L’émigration des médecins et ingénieurs israéliens bat des records
Selon l'Autorité fiscale, le départ des résidents qualifiés a presque doublé en cinq ans. Un engrenage qui risque de devenir incontrôlable, alerte un expert
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Les Israéliens à revenus élevés du secteur de la technologie et de la santé émigrent de plus en plus : le chiffre a d’ailleurs quasiment doublé en l’espace de cinq ans, alerte une récente étude de l’Autorité fiscale israélienne.
Réalisée par la division planification et économie de l’Autorité fiscale israélienne, cette étude s’est intéressée aux revenus des émigrants israéliens ces dix dernières années et a mis en évidence que le taux de départ des Israéliens aisés s’était fortement accéléré en 2023 et 2024 pour atteindre des records, pour atteindre près du double du taux d’avant 2019.
L’analyse de l’Autorité fiscale indique que la fuite des cerveaux touche particulièrement les médecins, ingénieurs et autres professionnels hautement qualifiés et à hauts revenus, au plus haut de leur carrière.
« L’ensemble des indicateurs concernant les Israéliens ayant récemment quitté le pays révèle l’existence de certaines constantes : le rythme d’émigration au sein des populations les plus aisées de la société a augmenté, contrairement à la tendance enregistrée chez les populations les plus modestes, chez lesquelles le taux de départ est presque stable », expliquent les Dr Ariel Greizaz et Nili Ben-Tovim, auteurs de l’étude en question.
« L’analyse des revenus des émigrants par rapport au revenu moyen de la population révèle qu’auparavant, le revenu des émigrés avant leur départ était similaire au revenu moyen de l’économie, alors qu’aujourd’hui leur revenu est supérieur de près de 50 % — une preuve de plus que c’est la population la plus aisée qui quitte Israël depuis quelques années. »
Les auteurs de l’étude précisent qu’il est difficile de déterminer dans quelle mesure ce changement dans la composition des candidats à l’émigration est la conséquence des changements survenus dans la société israélienne après la pandémie de COVID-19, ou s’il s’agit davantage d’une réaction aux bouleversements politiques liés à la refonte judiciaire et aux événements sécuritaires survenus depuis le pogrom du 7-octobre et la guerre à Gaza qui ébranlent Israël depuis 2023.
Selon eux, la hausse rapide de l’émigration des Israéliens à hauts revenus pourrait entraîner des pertes de recettes fiscales de l’ordre de 3,5 milliards de dollars par an.
Cette tendance pourrait faire boule de neige et s’avérer difficile à corriger, estime Itai Ater, professeur d’économie à la Coller School of Management de l’université de Tel-Aviv. « De plus en plus d’Israéliens, particulièrement des contribuables à hauts revenus comme des médecins et des employés de la tech, ont quitté Israël, ces dernières années », rappelle Ater au Times of Israel. « Il est crucial de faire quelque chose pour contrer cette tendance dangereuse avant qu’il ne soit trop tard. »
L’étude a été publiée au lendemain des mises en garde rappelées, pour le Times of Israel, par le célèbre économiste universitaire Dan Ben-David, comme le rapportent un éditorial de David Horovitz et un podcast du ToI.
Cette étude de l’Autorité fiscale fait suite à la publication, cette semaine, d’un rapport de l’université de Tel-Aviv montrant que les départs d’Israël se sont poursuivis à un rythme élevé en 2025, avec près de 50 000 personnes, et ce pour la troisième année consécutive.
Traditionnellement, l’émigration israélienne répond au besoin de trouver de meilleures opportunités économiques à l’étranger. Selon le rapport de l’université de Tel-Aviv, ce sont les conflits militaires prolongés d’Israël et les tensions politiques qui expliquent une émigration accrue susceptible de présenter une menace pour les intérêts stratégiques du pays, sur le long terme.
Ce rapport, adossé à l’analyse des niveaux de revenus et des impôts payés par les Israéliens actifs entre 2015 et 2024, montre que jusqu’en 2019, l’impôt sur le revenu cumulé versé par les Israéliens une année avant leur départ s’élevait en moyenne à 500 millions de NIS alors qu’en 2023 et 2024, ce montant était d’1,2 milliard de NIS.
Les auteurs de l’étude en concluent que la fuite de ces citoyens entraîne une perte de recettes fiscales de l’ordre de 700 millions de NIS chaque année. L’Autorité fiscale israélienne estime que cela ne représente pas une perte immédiate de la totalité des recettes fiscales, car certains émigrants conservent leur statut de résident et continuent de payer des impôts en Israël, même après leur départ.
Le revenu annuel moyen des émigrants l’année précédant leur départ a augmenté en termes réels de près de 60 %, passant d’environ 125 000 de NIS sur la période 2015-2019 à près de 200 000 de NIS en 2024, enseigne cette étude.
« Si cette tendance inquiétante se poursuit à ce rythme, d’ici cinq ans, Israël pourrait perdre 3,5 milliards de NIS de recettes fiscales chaque année », expliquent Greizaz et Ben-Tovim.
Pour un pays dans lequel les 20 % des revenus les plus élevés s’acquittent de 92 % de tout l’impôt sur le revenu, ce changement dans le profil des personnes qui quittent le pays pose un risque stratégique majeur pour les recettes de l’État et la croissance économique.
Israël est un petit pays doté de peu de ressources naturelles, dont la croissance et la sécurité dépendent fortement du capital humain concentré dans des secteurs spécifiques, au premier rang desquels se trouve la tech, qui représente près d’un cinquième du produit intérieur brut (PIB) et plus de la moitié des exportations. Un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu provient des salariés de la tech.
L’analyse de la situation par tranche d’âge montre que la proportion des Israéliens qui partent à la quarantaine ou la cinquantaine a augmenté de plus de 50 %, ce qui représente 20 % des émigrants de plus de 20 ans. Ils étaient 13 % il y a de cela dix ans.
La proportion des 30-40 ans reste stable, et celle des 20-30 ans, dont les revenus sont plus faibles et la contribution fiscale nettement moindre, a diminué, précise cette étude.
« L’augmentation de l’âge des émigrants affecte les recettes fiscales de manière non linéaire, car cette tranche des 30-50 ans regroupe les hauts revenus et les principaux contribuables », concluent Greizaz et Ben-Tovim.
L’étude de l’Autorité fiscale israélienne a retenu comme définition de l’émigrant celle d’un ressortissant israélien ayant vécu en Israël pendant au moins trois ans, l’ayant quitté pendant au moins 90 jours consécutifs au cours de l’année de départ, et ayant séjourné hors d’Israël pendant au moins 270 jours l’année suivante.
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