Le nouveau sous-marin israélien, plus furtif que jamais
Fruit de douze années de travail et marqué par un scandale, l'INS Drakon a bouclé un périple de 23 jours depuis l'Allemagne avec des outils pour rester plus longtemps immergé
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À BORD DE L’INS DRAKON — À seulement quelques milles marins au large de Haïfa, le sixième sous-marin de la Marine israélienne s’approchait jeudi matin des côtes du pays, après une traversée de 3 792 milles marins (près de 8 000 kilomètres) et 23 jours de voyage depuis l’Allemagne.
À l’aube, des journalistes sont montés à bord d’une vedette de patrouille de classe Defender pour aller à la rencontre de l’INS Drakon — ou Dragon — lors de la dernière étape de son voyage inaugural vers la base navale de Haïfa, où une cérémonie avait été organisée en son honneur.
Avant de quitter la base navale, l’armée a confisqué tous nos appareils électroniques, des téléphones portables aux clés de voiture, pour raisons de sécurité.
Long de 74 mètres et affichant un poids colossal de 2 600 tonnes, ce sous-marin de classe Dolphin 2 est le plus grand et le plus lourd en service actif en Israël. Sa livraison depuis le chantier naval de Thyssenkrupp Marine Systems à Kiel, en Allemagne, s’est fait après une douzaine d’années de préparation, construction et essais.
« Je ne m’attendais pas à cela. Ce fut une expérience incroyablement émouvante », confie le capitaine de frégate « Ayin », commandant de l’INS Drakon, lors d’un entretien au Times of Israel à bord du sous-marin.
Ayin, qui ne peut être identifié que par l’initiale hébraïque de son prénom, a passé les trois dernières années en Allemagne, le temps de la construction de l’INS Drakon. « Tirer un trait sur ces trois années en Allemagne et quitter le port sans y retourner, cela a été un moment fort. Contrairement à ce que je pensais, j’ai été très ému », admet-il.
Le commandant du bâtiment ajoute que cette longue traversée vers Israël, ces trois dernières semaines, « est passée très vite… Le temps file. »
L’INS Drakon fait partie d’une série de bâtiments achetés à Thyssenkrupp dans le cadre de contrats opaques d’un montant de 2 milliards de dollars, au cœur d’un scandale de corruption et de pot-de-vin présumés mettant en cause plusieurs haut responsables actuels et anciens, dont certains proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Une commission d’enquête d’État a conclu que M. Netanyahu avait insisté pour acquérir ce sixième sous-marin pour la Marine israélienne sur la base de « suppositions non fondées » et en décalage avec les besoins du pays. Il s’est par ailleurs bien gardé d’évoquer les conséquences économiques de cet achat, qui lui avaient pourtant bel et bien été présentées, afin de remplacer d’anciens sous-marins de la flotte israélienne par des neufs en contournant le processus décisionnel habituel pour les acquisitions militaires d’envergure, a-t-elle tranché.
Benjamin Netanyahu n’a pas été inculpé dans le volet judiciaire concernant les soupçons pénaux autour de cet achat, bien que plusieurs de ses proches aient été poursuivis.
Le nom initialement proposé pour le sous-marin était Dakar, en hommage au sous-marin israélien du même nom, coulé lors de son voyage inaugural entre le Royaume-Uni et Israël en 1968.
Drakon est le nom de compromis qui a été trouvé, pour faire droit aux protestations de proches des marins disparus à bord du premier Dakar, opposées à l’idée de réutiliser ce nom.
En route pour Israël, l’équipage de l’INS Drakon s’est arrêté à l’endroit exact où l’INS Dakar a coulé.
« Nous avons fait surface à l’endroit où l’INS Dakar a sombré », explique le commandant du sous-marin. L’équipage a revêtu la tenue blanche de cérémonie, et le Yizkor, le Kaddish et d’autres textes liturgiques ont été récités.
La Marine souhaite donner le nom Dakar à la classe de ses futurs sous-marins, appelés à remplacer les trois sous-marins de première génération de classe Dolphin, en service depuis les années 2000.
Le premier des trois sous-marins de classe Dakar devrait être livré en 2031. Les sous-marins Dakar devraient être nettement plus grands que l’INS Drakon, avec 84 mètres de long et un poids de 3 800 tonnes.
En sa qualité de troisième et dernier sous-marin de la série Dolphin 2, l’INS Drakon sera équipé de ces « technologies innovantes et perfectionnées qui placent Israël à la pointe de la technologie militaire mondiale et renforceront la flexibilité opérationnelle de la Marine israélienne à l’avenir », explique l’armée.
Le sous-marin est doté d’une propulsion indépendante de l’air (AIP), permettant à l’équipage de rester immergé pendant de longues périodes avant de devoir refaire surface.
« Le système AIP est très important. Il augmente radicalement le niveau de discrétion », confie au Times of Israel, depuis le sous-marin, le capitaine de vaisseau « Yud », chef de la 7e flottille de sous-marins de la Marine.
Le chef de flottille explique que le principal avantage de ce nouveau sous-marin, en dehors de sa technologie de pointe, est qu’ « il augmente le nombre de sous-marins susceptibles d’être déployés » simultanément. Le commandant de l’INS Drakon ajoute que le bâtiment « donne à l’État d’Israël de nouvelles capacités — des capacités qui nous permettent de faire beaucoup plus que par le passé. »
Pour la Marine, ces capacités et technologies avancées relèvent du secret d’État, et à ce titre sont strictement protégés, ce qui justifie l’interdiction de publication de la plupart des détails relatifs aux opérations de ses sous-marins.
L’installation des systèmes israéliens à l’intérieur du nouveau sous-marin devrait prendre deux à trois mois, après quoi il sera déclaré opérationnel, estime l’armée.
Le contre-amiral Guy Levy, ancien sous-marinier et actuel chef d’État-major de la Marine, explique au Times of Israel qu’il s’agit d’une « journée très émouvante » pour lui. « Il y a exactement douze ans et un jour, je naviguais à bord du sous-marin INS Tanin vers Israël », confie-t-il en évoquant l’avant-dernier sous-marin livré à Israël avant l’INS Drakon.
« La Marine se renforce grâce à cette plateforme puissante qui accroît les capacités de discrétion de la Marine israélienne », souligne M. Levy. « Il s’agit de maintenir la capacité défensive de l’État et de remplir la mission de défense d’Israël. »
Le plus difficile
Interrogés sur ce qui, de leur point de vue, est le plus difficile lorsque l’on sert à bord d’un sous-marin, officiers supérieurs et marins répondent en chœur que ce sont les longues périodes d’isolement.
« L’isolement est ce qu’il y a de plus dur pour la jeune génération — le fait de ne pas avoir de téléphone surtout. Parfois, des nouvelles nous parviennent par les systèmes de communication, comme les résultats des matches de football », poursuit Ayin, le commandant du sous-marin.
Guy Levy ajoute que « la véritable difficulté est l’isolement — le fait d’être totalement coupé du reste du monde. À partir du moment où on largue les amarres, on se retrouve seuls en mer. »
Mon dernier repas a commencé à remonter en même temps que moi
Même avec des dizaines de marins à bord pour faire fonctionner les différents systèmes du navire, l’intérieur du sous-marin se révèle bien moins étroit que ce que j’avais imaginé.
Après avoir gravi une échelle pour atteindre le pont supérieur du bâtiment, le mal de mer a fini par me rattraper, et mon dernier repas a commencé à refaire surface lui aussi. J’ai réussi à atteindre le bord pour vomir dans la mer – enfin, la plupart du temps.
« Désolé d’avoir vomi dans votre nouveau sous-marin », ai-je dit à l’un des marins.
« Si cela peut vous rassurer, j’ai déjà été malade une dizaine de fois ici », m’a-t-il répondu.
Le commandant du sous-marin précise que son équipage est « ce qui se fait de mieux sur le plan humain, et ils savent qu’ils écrivent l’histoire. »
« Ils sont entraînés pour aller là où l’on a besoin d’eux, dans la plus grande discrétion », conclut-il. « Il est facile de commander, avec les bonnes personnes. »
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