Texte intégral : Yoav Segalovitz s’associe à Raam dans l’espoir d’un « avenir commun »
L’ancien haut responsable de la police et ex-député Yesh Atid appelle “les Juifs, les Arabes, les musulmans, les chrétiens et les Druzes à faire confiance à cette initiative et à nous rejoindre”
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Voici le texte intégral d’un discours prononcé lundi soir par Yoav Segalovitz, ancien haut responsable de la police et ancien député du parti Yesh Atid annonçant sa décision sans précédent de se présenter aux prochaines élections législatives sous la bannière du parti islamiste Raam :
« Après une longue période de réflexion et de nombreux entretiens avec le Dr. Mansour Abbas, j’ai décidé que la bonne chose à faire était de passer à l’action – en rejoignant la liste de Raam. En particulier, en cette période marquée par la polarisation sociale entre Juifs et Arabes, Raam souhaite prendre part à cette action.
Je suis juif, sioniste, laïc, officier au sein de Tsahal et commissaire de police en Israël. Mansour est arabe, musulman pratiquant et conservateur. Ce qui nous unit, c’est que nous sommes tous deux Israéliens, et c’est là notre identité commune.
Le terme ‘israélien’ a perdu un peu de son éclat, et nous sommes sans cesse plus préoccupés par les distinctions ethniques qui nous divisent au détriment de l’union.
La communauté arabe en Israël représente 21 % [de la population] — c’est une communauté active et productive, présente dans l’industrie, l’économie, la culture, l’éducation et la médecine. Elle est un moteur de croissance économique et sociale.
Certes, il existe des différences entre nous et l’histoire des relations entre Arabes et Juifs dans ce pays est complexe. Mais nous avons un avenir commun. Cet avenir commun s’étend à tous les domaines de la vie.
Le modèle d’avenir que j’envisage pour l’État d’Israël est un modèle familier à quiconque franchit les portes d’un hôpital israélien. Là-bas, chacun se détache des récits et des identités qu’il porte en lui. Ce sont avant tout des êtres humains qui se rencontrent.
Patients, médecins, infirmières, personnel administratif, familles : tous sont égaux. C’est là que nous sommes tous des êtres humains, et c’est là que nous commencerons. C’est ainsi que j’envisage également l’avenir de l’État d’Israël, un avenir que je vois clairement et distinctement. Ce qui me guide, c’est la vision sioniste du monde, fondée sur des valeurs juives, dont je tire mes convictions.
La Déclaration d’indépendance est une boussole, pas seulement un texte inscrit sur un mur.
La Déclaration d’indépendance stipule :
L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration juive et au rassemblement des exilés ; il favorisera le développement du pays au profit de tous ses habitants ; il sera fondé sur la liberté, la justice et la paix telles qu’envisagées par les prophètes d’Israël ; il garantira l’égalité totale des droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe ; il garantira la liberté de religion, de conscience, de langue, d’éducation et de culture ; il protégera les lieux saints de toutes les religions ; et il restera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies.
Pour moi, ce sont là les principes auxquels je crois, et ceux sur lesquels je m’appuie. Tous les partis qui se disent sionistes peuvent-ils signer cette déclaration aujourd’hui ? J’en suis loin d’être certain.
Une coopération politique peut-elle naître entre des personnes aussi différentes ? Je pense que oui.
Je n’ai pas l’intention de changer Mansour ou Raam, et ils ne me changeront pas non plus. Cependant, il est possible de coopérer politiquement sur la base de la confiance, de la reconnaissance de nos différences et d’un engagement à travailler ensemble.
Le gouvernement actuel a conduit l’État d’Israël à une situation intolérable dans tous les domaines de la vie : criminalité galopante, insécurité pour tous les citoyens, et a fortiori pour les citoyens arabes du pays, dont le gouvernement ne se soucie en réalité pas du tout.
Ayant moi-même fait partie du gouvernement précédent et œuvré à la lutte contre la criminalité, je sais qu’il est possible d’agir autrement grâce à une coopération entre toutes les autorités de l’État et les collectivités locales. Mais pour cela, il faut que quelqu’un s’en soucie réellement.
L’éducation est au plus bas, en particulier au sein de la communauté arabe. Il en va de même pour les affaires sociales, les soins de santé, l’emploi, les transports et bien d’autres domaines.
Il est impossible de mener un processus de reconstruction du pays sans liens – y compris des liens politiques. Les clivages qui ont été créés dans le discours politique sont inacceptables à nos yeux. Ils ont été forgés par l’exclusion, l’incitation à la haine et le racisme.
L’affirmation courante selon laquelle il serait impossible d’établir un partenariat politique avec les partis arabes après le 7-Octobre est absurde et fausse.
Les Israéliens arabes ont vécu la guerre, et lors de l’horrible attaque du 7-Octobre, plus de 34 membres de la communauté arabe ont été tués, tandis que des citoyens arabes ont également été enlevés et emmenés à Gaza – six membres de la communauté bédouine du Néguev.
Tout au long de la guerre, nous tous – Arabes et Juifs – nous nous sommes réfugiés dans des abris lors des attaques de missiles menées par l’Iran et le Hezbollah. Des habitants ont été évacués de leurs foyers, et des citoyens arabes ont également été tués ou blessés.
Les clivages politiques ont été tracés par des extrémistes et sont devenus une norme politique acceptée par tous les partis. Je n’accepte pas ce postulat.
Le moment de reconstruire le pays est aussi [le moment de réparer] les fractures sociales internes. 21 % des citoyens font partie de cette reconstruction.
La société arabe, avec toute sa diversité et ses différences, constitue un moteur de croissance économique, sociale et culturelle pour l’État d’Israël. Elle n’est pas une menace, mais une opportunité pour l’État d’Israël et un pont vers ses voisins.
Nous sommes en période électorale, mais mon intention, en rejoignant Raam, va bien au-delà de toute élection.
La politique est un moyen d’apporter le changement. Je veux construire un véritable pont politique.
Même s’il y a des problèmes, et il y en aura. Il y aura des difficultés, et même si ce pont est branlant ou instable, il sera construit et constituera la base d’une action politique continue, que, je l’espère, de nombreuses personnes de bonne volonté, juives et arabes, poursuivront.
Il y a des vestiges du passé, une histoire sanglante dans les relations au sein de ce pays, différents récits, et tout cela fait partie de notre passé à tous. Nous ne pouvons pas changer le passé, c’est un fait avéré.
L’État d’Israël est un État juif et démocratique, et il est de notre devoir de nous tourner vers l’avenir, de le peindre de toutes les couleurs et d’y laisser notre empreinte. Chacun conservera sa position sur le passé [tout en assumant] l’obligation de construire un avenir commun.
Il ne suffit pas de dessiner et de parler, nous devons agir. Le rôle des dirigeants est de changer la réalité et de créer un avenir meilleur.
Deux sentiments fondamentaux animent les actions des gens. Le premier est la peur, et le second est l’espoir. Le système politique utilise la peur pour mobiliser les publics. Nous voulons offrir de l’espoir. Il suffit de lever la tête pour voir qu’il existe.
Nous avons décidé d’agir, même si c’est difficile et que nous sommes critiqués de toutes parts. Notre progrès naît de la compréhension de nos différences et non de nos similitudes ou de notre identité.
Mais il y a un enjeu central que nous partageons : faire progresser la société israélienne, réformer et transformer tous les domaines de la vie, comme la lutte contre la criminalité, la santé, les affaires sociales, l’urbanisme et la construction, ainsi que tous les autres domaines sur lesquels nous sommes d’accord.
Ce partenariat repose sur la confiance et la compréhension de nos différences. Nous ne les ignorons pas, mais nous ne pouvons pas laisser le passé dicter l’avenir.
Oui, je souhaite explicitement briser le paradigme des lignes de démarcation et des clivages discursifs. Oui, je souhaite également briser le paradigme de la manière dont se construit le partenariat politique.
Je ne rejoins pas Raam au nom d’une faction, je rejoins Raam à titre personnel. Certains diront qu’il s’agit là d’une faiblesse politique, mais de mon point de vue, c’est là que résident une puissance et une force bien plus grandes.
J’appelle les Juifs, les Arabes, les musulmans, les chrétiens et les Druzes à faire confiance à cette initiative et à nous rejoindre.
Je remercie mon ami Mansour Abbas de m’avoir ouvert les portes de Raam afin que je puisse figurer sur sa liste pour la prochaine Knesset.
Dans le poème ‘Gan Naul’ (‘Un jardin fermé’) de la poétesse Rachel [Bluwstein], il y a un vers qui résonne sans cesse dans ma tête, dans divers contextes. Aujourd’hui encore, ce vers a résonné au cours des longs mois pendant lesquels j’ai mûrement réfléchi à la décision que nous concrétisons aujourd’hui :
‘Qui es-tu ? Pourquoi une main tendue ne rencontre-t-elle pas une main sœur ?’ »
la Communauté du Times of Israël !







