famille », a expliqué Adler.

« Cela ne contribue pas à une gestion particulièrement efficace de l’aéroport. »

Des milliers de passagers attendant à l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, après l’arrêt des opérations, le 20 août 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Uziel a fait valoir que le problème fondamental à l’origine de cette action syndicale tenait à un manque de leadership de la part du ministère des Transports, dirigé par Regev, et de l’IAA pour se préparer, recruter du personnel et négocier un accord avec le syndicat, afin de gérer les pics de trafic pendant la saison estivale sans perturbations.

« Regev étant concentré sur la politique à court terme et le ministère des Transports ayant perdu la majeure partie de son capital humain professionnel, les capacités se sont avérées insuffisantes pour diriger et faire avancer des politiques à long-terme visant à résoudre les problèmes de transport relevant de leurs responsabilités », a affirmé Uziel, dont le supérieur, Michaeli, était issu de l’autre bord du spectre politique.

Selon Adler, les difficultés de l’aéroport en matière de personnel découlent de la réticence de l’IAA à embaucher du personnel supplémentaire pendant les périodes creuses, où cela n’est pas nécessaire.

« En Israël, la saisonnalité est très marquée, surtout en juillet et en août, et l’IAA ne souhaite pas employer du personnel pendant deux mois pour couvrir toute l’année. Mais là, ils sont allés trop loin », a ajouté Adler.

Nicole Adler, professeure de recherche opérationnelle à la Business School de l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Michal Revivo)

« Il existe des moyens de résoudre le problème de la saisonnalité : embaucher du personnel en mai, le former afin qu’il puisse effectuer le travail saisonnier en juillet, août et septembre, ou mettre en place un système automatisé de manutention des bagages qui réduise au minimum les heures supplémentaires pénibles pour les employés. »

« Israël dispose d’une autorité aéroportuaire qui doit assumer la responsabilité de prendre ces décisions », a souligné Adler.

Les difficultés de l’aéroport ne devraient toutefois pas prendre fin avec le passage du mois d’août à septembre, les fêtes du Nouvel an juif entraînant une nouvelle hausse du trafic.

Pourtant, malgré les avertissements répétés du syndicat de l’aéroport concernant de graves pénuries de personnel qui entravent la capacité à répondre à la demande opérationnelle pendant la période des fêtes à venir, ni Regev ni les hauts responsables de l’IAA ne semblent pressés d’éviter la prochaine crise qui se profile. Ni celle d’après.

Un avion d’El Al, à l’aéroport international Ben Gurion près de Tel Aviv, le 25 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Cet été, nous avons surtout accueilli des foules d’Israéliens désireux de partir en vacances pour la première fois depuis plusieurs années en raison de la guerre », a déclaré Uziel.

« Mais dès que des accords seront conclus à Gaza et au Liban et que les hostilités régionales prendront fin, nous pouvons nous attendre à un fort rebond des flux entrants. »

« Ce n’est qu’un avant-goût »

L’aéroport Ben Gurion est un pilier de l’économie et du rayonnement international d’Israël. Il constitue une artère vitale pour les voyages, le tourisme, les affaires, la diplomatie, le fret et bien d’autres domaines.

L’importance du transport aérien a été mise en évidence en juin 2025, puis en février de cette année, lorsque le gouvernement a fermé l’espace aérien du pays en raison des affrontements avec l’Iran. À chaque fois, les Israéliens bloqués à l’étranger ou les visiteurs coincés en Israël ont eu du mal à regagner leur domicile par les postes-frontières terrestres ou par des trajets maritimes organisés à la hâte.

Les perturbations du transport maritime dues aux attaques contre des navires menées par le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, soutenu par la République islamique, ont également renforcé la dépendance vis-à-vis du fret aérien.

Mais la paralysie des services aéroportuaires de la semaine dernière montre à quel point cet atout vital est vulnérable aux perturbations, ajoutant les conflits sociaux et la mauvaise gestion à la liste des menaces susceptibles d’empêcher les compagnies aériennes étrangères – qui avaient fui Israël lorsque les combats ont éclaté – de reprendre leurs liaisons au départ et à destination de Tel Aviv, comme beaucoup s’apprêtent à le faire.

Celles qui n’ont pas encore repris leurs vols vont désormais évaluer les risques liés à la fiabilité des aéroports, parallèlement aux menaces géopolitiques pour la sécurité.

Un avion de la compagnie United atterrissant à l’aéroport international Ben Gurion, le 31 mars 2025 (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Ce qui fait l’unanimité depuis plus de deux décennies, c’est que l’écosystème aérien israélien doit se libérer de sa dépendance totale à l’égard de Ben Gurion en tant que porte d’entrée vers le monde.

Outre Ben Gurion, Israël exploite l’aéroport de Ramon, situé dans le désert du Néguev, une région peu peuplée, près de la station balnéaire d’Eilat au bord de la mer Rouge, mais qui n’accueille actuellement aucun vol international. Il existe également un petit aéroport à Haïfa dont la capacité est limitée. Air Haïfa est la seule compagnie aérienne qui y opère, avec des vols exclusivement à destination et en provenance de Chypre et de Grèce.

Pourtant, le gouvernement continue de tout miser sur l’aéroport Ben Gurion, annonçant récemment des plans d’extension du terminal qui porteront sa capacité à 40 millions de passagers par an.

Cela fait pourtant douze ans qu’un deuxième aéroport international a été approuvé par les dirigeants politiques du pays. Mais les gouvernements successifs dirigés par Netanyahu n’ont pas réussi à passer de la parole aux actes, étant enlisés dans des intérêts politiques et des querelles quant à l’emplacement de la future infrastructure.

Illustration : Des passagers arrivant à l’aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, le 9 avril 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« L’essentiel est de mettre en place un modèle économique et une gestion adéquats afin de disposer d’aéroports concurrents qui ne soient pas gérés par une seule autorité aéroportuaire », a souligné Adler.

Même si le projet est finalement inscrit au budget et financé, la construction d’un nouvel aéroport prendra au moins dix ans, selon Uziel.

« Ce qui s’est passé cet été n’est qu’un avant-goût », a-t-il averti.

« Nous espérons qu’au cours de la prochaine décennie, l’extension de Ben Gurion sera mise en œuvre et que les projets de construction d’un deuxième aéroport international ne seront plus retardés. Sinon, chaque mois d’août et à chaque période de forte affluence, nous continuerons à voir de plus en plus d’images de personnes faisant la queue pendant des heures, et les répercussions économiques seront immenses. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.