Hapag-Lloyd améliore son offre pour racheter Zim, une transaction sous tension
Le géant allemand promet qu'une offre rehaussée à 4,2 milliards $, intégrant une ligne directe Extrême-Orient, garantit la sécurité maritime d'Israël même en cas d'urgence
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le géant allemand du transport maritime Hapag-Lloyd a revu son offre à la hausse pour tenter de racheter pour 4,2 milliards de dollars la compagnie de fret israélienne Zim. L’entreprise espère ainsi faire taire les objections selon lesquelles cette acquisition placerait le principal armateur israélien sous contrôle étranger et laisserait le pays dans une situation stratégique et sécuritaire critique.
Peu de temps avant, le ministre de la Défense, Israel Katz, s’était rallié aux autorités opposées à ce rachat, faisant siennes les conclusions des services de son ministère, inquiets du transfert des capacités maritimes nationales à une société étrangère.
Cet été, le ministère a conclu que le projet initial ne garantissait pas les intérêts de sécurité d’Israël, particulièrement en période de crise. Cette transaction se heurte également à une vive opposition des salariés de Zim.
Le PDG d’Hapag-Lloyd, Rolf Habben Jansen, en déplacement en Israël en fin de semaine dernière avec son partenaire israélien, le fonds d’investissement FIMI d’Ishay Davidi, a présenté au gouvernement une proposition améliorée « conçue pour renforcer l’indépendance maritime, la sécurité nationale et la résilience de la chaîne d’approvisionnement d’Israël ».
« Hapag-Lloyd et FIMI ont bien écouté Israël et apporté des améliorations substantielles », a déclaré M. Habben Jansen. « Cette proposition considérablement améliorée offre à Israël une indépendance maritime nettement supérieure et répond à l’ensemble de ses besoins de sécurité nationale, un point crucial comme les événements des trois dernières années nous l’ont rappelé. »
« Je suis convaincu que la proposition que nous présentons apporte de vraies réponses aux difficultés de l’État d’Israël, renforce ses capacités maritimes et reflète la relation historique entre Israël et l’Allemagne », a-t-il ajouté.
Les améliorations proposées par Hapag-Lloyd comprennent l’ajout d’une ligne maritime directe avec l’Extrême-Orient, le renforcement des protections accordées à l’État pour garantir son indépendance et son contrôle sur la flotte et les opérations de Zim Israël en temps de crise, le maintien de la gestion des navires et des compétences professionnelles en Israël, ainsi que des garanties pour les salariés.
L’accord fait l’objet de négociations acharnées depuis février dernier, date à laquelle la firme allemande a signé un accord pour racheter son concurrent avec l’aide de FIMI, lequel détiendrait une part minoritaire dans Zim Integrated Shipping Services. La branche israélienne issue de cette restructuration, baptisée « New Zim », répond à l’obligation faite à l’ancienne entreprise publique de maintenir des activités de fret maritime au départ et à destination d’Israël.
L’action détenue par le gouvernement israélien dans Zim, appelée « action spécifique », lui confère le droit d’exiger le maintien d’une présence en Israël, et notamment un nombre minimal de navires sous pavillon israélien pour garantir l’approvisionnement du pays.
Dans le projet initial, cette action spécifique devait être transférée à New Zim. Avec une flotte réduite de 12 à 16 navires, cette entité allégée devait desservir les routes commerciales vers Israël uniquement via l’Atlantique et la Méditerranée. Selon les nouveaux termes du projet d’accord, Zim Israël exploiterait également une liaison hebdomadaire directe avec l’Extrême-Orient.
Cependant, la majeure partie des activités profitables de Zim, notamment les lignes entre l’Asie de l’Est et les Amériques, passerait sous le contrôle d’Hapag-Lloyd. Parmi les actionnaires du groupe allemand figurent une filiale du fonds souverain du Qatar (à hauteur de 12,3 %) et le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite (à hauteur de 10,2 %).
Le responsable du syndicat des travailleurs de Zim, Oren Caspi, a déclaré qu’il restait opposé à ce rachat, les nouvelles garanties n’augmentant, selon lui, pas le nombre de navires sous contrôle israélien et laissant l’approvisionnement maritime du pays dépendant d’un acteur étranger.
« Israël dépend totalement du transport maritime international, qui représente près de 98 % des importations, y compris des produits de première nécessité comme la nourriture ou les médicaments, surtout en période d’urgence », explique M. Caspi. « Nous avons besoin d’une cinquantaine de navires au moins qui soient sous contrôle israélien et de lignes vers toutes les régions du monde, notamment entre l’Extrême-Orient et les États-Unis. »
« Avec cette nouvelle offre, Hapag-Lloyd empêche le gouvernement de prendre une décision et gagne du temps, espérant qu’après les élections de fin octobre et un changement de gouvernement, le climat sera plus favorable à la validation de l’accord », estime M. Caspi.
Fondée en Israël en 1945, Zim est la plus grande compagnie maritime d’Israël, présente dans plus de 90 pays et qui dessert plus de 33 000 clients dans 300 ports dans le monde. Ses principales lignes commerciales couvrent le Pacifique, l’Amérique latine, l’Atlantique, le canal de Suez et l’Asie intra-régionale.
Hapag-Lloyd et FIMI ont fait savoir qu’une nouvelle version de l’offre, incluant les engagements relatifs aux opérations maritimes de Zim Israël, serait présentée d’ici 45 jours. Par la suite, la transaction, dont la finalisation est prévue pour la fin 2026, restera soumise aux conditions d’usage, notamment à l’approbation des différentes autorités de régulation, dont l’État d’Israël.
« L’incertitude occasionne déjà des pertes, car des salariés préfèrent partir, en Israël comme à l’étranger, sentant que leur avenir professionnel n’est plus garanti », ajoute M. Caspi. « Nous avons du mal à conclure des accords de coopération et des alliances avec d’autres armateurs en raison des doutes sur l’actionnariat. »
« C’est pourquoi le gouvernement doit trancher et accorder la priorité à l’indépendance maritime stratégique d’Israël », conclut M. Caspi.
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