Netanyahu condamne l’attaque d’extrémistes juifs à Jalud mais en minimise l’ampleur
Certains élus de droite ont fait écho à la rare condamnation du Premier ministre des violences des résidents d'implantations - qui ont été décriées par le chef du Conseil de Yesha
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a condamné, mardi, l’attaque massive et les émeutes perpétrées dans la nuit par des extrémistes juifs en Cisjordanie. Il a appelé à ce que les auteurs soient poursuivis « avec toute la rigueur de la loi », minimisant toutefois l’agression d’une violence extrême en affirmant qu’elle n’a été commise que par un « petit nombre » d’individus.
Plus de cent partisans du mouvement pro-implantations ont pris part à cette attaque survenue dans le village de Jalud, en Cisjordanie, une ville située à proximité de Naplouse, empêchant les soldats israéliens de permettre à une famille palestinienne déplacée de regagner le domicile dont elle avait été expulsée par les extrémistes juifs. L’armée a déclaré que les assaillants « ont bloqué les routes ; ils ont mis le feu à des pneus et ils ont jeté des pierres en direction des forces de sécurité », blessant trois agents de la police des frontières et causant d’importants dégâts matériels à Jalud.
Trois suspects avaient été arrêtés dans l’après-midi de mardi.
Si les forces de sécurité ont indiqué que le nombre d’extrémistes impliqués dans l’attaque dépassait la centaine, Netanyahu a imputé la responsabilité des événements à un « petit nombre d’émeutiers » qui, selon lui, « ne représentent pas la communauté des résidents d’implantation qui sont respectueux de la loi en Judée-Samarie », en référence à la Cisjordanie.
« Ils ont commis une grave injustice et ont entravé l’action de nos forces dans l’accomplissement de leur mission », a-t-il déploré.
Netanyahu a régulièrement minimisé les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations en les qualifiant de « problème marginal », affirmant que la quasi-totalité des incidents sont le fait de quelques centaines de jeunes délinquants, alors même que des attaques ont lieu presque quotidiennement et qu’elles se produisent dans des centaines de villages et de villes à travers toute la Cisjordanie.
« Je soutiens les membres de l’armée israélienne et de la police des frontières qui œuvrent pour contrecarrer le terrorisme et pour assurer la sécurité », a-t-il poursuivi, « et j’appelle les autorités chargées de l’application de la loi à poursuivre les émeutiers avec toute la rigueur prévue par la loi ».
Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a également condamné l’attaque contre Jalud, la qualifiant de « grave » et « odieuse ».
« Quiconque commet ce genre d’infraction pénale, quiconque agresse des agents de la police des frontières et des soldats de l’armée israélienne – voire leur porte atteinte – est un criminel qui doit être traité avec toute la rigueur de la loi », a écrit Saar sur le réseau social X.
« Ils portent atteinte à nos valeurs. Ils portent atteinte aux implantations juives. Ils portent atteinte à Israël. »
More than 100 Israeli settlers rioted in the West Bank village of Jalud overnight, preventing Israeli forces from enabling a displaced Palestinian family from returning to their home, the military says.
The Tubasi family was forced to leave their home in Jalud in July, following… pic.twitter.com/yKpxfnDJso
— Emanuel (Mannie) Fabian (@manniefabian) September 29, 2026
Même son de cloche du côté du ministre de la Défense, Israel Katz – qui a toutefois cherché à minimiser l’importance de l’incident en affirmant qu’il avait été commis par « poignée d’émeutiers ».
« C’est précisément ici, face à cette importante opération de sécurité, que ressort la gravité des actes perpétrés par une poignée d’émeutiers… qui ont attaqué les forces de sécurité et qui ont incendié des habitations et des biens palestiniens », a-t-il déclaré lors d’une visite en Cisjordanie, effectuée en compagnie du chef du Commandement du Centre, le général de division Avi Bluth. Il a accusé les émeutiers de compromettre la mission des soldats.
Katz a ajouté que les extrémistes « entravent les efforts qui visent à contrecarrer le terrorisme palestinien ; ils détournent les forces de leurs missions et ils portent gravement atteinte aux efforts de sécurité, au mouvement pro-implantation et à l’État d’Israël ».
« Je condamne fermement ces actes criminels. Cette poignée d’émeutiers ne représente pas la communauté des résidents d’implantation et des mesures décisives doivent être prises à leur encontre ; les responsables doivent être traduits en justice », a-t-il ajouté.
Yisrael Gantz, l’un des principaux leaders du mouvement pro-implantations, a lui aussi condamné l’attaque de Jalud, appelant Israël à réprimer ce phénomène en mobilisant toutes ses forces de l’ordre – une déclaration qui a constitué un cas rare de critique de ces violences émanant de l’intérieur même du mouvement.
« Des incidents comme celui qui s’est produit cette nuit peuvent et doivent être évités », a affirmé Gantz, qui préside le Conseil régional de Binyamin, dans le centre de la Cisjordanie, et qui est également à la tête de l’organisation-cadre du mouvement pro-implantations, le Conseil de Yesha.
« L’État dispose des pouvoirs et des outils nécessaires pour mettre un terme à ce phénomène et il doit les utiliser », a-t-il dit, appelant à poursuivre les responsables, tout en semblant pointer du doigt les forces de l’ordre pour ne pas avoir suffisamment agi.
« La loi doit être appliquée en [Cisjordanie] exactement comme elle l’est à Tel Aviv ou à Kfar Saba », a-t-il poursuivi.
La maison de la famille Tubasi était occupée par des résidents d’implantation depuis juillet
L’attaque s’est produite alors que Tsahal tentait de ramener la famille Tubasi dans son habitation, qu’elle avait été contrainte de quitter en juillet dernier, dans le sillage d’actes de harcèlement et de violences répétés de la part des partisans du mouvement pro-implantations. Au mois de septembre, la Haute Cour de justice avait ordonné que leur retour en toute sécurité soit assuré, dans une décision cinglante qui avait fustigé les autorités pour leur incapacité à réprimer ces attaques.
Mahmoud Tubasi, le propriétaire, a raconté que sa maison était occupée par des partisans du mouvement pro-implantations depuis le mois de juillet dernier. Il a confié mardi au Times of Israel que, vers minuit, l’Administration civile avait appelé la famille pour lui annoncer qu’elle pourrait regagner son domicile.
« Mon épouse, mon fils et moi-même nous sommes rendus à la maison en voiture, escortés par un véhicule de l’armée devant nous et un autre qui se trouvait derrière nous », a-t-il déclaré à l’AFP.
Des extrémistes israéliens ont attaqué le groupe dès son arrivée sur les lieux et ils ont été repoussés par des soldats à l’aide de gaz lacrymogène.
« Nous n’avons pas été blessés physiquement, mais nous avons eu des difficultés à respirer à cause du gaz lacrymogène », a fait remarquer Tubasi.
Il a ajouté que lui et sa famille étaient sortis indemnes des violences car les soldats de l’armée israélienne étaient venus à leur secours, les faisant monter dans un véhicule militaire.
Lors d’une autre attaque survenue mardi, des dizaines d’extrémistes juifs provenant d’avant-postes situés sur les hauteurs ont fait irruption dans le village palestinien d’al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, ont indiqué des habitants à l’AFP.
Un journaliste de l’AFP a pu constater qu’au moins cinq voitures avaient été réduites en cendres à la suite de cette attaque.
Al-Mughayyir a été le théâtre d’attaques fréquentes en raison de son isolement géographique et de la présence de plusieurs avant-postes illégaux aux alentours.
Lors d’un autre incident qui a été signalé dans la ville de Beitunia, à proximité de Ramallah, des dizaines de partisans du mouvement pro-implantation sont venus célébrer la fête juive de Souccot à l’aide de haut-parleurs, a confié le maire Ribhi Dawla à l’AFP.
« Ce rassemblement constitue un précédent dangereux », a-t-il noté.
« Il y a cette ambition de coloniser la région ; ils ont installé une caravane dans la partie ouest de la ville et ils ont érigé un portail en fer ».
Les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations en Cisjordanie ont fortement augmenté depuis le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Les attaques sont quasi quotidiennes, mais leurs auteurs sont rarement arrêtés ou poursuivis en justice. Les critiques accusent le gouvernement de tolérer, voire d’encourager ces violences, qui ont entraîné le déplacement de dizaines de familles palestiniennes.
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