Lorsque la 26ᵉ Knesset prêtera serment après les élections du mois prochain, des dizaines de nouveaux élus, pour la plupart inconnus du grand public, prendront leurs fonctions. Selon les estimations actuelles, jusqu’à 50 nouveaux venus pourraient ainsi rejoindre l’assemblée plénière composée de 120 membres – une vague de nouveaux élus qui pourrait bien établir un record politique dans le pays.
L’une des personnalités les plus intrigantes de cette nouvelle promotion est Devora Sharifian Bachar, âgée de 44 ans et qui figure en 14ᵉ position sur la liste du parti Yashar, dirigé par l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, et considéré comme la principale composante du bloc électoral cherchant à évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Les sondages lui attribuent entre 20 et 25 sièges, ce qui fait de Sharifian Bachar une candidate pratiquement assurée d’être élue.
Ancienne agente de terrain de l’agence de renseignement du Mossad, Sharifian Bachar a débuté sa carrière dans les services de sécurité comme combattante au sein de l’équipe d’intervention d’élite « Tequila » de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, une unité tactique conjointe légendaire déployée en urgence dans des situations de « bombe à retardement », lorsque des attaques sont imminentes.
Sharifian Bachar est née en Iran en 1982, trois ans après la Révolution islamique. À 7 ans, elle a fui vers Israël avec ses parents et ses deux frères aînés, qui avaient dissimulé leur véritable destination au régime. La famille s’est finalement installée à Beer Sheva, une ville ouvrière poussiéreuse, bien loin du quartier huppé de Téhéran qu’ils avaient laissé derrière eux.
Depuis qu’elle a pris sa retraite des services de sécurité, elle vit avec son compagnon, le Dr. Maor Bachar, au kibboutz Eilot, près d’Eilat, à l’extrême sud du pays. Ils s’y sont installés pour réaliser le rêve de Maor : devenir un pionnier de la pédiatrie dans les régions périphériques d’Israël.
À Eilat, Sharifian Bachar s’est investie dans le système éducatif en fondant un programme avancé baptisé « Sécurité et renseignement : la filière Iran ». Ce programme du secondaire, qui comprend des cours de persan, de collecte de renseignements et de géopolitique, a remporté le prix du Directorat du renseignement militaire pour la pensée créative.
Sharifian Bachar est titulaire d’une licence en criminologie et en sciences politiques, de diplômes d’enseignement en éducation civique et en persan, ainsi que d’un master en direction pédagogique, enseignement et apprentissage.
Elle attribue à Rachel Tirosh, une directrice de lycée légendaire de Beer Sheva, le mérite de l’avoir orientée vers la fonction publique et de lui avoir donné l’idée de se tourner vers l’enseignement après une carrière prometteuse dans le domaine de la sécurité.
Tirosh, dit-elle, était à la fois ferme et chaleureuse, et elle a réussi à convaincre la famille Sharifian de se défaire des coutumes patriarcales qu’elle avait héritées d’Iran.
« Je n’oublierai jamais comment elle s’est assise avec ma mère et lui a dit : ‘Nous sommes en Israël. Vous n’êtes pas obligée de marier vos filles à 18 ans. » Ma mère la respectait, mais elle lui a répondu : « Vous ne comprenez pas comment nous, les Perses, pensons », raconte-t-elle.
Tirosh a insisté, changeant ainsi radicalement le cours de la vie de Sharifian Bachar. Elle avait su reconnaître en elle une élève douée, dotée d’un talent brut et d’aptitudes naturelles au leadership.
« Mon foyer était fondamentaliste et patriarcal », se souvient Sharifian Bachar.
« Toutes les filles de la famille connaissaient exactement le même sort : ma sœur et mes trois cousines aînées ont toutes été mariées dans le cadre de mariages arrangés, et aucune ne s’est engagée dans l’armée. Je me suis rebellée. À 16 ans, j’ai très vite compris que la voie de l’ascension sociale en Israël passait nécessairement par Tsahal. »
Tirosh, dit-elle, l’a encouragée à briguer des postes à responsabilité.
« J’étais présidente du Conseil des élèves du district sud et présidente du Conseil municipal de la jeunesse », explique-t-elle.
« Je savais m’exprimer, et mes premières aptitudes au commandement et au leadership étaient déjà là. »
Quelques années plus tard, lorsque Sharifian Bachar s’est engagée dans Tsahal malgré les vives objections de ses parents, Tirosh a reçu un appel de la jeune soldate, alors sur le point d’achever sa formation d’instructrice en tant que meilleure élève de sa promotion.
« La veille de la fin de ma formation d’instructrice, on m’a annoncé que j’étais la meilleure élève. Mais personne dans ma famille ne comptait venir à la cérémonie, car ils ne me parlaient toujours pas », raconte-t-elle.
« J’ai appelé Rachel depuis une cabine téléphonique et je lui ai dit : ‘Tu dois venir à la cérémonie. Qui va m’applaudir sinon ?’ »
Non seulement Tirosh est venue à la cérémonie, mais elle a également amené la famille Sharifian avec elle.
« Elle s’est assise à côté d’eux dans les tribunes avec une caméra vidéo amateur et les a filmés pendant qu’ils me regardaient recevoir le prix de la meilleure élève. Ma mère a pleuré. À partir de ce moment-là, ils se sont ouverts à moi », raconte-t-elle.
Sharifian Bachar s’est récemment entretenue avec le Times of Israel au siège du parti Yashar, près de Tel Aviv. Bien qu’il lui soit légalement interdit de révéler 99 % de ce qu’elle a fait au cours de sa carrière d’agent secret, son charisme et sa convivialité font d’elle une conteuse née, avec un répertoire inépuisable d’anecdotes qu’elle débite à un rythme effréné.
Elle donne l’impression d’être une novice en politique qui pourrait devenir l’une des nouvelles députées les plus prolifiques de la Knesset, et pas seulement parce qu’elle serait tout à fait capable de tenir des heures durant des discours d’obstruction parlementaire.
La transcription suivante a été traduite de l’hébreu, éditée et condensée dans un souci de clarté et de concision.
Times of Israel : L’opinion publique a gardé le sentiment tenace que le Mossad avait mal évalué la situation, en s’attendant à tort à la chute du régime iranien pendant la guerre contre la République islamique d’Iran lancée en février. Que pensez-vous de l’écart entre ces attentes et la réalité ?
Devora Sharifian Bachar : Je pense qu’il est très facile de rester en retrait et d’analyser… Après de nombreuses années passées au sein de l’écosystème du renseignement, notamment au Mossad, je sais que la réalité est bien plus complexe, et je leur accorde le bénéfice du doute.
Je connais plus ou moins les personnes impliquées. Quiconque n’a pas vécu et respiré l’Iran ces 25 dernières années ne peut pas comprendre ce que la première frappe de l’Opération « Rising Lion » a fait subir à l’Iran [l’an dernier]. Il s’agissait d’une opération offensive qui a fondamentalement bouleversé l’écosystème iranien.
[L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon] a déclaré : « L’Opération Rising Lion a transformé l’Iran d’un œuf en une omelette. Il ne redeviendra jamais un œuf. » Je ne dis pas que cette première opération a conduit l’Iran au bord de la révolution, mais elle a modifié l’état social, mental et psychologique des Iraniens au-delà du point de non-retour. Et je dis cela sans disposer de renseignements récents et en temps réel.
Faites-vous le lien avec les manifestations économiques qui ont éclaté fin 2025 ?
Absolument. Je suis une professionnelle du renseignement spécialisée dans le WEBINT, c’est-à-dire la collecte de renseignements sur Internet. Je n’ai plus accès aux documents classifiés, ce qui est une bonne chose.
Je me souviens qu’en novembre 2025, j’ai lu le message d’un Irano-Américain qui avait réussi à se rendre en Iran pour la première fois depuis la guerre. Il est revenu deux semaines plus tard et a déclaré : « Vous n’avez aucune idée de ce qui se passe en Iran. Les gens en ont assez. Un jour, il y a de l’électricité, le lendemain il n’y en a plus ; un jour, il y a de l’eau, le lendemain il n’y en a plus. »
Cette personne a rapporté que l’Iran avait atteint le point de non-retour. Les femmes ne veulent plus porter le hijab ni le tchador. Les gens dansent dans les rues ; ils veulent du changement et ne font plus confiance à aucune institution officielle.
Mais il existe un groupe qui continue de soutenir le régime : environ 30 millions d’Iraniens musulmans chiites, religieux et extrémistes, qui veulent sa survie. Il est difficile de s’en débarrasser. Le régime iranien a forgé sa structure complexe depuis février 1979, car il se préparait activement au jour où une puissance occidentale, comme les États-Unis ou Israël, tenterait de le démanteler. L’élite économique est intimement liée à l’élite au pouvoir ; tout est étroitement imbriqué et les familles se marient entre elles.
Ce matin, j’ai lu sur Facebook un récit, en persan, concernant un mécanicien en Iran. Lorsque les manifestations ont éclaté, des jeunes couraient dans la rue, et il leur a dit : « Entrez ici. Je vais vous protéger et vous cacher. » Puis il a appelé les forces du régime et leur a demandé de venir ; le lendemain, des corps ont été retrouvés à cet endroit. Il s’agit de témoignages authentiques diffusés par des personnes qui se connectent à Internet via Starlink. Selon ce récit, [les autorités] lui ont versé 100 dollars, une somme qui pourrait permettre à sa famille de vivre pendant longtemps…
Quelles seront les répercussions des sanctions annoncées par le président américain Donald Trump en août 2026 ? L’Iran a déjà traversé des périodes de forte pression économique, mais a su développer des moyens pour contourner les sanctions et de survivre.
Après les sanctions d’Obama, vers 2014, lorsqu’ils ont été coupés du système bancaire international SWIFT et ne pouvaient plus effectuer de virements, ils sont revenus au troc. Du pétrole en échange de produits agricoles, par exemple.
« C’est ça, l’Iran. C’est une partie d’échecs. »
Ils ont payé le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah en barils de pétrole, et depuis, ils ont appris à se débrouiller grâce à des sociétés écrans, au système bancaire clandestin et aux monnaies numériques.
Mais la situation sociale de l’Iran aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a dix ans. Compte tenu de la réalité sociale dramatique qui s’est installée, les sanctions constituent un outil important, mais elles ne suffiront pas à elles seules.
Nous, les Israéliens, aimons les choses simples et les résultats rapides : « Bang-bang, on va imposer des sanctions. » Les Iraniens ont vu les SEALs de la marine américaine emmener [le dictateur vénézuélien Nicolás] Maduro menotté, et cela semblait simple. Ici, ce ne sera pas simple. C’est l’Iran. C’est une partie d’échecs.
Après avoir terminé votre service dans les forces de sécurité, vous auriez pu facilement vous lancer dans le conseil en sécurité privée et gagner un salaire mirobolant. Pourquoi avoir choisi l’enseignement ?
Lorsque j’ai décidé de partir dans le désert avec Maor, mon compagnon, je l’ai fait parce que son rêve était d’exercer la médecine en périphérie. Pédiatre, il souhaitait venir en aide aux enfants du sud et réduire les énormes disparités d’accès aux soins entre Eilat et le centre d’Israël.
Au départ, j’ai reçu une offre du groupe de cybersécurité NSO Group pour gérer ses clients aux Émirats, avec un salaire trois fois plus élevé. À l’époque, les gens pensaient encore qu’on pourrait prendre l’avion depuis l’aéroport de Ramon ou un catamaran pour se rendre à Jeddah.
Mais je me suis souvenue à quel point la directrice de mon lycée à Beer Sheva, Rachel Tirosh, avait cru en moi et m’avait encouragée. Je voulais faire de même pour les jeunes.
Rachel m’a aidée à rédiger des lettres à Tsahal pour demander à passer les sélections de pilotes. Lorsque je me suis rendue aux épreuves, elle a dit à mes parents que j’étais en voyage scolaire. Un mois avant mon enrôlement, je suis allée voir ma mère, tremblante, et je lui ai annoncé que j’allais m’engager dans l’armée.
Ma mère, qui ne nous avait jamais frappés, m’a giflée violemment et m’a complètement rejetée. Elle n’est pas venue le jour de mon enrôlement. J’ai tenu deux mois à l’école de pilotage, principalement grâce à ma force de caractère et à ma motivation, puis j’ai été exclue de la formation et je suis devenue instructrice d’infanterie.
Donc, tout au long de votre adolescence à Beer Sheva, votre famille se distinguait nettement de celles qui vous entouraient et restait profondément attachée à sa patrie iranienne ?
Oui. J’étais capitaine de l’équipe de basket de mon lycée, mais ma mère avait l’habitude de percer mes ballons de basket parce qu’elle craignait que tout cet entraînement ne me fasse trop grandir et que je ne trouve pas de mari. Chez nous, à Beer Sheva, nous mangions sur un « sofreh », une nappe traditionnelle posée à même le sol, autour de laquelle la famille s’asseyait par terre.
Quand j’ai rencontré Maor et que j’ai emménagé avec lui à Givatayim, ma mère m’a fait jurer que personne ne saurait jamais que sa fille vivait avec un homme avant le mariage.
Heureusement, toutes les filles de la famille plus jeunes que moi se sont déjà engagées dans Tsahal, et aucune n’a été mariée à un homme choisi pour elle par ses parents.
Quels souvenirs gardez-vous de votre arrivée en Israël et de la transition entre une famille bien établie à Téhéran et la vie à Beer Sheva ?
En Iran, nous vivions dans le quartier huppé de Shemiran – l’équivalent aisé de Beverly Hills, au nord de Téhéran – et mon père était un homme d’affaires prospère dans l’industrie textile. Nous sommes arrivés en Israël avec 60 000 dollars et deux valises. En Israël, mon père a continué à porter des costumes, des cravates et un chapeau sous la chaleur accablante de Beer Sheva, ce que les gens trouvaient extrêmement étrange.
J’ai une photo prise deux semaines après notre arrivée sur laquelle je porte une chemise iranienne, un jean, des sandales et des chaussettes. J’avais les cheveux courts parce que mes parents avaient très peur que j’attrape des poux, alors que toutes les filles israéliennes avaient des tresses.
Mes parents ont eu beaucoup de mal à trouver du travail. Ils menaient une vie d’exil. Mais selon la mentalité iranienne, il est interdit de s’apitoyer sur son sort. Se considérer comme une victime ? Cela n’existe pas. Il faut prendre ses responsabilités. Mon père a donc commencé à vendre des tissus sur le marché bédouin, puis il a fait du porte-à-porte pour vendre ses tissus.
Ma mère est arrivée en Israël à l’âge de 37 ans, sans avoir jamais travaillé un seul jour de sa vie, ni jamais cuisiné ou fait la lessive. À Beer Sheva, elle a étudié l’hébreu dans un oulpan, a travaillé comme femme de ménage et a cuisiné dans un refuge pour femmes battues. Soit dit en passant, je suis moi-même arrivée en Israël avec un prénom persan, « Nazanin », un prénom très courant en Iran qui signifie « gracieuse ».
L’État d’Israël, et en particulier son système scolaire, n’enseigne pas la complexité. Les enseignants n’abordent pas la politique de peur d’être licenciés, ce qui aboutit à une société composée de personnes ignorantes et naïves qui ne comprennent ni les immigrés ni ceux qui sont différents. Jusqu’à mes 18 ans, je voulais effacer complètement la langue persane que nous parlions à la maison. J’en avais honte et je ne voulais pas être associée à l’étranger ni à cet accent.
Ce n’est qu’à l’âge de 24 ans, alors que j’étais déjà capitaine dans l’armée et que j’avais entamé ce qui allait devenir une carrière de près de 20 ans au sein des services de sécurité, que j’ai compris quel honneur c’était d’être née en Iran, d’avoir entendu le muezzin et de connaître des coutumes différentes. J’ai ressenti un profond sentiment d’appartenance et j’ai compris que je possédais quelque chose que les autres Israéliens n’avaient pas.
Au sein de mes services de sécurité, mon héritage culturel, mes coutumes de respect et l’habitude de ne pas regarder les gens droit dans les yeux se sont soudain révélés être d’incroyables atouts opérationnels. Je sais instinctivement comment une femme se comporte envers un homme dans sa culture.
En appliquant le principe « connais ton ennemi », j’ai renoué avec cette identité authentique dont j’avais autrefois tant honte, et qui est désormais une profonde source de fierté.
Comment êtes-vous passée de l’armée au Shin Bet ?
En 2003, j’ai rejoint le Centcom où j’ai servi jusqu’en 2005, au plus fort de la Seconde Intifada. J’étais officière au sein du bureau des opérations et j’ai assisté à la réaffirmation brutale de la souveraineté de l’État en [Cisjordanie]. Dans ce pays, nous avons la mémoire courte : la Cisjordanie a failli devenir le « Hamastan », et cela n’a été évité que grâce à la présence des bonnes personnes au bon moment.
Un agent du Shin Bet que nous appelions « Mark » participait parfois aux discussions de Tsahal. J’avais remarqué que toutes les opérations les plus intéressantes étaient, d’une manière ou d’une autre, liées à lui. Un jour, l’officier des opérations m’a demandé : « Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu parles persan. Tu comprends ce que ça veut dire ? » Ils avaient donné à Mark mon nom et mon numéro d’identité en lui disant : « C’est une jeune femme sérieuse, un couteau entre les dents, qui n’a peur de rien, parle persan et n’a pas vraiment l’air suédoise. »
J’ai été invitée à passer des tests de sélection pour intégrer une unité opérationnelle du Shin Bet. J’ai enchaîné de nombreuses étapes de sélection éprouvantes sans vraiment comprendre où cela me menait. Ce n’est qu’une fois assise dans les locaux du quartier général, après avoir reçu mon badge d’employée, que j’ai compris : je faisais désormais partie du Shin Bet.
Le processus de sélection comprenait un entretien de personnalité rigoureux et des exercices opérationnels sur le terrain. Au fur et à mesure que l’on progresse dans les différentes étapes, on prend réellement conscience de ses capacités. J’ai servi comme combattante opérationnelle, et ce n’est pas un hasard si la formation comprend également des cours de théâtre. Savoir évaluer rapidement une situation, entrer dans une pièce, identifier qui a quelque chose à cacher, qui m’a remarquée, ce qui anime et motive cette personne et quelle est son histoire : tout cela fait partie du métier.
Il y a aussi des traits de personnalité que l’on apporte de chez soi, comme l’intelligence émotionnelle. Nous appelons cela l’intuigence, un mélange d’intuition et d’intelligence.
Au sein de quelles commissions de la Knesset aimeriez-vous siéger ?
La commission de l’Éducation, la commission des Affaires étrangères et de la Défense, et à terme, le cabinet de sécurité également. Je ne demande pas à devenir ministre tout de suite. Je veux gravir les échelons et je n’ai pas peur de travailler dur.
Êtes-vous prête à affronter la théâtralité de la Knesset, les manœuvres et les magouilles politiques ?
Dans ma carrière précédente, j’étais du côté du théâtre. Je veux croire que le sang neuf au sein du système prouvera qu’il est possible de faire les choses différemment, que tout ne doit pas nécessairement être sale, malhonnête et truffé de manœuvres sans fin. Je veux croire que la majeure partie de la prochaine Knesset sera composée de personnes intègres. Il suffit de regarder le calibre des personnes qui rejoignent le « bloc du changement ».
Quel changement législatif ou systémique figure en tête de votre programme ?
Redonner au système scolaire israélien la place qui lui revient en tant que source du meilleur capital humain au monde. Il s’agit d’attirer les meilleurs éléments vers l’enseignement, de rendre la profession attrayante et de faire en sorte que les candidats se bousculent pour obtenir des postes dans les lycées. Il existe actuellement environ un millier de postes dans l’administration scolaire pour lesquels personne ne postule. C’est inconcevable.
« L’arabe devrait être obligatoire dès le CP. On ne peut pas rester assis dans un abri antiatomique sans comprendre ce que disent les gens à l’extérieur. »
Le pays est entièrement accaparé par la commission des Affaires étrangères et de la Défense, et c’est là que va tout l’argent. L’argent n’atteint tout simplement pas la commission de l’Éducation.
À Eilat, j’ai mené à bien des projets extrêmement complexes avec un budget de seulement 10 000 shekels. Ce n’est pas seulement une question d’argent, même si, bien sûr, les gens doivent pouvoir nourrir leur famille dans la dignité. Je compte 30 enseignants dans le projet que j’ai fondé et, par expérience, je sais que l’enjeu dépasse largement la question du salaire.
Et qu’en est-il de l’apprentissage de l’arabe et du persan ?
L’arabe devrait être obligatoire dès le CP. Je l’enseignerais comme deuxième langue, et non à la place de l’anglais. Je souhaite qu’un enfant israélien parle aussi bien l’hébreu, l’arabe et l’anglais.
Nous sommes entourés d’alliés et d’ennemis, et c’est la langue qui se parle dans cette région. On ne peut pas rester assis dans un abri antiatomique sans comprendre ce que disent les gens dehors. Si Dieu le veut, ces outils aideront également les enfants et les jeunes à renforcer les alliances et à nouer des liens commerciaux. Le persan est déjà une spécialisation professionnelle.
Y a-t-il des œuvres de littérature ou de poésie iraniennes que vous recommanderiez aux lecteurs israéliens de découvrir ?
L’un de mes poètes préférés est Ahmad Shamlou, décédé il y a plus de 25 ans. Dans son célèbre poème « Dans cette impasse », il écrit : « Quelle époque étrange, ma chère. » Des traductions de sa poésie ont été publiées en Israël.
Le régime islamiste l’a persécuté tout au long de sa vie, mais il est resté athée et libéral et a continué à vivre en Iran malgré les persécutions sévères. Il a consacré toute sa vie à écrire sur la liberté et les droits de l’Homme. Je recommande vivement de le lire.
la Communauté du Times of Israël !
