En unifiant les commandes, une start-up dirigée par le frère d’un soldat tué au combat permet à Tsahal de maîtriser la guerre des drones
La télécommande universelle d'EyesAtop permet à un seul soldat de contrôler simultanément divers types de drones, conférant à Tsahal un avantage sur des théâtres d'opérations en pleine mutation du fait de la démocratisation des drones
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Au soir de Rosh HaShana, le 2 octobre 2024, le capitaine Eitan Itzhak Oster, âgé de 22 ans, a trouvé la mort dans une embuscade tendue par le groupe terroriste chiite du Hezbollah dans un village du sud du Liban, à quelques centaines de mètres seulement de la frontière israélienne, sur le front nord.
On se souvient d’Eitan comme de la première victime de l’opération terrestre menée par Israël au Liban contre ce groupe terroriste soutenu par l’Iran. Pour Udi Oster, son frère aîné, entrepreneur chevronné dans le domaine des technologies, cette tragédie familiale a révélé un écart fatal. La supériorité d’Israël en matière de technologie et de puissance de feu s’est avérée incapable de répondre aux exigences réelles du champ de bataille moderne, caractérisé par des conditions en constante évolution – et rarement idéales.
« Même si Israël est réputé pour disposer de l’une des meilleures défenses au monde, il s’est retrouvé en position de faiblesse », a déclaré Oster. « À cause du ciel très couvert, du terrain accidenté et de la topographie difficile, ils n’ont pu bénéficier d’aucun renfort aérien, et toute évacuation a été impossible pendant des heures. Ils se sont donc retrouvés pratiquement livrés à eux-mêmes, avec uniquement leur arsenal à leur disposition. »
Au moment de la mort de son frère, Oster s’efforçait déjà de résoudre l’un des aspects de ce problème à travers sa start-up EyesAtop, qui a développé une plateforme plug-and-play permettant d’intégrer et de piloter facilement plusieurs drones simultanément, offrant ainsi aux soldats un éventail élargi d’options tactiques dans des scénarios de combat complexes.
Aujourd’hui, le principal défi auquel sont confrontés les soldats dans le sud du Liban réside dans l’utilisation par le Hezbollah de drones à fibre optique dotés d’une vision à la première personne (FPV), que ce groupe terroriste chiite à la solde de l’Iran a lancé avec des conséquences meurtrières lors d’attaques contre les forces israéliennes dans le sud du Liban et au nord d’Israël.
Au Liban comme ailleurs, alors que les groupes terroristes ont su tirer efficacement parti des drones disponibles dans le commerce, les armées nationales ont riposté à l’aide de systèmes robotiques, notamment des drones de surveillance, d’interception et de transport lourd.
Alors que ces armes définissent les limites de la guerre moderne, une course à l’armement s’engage entre les technologies des drones et les innovations destinées à les combattre. Selon Oster, toutefois, Israël peine à suivre le rythme, s’appuyant sur des systèmes qui ne sont pas conçus pour adopter et intégrer des technologies en constante évolution destinées à une utilisation sur les champs de bataille.
Oster, qui a repris les rênes de cette start-up spécialisée dans les technologies de défense avec Daniel Almog, lui aussi ancien membre de l’unité de renseignement 8200 de l’armée israélienne, quelques semaines après le pogrom du 7 octobre 2023, a souligné que les drones et les outils autonomes peuvent accomplir ce que les soldats humains ne peuvent pas faire, là où les soldats ne peuvent pas se rendre en toute sécurité, tandis que l’intelligence artificielle fait rapidement évoluer le mode de fonctionnement de ces drones.
Avant le 7-Octobre, EyesAtop était dirigée par ses fondateurs, Idan Itzhak, Einav Harazi et Ben Barkay, qui collaboraient avec Tsahal sur un kit de gestion de drones déployé pour des zones opérationnelles et des missions limitées.
Ce système avait été développé pour permettre la gestion de plusieurs drones de surveillance afin d’aider les soldats à neutraliser les menaces provenant de positions surélevées, en localisant les suspects sur les toits ou dans les bâtiments.
Sous la direction d’Oster et d’Almog, le système a été repensé et étendu afin d’intégrer des drones de surveillance supplémentaires, des drones logistiques et d’attaque, ainsi que des drones de renseignement de pointe, en vue d’un déploiement plus large dans d’autres zones où Israël devait faire face à des défis. Avant cela, Oster et Almog avaient cofondé Tapingo, une start-up israélienne spécialisée dans la commande de repas en ligne, rachetée en 2018 par Grubhub pour 150 millions de dollars.
« Nous voulions combler le retard que nous constations à l’époque entre le rythme des avancées technologiques dans le monde civil et les moyens dont disposait l’armée. Nous voulions ainsi permettre aux combattants sur le terrain de disposer du meilleur système robotique possible, de la manière la plus fluide qui soit, sur simple pression d’un bouton », a expliqué Oster. « Pour nous, il était évident que, dans la guerre moderne, la victoire et le sauvetage de vies ne dépendent pas seulement du fait de posséder la meilleure technologie, mais aussi de la capacité à mettre cette technologie à la disposition du soldat qui en a besoin. »
Depuis le conflit entre la Russie et l’Ukraine, et dans le sillage de l’offensive du 7-Octobre, les drones ont pris une place de plus en plus importante dans la transformation des méthodes de combat actuelles et de la guerre moderne.
Malgré l’un des meilleurs systèmes de défense antimissiles et anti-roquettes au monde, Israël a été mis à rude épreuve par la menace nouvelle et en constante évolution que représentent les drones à bas coût utilisés par ses adversaires, lesquels ont causé des pertes humaines et des dégâts tout au long du conflit avec le Hamas et le Hezbollah dans le nord depuis deux ans et demi.
« Le 7-Octobre a révélé un énorme écart : la technologie qui existait sur le marché privé faisait défaut dans le domaine militaire », a souligné Oster, évoquant l’attaque meurtrière perpétrée par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. « Il y avait un écart abyssal entre la technologie réellement utile sur le champ de bataille et l’équipement dont disposaient effectivement les soldats. »
Selon Oster, de plus en plus de systèmes robotiques et de drones font leur apparition sur le champ de bataille pour répondre aux menaces émergentes. Mais chaque système nécessite ses propres commandes et son propre opérateur, ce qui complique l’intégration et la coordination.
Dans les mois qui ont suivi le 7-Octobre, a raconté Oster, EyesAtop a progressivement commencé à équiper l’armée israélienne de ses écrans portables et de son système de télécommande universelle amélioré, en vue de missions de plus grande envergure dans le nord et le sud du pays. Grâce à ce système, les soldats peuvent piloter simultanément plusieurs types de drones de différents fabricants. Ils parviennent ainsi à accélérer l’ensemble de la « chaîne de frappe » (de l’identification et du suivi des menaces en temps réel jusqu’au lancement d’un tir) pour la réduire à quelques minutes, a-t-il ajouté.
Le frère d’Oster, Eitan, a été tué au combat au Liban avant que son unité n’ait pu déployer le kit pour drones optimisé d’EyesAtop.
« Grâce à notre kit matériel d’IA de pointe, plutôt que trois ou quatre soldats, un seul suffit pour contrôler différents types de drones à l’aide d’une télécommande universelle », a poursuivi Oster.
Actuellement, la télécommande universelle d’EyesAtop est compatible avec plus de 20 types différents de plateformes de drones, a précisé Oster.
« Chaque mois, des entreprises et des fournisseurs lancent de nouveaux types d’armes technologiques et de systèmes robotiques que les combattants peuvent utiliser et qui leur sauveront la vie sur le champ de bataille », a indiqué Oster.
« Grâce à notre plateforme universelle, si un drone d’attaque du fournisseur A est en service à un certain moment et que, le mois suivant, un fournisseur B lance un drone d’attaque plus performant et moins cher, il suffit de les interchanger ; la plateforme reste opérationnelle. »
Ce kit opérationnel universel est actuellement utilisé par la majorité des unités de reconnaissance qui recourent à des drones ou à des robots dans le cadre de manœuvres terrestres, a-t-il fait valoir.
Pour sa part, la Direction de la recherche et du développement de la défense du ministère de la Défense, l’organisme chargé de repérer les innovations en matière de défense et de les adapter à une utilisation sur le terrain, a confirmé un « partenariat fructueux » avec EyesAtop.
Le père d’Oster, Dov Oster, est l’un des développeurs et initiateurs du système israélien Iron Beam d’interception par laser à haute puissance. En mémoire d’Eitan, le ministère de la Défense a rebaptisé l’année dernière ce système « Or Eitan », en hébreu, ce qui signifie également « lumière inébranlable ».
Disposant de bureaux à New York et à Ramat Gan, EyesAtop emploie une équipe de 50 personnes. EL start-up a levé près de 15 millions de dollars auprès de plusieurs investisseurs, notamment l’ancien directeur des produits d’OpenAI, Kevin Weil, le capital-risqueur de la Silicon Valley Ben Ling, de Bling Capital, et le business angel Gokul Rajaram. Parmi ses conseillers figurent l’ancien ministre de la Défense Shaul Mofaz et l’ancien membre du Congrès américain Max Rose.
« Nous commençons à travailler au déploiement de notre système aux États-Unis. Nous nous développons également dans quelques pays alliés », a expliqué Oster. « D’ici fin 2026, nous espérons générer entre 7 et 10 millions de dollars de chiffre d’affaires hors d’Israël. »
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