Bloc anti-Netanyahu : le refus de désigner un chef est une erreur fatale
En refusant de se ranger derrière Gadi Eisenkot, l'opposition israélienne s'expose à de vives rivalités internes à un mois des élections
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Il aurait sans doute été préférable d’organiser le sommet d’urgence de samedi soir, un sommet qui a été convoqué par le chef de l’opposition, Yair Lapid, et qui s’est tenu dans le sous-sol de sa maison à Ramat Aviv — il a réuni les dirigeants des quatre partis du « bloc du changement » anti-Netanyahu qui ont signé un pacte de non-agression — dans une soukka.
Rassembler les principaux rivaux de l’opposition – Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Avigdor Liberman et Yair Golan – au moment de Souccot, dans cette cabane traditionnelle et éphémère aurait au moins donné un sentiment, même symbolique, de réconciliation et d’entente sous une voûte de paix unificatrice.
Au-delà de la photo souvenir, il est vrai que pas grand-chose de concret ne pouvait sortir de cette rencontre. Elle a été positive en elle-même et elle s’est déroulée dans un bon esprit — ce qui est déjà une bonne chose —, mais elle a été fondamentalement incapable de produire quoi que ce soit de réellement significatif.
Tous ceux qui ont suivi les batailles partisanes internes et les élections générales de des dernières décennies savent que les politiciens parlent et se font des promesses de paix, mais que personne au final ne tient ces engagements très longtemps. Et au final, tout le monde tire sur tout le monde.
L’esprit de compétition et la volonté de gagner l’emporteront toujours sur toute discipline de campagne, surtout lorsque l’on s’approche du scrutin – il se tiendra dans moins d’un mois aujourd’hui – et que les sondages ajoutent ou retirent des sièges aux partis rivaux, tous préoccupés au premier chef par leur propre survie.
Ainsi, avant même que l’encre ne soit sèche sur l’impressionnant document conjoint qui a été signé par les dirigeants du « bloc du changement » anti-Netanyahu, M. Golan, ex-chef d’État-major adjoint de l’armée israélienne et aujourd’hui président du parti de gauche HaDemocratim, est passé à l’offensive.
Dimanche, M. Golan a en effet déclaré lors d’une interview pour la radio Kan que les partis arabes devaient faire partie du prochain gouvernement — pas seulement en votant aux côtés de la coalition mais en participant au gouvernement — et que le chef du parti Raam, Mansour Abbas, devait être ministre.
Tous les chefs de partis du bloc du changement s’étaient pourtant mis d’accord pour éviter les polémiques publiques sur les sujets conflictuels. Mais M. Golan, s’exprimant dans l’émission matinale la plus écoutée d’Israël, n’a tout simplement pas résisté à la tentation.
Le président d’Yisrael Beytenu, M. Liberman — qui avait exigé par le passé que M. Golan « ferme sa gueule » jusqu’aux élections du fait de déclarations politiquement néfastes de ce type —, n’a cette fois pas réagi.
Mais ce silence ne changera rien.
C’est ainsi que les choses vont se dérouler jusqu’au coup de sifflet final, car sur le plan politique, il n’y a pas d’autre alternative.
La position de M. Golan est tout à fait compréhensible. Ce sont ses convictions profondes et il refuse de les renier, quand bien même ses collègues du centre et de la droite y voient un poison électoral.
M. Golan souhaite attirer les électeurs arabes vers son parti de gauche. C’est précisément pour cela qu’il a soutenu la candidate arabe Somaya Bashir aux primaires du parti HaDemocratim, et c’est aussi pour cela que le n° 3 de son parti, le député et rabbin réformé Gilad Kariv, passe jour et nuit dans les villes arabes en Israël pour convaincre les électeurs.
La déclaration de M. Golan a immédiatement déclenché des contre-attaques et creusé l’écart idéologique qui fragilise ce bloc.
Liran Ben Avishar et Keren Turner — qui sont respectivement numéros trois et cinq sur la liste du parti Bayahad, de l’ex-Premier ministre Bennett, lequel opère son grand retour en politique — se sont montrés tour à tour fermement opposés à M. Golan, réaffirmant qu’eux-mêmes restaient fidèles à leur engagement de ne pas former de coalition avec les partis arabes, sans même parler de leur confier des fonctions gouvernementales.
Soit dit en passant, la position ferme de M. Bennett est en totale contradiction avec celle de M. Lapid, co-créateur de Beyahad et numéro deux sur leur liste commune. Le chef de Yesh Atid est tout à fait prêt à s’appuyer sur des partis arabes au sein d’un gouvernement — pour autant que cela empêchera l’établissement d’un gouvernement de droite et ultra-orthodoxe dirigé par Benjamin Netanyahu.
Samedi soir, l’ex-chef d’État-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, dont le parti centriste Yashar fait la course en tête dans tous les sondages, a annoncé — avant même la réunion chez M. Lapid — que sa formation était opposée à l’idée de faire entrer Raam au gouvernement. Ses sondages internes lui ont vraisemblablement indiqué qu’un rapprochement avec le parti islamiste lui coûterait des voix, ce qui l’a poussé à adopter une position dénuée de toute ambiguïté.
M. Eisenkot compte également dans son parti plusieurs personnalités arrivées il y a peu et très ancrées à droite, opposées à toute forme de compromis sur la présence de partis arabes au sein de la coalition ou du gouvernement.
M. Netanyahu a saisi la balle au bond pour mieux s’en prendre aux partis rivaux autour de ce qui constitue sans doute le sujet le plus difficile de cette campagne électorale.
Le Likud a diffusé une vidéo comportant un extrait de l’interview de M. Eisenkot, assortie d’un avertissement aux électeurs de droite affirmant que « Eisenkot formera un gouvernement de gauche avec Golan, Liberman, Bennett et les partis arabes ».
On notera toutefois l’absence, dans cette publicité très offensive du Likud, du nom du général de brigade de réserve Ofer Winter. Cet ancien commandant controversé et partisan de la ligne dure a récemment créé son propre parti d’extrême droite, Amkha Yisrael. Il se peut que le Likud ait, sans le dire, voulu faire une place à la formation de M. Winter, dans l’espoir qu’elle recueille plus de 3,25 % des voix – le minimum pour entrer à la Knesset – et ne gaspille pas des dizaines de milliers de voix du bloc de droite.
M. Netanyahu est un fin connaisseur de la politique ; c’est ainsi qu’il opère depuis des décennies. De son point de vue, les partis de son propre bloc de droite peuvent se quereller sur tous les sujets imaginables — ce qu’ils font d’ailleurs en ce moment même —, mais ils finissent toujours par se ranger derrière lui.
Lorsqu’il y a un chef désigné, les querelles internes entre les ultra-orthodoxes Shas et YaHadout HaTorah, ou entre les ultra-orthodoxes et le parti d’extrême droite HatZionout Hadatit, peuvent en réalité susciter l’intérêt du public et ajouter des voix au bloc dans son ensemble, ce qui est le plus important.
Le bloc du changement se refuse à retenir la leçon et à désigner un leader unique, accepté de tous. Cet échec est apparu au grand jour, samedi soir, dans le sous-sol de M. Lapid.
Les politiciens peuvent signer tous les documents d’unité qu’ils veulent. Quand on prétend au poste de Premier ministre et que l’on a une chance d’y parvenir, on piétine ses alliés politiques pour gagner des sièges à leurs dépens. Si on ne le fait pas ouvertement, on le fait en coulisses au moyen de campagnes toxiques ou de confidences anonymes à la presse.
Dans le sous-sol de M. Lapid, les dirigeants du bloc du changement ont fait le choix de ne pas se ranger derrière M. Eisenkot ni d’en faire leur candidat unique au poste de Premier ministre.
C’est une erreur stratégique qui pourrait s’avérer fatale le 27 octobre prochain.
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