Yémen: le système de santé proche du « point de rupture », alerte l’OMS
Dans ce contexte de surpopulation de certaines zones, d'insalubrité et d'accès limité aux services de santé, l'OMS anticipe un risque de propagation des épidémies
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La récente escalade du conflit au Yémen place le système de santé local près « du point de rupture », a alerté mardi l’Organisation mondiale de la santé (OMS), évoquant aussi le risque de propagation d’épidémies telles que le choléra, la rougeole ou la dengue.
« Le système de santé au Yémen pâtit de plus d’une décennie de conflit et de ses conséquences. La récente escalade pousse véritablement ce système, déjà fragile, au point de rupture », a déclaré devant la presse à Genève Annette Heinzelmann, directrice régionale des urgences de l’OMS pour la Méditerranée orientale.
Après plusieurs années d’accalmie, le Yémen a replongé en juillet dans la guerre, nouveau front du conflit au Moyen-Orient.
Les hostilités opposent les Houthis, qui tiennent la capitale Sanaa et le littoral yéménite sur la mer Rouge, au gouvernement reconnu par la communauté internationale, qui contrôle une grande partie du sud et de l’est.
Le conflit s’est intensifié en septembre lorsque les combattants antigouvernementaux ont lancé une offensive meurtrière, consolidant leur contrôle sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui relie l’Europe à l’Asie via le canal de Suez.
« Selon les dernières données communiquées par le ministère de la Santé à Aden, on dénombre, depuis le 6 août, un total cumulé de 4 481 victimes, dont plus de 830 décès » en territoire gouvernemental, a indiqué Mme Heinzelmann.
Avant la dernière escalade, l’OMS indique que seuls environ 60% des établissements de santé étaient pleinement opérationnels, « avec des capacités très limitées en matière de chirurgie traumatologique, de transfusion sanguine et de soins intensifs ».
Or depuis la reprise des combats, « l’insécurité, les infrastructures endommagées, le déplacement du personnel de santé, les pénuries de médicaments et de fournitures, ainsi que l’accès limité à certaines zones de la côte ouest, empêchent d’assurer une prestation continue des services aux personnes dans le besoin », a expliqué Mme Heinzelmann.
Au total, précise l’OMS, neuf établissements ou infrastructures de santé ont été mis hors service ou attaqués à Taïz, Lahj et Al-Hodeïda, sur la côte ouest.
Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), au moins 145 000 personnes ont été déplacées à cause des combats depuis début septembre.
Dans ce contexte de surpopulation de certaines zones, d’insalubrité et d’accès limité aux services de santé, l’OMS anticipe un risque de propagation des épidémies, qui « circulaient déjà à grande échelle » auparavant, selon Mme Heinzelmann.
Aujourd’hui, le nombre de cas suspects de choléra/diarrhée aqueuse aiguë a atteint 7 784, dont 22 décès depuis le début de l’année, tandis que la dengue a touché 9 604 personnes (dont 37 décès). La rougeole est jugée « particulièrement préoccupante » par l’OMS, avec plus de 22 000 cas suspects et 128 décès signalés cette année.
L’organisation onusienne indique avoir acheminé 59,3 tonnes de fournitures médicales vers 40 établissements de 10 provinces, mais « les stocks de plusieurs fournitures vitales entreposées par l’OMS à Aden sont déjà épuisés », a relevé Mme Heinzelmann.
Aujourd’hui, « un financement urgent est nécessaire pour maintenir l’intervention », a-t-elle appelé, précisant que sur les 9 millions de dollars nécessaires à l’intervention de l’OMS, seuls 2 millions ont été obtenus à ce jour.
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